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Pentecôte - A

 

 

Pendant cinquante jours, le cierge pascal est resté allumé près de l’autel, signe de la résurrection : il fut allumé durant la veillée pascale, au feu nouveau hors de l’église, et introduit dans le sanctuaire, toutes lumières éteintes, rappelant la nuée lumineuse qui guidait les Juifs dans le désert, et symbolisant désormais notre Guide ressuscité, le Christ vainqueur.

Autrefois, on éteignait ce cierge au jour de l’Ascension, juste après la lecture de l’évangile, pour montrer le départ de Jésus. Mais on a voulu renouer avec une antique tradition qui remontait aux premiers temps de la chrétienté : les cinquante jours de Pâques à la Pentecôte, étaient fêtés comme un seul jour (sicut dies unus), “le” Jour du Seigneur. Aussi le cierge pascal est désormais éteint en ce jour de Pentecôte, lorsque le temps pascal est achevé.

 

*       *       *

 

L’épisode de la Pentecôte est assez connu de chacun de nous. Beaucoup de représentations iconographiques illustrent le récit de s.Luc, représentant les langues de feu qui se posent au-dessus de Marie et des Apôtres dans le Cénacle. Ce qu’on n’a pas pu reproduire, et pour cause, c’est qu’ils se mirent à parler en d’autres langues

Nous savons que, pour punir l’orgueil des hommes qui prétendaient édifier une tour énorme devant relier la terre au ciel (la tour de Babel), Dieu fit que tous ces hommes parlèrent en tant d’idiomes divers, qu’ils ne se comprenaient plus et qu’ils se séparèrent, abandonnant leur projet grandiose (Gn 11:1-9).

Au matin de la Pentecôte, il se passe quelque chose de tout-à-fait opposé : l’amour du Christ immolé pour tous les hommes, l’amour de Dieu et du prochain qui anime les Apôtres, et l’amour de la Vérité qui ouvre les oreilles du cœur à toute cette foule, font que ces hommes, d’origines pourtant si différentes, viennent s’unir d’un seul cœur autour de l’enseignement de Pierre. Leur réaction est toute simple (relisons la lecture du 4e dimanche de Pâques) : Que devons-nous faire ? - Convertissez-vous, leur répondit Pierre, et vous recevrez le don du Saint Esprit. La conversion du cœur et le vrai Amour de Dieu a réuni ce que l’orgueil avait dispersé : l’événement de la Pentecôte est l’anti-Babel par excellence, où l’unité se reconstruit par-delà les races et les nations. 

Ce miracle des langues a donc bien consisté en ceci, que les Apôtres ont parlé clairement dans leur propre langue, et que chaque personne qui écoutait avec un cœur ouvert à la Vérité, les a clairement compris dans sa propre langue. 

Ce qu’on appelle parfois aujourd’hui “Parler en langues” n’a rien à voir avec ce miracle des langues du jour de la Pentecôte. On perçoit parfois ainsi une sorte de brouhaha informe, une espèce de cacophonie bizarre où chacun émet des sons, des mots, des expressions tous différents les uns des autres, dont le résultat finit par faire penser plutôt à ce qui a pu se passer à Babel qu’au jour de la Pentecôte. Parler en langues, au nom de l’Esprit Saint, est décidément bien autre chose que cela.

En passant - mais cette digression trouve tout de même sa place aujourd’hui, fête de la Pentecôte - on aimerait bien suggérer que, dès le catéchisme, et régulièrement aux célébrations, tous apprennent quelques prières, quelques chants dans une langue et dans un style qui serait commun à l’Eglise universelle, de sorte qu’au Japon ou en Argentine, en Italie ou en Afrique, on pourrait avoir les mêmes accents, les mêmes expressions. Ainsi le Père Roger Buliard, OMI (†), qui évangélisait les Esquimaux, pensait adapter des chants à la langue de ses ouailles ; il se heurta à la ferme opposition des Esquimaux qui voulaient, d’un seul cœur, “chanter comme à Rome”. On rapportera aussi qu’un Prélat italien de passage à Dakar (dans les années 70), remarqua avec stupéfaction que les Noirs y chantaient le chant grégorien bien mieux que chez lui. Pourquoi ne pas enseigner aux enfants de la catéchèse le chant du Veni, Creator ?

Donc, en cette fête de la Pentecôte, douze Apôtres (Matthias venait d’être élu pour remplacer Judas), remplis de l’Esprit Saint, se firent comprendre et amenèrent au baptême trois mille personnes, ce qui constitue une moyenne de deux-cent cinquante conversions par Apôtre ! 

On pourrait bien ici poser une petite question critique : Pourquoi les Apôtres ont-ils attendu l’Esprit de la Pentecôte pour parler ouvertement, alors que Jésus leur a “insufflé” l’Esprit le soir-même de la Résurrection (on se rappellera en effet que l’évangile d’aujourd’hui reprend celui du deuxième dimanche de Pâques). 

Il ne s’agit pas d’Esprits différents, mais d’effets différents du même Esprit.

Au soir de la Résurrection, Jésus “souffle” sur ses Apôtres pour leur donner un pouvoir spécial, celui de remettre les péchés. En latin, “spiritus” signifie souffle. Au soir de la Cène, ils étaient devenus évêques, prêtres ; au soir de Pâques, ils reçoivent ce pouvoir pastoral de remettre les péchés ; c’est un sacrement nouveau. Dans l’ancienne loi, seul Dieu peut remettre les péchés (Mt 5:21), mais maintenant Dieu confie ce pouvoir aux Apôtres, qui le communiqueront à tous les évêques, à tous les prêtres. 

Oh ! ce pouvoir de remettre les péchés ! Comme il est heureux, le prêtre qui dit à un pécheur : Je vous pardonne tous vos péchés. Et comme on se sent vraiment allégé quand on se relève ensuite, après avoir entendu ces mots sauveurs !

On rappellera ici un petit détail liturgique d’autrefois, mystérieux sans doute, mais que les lignes précédentes peuvent mettre en lumière. Lors de leur ordination sacerdotale, les prêtres étaient revêtus de leur chasuble, mais pas entièrement : on la leur laissait pliée dans le dos, ramassée sur les épaules, avant de la déployer complètement à la fin du rite. A ce moment-là l’évêque consécrateur leur donnait le pouvoir de remettre les péchés. C’était une allusion aux deux moments distincts de la Cène et de la Résurrection.

Le jour de la Pentecôte, en revanche, l’Esprit qui vient en langues de feu ébranler le Cénacle et les Apôtres en prière avec Marie, est cet Esprit de force que tout baptisé doit recevoir un jour dans le sacrement de Confirmation. 

Et l’on objectera : mais alors, les Apôtres ont été prêtres avant de recevoir la Confirmation ! Pour eux, il devait en être ainsi, puisque Jésus devait leur conférer le Sacerdoce avant de mourir. 

Mais pour la foule qui se convertit là, l’Esprit leur a été donné aussitôt après le Baptême, ce que fit toujours l’Eglise par la suite, jusqu’à nos jours. Baptême, Eucharistie et Confirmation sont les trois sacrements de l’initiation chrétienne. C’est pourquoi, normalement, ils sont nécessaires avant tout autre sacrement. Les Actes ne disent pas quand cette foule a reçu ensuite l’Eucharistie, mais on sait que très vite s’est instaurée parmi les baptisés l’habitude de célébrer la Résurrection chaque dimanche, donc également l’Eucharistie.

 

*       *       *

 

Nous rejoignons maintenant saint Paul dans son fameux chapitre sur l’Esprit Saint : Les dons de la grâce sont variés, mais c’est toujours le même Esprit. Tous nous avons été baptisés dans l’unique Esprit pour former un seul corps. 

Nous voyons ici quelle solution propose Paul pour édifier une société comme Christ la veut : que chacun soit animé d’un seul et unique Esprit ; prêtre ou laïc, avocat ou cordonnier, ouvrier ou patron, informaticien ou pêcheur à la ligne, chacun a sa place irremplaçable dans la société et dans l’Eglise, mais chacun doit recevoir l’Esprit de l’unique Corps du Christ.

On dit très souvent que la Pentecôte est la naissance de l’Eglise. Précisons que cette naissance, à l’instar de toute naissance, se prépare et s’achève dans les douleurs de l’enfantement, et la vie entière de Jésus-Christ constitue ce douloureux enfantement de l’Eglise. 

La formation de l’Eglise commence dès la conception de Jésus dans le sein de Marie ; après les douleurs de la Passion, apparaît la glorieuse Tête de ce Corps mystique : c’est alors que se forment tous les autres membres vivants : l’Eglise militante.

 

*       *       *

 

Vraiment, invoquons sur nous le Souffle, l’Esprit de Dieu, dont parle le psaume 103 , l’Esprit d’Amour, l’Esprit d’unité, l’Esprit de paix ; l’Esprit de force, l’Esprit de l’évangélisation, pour qu’au terme de ce temps pascal comme au jour de notre Confirmation, nous soyons conduits, «inspirés» par cet unique Esprit.

Dans la Prière, nous demandons à Dieu de répandre ce divin Souffle sur l’immensité du monde, là où manque l’Amour, là où l’on se bat, là où l’Eglise est opprimée, là où l’on souffre, partout où l’on a besoin de restaurer l’Harmonie blessée ou perdue.

 

*       *       *

 

La Sainte Messe d’aujourd’hui s’achève avec le double alleluia pascal ; répétons-le avec toute la joie de notre coeur :  

Allez dans la paix du Christ, alleluia, alleluia.

Nous rendons grâces à Dieu, alleluia, alleluia.

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Published by samuelephrem - dans Homélies - année A

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