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27 août 2014 3 27 /08 /août /2014 23:00

Bénédictins martyrs à El Pueyo

† 1936

 

Le monastère bénédictin de El Pueyo (Barbastro, Huesca, Espagne) existait depuis 1889, à l’endroit d’un très ancien pèlerinage lié à une apparition de Notre-Dame au 11e siècle. Ce monastère dépend de la congrégation bénédictine de Solesmes (Sarthe).

S’y trouvaient dix-huit moines, pères et convers, avec un collège de garçons qui purent ensuite raconter ce dont ils avaient été témoins.

Les moines étaient parfaitement conscients de ce qui pouvait arriver d’un jour à l’autre. Il faut rappeler d’ailleurs ici que, proportionnellement, le diocèse de Barbastro fut celui qui souffrit le plus de cette atroce guerre civile de 1936 : les prêtres du diocèse furent massacrés dans leur quasi totalité.

L’annonce du soulèvement révolutionnaire de juillet 1936 parvint aux moines au matin du 20 juillet. Le prieur, dom Mauro Palazuelos Maruri, leur proposa de quitter les murs du monastère et d’aller trouver refuge là où ils pourraient. Quelques-uns seulement suivirent cette option, qui d’ailleurs furent eux-aussi arrêtés et immolés pour leur condition de Religieux.

Le 21 juillet fut arrêté un premier moine ; le soir, les collégiens sortirent du couvent avec de quoi manger et boire, pour aller se cacher un peu plus loin dans la montagne ; si l’on agitait un drapeau noir depuis la fenêtre de la bibliothèque, il y avait danger ; si l’on agitait un drapeau blanc, c’est qu’on était sans autres mauvaises nouvelles. Effectivement, un drapeau blanc invita les garçons à revenir au monastère.

Tous les autres furent arrêtés le 22 au soir. D’abord, arrivèrent deux miliciens qui transmirent l’ordre d’évacuer le monastère car, si les moines opposaient la moindre résistance, un avion passerait pour bombarder. Le Prieur donna l’ordre aux moines de se mettre des habits civils. Un des moines alla prendre la précieuse image de Notre-Dame du Pueyo, un autre le Saint-Sacrement. Chacun fit un petit bagage de ses effets personnels les plus nécessaires, y cachant aussi quelques objets précieux.

Sur le chemin, ils trouvèrent encore le Frère Hilario, convers, en train de faucher de l’herbe pour les lapins. Il laissa tout et les suivit. Ce Frère, alsacien, put regagner la France en tant qu’étranger, et écrire de précieux souvenirs.

Un groupe de trente miliciens arriva pour fouiller le monastère à la recherche des armes cachées, qu’ils ne trouvèrent évidemment pas.

Les moines furent d’abord conduits dans une dépendance du monastère, El Mesonet, et le lendemain, 23 juillet, au collège des Piaristes de Barbastro, transformé en prison : ils y retrouvèrent l’évêque, Mgr Asensio Barroso, une cinquantaine de clarétains, et les pères piaristes.

Dans ce couvent-prison, les prêtres purent célébrer la Messe, à deux heures du matin.

Le 25 juillet, il y eut une «alerte», et l’on crut que l’heure suprême était arrivée. Mais rien ne changea pour les prisonniers, tandis que dans Barbastro on jetait aux flammes tout ce qu’on trouvait de missels, croix, saintes images, ornements, autels, bancs, confessionaux, jusqu’aux édifices eux-mêmes.

Les miliciens réquisitionnèrent tous les matelas de la maison pour protéger les camions, de sorte que de l’évêque aux collégiens, tous durent ensuite dormir par-terre.

Les jeunes collégiens avaient été eux-aussi arrêtés avec les Pères ; certains miliciens voulaient même leur faire subir le même sort que leurs maîtres, puisqu’ils n’avaient pas voulu se séparer d’eux. Mais leur jeune âge fit qu’on les laissa tout de même partir libres, le 28 août suivant. C’étaient six garçons entre douze et quinze ans.

L’un d’eux, dont la famille habitait non loin, à Benabarre, ne fut pas même informé que son père avait été fusillé le 28 juillet.

Dans cette prison improvisée, les moines organisèrent leur vie conventuelle, priant, célébrant, se confessant, s’encourageant réciproquement. La vie quotidienne n’était pas facile ; on manquait d’air, en plein été, on ne pouvait pas laver de linge et c’est à peine si on pouvait un peu se rafraîchir le visage.

A partir du 26 juillet, commencèrent les exécutions : des jeunes de l’Action Catholique, mais aussi le Frère convers bénédictin, Vicente Burrel.

Le 9 août, fut assassiné (après de cruelles tortures, voir la notice séparée) l’évêque, Mgr Asensio, ainsi que le père bénédictin Mariano Sierra (à moins qu’il ait été déjà assassiné le 2 août).

La communauté des Pères de El Pueyo fut massacrée dans son ensemble le 28 août. Ce matin-là, on délivra les six collégiens. La séparation était dure, pour le lien qui unissait ces jeunes à leurs professeurs, mais aussi c’était un soulagement pour ces derniers de voir ces six vies sauvées. Les miliciens ne se gênèrent pas pour leur dire : On aura tôt fait de tuer ceux d’en-haut.

A minuit, les miliciens firent irruption dans la «cellule» des moines, les ligotèrent avec une grosse corde et les firent monter dans un camion. Le prieur donna l’absolution à tous ses Confrères, qui à leur tour se la donnèrent entre eux. En montant dans le camion, ils se mirent à crier : Vive le Christ Roi ! Vive la Vierge du Pilar ! Vive la Vierge du Pueyo !

Les miliciens tentaient de les faire taire, blasphémant et menaçant ; ils les frappèrent avec leurs fusils, allant jusqu’à leur casser les dents ou les blesser à la tête ; rien ne les arrêta.

Les moines pardonnèrent à leurs bourreaux ; le prieur, au moment où arrivait son tour, entonna le Salve Regina.

Voici les noms de ces Martyrs :

  • Abel Ángel (Mauro) Palazuelos Maruri, le prieur, prêtre
  • Antonio (Honorato) Suárez Riu, sous-prieur, préfet des collégiens, prêtre
  • Mariano Sierra Almázor, prêtre
  • Antoni (Raimundo) Lladós Salud, du monastère de Montserrat, présent à El Pueyo ces jours-là, prêtre
  • Leandro Cuesta Andrés, prêtre
  • Fernando Salinas Romeo, prêtre
  • Jaume (Domingo) Caballé Bru, prêtre
  • Santiago Pardo López, prêtre
  • Julio (Ildefonso) Fernández Muñiz, prêtre 
  • Mariano (Anselmo) María Palau Sin, prêtre
  • Ramón (Ramiro) Sanz de Galdeano Mañeru, prêtre
  • Martín (Rosendo) Donamaría Valencia, diacre
  • Leoncio (Lorenzo) Ibáñez Caballero, sous-diacre
  • Ángel Carmelo (Aurelio) Boix Cosials, tonsuré
  • Lorenzo Santolaria Ester, convers
  • Lorenzo Sobrevia Cañardo, convers
  • Antonio (Ángel) Fuertes Boira, convers
  • Vicente Burrel Enjuanes, convers

 

Il est dit que des femmes purent récupérer quelques-uns des habits des moines, et qu’elles s’en firent des jupes, en y ajoutant dessus un corsage rouge, tout cela aux couleurs des anarchistes.

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Published by samuelephrem - dans Hagiographie B
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