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16 août 2014 6 16 /08 /août /2014 22:20

20e dimanche per annum

 

 

Il va être question d’étrangers dans les trois textes de notre liturgie dominicale. Le thème est d’actualité.

 

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Le prophète Isaïe, au nom de Dieu, promet le salut aux étrangers qui se sont attachés au service du Seigneur pour l'amour de son nom et sont devenus ses serviteurs.

Qu’on ne dise donc pas que le salut fût réservé au seul peuple juif. Tous les hommes sont appelés au salut, parce que Dieu aime tous les hommes. A chacun il donne sa grâce pour l’amener à la Vérité.

 

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Le psaume 66 fait aussi allusion à cette vocation de tous les peuples à entrer dans la grande famille de Dieu.

Ce psaume est du maître de chant et doit se chanter sur les instruments à cordes. La (belle) musique est vraiment une langue universelle ; on est heureusement surpris de voir comment des hommes et des femmes de pays si éloignés entre eux, savent très bien former des ensembles pour interpréter un vaste répertoire musical. Il semble que cette langue exprime davantage l’amitié que le sport, qui engendre souvent tant de bagarres.

On regrettera dans notre extrait l’absence d’un petit verset qui, dans le texte, dit ceci : La terre a donné son fruit, ce fruit étant la naissance sur terre du Messie, celui qui était tant attendu, celui qui devait apporter la Paix.

 

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Parmi les Juifs, il ne manquait pas de croyants qui attendaient sincèrement le Messie et qui accueillirent le Christ et sa doctrine.

Mais il y en eut que se rebiffèrent. Beaucoup, de ce peuple élu, appelé à apporter la Lumière aux nations environnantes, s’’auto-exclurent finalement de l'élection ; Jérusalem sera détruite de fond en comble, en 70, et le culte du Temple disparaîtra totalement, tandis que l'Eglise naissante s'étendra de plus en plus, ensemencée par ses innomblables Martyrs.

Saint Paul ne désespère pas de les ramener au Christ, après y avoir amené les premières communautés païennes d’Asie Mineure (l’actuelle Turquie), les Grecs et les Romains.

Il se réjouit même d’avance de voir ces Juifs désobéissants recevoir la vie, (eux) qui étaient morts.

Par désobéissance, il ne faut pas entendre un petit caprice enfantin momentané. Désobéir à Dieu, c’est être loin de lui : par ignorance, ou par refus, ou par orgueil… Toute hérésie est une désobéissance, qui offense grandement Dieu par le mal qu’elle diffuse dans les âmes.

Saint Paul se réjouit de ce que les Romains soient revenus de cette désobéissance, et compte bien que les Juifs aussi reviennent un jour à Dieu et obtiennent miséricorde.

 

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Jésus va montrer cette miséricorde envers la femme Cananéenne.

«Cananéenne» ne signifie pas qu’elle habitait Cana (en Galilée), mais le pays de Canaan, du nom du fils de Cham, qui fut maudit par Noé (cf. Gn 9:18-27). Habiter en Canaan était considéré par les Juifs comme être descendant de la malédiction. Cette femme cananéenne est une étrangère, une païenne, une condamnée. 

Dans l’évangile de Marc, cette femme est qualifiée de syro-phénicienne, les provinces de Syrie et de Phénicie faisant partie de la terre de Canaan. Cette terre fut soumise par Alexandre le Grand, qui, pour marquer sa victoire, punit par la crucifixion deux mille habitants.

Il se trouve que Jésus, quelques versets plus haut, vient de faire remarquer leur hypocrisie aux Juifs qui l'entouraient, leur rappelant ce reproche du prophète Isaïe : Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi (Is 29:13 ; Mt 15:8). Jésus va donc nous aider à comprendre qui est véritablement «étranger» pour Lui.

Dans un premier temps, Jésus feint l’indifférence, le dédain même envers elle, comme le feraient des Juifs ; ce n'est pas pour donner raison aux Juifs, mais pour provoquer un profond enseignement. D’une part, il va capter l’attention des Juifs, d’autre part il va nous montrer comment il faut persévérer dans la prière.

A cela saint Augustin ajoute que les gémissements qui sortent d’un cœur rempli de désir et de ferveur, attendrissent le Christ comme une douce musique.

En effet, cette femme est si confiante, si humble aussi, qu'elle ne s'arrête pas aux rebuffades de Jésus, pourvu qu'elle obtienne la guérison de sa fille. Au contraire, plus Jésus lui montre de sévérité, plus elle prend confiance : même si elle est une "petite chienne", elle a droit aux miettes qui tombent de la table ! 

Vraiment, cette «païenne" n'a pas honoré Jésus "du bout des lèvres". Elle nomme le Christ Fils de David, c’est-à-dire qu’elle reconnaît en Lui le Messie : elle est déjà croyante. Elle persiste dans sa prière : si elle se sait cananéenne, pécheresse, elle a surtout confiance en Dieu, elle sait que le Christ peut lui faire miséricorde.

En même temps, cette mère montre son amour maternel en disant Aie pitié de moi, prenant sur elle la souffrance de sa fille.

Confiante, elle ne demande même pas au Christ de se déplacer chez elle. C’est elle qui, ayant déjà supplié Jésus dans la rue, le supplie encore dans la maison, suivant le récit de saint Marc (Mc 7:24). Devant l’apparente froideur du Christ, elle redouble de foi et de ferveur. C’est ainsi que Dieu agit en écoutant nos prières, pour stimuler en nous l’amour et l’action de grâce envers Lui.

Devant les Juifs qui observent la scène, Jésus va faire dire à cette «pécheresse» ce que l’Eglise doit faire à la suite du Christ : ne pas refuser le pain spirituel (l’évangile, les sacrements, la grâce, l’amour fraternel) à tous ceux qui croient et recherchent sincèrement la Vérité.

Notons aussi ce petit jeu de mot que reprend la femme : non seulement elle ne se vexe pas d’être considérée comme chienne, mais elle s’honore même d’être un petit chien, parce que le petit chien fait tout de même partie de la maison, comme le souligne encore saint Jean Chrysostome. Et l’on sait bien aussi qu’un animal qui est chassé par une porte, tentera facilement d’entrer par une autre porte, tellement il est attiré par la présence de son maître.

Au fond, l’humilité de notre Cananéenne nous fait penser à celle du Centurion : Je ne suis pas digne que tu viennes sous mon toit, mais dis seulement une parole et mon fils sera guéri (Mt 8:8). 

La Cananéenne nous enseigne ainsi ce que doit être notre prière : humilité, foi, confiance, ardeur, amour total, persévérance. 

Cette petite chienne, par son humilité, a été appelée à devenir une fille de Dieu, en application de cette autre parole du Christ : Qui s’abaisse, sera élevé (Lc 14:11).

Mais n’oublions pas la fille de cette Cananéenne, qui la présente comme tourmentée par le démon Que sont ces «tourments» ? Ce sont toutes les tentations que nous suggère sans cesse l’esprit du mal, et auxquelles nous ne pouvons résister par nos seules forces. Aussi dirons-nous, avec le Christ : Ne nous laisse pas entrer en tentation (cf. Mt 6:13), c’est-à-dire : Donne-nous la force de résister à la tentation.

Cette fille, en définitive, représente la Gentilité qui, d’abord exclue du Peuple choisi, est rentrée par la fenêtre de la miséricorde dans l’Eglise du Sauveur. Les Gentils, par leur obéissance, ont mérité de recevoir la Nourriture. Tandis que les Juifs, eux, par leur infidélité, se sont eux-mêmes transformés en chiens et se sont exclus de la Table. Saint Jérôme pense qu’il s’agit des Juifs infidèles dans le verset du psaume 21 : Des chiens m’ont entouré.

 

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N'hésitons pas à parler à Dieu malgré notre sentiment de pécheurs indignes ; au contraire, montrons-Lui davantage de Foi encore. Et même s'Il semble rester silencieux, persévérons dans notre amour, humblement soumis à l’heure de Dieu.

Ainsi, pour reprendre les termes mêmes de la Prière : Plus nous mettrons en nous la ferveur de (ta) charité, plus nous mériterons l'héritage promis.

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Published by samuelephrem - dans Homélies - année A
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