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La Croix Glorieuse

 

 

Exceptionnellement, ce dimanche 14 septembre nous n’avons pas la liturgie du “dimanche ordinaire” avec la couleur verte, ce qui se produit environ une fois tous les dix ans. C’est que la fête qui prend le dessus en ce jour est celle de la Croix Glorieuse. L’Eglise nous invite en ce moment à nous tourner vers la Croix du Sauveur pour exprimer à Dieu notre reconnaissance pour son Œuvre rédemptrice. Mais pourquoi ce mois-ci ?

La liturgie de la Semaine Sainte nous a fait participer à la souffrance et à la mort du Rédempteur : en relisant le texte de la Passion, en méditant sur le Sacrifice de la Croix, perpétué en chaque célébration eucharistique, nous nous sommes unis à ce Sacrifice qui nous a apporté la libération du péché et la Vie en Christ ressuscité.

Ce mois-ci, la fête de la Croix veut commémorer plusieurs événements historiques importants qui ont été l’occasion de grandes réjouissances. En voici un petit résumé.

Il y eut au IVe siècle la découverte (ou “invention”) de la Croix du Sauveur, grâce aux recherches effectuées par la mère de l’empereur Constantin, sainte Hélène, sur le lieu du Saint Sépulcre à Jérusalem. Un miracle retentissant aurait amené à l’identification de la Croix, parmi les trois retrouvées. Il y a quelques incertitudes historiques à ce sujet, tandis que l’on connaît la date (335) de la dédicace de la basilique de la Résurrection ou Anastasis que fit construire sainte Hélène sur ce lieu. Rappelons que sainte Hélène est vénérée le 18 août.

Mais cette dédicace sombra peu à peu dans l’oubli, lorsqu’en 628 l’empereur Héraclius rapporta à Constantinople la Croix presque intacte, que les Perses avaient dérobée lors de leur incursion. L’Eglise d’Orient célébra alors très solennellement l’Exaltation de la Sainte Croix. 

L’Eglise romaine avait aussi une fête en l’honneur de la Croix, dont elle possédait une importante parcelle dans la basilique Sainte Croix : cette basilique fut construite sur de la terre rapportée de Jérusalem par la même sainte Hélène, d’où le nom étonnant de cette basilique : Sainte Croix en Jérusalem. La relique s’y trouve toujours, on peut la voir et la vénérer : c’est un important fragment du Titulum Crucis, ce Titre portant une partie de l’inscription Jésus de Nazareth, Roi des Juifs. L’inscription est faite de droite à gauche, comme dans l’écriture hébraïque, ce qui en confirme l’authenticité. Il est fort regrettable que cette basilique, bien plus sobre dans son architecture que les autres basiliques romaines, mais bien plus riche quant à ce Trésor sacré, soit si peu fréquentée par les pèlerins.

La vénération de ce Bois Sacré remonte donc à des faits historiques anciens. On retiendra bien que cette vénération s’adresse très évidemment à notre Sauveur, et qu’en vénérant cette Croix, en y exprimant même des signes de réelle adoration, c’est à la Personne Divino-humaine (théandrique) que vont ces honneurs, parce que la Sainte Croix se trouve en quelque sorte assimilée à Celui qui y fut attaché.

D’autres dates ont été retenues pour ces commémoraisons, au cours des siècles ; mais celle-ci s’est imposée en raison d’une autre coïncidence. On trouve en effet dans le Lévitique cette injonction de Yahwé : 

Le dixième jour du septième mois {donc en septembre, car dans l’Ancien Testament, la nouvelle année correspondait à notre mois de mars}, c’est le jour des Expiations (Lev 23:27), le fameux Yom Kippour célébré chez les Juifs. Le quinzième jour de ce septième mois, il y aura pendant sept jours la fête des Tabernacles pour le Seigneur (Lev 23:34). 

Cette fête des Tabernacles (ou des Tentes) s’achève d’ailleurs par un rite bien significatif : les Juifs se rassemblent par famille ou entre amis sous un même voile, rappelant les huttes de leurs ancêtres, car, dit aussi Yahwé, j’ai fait habiter sous des huttes les enfants d’Israël quand je les ai fait sortir du pays d’Egypte (ibid. 43). 

C’est cette même fête que choisit Salomon pour célébrer la dédicace du Temple (1Rois 8).

C’est encore cette même fête que l’auteur de l’épître aux Hébreux prend comme référence pour interpréter le sacrifice du Christ (He 9:6-12), et c’est aussi en la fête des Tentes que Jésus déclara : Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi (Jn 7:37). 

Ce texte en appelle un autre : Quand j’aurai été élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à moi - En parlant ainsi il indiquait de quelle mort il devait mourir (Jn 12:32-33). 

Notre fête actuelle s’insère donc aussi dans un contexte éminemment biblique. 

On pourra encore remarquer ici que, quand l’évangéliste Jean dit que le Verbe s’est fait chair et a habité parmi nous (Jn 1:14), il utilise un mot qu’on pourrait tout-à-fait traduire par : planter sa tente ; de là vient que souvent le tabernacle de nos églises ait la forme d’une tente.

La Croix, instrument d’un supplice ignominieux, devient un signe de force et de fierté depuis qu’elle a porté sur elle notre Sauveur. Signe honteux, elle est devenue signe de victoire sur la mort, de Vie, de Résurrection, de Foi.  

La croiser à un carrefour, la contempler dans un sanctuaire, la marquer sur soi-même comme prière, est toujours un réconfort : le Christ mort et ressuscité est là, avec nous. 

Le Signe de la Croix synthétise l’essentiel de notre Foi : par le mouvement vertical, nous rappelons que Dieu s’est incarné parmi nous ; par le mouvement horizontal, nous rappelons que Christ est mort en croix pour nous. 

Un mot encore, à propos de nos chers frères dans l’Orthodoxie, dont on dit qu’ils font le signe de la Croix “à l’envers” ; le mot n’est pas exact, leur tradition est simplement un peu différente : lorsque le prêtre ou l’évêque donne la bénédiction, il fait le même signe que chez les catholiques (de gauche à droite), mais les fidèles font un geste de droite à gauche pour recevoir ce signe exactement dans le même sens qu’ils le voient faire en face d’eux par le ministre, d’où la différence. A cela s’ajoute que les Orthodoxes ont coutume de se signer en joignant les trois premiers doigts de la main, en signe de l’unité trinitaire : très beau geste que nous serions bien inspirés d’accepter aussi dans nos régions.

La Croix ! Que d’usages on en fait, jusque dans certaines modes de pendentifs ou de tatouages à caractère malheureusement pas vraiment chrétien. On dirait que, malgré l’athéisme et l’indifférence de notre époque, on n’arrive pas à se passer de la Croix. En vérité, on ne peut pas vivre sans Croix : la vie humaine est semée de croix à porter, parfois douloureuses et mêmes très pénibles ; mais surtout, comme les douloureuses épines du magnifique rosier, ces croix nous préparent à la Résurrection finale, dans la joie de la Vie retrouvée.

Saint Albert le Grand (1206-1280) écrivait : Ce sacrement (eucharistique) est le fruit du Bois de la Vie ; celui qui en prend avec les sentiments d’une Foi sincère ne goûtera pas la mort éternelle

De l’arbre vivant dont Adam mangea le fruit dans la désobéissance, sortit la mort pour lui et tous ses descendants. Cloué et enté sur le bois mort de la Croix, le véritable Arbre de Vie, Jésus, redonne à ce Bois la Vie, dont tous nous devons manger le fruit dans le Sacrement de l’Eucharistie. L’Arbre mort de la Croix devient désormais le signe de la Victoire sur le Mal. La Croix est maintenant et pour toujours le signe de la Bonne Nouvelle, Ev-angelion, l’Evangile de la Victoire.

O Crux, ave, spes unica : Salut, ô Croix ! notre unique espérance !

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Published by samuelephrem - dans Homélies pour les fêtes

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