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1er dimanche de Carême - B

 

 

Le personnage de Noé a souvent été mis en doute par les rationalistes : comment expliquer qu’un déluge universel se soit déversé sur le monde entier, que tant d’hommes, d’animaux et d’espèces végétales aient disparu par simple décision de Dieu pour «punir» les hommes ?

Des récits anciens ont aussi parlé d’une immense catastrophe dans la région de Babylone. Quand on voit les conséquences dramatiques d’un tsunami, d’une éruption volcanique ; ou celles d’un accident technique comme à Tchernobyl, ou aussi du comportement humain irresponsable causant l’actuel réchauffement de la planète, on peut très bien imaginer on ne sait quelle catastrophe immense. 

Quelle qu’ait été l’ampleur de ce séisme, la Bible désire s’en servir pour nous donner un enseignement spirituel et théologique pérenne : le mal, comme le bien, ne restent pas sans conséquences. Autant le mal que je commets altère l’harmonie du créé et donc toutes les créatures, autant le bien que je m’efforce de faire contribue à consolider, à réparer l’harmonie perdue, ou même à l’embellir, comme on embellit de pierres précieuses un objet déjà finement tissé ou sculpté.

Toutes ces créatures qui étaient tombées dans le péché et furent englouties, représentent notre vieil homme et ses mauvaises passions ; le déluge annonce notre baptême, Noé et sa famille dans l’arche sont la nouvelle créature sauvée, de même qu’on verra plus tard Moïse sauvé des eaux, le peuple juif sauvé des eaux de la Mer Rouge.

Saint Hilaire de Poitiers (4e siècle), reprenant un commentaire d’Origène (3e siècle), montre comment le personnage de Noé préfigure celui de Jésus-Christ. En effet, écrit ce Père de l’Eglise, c’est Jésus-Christ qui abrite ses fils dans l’arche de sa doctrine et de son Eglise ; comme Noé inventa cette liqueur issue de la vigne, de même Jésus changera ce vin en Vin nouveau, en Son Sang rédempteur ; comme un de ses fils s’est moqué de la nudité de Noé, de même on se moquera du Christ dénudé en croix ; comme Noé fut victime de sa vigne qui lui provoca l’ivresse, de même Jésus, après avoir apporté la vigne d’Egypte (Ps 79:9) et l’avoir plantée en Palestine, souffrit justement de cette vigne d’Israël, jusqu’à la passion et la mort (voir Saint Hilaire, Traité des Mystères, 12-15).

La lecture d’aujourd’hui commence au verset 8 du neuvième chapitre de la Genèse. Quelques versets plus haut, on lit que Dieu établit tous les animaux de la terre, tous les oiseaux du ciel, tout ce dont la terre fourmille, tous les poissons de la mer comme nourriture au même titre que la verdure des plantes, précisant bien que tout ce qui se meut et possède la vie vous servira de nourriture, avec cette seule restriction que vous ne mangerez pas la chair avec le sang, toutes ces bêtes devant d’abord être immolées par le feu, le sang étant éliminé, de sorte qu’il ne restera que la chair à manger.

Au début, en effet, l’homme et les animaux ne devaient se nourrir que des fruits de la nature (cf. Gn 1:29-30). Ils n’avaient pas à tuer la vie pour se nourrir. L’homme derat désormais conserver un souvenir de la destruction générale provoquée par le déluge. 

On comprendra mieux ainsi pourquoi certaines saintes âmes, par nostalgie de la première innocence, cessèrent de manger de la viande. 

 

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Le psaume 24, qui est de David, est un poème alphabétique, dont chacun des vingt-deux versets commence par une des lettres de l’alphabet hébraïque. 

Il évoque un homme qui regrette fortement son passé de pécheur (verset 11 : pardonne mes torts, car ils sont grands), qui est remis dans la voie qu’il faut prendre (verset 12) et qui, tout en ayant les yeux fixés sur Yahvé (v.18), a besoin de Lui pour le protéger des ennemis qui foisonnent (v.19) : Vois de quelle haine violente ils me haïssent (v.19). On perçoit bien ici le Christ, l’Homme nouveau, qui a pris en sa chair le péché des hommes et qui est l’objet de la risée des bourreaux.

Dans les trois strophes choisies aujourd’hui pour le Chant de méditation, se trouvent des expressions essentielles : le Dieu qui me sauve, le Dieu qui a sauvé Noé et sa famille ; le Dieu miséricordieux qui oublie les révoltes ; et qui montre au pécheur le chemin, c’est-à-dire le salut par la Croix. 

Observons ici que l’ultime lettre de l’alphabet hébraïque, Tau, est justement le T de la croix, l’instrument du salut par lequel le Christ a achevé son existence terrestre pour nous donner la vie nouvelle.

 

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Saint Pierre avait parfaitement compris tout ce mystère : le déluge était une image du baptême qui vous sauve maintenant.

C’est le sens profond de cette nouvelle alliance de Dieu avec Noé, promettant que les eaux ne produiront plus le déluge, alors que bien évidemment bien d’autres catastrophes météorologiques se sont abattues sur terre depuis Noé. En réalité, dans la nouvelle alliance, dans l’arche du salut de l’Eglise, tout sera accompli : le Sacrifice du Christ ouvrira définitivement la porte du salut à toute âme qui adhérera à la doctrine unique de la Vérité. 

Pierre fait remarquer que huit personnes en tout furent sauvées. Le chiffre huit n’est pas un hasard : après la création, qui dura symboliquement six jours, Dieu se «reposa» le septième jour ; le Christ, après sa mort, «se reposa» le jour du sabbat. La Résurrection advint au huitième jour, premier jour de la nouvelle semaine, de la nouvelle créature. C’est dire l’importance du Jour du Seigneur, du Dimanche.

Ce symbolisme se retrouve dans la gamme musicale : la septième note «attend» la huitième, l’octave, la reprise de la première note. Dans la liturgie, «fêter l’octave» signifie que pendant huit jours les prières se réfèrent toutes à la fête du premier jour ; c’est le cas à Noël et à Pâques.

La conscience droite dont parle saint Pierre, est la conversion de cœur que Jésus attend de nous, quand Il nous dit Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle.

 

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Cette phrase a été répétée par le prêtre en déposant sur notre tête un peu de cendres au début du Carême. L’invitation à la conversion du cœur, c’est le troisième des Mystères Lumineux du Rosaire. Nous l’entendons dans l’évangile.

L’évangéliste nous dit aussi que Jésus resta quarante jours dans le désert, très laconiquement. On sait par les autres évangélistes qu’Il y jeûna ; le jeûne a toujours été une attitude qui accompagnait une prière intense, ou une pénitence volontaire pour expier quelque mal commis, tant dans l’Ancien Testament que dans le Nouveau. Il est dit de beaucoup de Saints qu’ils jeûnaient. Encore aujourd’hui, rappelons-le, l’Eglise nous demande de jeûner, mais seulement deux jours dans l’année : le Mercredi des Cendres (mercredi dernier, en début de Carême), et le Vendredi Saint, au terme du Carême, quand nous revivons la mort du Christ.

Jeûner n’est pas une attitude que certains appelleraient aujourd’hui “masochiste” ; il ne s’agit pas de  se complaire dans des pratiques douloureuses pour le plaisir de souffrir la faim - et de risquer d’en perdre la santé. Il est vrai que certains Pères du désert et certains Saints ont pratiqué des austérités véritablement effrayantes : ce qu’il faut admirer en cela n’est pas leur “prouesse”, mais l’humilité profonde avec laquelle ils ont uni leurs souffrances à celles du Sauveur. Mais pour nous, l’Eglise reste maternellement prudente et ne nous impose rien de si austère : un jour de jeûne, il nous est demandé de faire un seul vrai repas (plutôt à midi), avec aussi une boisson chaude au petit matin et avant de se coucher, et ce uniquement pour les adultes de dix-huit à soixante-cinq ans, pourvu qu’ils aient une santé qui puisse supporter cette privation.

Les mêmes jours de jeûne ainsi que tous les autres vendredis de Carême, il nous est demandé de faire “abstinence de viande”, et donc de manger du poisson ou de l’œuf, ce qui ne constitue pas vraiment une privation, vu que ces nourritures sont extrêmement riches pour la santé : c’est seulement une attention particulière pour honorer la mémoire de la mort du Christ le Vendredi Saint. Nous pouvons toujours pratiquer l’abstinence les autres vendredis de l’année ou en d’autres jours, mais ce n’est pas là une obligation.

Ceux qui ont jeûné peuvent témoigner que cette pratique est fort utile pour la vie intérieure : en nous détachant un peu de la vie matérielle, elle nous aide à approfondir la méditation, la prière, le don de soi, la préoccupation pour les autres.

Jésus a jeûné : non pas qu’Il ait eu besoin de cela pour apprendre à prier, à parler avec Dieu le Père, à s’offrir pour tous les hommes, mais pour nous montrer comment amener ce corps humain qu’Il avait pris de nous, à s’élever vers plus de spiritualité, vers plus de sainteté.

 

*       *       *

Que cette période de Carême soit pour chacun de nous l’occasion de nous convertir davantage, de progresser dans la connaissance de Jésus-Christ - ce sont les termes de la Prière - pour arriver à Pâques un peu plus “ressuscités” à la vie du Christ.

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Published by samuelephrem - dans Homélies - année B

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