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6 novembre 2016 7 06 /11 /novembre /2016 00:53

Géraud d’Aurillac

855-909

 

Géraud naquit vers 855 à Aurillac, de Géraud et Adeltrude (v. 14 novembre ?). La famille comptait, dans ses ancêtres, s.Césaire d’Arles et s.Yrieix (v. 27 et 25 août). 

Dès avant la naissance, son père avait vu en songe un grand arbre sortir de son pied droit ; peu de jours avant la naissance, les parents entendirent dans le sein de la mère la voix de leur enfant qui, plus tard, devait si souvent louer la Sainte Trinité.

Comme son père, Géraud était comte. Il apprit le métier des armes, la chasse, mais se révéla de santé médiocre ; il fut même un moment couvert de boutons qu’on ne parvenait pas à guérir ; Géraud se perfectionna intellectuellement : grammaire, musique, Ecriture, droit, au point qu’il étonnait les clercs qui passaient à la maison.

La mort de ses parents rendit Géraud maître d’immenses domaines, qu’il voulut administrer avec une sainte sagesse, dans un esprit évangélique.

Il vit un jour une jeune fille serve qu’il pensa épouser ; mais il comprit qu’il se trompait et invita les parents à marier leur fille rapidement, l’affranchit et lui remit en dot une ferme ; ensuite il fut aveugle pendant un an. Plus tard, le duc d’Aquitaine lui proposa sa fille, mais Géraud déclina l’offre pour conserver sa chasteté.

Géraud préféra toujours la simplicité, la douceur et la générosité. Sa vie était celle d’un moine : avec son entourage, il priait l’office le matin et assistait à la Messe. Géraud parvenait à prier le psautier intégral chaque jour. Il mangeait peu, un repas par jour, faisant abstinence trois fois par semaine ; comme dans un monastère, il y avait la lecture pendant les repas.

Sa justice était véritablement évangélique. Il savait défendre son droit, mais aussi pardonner. 

Il se vit obligé de prendre les armes contre des voisins, mais il ordonna à ses hommes de charger l’épée à l’envers, ce qui mit en déroute l’ennemi : on comprit que Dieu était avec lui et le protégeait. D’autres fois, de véritables miracles eurent lieu, où l’on voyait la main de Dieu. Le comte de Turenne se blessa lui-même avec son épée et rentra honteux. Le comte Adémar voulut le surprendre de nuit quand il dormait dans un pré, mais ne put le trouver ; Adémar occupa un de ses châteaux mais, quand il voulut attaquer Géraud, ses hommes crurent voir en face d’eux des tentes innombrables et se rendirent : Géraud les laissa partir. Le frère d’Adémar voulut prendre Aurillac tandis que Géraud assistait à la Messe : il ne put voler que sept chevaux et en perdit plus de soixante sur son retour, et mourut deux semaines plus tard, pendant qu’une tempête arrachait le toit de sa demeure.

Géraud fut contraint de lancer une expédition contre un petit seigneur brigand. Il put l’arrêter sans le blesser et lui dit simplement : Tu n’es pas le plus fort, cesse de faire le mal ; je te relâche sans te demander ni otage, ni serment, ni réparation.

Nouveau Salomon, Géraud était consulté de très loin. Il intervint jusqu’à Plaisance (Italie). Quand il ne pouvait dissiper une discorde, il faisait célébrer la Messe pour la réconciliation des plaignants. 

Le dimanche, Géraud présidait le plaid, assemblée de justice aux jugements sans appel ; s’il ne pouvait empêcher parfois une peine de mort, il n’hésitait pas à favoriser une évasion pour un délit mineur. 

Il surprit un jour un voleur dans sa propre tente : il lui ordonna de vite partir avec ce qu’il tenait en main. 

Au château, il y avait toujours des habits, des chaussures, de l’argent pour les pauvres de passage ; Géraud goûtait lui-même le vin et le repas qu’on leur servait.

Surpris de voir une brave femme conduire la charrue, car son mari était malade, il lui paya un domestique ; rencontrant près de Rome un Berrichon malade et abandonné de ses compagnons de pèlerinage, il lui donna l’argent nécessaire pour se soigner et achever son voyage.

Géraud fit (au moins) sept fois le pèlerinage à Rome, outre ceux qu’il faisait à Saint-Martin de Tours ou Saint-Martial de Limoges. Son passage était signalé par la rumeur publique, car on savait qu’il laissait des aumônes importantes.

L’Eglise fut bien sûr particulièrement favorisée de cette libéralité : Géraud lui remettait le neuvième de ses revenus. Il aurait volontiers remis au pape tous ses domaines et son autorité, et se serait fait moine, mais l’évêque lui conseilla de demeurer à sa place, pour le bien de ses administrés. Géraud put cependant porter la tonsure monastique (qu’il dissimulait avec sa couronne de comte), raser sa barbe (sous prétexte de commodité), porter des vêtements de lin comme les clercs et, s’il devait paraître en public avec son épée, il la faisait porter devant lui pour ne pas la porter lui-même.

La grande œuvre de Géraud fut la construction de l’église et de l’abbaye d’Aurillac, sous la règle de saint Benoît (v. 21 mars). Ce fut vers 885. Géraud chercha à y faire venir de saints moines, qui ne surent pas être à la hauteur de leur Fondateur. Mais plutôt que d’intervenir dans la vie de la communauté monastique, Géraud priait et faisait célébrer des Messes. 

L’abbaye d’Aurillac obtint du roi un diplôme d’immunité daté 899, et fut donnée à Saint Pierre, de sorte qu’elle était absolument exempte de toute autorité laïque ou religieuse. Elle était dotée de revenus suffisants pour nourrir les moines. La première église s’écroula ; la deuxième fut dédiée à saint Pierre.

En 902, Géraud fut frappé de cécité et passa son temps à prier et à entendre de pieuses lectures. Une de ses dernières joies fut, en 907, la dédicace de l’église de l’abbaye.

En septembre 909, Géraud sentit la mort approcher. Il dicta son testament, qui favorisait principalement l’abbaye d’Aurillac, mais ses proches aussi ; il libéra cent serfs, le maximum que lui autorisait la loi. Il tomba malade à Cezerniacum, localité qu’on croit identifier avec l’actuelle Saint-Cirgues (Lot) et fit venir l’évêque. Le vendredi 13 octobre 909, il psalmodia encore l’office avec ses chapelains ; on le croyait mort, mais devant l’Eucharistie qu’on lui apportait, il ouvrit les yeux, communia, et mourut.

Sept années après cette pieuse mort, un clerc limousin demanda aux moines si le sarcophage continuait à s’élever ;  les moines furent bien surpris, en l’examinant, qu’il n’était plus enterré que jusqu’au couvercle, et que le prodige continuait encore.

Ce n’était pas le premier miracle qu’on constatait ; il y en avait eu du vivant du saint comte ; on savait que l’eau dont Géraud se lavait les mains, faisait des guérisons, d’un boîteux ici, d’un enfant aveugle là ; il semble que les miracles de Géraud aient intéressé particulièrement les aveugles, en France ou en Italie. Gêné par cette renommée, il cherchait à faire des miracles «en secret» (!), rien à faire, on criait même Saint Géraud, saint Géraud !

Géraud apprit mystérieusement en Italie qu’un ami moine était mort et fit prier pour lui ; on remarqua qu’en effet le moine était mort au moment où Géraud faisait prier pour lui.

Le comte Raymond de Toulouse s’obstinait à garder prisonnier le neveu de Géraud ; celui-ci apparut auprès du lit de Raymond et le menaça des pires châtiments : Raymond implora son pardon et relâcha le prisonnier.

Les miracles continuèrent après la mort de Géraud. Aurillac devint célèbre, les bâtiments insuffisants. Une nouvelle église fut consacrée en 962. De cette abbaye sortit un certain Gerbert, le futur pape Sylvestre II. Un des abbés fut Odon, plus tard abbé de Cluny, et auteur de la première biographie de Géraud.

En 1569, les calvinistes détruisirent entièrement l’abbaye, brûlant tous les parchemins, les archives, les meubles ; l’église fut reconstruite plusieurs fois.

Géraud reste un exemple exceptionnel de «sainteté laïque» : il n’était ni prêtre, ni ermite, encore moins martyr ; il fut un saint homme, au sens propre du mot.

Saint Géraud d’Aurillac est commémoré le 13 octobre dans le Martyrologe Romain.

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