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5e dimanche de Pâques - B

 

Un mois déjà est passé depuis la fête de Pâques. Avec le temps, très souvent on perd de bonnes habitudes : peut-être la solennité de Pâques s’est-elle déjà estompée dans notre esprit, et en même temps nos résolutions d’être “renouvelés” et ressuscités avec Christ… C’est là la faiblesse humaine, et cela arriva chez les chrétiens du premier siècle, où des dissensions naquirent ici et là, qu’il fallut examiner fraternellement et résoudre. 

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On le voit dans la première lecture d’aujourd’hui : Paul ne fut pas reçu très facilement par tous après sa conversion, pourtant bouleversante, à Damas : c’est Barnabé qui fraternellement dut se charger de le présenter aux Apôtres, pour les rassurer. 

Qui était ce Barnabé ? Les Actes des Apôtres nous le disent brièvement en Ac 4:36-37 : Joseph, surnommé par les apôtres Barnabé (ce qui veut dire fils d’encouragement), lévite originaire de Chypre, possédait un champ ; il le vendit, apporta l’argent et le déposa aux pieds des apôtres.

Il faut savoir que l’île de Chypre, qui se trouve en face de Tarse, possédait une colonie juive importante, et que cette colonie avait reçu une forte influence hellénistique. Paul, comme Barnabé, parlait le grec, comme on le lit aujourd’hui : Il parlait aux Juifs de langue grecque. Paul et Barnabé s’étaient vraisemblablement déjà connus à Tarse, à l’école de Gamaliel.

Après sa conversion, Paul resta, dit-il lui-même (cf. Ga 1:17-18), trois ans à Damas. C’est là que les Chrétiens lui firent descendre les murs de la ville dans une corbeille (Ac 9:25) pour échapper aux Juifs révoltés et lui permettre de gagner Jérusalem.

On reste touché par l’attitude fraternelle et courageuse de Barnabé, qui prend sur lui de convaincre la communauté sur la sincère conversion de Paul : Barnabé le prit avec lui et le présenta aux Apôtres, écrit Luc. Dès sa conversion, Barnabé s’était montré généreux en vendant son champ ; ici, il se montre courageux en affrontant l’opinion publique ; il est fraternel en protégeant son ami. C’est l’expression chrétienne de l’amitié dans l’amour de la Vérité.

La lecture s’achève aujourd’hui par cette brève description de l’atmosphère fraternelle dans la première Eglise : L’Eglise était en paix… Dans la crainte du Seigneur, elle se construisait et elle avançait ; elle se multipliait avec l’assistance de l’Esprit Saint.

 

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Le psaume que nous lisons parle de l’annonce du Seigneur aux générations à venir. Nous sommes bien dans l’ambiance de l’annonce, du «kérigme» des premiers Apôtres. 

Mais comment commence ce psaume 21 ? Par ce verset que le Christ prononça sur la croix : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? 

Le Christ a vécu, sur la croix, ce moment d’abandon, de solitude totale, pour consommer son Sacrifice jusqu’au bout. Mais ce moment de la mort n’était que le passage vers la résurrection. Quand Jésus prononce le premier verset du psaume 21, Il sait bien que le psaume s’achève sur un cri de victoire et d’action de grâce : dans moins de deux jours, Il sera ressuscité.

Ce psaume est vraiment le psaume du “passage” (Pascha = Passage) : commençant par les souffrances et les sentiments de la Passion, peu à peu le psalmiste exprime sa foi en Dieu sauveur, son espérance d’être sauvé, et finalement achève sa prière par un véritable chant de victoire, d’action de grâce pour tout ce que Dieu a fait : “Voilà son œuvre”.

Notre foi doit nous aider, à tout moment, à “passer” du mal au bien ; il ne faut jamais nous arrêter à un échec, à une épreuve, à une chute : après la détresse, l’espérance ; après la chute, le relèvement. Le juste tombe sept fois et se relève, lit-on au livre des Proverbes (Prov 24:16).

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On a vu, dans l’attitude de Barnabé envers Paul, quelle amitié liait les premiers Chrétiens : c’était un amour fraternel dans la crainte de Dieu.

Ce que saint Jean nous enseigne dans la deuxième lecture est frappant ; si un commandement suggère d’habitude quelque chose de contraignant et d’ennuyeux, celui qu’il nous rappelle est vraiment un commandement spécial et nouveau : Avoir foi en Jésus, et nous aimer les uns les autres.

Aucun précepte moral, aucune attitude disciplinaire, rien d’imposé, rien de difficile ! Et Jean ne dit pas que c’est son opinion personnelle, c’est son commandement, dit-il, le commandement de Jésus : croire qu’il est le Fils de Dieu, envoyé dans le monde, et le suivre en nous aimant fraternellement.

Jean y met, certes, une «condition» : si notre cœur ne nous accuse pas. Notre cœur nous accuse si nous tenons cachés des sentiments qui ne coïncident pas avec l’amour fraternel que nous proclamons, si notre attitude est double, fausse, mensongère. Mais les enfants de Dieu ne peuvent pas être doubles.

Spontanément, les enfants de Dieu entretiennent l’amour fraternel, à l’image du Christ : le pardon, la patience, le sourire, la bonne humeur, l’humilité, l’entr’aide, les petits services quotidiens qu’on sait se rendre les uns aux autres pour se faciliter la vie, pour aider les personnes handicapées et âgées…

Mais comme l’Esprit du mal est toujours à l’affût pour casser les meilleures amitiés, nous sommes bien tentés parfois, de renoncer à l’amour total, par esprit de vengeance pour un affront reçu, par souci de “justice” pour un dû, pour une injuste inégalité de traitement, pour un professeur trop sévère ; très facilement on se vexe pour une injustice, une réflexion mal-venue. Mais nous sentons bien, en nous, que ce n’est pas l’Esprit-Saint qui nous suggère ces pensées. Saint Pierre nous en avertit dans son épître : Le Diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer (1P : 5:8).

Au contraire, demeurer dans l’amour, c’est demeurer en Dieu, et l’Esprit nous suggère bien autre chose que l’aggressivité.

Jésus s’est toujours tu devant ses agresseurs : Si l’on te frappe sur la joue droite, tends l’autre aussi (Mt 5:39). En voici d’autres exemples : le pasteur protestant roumain Richard Wurmbrand (que l’on trouvera aisément sur Internet), fut tellement patient et doux envers son geôlier qui le torturait, qu’il l’amena à la conversion ; une femme malgache, maintenant canonisée, supporta très patiemment la dureté de son pauvre mari, par fidélité au lien sacré du mariage et par amour de Jésus-Christ : c’est sainte Victoire Rasoamanarivo, qui vivait au XIXe siècle, canonisée en 1989 (v. 21 août). Avec la grâce de Dieu, tout est possible.

Plutôt que de se plaindre que les voisins de l’immeuble nous sont inconnus, essayons de les inviter à prendre une tasse de thé !

 

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Jean ajoute que, si notre cœur ne nous accuse pas, tout ce que nous demandons (à Dieu), il nous l’accorde. C’est précisément ce qu’il a entendu Jésus dire lors de la Dernière Cène et que nous lisons aujourd’hui : Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voudrez, et vous l’obtiendrez.

Quelle grande promesse ! N’hésitons pas à en profiter ! Demandons !

Il n’est pas rare, toutefois, d’entendre ce genre de réflexions : Ma prière ne sert à rien… Dieu ne m’écoute pas… Dieu nous a abandonnés…

Ce n’est pas vrai ! Dieu écoute toujours notre prière, jamais Il ne nous abandonne.

Dieu nous met aussi à l’épreuve ; nous avons le «droit» d’imiter Jésus-Christ dans sa passion avant de Le suivre dans la résurrection, parce que nous ne faisons qu’Un avec Lui. C’est là la vraie Vigne, que Dieu soigne avec tant de patience et d’amour.

Quand Jésus dit aux Apôtres (et à nous, bien sûr) : Demeurez en moi, il ne dit pas autre chose que le commandement dont parlait Jean plus haut.

Mais quels sont donc les fruits que nous promet Jésus ? Lisons les vies des Saints : 

Les Saints ont été tellement humbles, tellement perdus dans l’Amour de Dieu, que leur volonté adhérait totalement à celle de Dieu : ce n’était pour ainsi dire pas étonnant qu’ils obtenaient de Dieu “tout ce qu’ils voulaient” : s.François d’Assise commanda au loup de Gubbio de ne plus tracasser la vie des habitants ; s.Martino de Porrès (XVIIe siècle) commandait aux rats d’aller au fond du jardin et de laisser tranquilles les moines du couvent ; s. Rieul (IIIe siècle), évêque à Senlis, fit taire les grenouilles dont le coassement couvrait sa voix lors d’une prédication. Des milliers de cas semblables illustrent vingt siècles de christianisme.

 

*       *       *

Quand nous sommes installés dans l’amour fraternel, nous nous sentons intimement «libres», car nous sentons en nous la vérité, le bien. Seul Dieu est vraiment «libre», car Il ne peut faire le mal.

Dans la vie éternelle, nous connaîtrons cette liberté totale et entière.

Tout ce que nous pouvons demander à Dieu peut ainsi se ramener à cette instante Prière que nous disons aujourd’hui : Accorde-nous la vraie liberté et la vie éternelle.

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Published by samuelephrem - dans Homélies - année B

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