Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog
/ / /

 

Annonciation

 

Les deux solennités de saint Joseph et de l’Annonciation sont parfois reportées après Pâques, lorsqu’elles tombent durant la Semaine Sainte ou l’Octave de Pâques.

Normalement, la solennité de l’Annonciation se célèbre le 25 mars, neuf mois avant celle de Noël.

.

*       *       *

 

Admirons la prophétie d’Isaïe, qui annonce au roi, huit siècles avant la naissance du Christ, qu’une jeune femme est enceinte, et qu’elle enfantera un fils, et on l’appellera Emmanuel.

Cette prophétie solennelle fait suite à une autre, à laquelle le roi Achaz ne croyait pas. Il doutait que Dieu pouvait lui donner la victoire contre deux envahisseurs ; et sa réponse au Prophète est insolente : invité par une telle autorité à demander un signe divin, au lieu de saisir l’occasion, il répond avec mépris : Je ne tenterai pas le Seigneur.

Aujourd’hui, c’est principalement la prédiction d’Isaïe qui va nous occuper. 

On peut d’abord remarquer qu’Isaïe ne s’adresse plus au roi Achaz, mais à toute la maison de David. La prophétie ne devant s’accomplir que plusieurs siècles après la mort du roi, il fallait en confier la prédiction traditionnelle à toute la maison de David ; le signe sera le gage certain de la conservation de la lignée royale. Ainsi le royaume de David ne devait plus craindre d’être écrasé par les rois alentour.

Vient alors le si fameux verset, qui a suscité beaucoup de commentaires variés :

1. Voici, la jeune femme est enceinte, elle enfantera un fils…

a. D’abord, le mot Voici ne signifie pas que l’événement annoncé doive se produire immédiatement. Ce terme introduit très souvent une proposition qui intéresse le futur, comme par exemple : Voici que des jours viendront (Je 30:3).

b. Passons au terme de jeune vierge, en hébreu alma.

Le terme alma se rencontre sept fois dans l’Ecriture, et désigne chaque fois une jeune fille, vierge, dans l’innocence virginale la plus absolue (v. Gn 24:43 ; Ex 2:8 ; Is 7:14 ; Ct 1:3 et 6:8 ; Ps 67:26 ; Pr 30:19).

Il faut distinguer ce terme de deux autres : Naara, qui désigne n’importe quelle jeune femme, mariée ou non, et Betula, qui correspond à notre demoiselle, une femme non mariée, sans distinction d’âge.

Saint Jérôme, qui avait étudié l’hébreu auprès du meilleur scripturiste hébreu de son temps, écrit précisément que le mot Alma désigne toujours une femme jeune et vierge, jamais une femme mariée. Etymologiquement, Alma signifie cachée, retirée, gardée avec le plus grand soin par ses parents. Comme certains docteurs juifs contestaient cette explication, le même Docteur les défia de lui montrer un seul endroit des Ecritures où Alma signifie simplement jeune personne et non pas vierge.

Même l’hérésiarque Martin Luther, proposait de donner cent florins à un Juif qui lui prouverait qu’Alma signifie autre chose qu’une vierge.

Revenant à la prophétie d’Isaïe : quelle importance y aurait-il donc à annoncer qu’une jeune femme enfanterait un enfant, sinon pour signifier que cet enfantement devait revêtir un caractère singulier ?

c. La vierge est enceinte, elle enfantera… Il faut remarquer que le texte original hébreu se sert ici de deux participes présents. Il faudrait traduire littéralement : Voici que la vierge (sera) étant enceinte et enfantant, ce qui veut dire que cette Femme qui concevra et enfantera, sera et restera vierge. Si le texte avait été au futur : «Voici que la vierge concevra et enfantera», on aurait facilement pu entendre que celle qui est vierge maintenant deviendra mère, et ne sera donc plus vierge, ce qui n’aurait en soi rien de très étonnant, comme on l’a dit plus haut.

d. Il ne sera pas sans intérêt de noter ici une particularité tout-à-fait exceptionnelle de l’Ecriture, qui se présente en Is 9:6. Le texte hébreu de cette prophétie où Isaïe annonce la naissance miraculeuse de l’Enfant Sauveur, offre une irrégularité frappante dans l’orthographe du premier mot du verset 6, lemarbé. Le substantif marbé commence par la lettre mem ; or, en début de mot, un mem s’écrit en «demi-lune», tandis qu’en Is 9:6 il est écrit sous la forme du mem fermé, qu’on n’utilise qu’en fin de mot ou de phrase.

L’ancienne Synagogue n’est pas restée insensible à ce mystère. Elle enseignait que ce mem fermé du terme lemarbé indique un grand mystère dans la manifestation du Messie, c’est-à-dire la pureté toujours intacte de la glorieuse Mère du Christ.

Pour mieux expliquer ceci, il est utile de faire observer qu’en hébreu le nom de Marie (Myriam) commence par la lettre mem et se termine par la même lettre. Fermée avant et fermée après, Marie conserve son intégrité au commencement et à la fin. Vierge dans sa naissance, vierge avant sa maternité, vierge après l’enfantement, vierge à sa mort bienheureuse. Un commentateur hébreu s’exprime ainsi : Le mem fermé se maintient entier comme la mère céleste qui est elle-même ce mem fermé, ainsi que nous le savons par le mystère du mot lemarbé d’Isaïe.

Cette prophétie fut si solennelle, que non seulement elle fut transmise dans la Synagogue de génération en génération,  mais aussi elle traversa les frontières et se colporta partout ailleurs, avec les altérations dues aux milieux païens qui n’avaient pas reçu la Vérité. Cette Femme est celle dont il est question au livre de la Genèse : 

Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien. Il (au masculin : le Messie) t’écrasera la tête (Gn 3:15) ; cependant, à cause de l’union entre la mission de Marie et celle de Jésus, la traduction latine de ce verset porte le féminin : Elle t’écrasera la tête…

A propos du lignage de la femme, il faut savoir que cette expression ne se trouve nulle part ailleurs dans l’Ecriture. Ce lignage, cette progéniture de la femme, c’est-à-dire le Messie, fils de Marie, n’aura pas de père naturel humain. Quand plus tard, le Christ parlant de soi-même dira le Fils de l’homme, il faudra bien faire attention que c’est la traduction littérale de l’hébreu, qui signifie tout simplement «un individu du genre humain», de la même façon qu’un Israélite est appelé «fils d’Israël» et qu’un étranger à la nation est appelé «fils de l’étranger». Si l’Ecriture avait voulu parler du fils d’un homme, le texte aurait été traduit en latin par «filius viri».

2. On l’appellera Emmanuel (c’est-à-dire Dieu avec nous) : il semble clair que cette expression signifie que cet être qui naîtra de la vierge, sera bien «Dieu avec nous». Comment donc pourrait-on nier que Jésus est Dieu, comme font certains qui, tout en se disant Chrétiens, nient la divinité du Christ ?

3. De crème et de miel il se nourrira : par cette expression, Isaïe précise que, comme tous les autres bébés, on donnera à ce nourrisson une nourriture d’homme, car ce Dieu sera en même temps homme. Il est bon de savoir que les Hébreux nourrissaient les enfants du premier âge d’un mélange de miel et de lait ou beurre clarifié. Le Talmud en parle, de même ensuite que saint Jérôme et d’autres auteurs. Jérôme affirme aussi que les néophytes goûtent du miel et du beurre, pour signifier l’enfance, de même aussi Tertullien. D’après la Mythologie, Jupiter reçut enfant une nourriture semblable.

4. Avant même que cet enfant sache rejeter le mal et choisir le bien… : ici le Prophète ne parle plus du Messie, qui spontanément connaît le bien et rejette le mal ; le démonstratif cet signifie précisément «le petit garçon ici présent, que tu vois près de moi», en l’occurence le propre fils d’Isaïe,  Scheèr-Yaschub ; et avant que ce petit garçon sache discerner ce qui est bien et ce qui est mal, les deux rois dont Achaz avait si peur, seront effacés de la terre.

Il ne s’agit pas ici de céder à la polémique. On a rassemblé quelques idées qui semblaient s’imposer par leur clarté. Il est vrai que certains Rabbins les contestent, mais les meilleures autorités juives, fidèles à la tradition authentique de la Synagogue, ont parfaitement reconnu, et même avant le Christ, que la prophétie concernait le Messie, et qu’il naîtrait d’une Vierge.

 

*       *       *

 

Le psaume 39, que saint Paul va ensuite commenter, semble s’articuler en deux sections. Le psalmiste, David, rappelle d’abord les bienfaits qu’il a reçus de Dieu, puis L’appelle au secours dans les malheurs actuels. Cette deuxième section constituera plus tard le psaume 69.

On pourrait imaginer le Christ-Homme chanter ce psaume : au début, membre de la communauté juive, il se rappelle les moments glorieux de l’histoire du peuple juif - la libération de l’Egypte, les Juges, les Prophètes -, et il remercie Yahwé : Combien tu as fait, toi, de merveilles, de projets pour nous ! Je veux le publier… Puis il évoque la fin des anciens sacrifices, et dit l’extrait que nous avons aujourd’hui : Tu ne voulais ni offrande ni sacrifices… ni holocauste ni victime, alors j’ai dit : «Voici, je viens».

 

*       *       *

 

Ce je viens exprime très bien l’arrivée du Fils de Dieu sur la terre, se présentant à son peuple, allant au-devant du Sacrifice suprême, pour accomplir ce qui est écrit pour (lui) dans le livre (des prophéties).

Durant sa vie publique, le Christ a annoncé dans la grande assemblée le message de la Bonne Nouvelle, et c’est bien cet Evangile que Paul transmet à son tour aux premiers Chrétiens, aux Hébreux convertis.

 

*       *       *

 

Nous arrivons ainsi à l’Instant solennel où le Fils de Dieu entre dans le monde, en prenant chair dans le corps virginal de Marie.

De saint Gabriel, le pape saint Grégoire le Grand commente qu’il fut envoyé à la Vierge Marie, et non pas un ange quelconque : pour ce ministère, il s’imposait d’envoyer un ange du plus haut rang annoncer le plus haut de tous les événements, l’Incarnation du Verbe éternel et divin. Et d’ajouter : A la Vierge Marie, c’est Gabriel qui est envoyé, dont le nom signifie «Force de Dieu» : ne venait-il pas annoncer Celui qui voulut se manifester dans une humble condition pour triompher des puissances démoniaques ? C’est donc par la «force de Dieu» que devait être annoncé Celui qui venait comme le Dieu des armées, le vaillant des combats.

Tout ce qui a été dit à propos d’Alma concerne évidemment cette Vierge de Nazareth, qui s’appelait Marie.

Marie est pleine de grâce. Le texte original grec comporte ici un verbe au participe passé, intraductible en français sinon par une lourde périphrase : toi qui as été et demeure toujours remplie de la grâce. Notre expression pleine de grâce veut dire tout cela, et nous devons y voir la présence pérenne de la grâce en la personne de Marie, conçue sans péché, toujours vierge, avant, pendant et après sa sainte maternité.

Marie est tellement pleine de grâce que, même avant qu’elle ait répondu à l’invitation de l’ange, elle est déjà habitée par le Seigneur : Le Seigneur est avec toi, lui dit-il.

L’ange a commencé par un salut : le grec Xairé est encore aujourd’hui utilisé par les Grecs, mais n’a pas le sens fort qu’il a dans l’Evangile. Quand l’ange dit Xairé, il veut vraiment dire : Réjouis-toi, Marie, tant l’annonce qu’il apporte est une Bonne Nouvelle, une réelle joie.

Et l’ange expose à Marie la mission que Dieu va lui proposer ; en quelques mots, il reprend l’essentiel de ce qui fut annoncé par les prophètes : 

  • Tu vas concevoir et enfanter un fils (cf. l’hébreu tu seras concevant et enfantant un fils, voir plus haut)
  • tu lui donneras le nom de Jésus (Yahvé sauve)
  • il sera appelé Fils du Très-Haut, au futur, car c’est l’Eglise qui, plus tard, chantera l’Altissimi Filius.
  • il siègera sur le trône de David
  • il régnera pour toujours sur la maison de Jacob
  • son règne n’aura pas de fin

 

Marie, qui a vécu au Temple depuis son enfance, connaît les Ecritures, elle connaît la prophétie d’Isaïe. Simplement, humblement, elle demande une explication à l’Ange : comment cela va-t-il donc se faire ? Marie ne dit pas puisque je suis vierge ; cet état de virginité, pourrait-on en effet objecter, a été si agréable à Dieu, qu’Il va maintenant t’accorder le don de la maternité, avec Joseph.

En disant je ne connais pas d’homme, Marie exprime, au temps présent qui signifie un état permanent, qu’elle n’a pas ni n’aura jamais de relations avec un homme. En quelque sorte, elle a fait le vœu perpétuel de virginité, ce qui exclut a priori toute progéniture, humainement parlant.

Qu’il soit permis d’ajouter aussi cette réflexion, à l’attention de ceux qui regretteraient l’absence totale de Joseph dans tout cet événement. L’attitude de Joseph est plus longuement racontée dans l’évangile de Matthieu. Joseph est réellement le père de Jésus au sens où c’est Dieu le Père qui engendre son Fils, car Joseph est là pour représenter visiblement Dieu le Père sur terre. Jésus, pourrait-on dire, n’avait pas besoin d’être engendré selon la loi naturelle humaine, n’avait pas besoin de «recevoir» la vie, puisqu’il était Lui-même la Vie. Il devait seulement recevoir sa forme humaine, de Marie.

Celle-ci reçoit alors l’explication du miracle de cette conception divine : c’est l’Esprit Saint, l’Amour de Dieu, qui va intervenir, qui va te couvrir, te prendre sous son ombre. Cette dernière expression rappelait la présence de Dieu dans la nuée qui couvrait l’arche (v. Ex 13:22, cette nuée guidait le peuple, comme le Christ devait guider l’Eglise). Encore une fois, Marie pouvait comprendre immédiatement l’allusion.

L’Ange ajoute c’est pourquoi l’enfant sera saint et sera appelé Fils de Dieu, au futur. Plus tard seulement, on proclamera la divinité de Jésus. Pour l’instant, la naissance, l’enfance, l’adolescence de Jésus adviendront, dans la plus complète discrétion, comme celles de tous les enfants des hommes, car Jésus doit être parfaitement homme. Le premier à crier que Jésus est le Saint de Dieu, sera un possédé (v. Lc 4:34), à qui Jésus intimera le silence. Ce sera Pierre qui fera une profession de foi en déclarant à Jésus : Nous savons que tu es le Saint de Dieu (Jn 6:69) et aussi Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant (Mt 16:16) ; déjà en Mt 14:33, Pierre était de ceux qui, dans la barque, reconnurent : Vraiment tu es Fils de Dieu ; finalement, le premier fidèle à le proclamer sera le centurion : Vraiment cet homme était fils de Dieu (Mc 15:39), et l’on sait que Marc rédigea son évangile sur la parole de Pierre.

Vient ensuite l’annonce du signe de cette promesse : la naissance de Jean-Baptiste (voir Lc 1:5:25 et 57-80). C’est parce qu’Elisabeth en était au sixième mois, que la fête de Jean-Baptiste a été établie trois mois après l’Annonciation, le 24 juin. Et c’est en raison du lien entre ces deux événements, que la fête de la Visitation de Marie fut établie récemment au 31 mai.

La réponse de Marie n’est pas une simple formule : Je suis la servante du Seigneur. De même qu’Isaïe avait annoncé la passion du Serviteur de Dieu (cf. Is 42:1-9 ; 49:1-6 ; 50:4-9 ; 52:13-15-53:1-12), Marie comprend qu’elle sera unie de tout son être à cette passion et sera, véritablement, elle aussi la Servante de Dieu. Non sans raison l’Eglise l’invoque comme Reine des Martyrs.

Une mère est toujours intimement liée à son fils. En particulier, les prêtres et leur maman conservent toujours un lien très fort dans tous les moments de leur vie. Marie a vraiment vécu intimement toute la vie de son fils Jésus.

 

*       *       *

 

En conclusion, on ne pourra que recommander la pratique si douce et si facile de la brève prière de l’Angelus, par laquelle nous revivons trois fois par jour l’Annonciation, l’Incarnation, la Passion et la Résurrection du Messie, notre Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, fils de Marie, notre Sauveur.

Cette prière se dit, quand c’est possible, à genoux, sauf le dimanche, en signe de résurrection. Elle ne se dit pas au temps pascal, étant remplacée par l’antienne glorieuse du Regina Cæli.

Le jour de Noël et de l’Annonciation, où l’on proclame le Credo, on s’agenouille aux mots Et incarnatus est… Par l’Esprit-Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s’est fait homme.

Voici une version française de cette prière : 

 

L’ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie.

Et elle conçut du Saint-Esprit.

    Réjouis-toi, Marie, pleine de grâce…

Voici la servante du Seigneur.

Qu’il me soit fait selon ta parole.

    Réjouis-toi, Marie, pleine de grâce…

Et le Verbe s’est fait chair.

Et il a habité parmi nous.

    Réjouis-toi, Marie, pleine de grâce…

Prie pour nous, sainte Mère de Dieu.

Afin que nous soyons rendus dignes des promesses du Christ.

    Prions : 

Que ta grâce, Seigneur notre Père, se répande en nos cœurs : par le message de l’ange, tu nous as fait connaître l’incarnation de ton Fils bien-aimé, conduis-nous par sa passion et par sa croix jusqu’à la gloire de la résurrection. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.

Annonciation

 

Les deux solennités de saint Joseph et de l’Annonciation sont parfois reportées après Pâques, lorsqu’elles tombent durant la Semaine Sainte ou l’Octave de Pâques.

Normalement, la solennité de l’Annonciation se célèbre le 25 mars, neuf mois avant celle de Noël.

.

*       *       *

 

Admirons la prophétie d’Isaïe, qui annonce au roi, huit siècles avant la naissance du Christ, qu’une jeune femme est enceinte, et qu’elle enfantera un fils, et on l’appellera Emmanuel.

Cette prophétie solennelle fait suite à une autre, à laquelle le roi Achaz ne croyait pas. Il doutait que Dieu pouvait lui donner la victoire contre deux envahisseurs ; et sa réponse au Prophète est insolente : invité par une telle autorité à demander un signe divin, au lieu de saisir l’occasion, il répond avec mépris : Je ne tenterai pas le Seigneur.

Aujourd’hui, c’est principalement la prédiction d’Isaïe qui va nous occuper. 

On peut d’abord remarquer qu’Isaïe ne s’adresse plus au roi Achaz, mais à toute la maison de David. La prophétie ne devant s’accomplir que plusieurs siècles après la mort du roi, il fallait en confier la prédiction traditionnelle à toute la maison de David ; le signe sera le gage certain de la conservation de la lignée royale. Ainsi le royaume de David ne devait plus craindre d’être écrasé par les rois alentour.

Vient alors le si fameux verset, qui a suscité beaucoup de commentaires variés :

1. Voici, la jeune femme est enceinte, elle enfantera un fils…

a. D’abord, le mot Voici ne signifie pas que l’événement annoncé doive se produire immédiatement. Ce terme introduit très souvent une proposition qui intéresse le futur, comme par exemple : Voici que des jours viendront (Je 30:3).

b. Passons au terme de jeune vierge, en hébreu alma.

Le terme alma se rencontre sept fois dans l’Ecriture, et désigne chaque fois une jeune fille, vierge, dans l’innocence virginale la plus absolue (v. Gn 24:43 ; Ex 2:8 ; Is 7:14 ; Ct 1:3 et 6:8 ; Ps 67:26 ; Pr 30:19).

Il faut distinguer ce terme de deux autres : Naara, qui désigne n’importe quelle jeune femme, mariée ou non, et Betula, qui correspond à notre demoiselle, une femme non mariée, sans distinction d’âge.

Saint Jérôme, qui avait étudié l’hébreu auprès du meilleur scripturiste hébreu de son temps, écrit précisément que le mot Alma désigne toujours une femme jeune et vierge, jamais une femme mariée. Etymologiquement, Alma signifie cachée, retirée, gardée avec le plus grand soin par ses parents. Comme certains docteurs juifs contestaient cette explication, le même Docteur les défia de lui montrer un seul endroit des Ecritures où Alma signifie simplement jeune personne et non pas vierge.

Même l’hérésiarque Martin Luther, proposait de donner cent florins à un Juif qui lui prouverait qu’Alma signifie autre chose qu’une vierge.

Revenant à la prophétie d’Isaïe : quelle importance y aurait-il donc à annoncer qu’une jeune femme enfanterait un enfant, sinon pour signifier que cet enfantement devait revêtir un caractère singulier ?

c. La vierge est enceinte, elle enfantera… Il faut remarquer que le texte original hébreu se sert ici de deux participes présents. Il faudrait traduire littéralement : Voici que la vierge (sera) étant enceinte et enfantant, ce qui veut dire que cette Femme qui concevra et enfantera, sera et restera vierge. Si le texte avait été au futur : «Voici que la vierge concevra et enfantera», on aurait facilement pu entendre que celle qui est vierge maintenant deviendra mère, et ne sera donc plus vierge, ce qui n’aurait en soi rien de très étonnant, comme on l’a dit plus haut.

d. Il ne sera pas sans intérêt de noter ici une particularité tout-à-fait exceptionnelle de l’Ecriture, qui se présente en Is 9:6. Le texte hébreu de cette prophétie où Isaïe annonce la naissance miraculeuse de l’Enfant Sauveur, offre une irrégularité frappante dans l’orthographe du premier mot du verset 6, lemarbé. Le substantif marbé commence par la lettre mem ; or, en début de mot, un mem s’écrit en «demi-lune», tandis qu’en Is 9:6 il est écrit sous la forme du mem fermé, qu’on n’utilise qu’en fin de mot ou de phrase.

L’ancienne Synagogue n’est pas restée insensible à ce mystère. Elle enseignait que ce mem fermé du terme lemarbé indique un grand mystère dans la manifestation du Messie, c’est-à-dire la pureté toujours intacte de la glorieuse Mère du Christ.

Pour mieux expliquer ceci, il est utile de faire observer qu’en hébreu le nom de Marie (Myriam) commence par la lettre mem et se termine par la même lettre. Fermée avant et fermée après, Marie conserve son intégrité au commencement et à la fin. Vierge dans sa naissance, vierge avant sa maternité, vierge après l’enfantement, vierge à sa mort bienheureuse. Un commentateur hébreu s’exprime ainsi : Le mem fermé se maintient entier comme la mère céleste qui est elle-même ce mem fermé, ainsi que nous le savons par le mystère du mot lemarbé d’Isaïe.

Cette prophétie fut si solennelle, que non seulement elle fut transmise dans la Synagogue de génération en génération,  mais aussi elle traversa les frontières et se colporta partout ailleurs, avec les altérations dues aux milieux païens qui n’avaient pas reçu la Vérité. Cette Femme est celle dont il est question au livre de la Genèse : 

Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien. Il (au masculin : le Messie) t’écrasera la tête (Gn 3:15) ; cependant, à cause de l’union entre la mission de Marie et celle de Jésus, la traduction latine de ce verset porte le féminin : Elle t’écrasera la tête…

A propos du lignage de la femme, il faut savoir que cette expression ne se trouve nulle part ailleurs dans l’Ecriture. Ce lignage, cette progéniture de la femme, c’est-à-dire le Messie, fils de Marie, n’aura pas de père naturel humain. Quand plus tard, le Christ parlant de soi-même dira le Fils de l’homme, il faudra bien faire attention que c’est la traduction littérale de l’hébreu, qui signifie tout simplement «un individu du genre humain», de la même façon qu’un Israélite est appelé «fils d’Israël» et qu’un étranger à la nation est appelé «fils de l’étranger». Si l’Ecriture avait voulu parler du fils d’un homme, le texte aurait été traduit en latin par «filius viri».

2. On l’appellera Emmanuel (c’est-à-dire Dieu avec nous) : il semble clair que cette expression signifie que cet être qui naîtra de la vierge, sera bien «Dieu avec nous». Comment donc pourrait-on nier que Jésus est Dieu, comme font certains qui, tout en se disant Chrétiens, nient la divinité du Christ ?

3. De crème et de miel il se nourrira : par cette expression, Isaïe précise que, comme tous les autres bébés, on donnera à ce nourrisson une nourriture d’homme, car ce Dieu sera en même temps homme. Il est bon de savoir que les Hébreux nourrissaient les enfants du premier âge d’un mélange de miel et de lait ou beurre clarifié. Le Talmud en parle, de même ensuite que saint Jérôme et d’autres auteurs. Jérôme affirme aussi que les néophytes goûtent du miel et du beurre, pour signifier l’enfance, de même aussi Tertullien. D’après la Mythologie, Jupiter reçut enfant une nourriture semblable.

4. Avant même que cet enfant sache rejeter le mal et choisir le bien… : ici le Prophète ne parle plus du Messie, qui spontanément connaît le bien et rejette le mal ; le démonstratif cet signifie précisément «le petit garçon ici présent, que tu vois près de moi», en l’occurence le propre fils d’Isaïe,  Scheèr-Yaschub ; et avant que ce petit garçon sache discerner ce qui est bien et ce qui est mal, les deux rois dont Achaz avait si peur, seront effacés de la terre.

Il ne s’agit pas ici de céder à la polémique. On a rassemblé quelques idées qui semblaient s’imposer par leur clarté. Il est vrai que certains Rabbins les contestent, mais les meilleures autorités juives, fidèles à la tradition authentique de la Synagogue, ont parfaitement reconnu, et même avant le Christ, que la prophétie concernait le Messie, et qu’il naîtrait d’une Vierge.

 

*       *       *

 

Le psaume 39, que saint Paul va ensuite commenter, semble s’articuler en deux sections. Le psalmiste, David, rappelle d’abord les bienfaits qu’il a reçus de Dieu, puis L’appelle au secours dans les malheurs actuels. Cette deuxième section constituera plus tard le psaume 69.

On pourrait imaginer le Christ-Homme chanter ce psaume : au début, membre de la communauté juive, il se rappelle les moments glorieux de l’histoire du peuple juif - la libération de l’Egypte, les Juges, les Prophètes -, et il remercie Yahwé : Combien tu as fait, toi, de merveilles, de projets pour nous ! Je veux le publier… Puis il évoque la fin des anciens sacrifices, et dit l’extrait que nous avons aujourd’hui : Tu ne voulais ni offrande ni sacrifices… ni holocauste ni victime, alors j’ai dit : «Voici, je viens».

 

*       *       *

 

Ce je viens exprime très bien l’arrivée du Fils de Dieu sur la terre, se présentant à son peuple, allant au-devant du Sacrifice suprême, pour accomplir ce qui est écrit pour (lui) dans le livre (des prophéties).

Durant sa vie publique, le Christ a annoncé dans la grande assemblée le message de la Bonne Nouvelle, et c’est bien cet Evangile que Paul transmet à son tour aux premiers Chrétiens, aux Hébreux convertis.

 

*       *       *

 

Nous arrivons ainsi à l’Instant solennel où le Fils de Dieu entre dans le monde, en prenant chair dans le corps virginal de Marie.

De saint Gabriel, le pape saint Grégoire le Grand commente qu’il fut envoyé à la Vierge Marie, et non pas un ange quelconque : pour ce ministère, il s’imposait d’envoyer un ange du plus haut rang annoncer le plus haut de tous les événements, l’Incarnation du Verbe éternel et divin. Et d’ajouter : A la Vierge Marie, c’est Gabriel qui est envoyé, dont le nom signifie «Force de Dieu» : ne venait-il pas annoncer Celui qui voulut se manifester dans une humble condition pour triompher des puissances démoniaques ? C’est donc par la «force de Dieu» que devait être annoncé Celui qui venait comme le Dieu des armées, le vaillant des combats.

Tout ce qui a été dit à propos d’Alma concerne évidemment cette Vierge de Nazareth, qui s’appelait Marie.

Marie est pleine de grâce. Le texte original grec comporte ici un verbe au participe passé, intraductible en français sinon par une lourde périphrase : toi qui as été et demeure toujours remplie de la grâce. Notre expression pleine de grâce veut dire tout cela, et nous devons y voir la présence pérenne de la grâce en la personne de Marie, conçue sans péché, toujours vierge, avant, pendant et après sa sainte maternité.

Marie est tellement pleine de grâce que, même avant qu’elle ait répondu à l’invitation de l’ange, elle est déjà habitée par le Seigneur : Le Seigneur est avec toi, lui dit-il.

L’ange a commencé par un salut : le grec Xairé est encore aujourd’hui utilisé par les Grecs, mais n’a pas le sens fort qu’il a dans l’Evangile. Quand l’ange dit Xairé, il veut vraiment dire : Réjouis-toi, Marie, tant l’annonce qu’il apporte est une Bonne Nouvelle, une réelle joie.

Et l’ange expose à Marie la mission que Dieu va lui proposer ; en quelques mots, il reprend l’essentiel de ce qui fut annoncé par les prophètes : 

  • Tu vas concevoir et enfanter un fils (cf. l’hébreu tu seras concevant et enfantant un fils, voir plus haut)
  • tu lui donneras le nom de Jésus (Yahvé sauve)
  • il sera appelé Fils du Très-Haut, au futur, car c’est l’Eglise qui, plus tard, chantera l’Altissimi Filius.
  • il siègera sur le trône de David
  • il régnera pour toujours sur la maison de Jacob
  • son règne n’aura pas de fin

 

Marie, qui a vécu au Temple depuis son enfance, connaît les Ecritures, elle connaît la prophétie d’Isaïe. Simplement, humblement, elle demande une explication à l’Ange : comment cela va-t-il donc se faire ? Marie ne dit pas puisque je suis vierge ; cet état de virginité, pourrait-on en effet objecter, a été si agréable à Dieu, qu’Il va maintenant t’accorder le don de la maternité, avec Joseph.

En disant je ne connais pas d’homme, Marie exprime, au temps présent qui signifie un état permanent, qu’elle n’a pas ni n’aura jamais de relations avec un homme. En quelque sorte, elle a fait le vœu perpétuel de virginité, ce qui exclut a priori toute progéniture, humainement parlant.

Qu’il soit permis d’ajouter aussi cette réflexion, à l’attention de ceux qui regretteraient l’absence totale de Joseph dans tout cet événement. L’attitude de Joseph est plus longuement racontée dans l’évangile de Matthieu. Joseph est réellement le père de Jésus au sens où c’est Dieu le Père qui engendre son Fils, car Joseph est là pour représenter visiblement Dieu le Père sur terre. Jésus, pourrait-on dire, n’avait pas besoin d’être engendré selon la loi naturelle humaine, n’avait pas besoin de «recevoir» la vie, puisqu’il était Lui-même la Vie. Il devait seulement recevoir sa forme humaine, de Marie.

Celle-ci reçoit alors l’explication du miracle de cette conception divine : c’est l’Esprit Saint, l’Amour de Dieu, qui va intervenir, qui va te couvrir, te prendre sous son ombre. Cette dernière expression rappelait la présence de Dieu dans la nuée qui couvrait l’arche (v. Ex 13:22, cette nuée guidait le peuple, comme le Christ devait guider l’Eglise). Encore une fois, Marie pouvait comprendre immédiatement l’allusion.

L’Ange ajoute c’est pourquoi l’enfant sera saint et sera appelé Fils de Dieu, au futur. Plus tard seulement, on proclamera la divinité de Jésus. Pour l’instant, la naissance, l’enfance, l’adolescence de Jésus adviendront, dans la plus complète discrétion, comme celles de tous les enfants des hommes, car Jésus doit être parfaitement homme. Le premier à crier que Jésus est le Saint de Dieu, sera un possédé (v. Lc 4:34), à qui Jésus intimera le silence. Ce sera Pierre qui fera une profession de foi en déclarant à Jésus : Nous savons que tu es le Saint de Dieu (Jn 6:69) et aussi Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant (Mt 16:16) ; déjà en Mt 14:33, Pierre était de ceux qui, dans la barque, reconnurent : Vraiment tu es Fils de Dieu ; finalement, le premier fidèle à le proclamer sera le centurion : Vraiment cet homme était fils de Dieu (Mc 15:39), et l’on sait que Marc rédigea son évangile sur la parole de Pierre.

Vient ensuite l’annonce du signe de cette promesse : la naissance de Jean-Baptiste (voir Lc 1:5:25 et 57-80). C’est parce qu’Elisabeth en était au sixième mois, que la fête de Jean-Baptiste a été établie trois mois après l’Annonciation, le 24 juin. Et c’est en raison du lien entre ces deux événements, que la fête de la Visitation de Marie fut établie récemment au 31 mai.

La réponse de Marie n’est pas une simple formule : Je suis la servante du Seigneur. De même qu’Isaïe avait annoncé la passion du Serviteur de Dieu (cf. Is 42:1-9 ; 49:1-6 ; 50:4-9 ; 52:13-15-53:1-12), Marie comprend qu’elle sera unie de tout son être à cette passion et sera, véritablement, elle aussi la Servante de Dieu. Non sans raison l’Eglise l’invoque comme Reine des Martyrs.

Une mère est toujours intimement liée à son fils. En particulier, les prêtres et leur maman conservent toujours un lien très fort dans tous les moments de leur vie. Marie a vraiment vécu intimement toute la vie de son fils Jésus.

 

*       *       *

 

En conclusion, on ne pourra que recommander la pratique si douce et si facile de la brève prière de l’Angelus, par laquelle nous revivons trois fois par jour l’Annonciation, l’Incarnation, la Passion et la Résurrection du Messie, notre Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, fils de Marie, notre Sauveur.

Cette prière se dit, quand c’est possible, à genoux, sauf le dimanche, en signe de résurrection. Elle ne se dit pas au temps pascal, étant remplacée par l’antienne glorieuse du Regina Cæli.

Le jour de Noël et de l’Annonciation, où l’on proclame le Credo, on s’agenouille aux mots Et incarnatus est… Par l’Esprit-Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s’est fait homme.

Voici une version française de cette prière : 

 

L’ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie.

Et elle conçut du Saint-Esprit.

    Réjouis-toi, Marie, pleine de grâce…

Voici la servante du Seigneur.

Qu’il me soit fait selon ta parole.

    Réjouis-toi, Marie, pleine de grâce…

Et le Verbe s’est fait chair.

Et il a habité parmi nous.

    Réjouis-toi, Marie, pleine de grâce…

Prie pour nous, sainte Mère de Dieu.

Afin que nous soyons rendus dignes des promesses du Christ.

    Prions : 

Que ta grâce, Seigneur notre Père, se répande en nos cœurs : par le message de l’ange, tu nous as fait connaître l’incarnation de ton Fils bien-aimé, conduis-nous par sa passion et par sa croix jusqu’à la gloire de la résurrection. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.

Partager cette page

Repost 0
Published by samuelephrem

Présentation

  • : Le blog de samuelephrem
  • Le blog de samuelephrem
  • : Plus de 8000 notices de Bienheureux et Saints. Déjà traités : 1.Personnages bibliques (AT et NT). 2.Papes. 3.Saints du Calendrier Romain. 4. Reconnus aux siècles XII-XXI. 5. Siècles VI-XI. 6 (en cours) : siècles II-V. En outre, des commentaires pour tous les dimanches et grandes fêtes (certains devant être très améliorés). Sur demande, nous pourrons vous faire parvenir en plusieurs fichiers pdf l'intégralité du Bréviaire romain latin, "LITURGIA HORARUM", qui vous permettront d'éviter beaucoup de renvois fastidieux, notamment pour les périodes de Noël et Pâques. Bonne visite !
  • Contact

Recherche

Pages

Liens