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17 octobre 2019 4 17 /10 /octobre /2019 23:00

18 OCTOBRE

 

I.

S Luc, évangéliste, patron des médecins et des peintres, martyr à Patras ; auteur du troisième Evangile et des Actes des Apôtres.

III.

S Asclepiades, évêque à Antioche.

Ste Tryphonia, qu'on a présumé être : épouse de Dèce, mère de ste Cyrilla, et martyre à Rome.

IV.

SS Proculus, Euticius et Acutius, martyrs en Campanie. 

S Just, enfant martyr près de Beauvais.

V.

S Amabilis, prêtre et évangélisateur à Riom ; entre autres miracles, il débarrassa le pays des serpents.

VI.

Ste Gwen, mère de s. Guénolé, en Bretagne.

VII.

S Monon, irlandais, ermite à Nassogne, dont il est le patron.

XVI.

S Juan Garavito (Pedro d'Alcántara), franciscain espagnol, mystique, réformateur de son ordre et un temps directeur de ste Thérèse d'Avila. 

XVII.

S Isaac Jogues, jésuite martyrisé par les Iroquois ; fêté avec d'autres martyrs le 19 octobre.

XVIII.

S Paolo de la Croix, prêtre italien, fondateur avec son inséparable frère Jean-Baptiste de la Congrégation des Passionnistes, dont la règle ne sera approuvée qu'après qu'il l'eût adoucie ; fêté le 19 octobre.

XX.

Bx Daudi Okello (*1902) et Jildo Irwa (*1906), catéchistes ougandais, martyrs en 1918, béatifiés en 2002.

Bx Martyrs espagnols de 1936 :
        - béatifié en 2013 :
Frères Maristes : Abilio Villareal Abaza (Roque, *1885), près de Málaga ; 
        - béatifiés en 2017 :
Diocésains : Alfredo Almunia López-Teruel et José Gomez de Haro (*1859 et 1899), près d’Almería ;
Clarétains : les prêtres Heraclio Matute Tobías, Lluís Jové Pach, Joan Buxó Font, José Serrano Pastor (*1867, 1872, 1879, 1899) ; les clercs Josep Ausellé Rigau, Evarist Bueria Biosca et Manuel Solé Vallespì (*1913) et José Loncán Campodarve (*1915) ; les convers Bonaventura Reixach Vilarò, Miquel de los Santos Rovira Font, Francesc Canals Pascual, Josep Ros Nadal (*1860, 1863, 1891, 1899), à Cervera ;
Laïques : Isidro Juan Martínez, Francisco Roselló Hernández (*1899, 1907), à Cartagena.

Luc, évangéliste
1er siècle

Luc était né à Antioche et se convertit très tôt grâce à l’annonce des Apôtres.
Saint Paul le prend comme compagnon de mission, et Luc l’accompagnera jusqu’à Rome. Après le martyre de Paul, l’Ecriture ne dit rien de Luc.
La Tradition rapporte que Luc fut successivement en Grèce, où il aurait évangélisé à Patras et à Thèbes. Il aurait même été évêque dans cette ville. Il serait peut-être mort martyr à Patras, comme saint André.
C’est en tout cas dans ces régions que Luc, fort cultivé, écrivit en grec le troisième évangile, ainsi que les Actes des Apôtres.
Luc s’attache à montrer la miséricorde divine. C’est lui qui nous présente la parabole du Fils prodigue (Lc 15:11-31), lui aussi qui raconte la conversion du Bon Larron, à qui Jésus promet qu’il serait «dès aujourd’hui» avec lui en Paradis (Lc 23:43).
Luc, qui précise qu’il s’est «soigneusement informé» (Lc 1:3), aura certainement approché la Mère de Jésus pour lui demander des informations, des descriptions. Luc est l’auteur marial qui nous présente les scènes de l’Annonciation à Marie, de la Visitation à Elisabeth, et aussi du magistral éloge que Jésus fait de sa Mère, quand il répond : Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et l’observent (Lc 11:28), comme Il l’avait déjà dit plus tôt : Ma Mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique ! (Lc 8:21).
Luc était médecin, et comme tel sait donner des détails «physiologiques» sur les maladies, sur les souffrances du Christ (la sueur de sang au Jardin des Oliviers, 23:44).
Egalement peintre, Luc est dit avoir peint des portraits de Marie, des icônes entourées d’une solennelle vénération dans certains sanctuaires, comme à Sainte-Marie-Majeure à Rome.
C’est ainsi que l’évangéliste Luc se trouve être le patron des médecins, comme les saints Côme et Damien, ainsi que des peintres.
Saint Luc est commémoré le 18 octobre au Martyrologe, et fêté ce jour-là.


Asclepiades d’Antioche
† 218

En comptant s.Pierre, qui gouverna l’Eglise d’Antioche avant de partir pour Rome, Asclepiades fut le dixième évêque d’Antioche de Syrie, apparemment de 211 à 218.
A propos de lui, l’évêque de Jérusalem Alexandre, qui était prisonnier durant la persécution, écrivit aux Chrétiens d’Antioche : 
Le Seigneur a rendu mes liens supporables et légers lorsque j’ai appris dans ma prison qu’Asclépiade, si sympathique à cause du mérite de sa foi, avait selon la divine Providence reçu la charge de votre sainte Eglise d’Antioche.
Il semble bien qu’il mourut martyr.
Le Martyrologe Romain mentionne saint Asclepiades d’Antioche au 18 octobre.


Proculus, Euticius et Acutius de Pouzzoles
† 305

Dans la notice de s.Ianuarius (Janvier, v. 19 septembre), il a été question de Proculus, Euticius (Eutychès) et Acutius.
On pourra s’y reporter.
La critique historique a aujourd’hui dissocié ces Compagnons.
Voici donc Proculus, diacre, Euticius et Acutius, martyrisés peu après l’évêque Ianuarius, à Pouzzoles, vers 305.
Le Martyrologe Romain mentionne saints Proculus, Euticius et Acutius de Pouzzoles au 18 octobre.


Amabilis de Riom
† 475

Amabilis - quel honneur de porter un nom si aimable - naquit à Riom (auj. en Puy-de-Dôme).
Dès sa jeunesse, il se fit remarquer par sa piété, et fut ordonné prêtre.
Il était chantre à l’Eglise de Clermont, et parcourait la région de Riom, prêchant et faisant des miracles.
Il débarrassa le pays des serpents.
S.Grégoire de Tours (v. 17 novembre) témoigne avoir assisté lui-même à la guérison d’un possédé, par la prière d’Amabilis. Le même auteur raconte la conversion d’un parjure qui, terrorisé en se sentant devenir raide comme du fer, avait avoué son crime. 
Le duc Victurius, gouverneur d’Auvergne entre 474 et 485, négligea de prier au tombeau du saint, mais son cheval devint inerte comme s’il était en airain et avait été fixé au sol ; il ne put partir qu’après une fervente prière. 
L’épisode précédent nous aide aussi à confirmer au moins approximativement qu’Amabilis fut prêtre avant 485.
Amabilis fit aussi le pèlerinage à Rome, pour en rapporter des reliques de Saints. On ajoute qu’en route, il accrocha son manteau à un rayon de soleil… mais on ne précise pas si la région s’est trouvée obscurcie par cette ombre inhabituelle.
Amabilis annonça sa mort et mourut, vers 475. L’église qui abritait ses reliques fut détruite en 1750. La châsse qui contenait ses reliques fut fondue à la Révolution (mais les reliques furent sauvées).
Le Martyrologe Romain mentionne saint Amabilis de Riom au 18 octobre.


 

Juan Garavito (Pedro de Alcántara)

1499-1562

 

De son vrai nom, Juan de Garavito y Vilela de Sanabria, Pedro naquit en 1499 à Alcántara, en Estrémadoure, près du Portugal. Son père était gouverneur et mourut quand Pedro avait quatorze ans ; sa mère se remaria.

Juan fut tellement effacé, qu’on ne le connut plus tard que par son nom de religion, qui sera Pedro (Pierre).

Juan étudia d’abord à Alcántara, puis à Salamanque.

Entré à Los Majarretes dans l'Ordre de Saint-François (1515), où il prit donc le nom de Pedro, il montra, pendant son noviciat, une modestie surprenante. Sa vertu extraordinaire l'éleva aux charges de l'Ordre dès ses premières années de vie religieuse : il fut supérieur d’un petit couvent à Badajoz dès 1519 ; mais l'humble supérieur se faisait, à toute occasion, le serviteur de ses frères et le dernier de tous.

Il reçut le sacerdoce en 1524.

Il eut à faire un séjour à la cour du Portugal, où il convertit beaucoup de seigneurs et la propre sœur du roi.

En 1538 il fut élu provincial de la province Saint-Gabriel.

En 1542, il voulut se retirer dans un désert à l’embouchure du Tage, où se fondait un couvent d’ermites, mais il en fut rappelé en 1544 et fonda en 1550 près de Lisbonne le premier couvent d’une nouvelle province.

Dieu lui inspira de travailler à la réforme de son Ordre, et il y établit une branche nouvelle, pas toujours unanimement reconnue par les autres franciscains, mais qui se fit remarquer par sa ferveur et fut approuvée par le pape.

Pedro se fixa enfin à Arenas (aujourd’hui Arenas de San Pedro, près de Ávila), où il fonda un nouveau couvent pour sa réforme, non loin d’un joli petit ermitage.

Pedro fut un «spécialiste» de la mortification. Ce qu’on en sait vient de certaines «confidences» à sainte Thérèse d’Ávila, qui a pu aussi s’en rendre compte personnellement.

Ainsi, dans un pays de montagnes, couvert de neige, en plein hiver, il avait trouvé un singulier secret contre le froid : il ôtait son manteau, ouvrait la porte et la fenêtre de sa cellule ; puis, après un certain temps, reprenait son manteau et refermait porte et fenêtre, ressentant alors une impression de réchauffement qui lui suffisait. Dans ses voyages, Pedro ne marchait que pieds nus et la tête découverte : la tête découverte, pour vénérer la présence de Dieu ; pieds nus, afin de ne jamais manquer l'occasion de se mortifier.

Sa mortification s'accroissait chaque jour au point qu'il ne se servait plus de ses sens et de ses facultés que pour se faire souffrir. il ne mangeait qu'une fois tous les trois jours, se contentant de mauvais pain et d'eau ; parfois il demeurait huit jours sans manger. Il passa quarante ans sans donner au sommeil chaque nuit plus d'une heure et demie, encore prenait-il ce sommeil assis dans une position incommode ; il avoua que cette mortification avait été plus terrible pour lui que les cilices de métal, les disciplines et les chaînes de fer.

Il ne levait pas les yeux ; il semblait même presque aveugle, se contentant de chercher les objets avec ses mains, sans les regarder. Jamais il ne regardait une femme. Il lavait lui-même ses pauvres nippes et les remettait avant qu’elles fussent séchées.

Sa prédication produisit les plus merveilleux effets ; sa vue seule faisait couler les larmes et convertissait les pécheurs : c'était, selon la parole de sainte Thérèse, la mortification personnifiée qui prêchait par sa bouche.

La seule pensée du Saint-Sacrement et des mystères d'amour du Sauveur le faisait entrer en extase. Il restait parfois une heure en extase les bras en croix ; il célébrait la messe avec les larmes, et fut plusieurs fois porté en lévitation.

Saint Pedro fit de nombreux miracles. Il aurait traversé plusieurs fois des rivières à pied sec.

Aux derniers instants, sur son lit de mort, un frère voulait lui remonter la couverture : il s’y opposa. Il voulut être enterré avec les plus vieux vêtements du couvent, qui se trouvèrent être les siens. Pour recevoir le viatique, il se mit tout seul à genoux. Il mourut paisiblement, et retrouva alors un teint jeune, souple et vermeil. C’était à Arenas de San Pedro, le 18 octobre 1562.

Apparaissant à sainte Thérèse après sa mort, il lui dit : « Ô bienheureuse pénitence, qui m'a valu tant de gloire ! »

Saint Pedro d’Alcántara fut béatifié en 1622, et canonisé en 1669.

 

 

Isaac Jogues

1607-1646

 

Isaac naquit le 10 janvier 1607 à Orléans (Loiret), cinquième des neuf enfants de Laurent et Françoise de Saint-Mesmin, d’importants marchands. Son père était veuf après un bref premier mariage, dont étaient nées deux filles, et s’était remarié : naquirent ainsi les six garçons et une dernière fille.

Isaac reçut son éducation à la maison, ainsi que sa piété. Son caractère vif lui méritait quelque fois des sanctions «vigoureuses», mais le garçon pleinement repenti et humblement docile savait baiser la main et la verge qui le punissaient. C’était un excellent sportif.

En 1617, il entra au nouveau collège des Jésuites d’Orléans, où il apprit à tourner des vers aussi bien en français qu’en latin. Son père mourut avant la fin de ses études.

On venait de canoniser le Jésuite François-Xavier (voir au 3 décembre), et Isaac annonça tout de go à sa mère qu’il voulait entrer chez les Jésuites.

Il entra au noviciat de Rouen en 1624, fit les vœux en 1626 et la philosophie à La Flèche.

En 1630, il fut chargé d’une classe de cinquième à Rouen, et partit à Paris pour la théologie, au Collège de Clermont.

Le Canada ayant été repris au Anglais ces années-là, son évangélisation en fut confiée aux Jésuites. Isaac fut donc ordonné prêtre début 1636, pour pouvoir embarquer durant le printemps. Il célébra sa première Messe à Orléans. Le départ eut lieu le 6 avril, on arriva au Canada le 2 juin.

Dès le 21 juillet 1636, il fut envoyé à Trois-Rivières, chez les Algonquins. Arrivèrent des Hurons pour vendre leurs fourrures, et qui demandèrent une robe-noire (la couleur de la soutane des prêtres) ; Isaac les suivit, avec un jeune Français de onze ans, pour y apprendre la langue.

Le père Isaac reçut le nom huron de Ondessonk (oiseau de proie, peut-être à cause de son profil, de son nez particulièrement). A l’arrivée, il fut accueilli par le père Jean de Brébeuf (voir au 16 mars) qui, lui, s’appelait Echon (mon cousin).

L’accoutumance aux usages hurons fut évidemment pénible, dans une tribu où tout était si sale, mais le plus dur fut l’apprentissage de la langue. On s’en rendra compte si l’on comprend que le seul Signe de la Croix dut être ainsi traduit : Au nom de notre Père, de son Fils et de leur Esprit-Saint. Isaac réussit à parler assez bien au bout d’une année.

Le plus dangereux était qu’à la moindre alerte, ou épidémie, ou sécheresse, les sorciers accusaient les Robes-Noires, sur la tête desquelles pendait constamment une épée de Damoclès.

Quelques baptêmes furent administrés à la Noël 1638 ; en 1641, il n’y en avait qu’une soixantaine. Des conversions et des baptêmes s’ajoutèrent. Le père Jogues en était heureux, mais presque inquiet, lui qui avait désiré le martyre. Or, il entendit un jour une voix lui dire : Ta prière est exaucée. Qu’il soit fait selon ta demande : prends courage, sois vaillant ! L’épreuve allait commencer pour de bon.

Ce qui est remarquable dans toute la période qui va suivre, ce sont les multiples occasions où le père Jogues se trouva comme devant la mort, devant le martyre, qui cependant s’écartèrent de lui mystérieusement à chaque fois. 

L’été 1643, le père Jogues fut envoyé à Québec, à un moment où les Hurons et les Iroquois étaient en guerre. Il en revint avec un nouveau venu laïc, René Goupil. Sur le chemin du retour, ils furent attaqués par des Iroquois, de la tribu des Mohawks, les plus féroces, et armés par les Hollandais protestants. Le père Jogues put se cacher dans les roseaux, mais alla se livrer aux Iroquois pour rester avec ses amis, Hurons ou Français, faits prisonniers. Il baptisa quelques catéchumènes. En cette occasion, il fut copieusement rossé, on lui arracha des ongles avec les dents, puis des phalanges. Evanoui, Isaac fut réveillé par des brûlures aux bras et aux cuisses ; on lui grilla un doigt ; un de ses amis, huron, eut les pouces coupés et un poinçon de bois enfoncé jusqu’au coude.

A la halte suivante, autres barbaries ; on arracha au père Jogues les deux derniers ongles qui lui restaient. On obligea une chrétienne algonquine à tailler le pouce gauche du père ; les Iroquois cautérisèrent ses plaies avec des tisons, ainsi qu’à Goupil. Puis on les lia dans des huttes, où les enfants s’amusaient à leur jeter des charbons rouges, et tout cela pendant trois jours, du 14 au 17 août, quand l’Eglise fête l’Assomption de Marie.

Le 21, les Iroquois annoncèrent d’abord aux prisonniers qu’ils mourraient sur le bûcher ; mais seuls trois furent immolés, les Hurons ; les autres furent retenus prisonniers, par crainte des représailles de la part des Français.

L’esclavage fut cependant une honte pour les Iroquois eux-mêmes, car les malheureux prisonniers ne pouvaient pas même se servir de leurs mains pour manger.

Finalement, les Iroquois se divisèrent sur le sort à leur donner. Goupil, qui avait osé montrer à un enfant comment faire le Signe de Croix, fut traitreusement abattu, le 29 septembre 1643.

Le père Jogues se trouvait bien seul. Il eut une vision qui lui faisait comprendre que son martyre devait encore être préparé. Il eut des moments de grand désarroi, mais une voix intérieure le réconforta.

L’hiver suivant, on rappela le père Jogues (Ondessonk) à l’autre campement iroquois, Ossernenon, pour y être utile, entre autres à soigner un vieillard couvert d’ulcères, celui-là même qui avait battu le père et lui avait arraché deux ongles. Jogues le soigna comme son père ; sa bonté finit par avoir raison de la méchanceté des Iroquois : on l’admit à des réunions, on le fit parler, il expliqua ce qu’il savait du soleil, de la lune, des étoiles, et peu à peu aussi du Créateur. Il put donner le baptême à des mourants, à des malades, à quelques adultes.

Au printemps 1643, Ondessonk échappa encore une fois à une mort violente, programmée pour le Vendredi Saint. Puis une autre tractation faillit bien tourner au drame, car le père Jogues fut quasi assommé à terre, et ne se remit que par l’intervention de la fille de son «propriétaire».

Cette dernière l’emmena avec elle quand elle alla troquer ses fourrures aux Hollandais. Ces derniers tentèrent une fois de plus de racheter le prêtre. Jogues profita de cette halte pour écrire des lettres, comme il put, avec ses restes de doigts, pour avertir les autres Pères Jésuites. On le croyait déjà mort depuis longtemps !

En juillet 1643, il eut la possibilité de rejoindre un bateau hollandais, de gagner l’île de Manhattan (l’actuelle New-York) et de passer en Europe : en Angleterre (où les Jésuites étaient persécutés) puis en France, où il accosta, le 24 décembre, à Saint-Pol-de-Léon. Le 4 janvier 1644, il se présenta au collège des Jésuites et se fit reconnaître, non sans émotion !

Les Supérieurs le contraignirent à aller d’abord à Orléans, revoir sa chère maman. Il fut ensuite reçu par la reine Anne d’Autriche et Mazarin et obtint l’envoi d’une nouvelle garnison de soldats pour protéger les Français au Canada.

Puis il obtint une dispense, car à l’époque, ses mains mutilées ne lui permettaient pas de célébrer. La dispense arriva sans difficulté et le père put célébrer. Il repartit à Orléans et put donner la communion à sa chère mère - pour la dernière fois…

En avril 1644, le père Jogues gagna La Rochelle et rejoignit le Canada. Là, il fit office d’ambassadeur pour aller au-devant des Iroquois, toujours en guerre, pour les convaincre de faire la paix. Un accord officiel se fit en septembre 1645, complété solennellement en juin 1646. 

Mais les Iroquois n’étaient pas unanimes : certaines tribus restaient belliqueuses. Jogues chercha à désolidariser les tribus, de sorte que les pacifiques n’auraient pas appuyé les belliqueuses. Il repartit en ambassadeur, accompagné cette fois-ci d’un jeune homme, Jean de la Lande, mais les Iroquois ne tinrent pas parole.

Partis en septembre 1646, Isaac et Jean furent pris dans une ambuscade, tendue par des Iroquois révoltés contre les Robes-Noires, rendues responsables d’une nouvelle épidémie.

Le 17 octobre, on leur annonça qu’ils mourraient le lendemain. Certains cependant les assuraient qu’ils les protégeraient. Le 18 au matin, il semblait que la situation s’était calmée ; les prisonniers demeuraient seulement des otages. Le soir, le père Jogues fut traitreusement invité au souper dans une des cases du village : à peine entré, il reçut deux coups de tomahawk et tomba mort. On le scalpa, on lui trancha la tête, qui fut exposée sur une pique de la palissade.

Le jeune Jean de la Lande voulut, la nuit suivante, retrouver et enterrer décemment le corps du prêtre : il fut immédiatement abattu et traité comme le prêtre.

La nouvelle de la mort des deux Martyrs ne parvint aux Jésuites qu’au printemps suivant, par un Huron échappé des Iroquois, puis par l’assassin lui-même, qui reconnut son crime, se convertit et reçut le baptême avant de mourir. 

Quelques temps après, les Iroquois furent définitivement vaincus, et se convertirent plus facilement. Une de leurs fleurs fut Kateri Tekakwitha, maintenant canonisée (voir au 17 avril).

Les deux Martyrs, Isaac Jogues et Jean de la Lande, furent béatifiés en 1925, avec leurs amis Antoine Daniel, Jean de Brébeuf, Gabriel Lallemant, Charles Garnier, Noël Chabanel, René Goupil, par l’intercession desquels furent guéris ensemble huit malades d’un hôpital américain, ce qui aboutit à leur canonisation en 1930.

Ces huit Martyrs sont commémorés et fêtés au 19 octobre, le 18 (jour de la mort de Isaac Jogues) étant la fête de l’évangéliste saint Luc.

Paolo Francesco Danei

1694-1775

 

La vie de ce saint Fondateur est vraiment extraordinaire.

Paolo vit le jour le 3 janvier 1694 à Ovada (Piémont, Italie Nord-Ouest), de très pieux parents Luca et Anna Maria Massari, qui le firent baptiser le 6 janvier suivant. Luca avait été veuf en 1690, sans enfant ; il tenait une petite boutique.

Luca et Anne Maria étaient aussi humbles que pieux. Leurs lectures favorites étaient les vies des Saints. De ce mariage naquirent seize enfants. Juste avant Paolo, était née une petite fille qui mourut à trois jours. Un des jeunes frères de Paolo fut Giovanni Battista (ou Gian Battista), qui fut intimement lié à son aîné d’une sainte amitié jusqu’à la fin de leur vie.

Paolo, qui avait une mémoire remarquable, fréquenta l’école paroissiale à Cremolino, tenue par un religieux carme. Dès ses jeunes années, Paolo s’intéressa beaucoup aux leçons de catéchisme ; il priait beaucoup, assistait chaque jour à la Messe… Il semble qu’il ait reçu de nombreuses visions du Christ souffrant et qu’il se soit très vite habitué à s’imposer de dures mortifications, en souvenir de la passion du Christ.

Il y eut en 1713 un événement particulier (une vision, une inspiration ?) qui fut déterminante pour l’avenir de Paolo. Il conçut un tel mépris de sa personne, de ses moindres défauts, qu’il résolut d’être entièrement à Dieu. Cette grâce toute spéciale fut suivie d’une période de dur combat contre mille attaques de l’esprit malin qui cherchait à l’entraîner dans le doute. Mais sa prière et sa fidélité intérieure eurent le dessus.

Lorsque le pape appela les Chrétiens à s’unir pour combattre l’Islam menaçant, Paolo s’enrôla,  et passa par diverses villes (Crema, Parma, Ferrare, Alba et Novello, Tortona), mais très vite il comprit que Dieu l’appelait à d’autres «combats», il quitta l’armée et revint chez les siens à Castellazzo.

Il fut reçu à Novello par un couple âgé, riche et sans enfants, qui voulaient faire de lui leur héritier : il refusa.

Paolo fit partie de la confraternité de Saint Antoine Abbé (voir au 17 janvier), et même en devint le prieur. Il passait presque tout son temps dans l’église, au point qu’on disait : Si vous cherchez Paolo, allez voir à l’église. Sa nuit de prédilection était celle du Jeudi au Vendredi Saints, qu’il passait en union profonde avec le Christ à l’agonie. Il fut tellement frappé par l’expression Le Christ s’est fait pour nous obéissant jusqu’à la mort (cf. Ph 2:8), qu’il fit le vœu d’obéissance, et se soumit totalement à la volonté de tous. Il se confessait souvent et communiait trois fois par semaine, disant : Le Seigneur m’a donné faim de deux choses : la communion et la souffrance.

Paolo se mortifiait durement, il se flagellait, couchait sur la dure, jeûnait ; à ces souffrances s’ajoutèrent les sévérités, quelquefois très exagérées du curé, son confesseur, qui l’humiliait exprès pour éprouver sa soumission : un jour que, pour l’éprouver, le curé lui commanda d’entrer chez des gens qui étaient en train de faire la fête et de danser, à peine Paolo s’était-il dirigé vers la porte, que toutes les cordes des instruments se cassèrent, interrompant la fête. Dès lors, le prêtre n’eut plus de doute sur la sainteté de Paolo.

Un oncle prêtre de Paolo chercha à lui organiser un bon mariage, grâce auquel Paolo aurait pu aider sa famille ; ce dernier obéit, alla au rendez-vous, mais resta les yeux baissés, de sorte que rien ne put se conclure ; puis le prêtre mourut, lui laissant tout son héritage : Paolo s’en «débarrassa» en le remettant à sa famille et ne garda que le bréviaire du prêtre.

Il se mit au service de la paroisse, pour enseigner aux enfants. Peu à peu se forma une petite association de jeunes animés d’un même amour de la solitude et de la piété, dont beaucoup entrèrent dans les Ordres. Puis Paolo s’occupa des malades, et surtout des malades dans l’âme. Il eut le don de la lecture des âmes, et invita les pécheurs à se convertir, à se confesser. Par deux fois, des pécheurs refusèrent de suivre son conseil, et moururent bientôt ; le bruit s’en répandit.

Paolo eut un jour une cruelle vision de l’enfer, et fut pris d’un profond désir de sauver les âmes, par la méditation de la Passion et la prédication. Il eut fréquemment de telles visions célestes.

En 1720, comme il l’écrivit, il eut l’inspiration de fonder un institut ; la Sainte Vierge lui apparut vêtue d’un habit noir avec une croix blanche, et l’expression Iesu Xri Passio (Passion de Jésus-Christ) sur la poitrine, ce qui sera l’habit des Passionistes par la suite. La même Sainte Vierge lui demanda de fonder cet institut nouveau. Paolo se consacra totalement à Dieu le vendredi 22 novembre, lendemain de la fête de la Présentation de Marie au Temple, puis alla se prosterner devant toute sa famille pour en prendre congé définitivement. L’évêque remit ensuite à Paolo cet habit précieux.

L’hiver suivant, Paolo vécut dans une petite cellule près de l’église de Castellazzo, dans de grandes mortifications, et où il écrivit sa Règle, d’après ce qu’il avait vu en vision. L’évêque l’approuva ; Paolo commença à prêcher dans les rues. Son succès - et ses miracles -, décidèrent le saint évêque à l’autoriser à prêcher dans l’église même.  

Paolo fit un premier voyage à Rome pour obtenir la bénédiction papale ; non seulement on refusa de le recevoir, mais il fut copieusement insulté tout au long de son voyage, ce qui n’arrêta pas un instant sa détermination.

C’est sur une inspiration céleste qu’avec son frère Gian Battista, qui avait reçu à son tour le même habit que lui, et désirait partager la même vie, ils allèrent s’installer sur le Monte Argentario, une petite île au large de la Toscane. Ils s’y définirent comme des Pauvres de Jésus, priaient, allaient à l’église le dimanche et y prêchaient.

L’évêque de Gaeta leur confia un très ancien ermitage dédié à Marie, puis les invita à prêcher dans la cathédrale, ainsi qu’aux séminaristes qui se préparaient à recevoir la prêtrise. 

Pour Pâques 1724, ils allèrent à Naples et assistèrent au Miracle de saint Gennaro (voir au 19 septembre) ; c’est alors que l’évêque de Troia (près de Naples), entendit parler d’eux et les invita : ils y allèrent en passant par le sanctuaire de Saint Michel au Monte Gargano ; l’Archange, par la suite, lui apparut plusieurs fois, et devint un des principaux protecteurs des Passionistes. 

L’évêque de Troia, quant à lui, les reçut paternellement et les aida : il rédigea pour eux plusieurs lettres de recommandation à présenter à Rome, pour obtenir la bénédiction du pape, en même temps qu’ils auraient gagné l’indulgence de l’Année Sainte (1725).

Cette fois-ci, ils furent admis à l’audience papale ; le pape fut immédiatement convaincu et leur accorda de vive voix son approbation.

Paolo et son frère s’installèrent dans l’ermitage de Gaète, qu’ils appelèrent Ritiro (Retraite). Paolo devint célèbre pour ses prophéties. Pour fuir cette célébrité et les dérangements, ils allèrent s’installer encore plus loin et plus haut, au sanctuaire de Notre-Dame de la Cité. Puis ils retournèrent à Rome, où on leur confia le nouvel hôpital San Gallicano.

Deux ans après, ils furent ordonnés prêtres par le pape. On imaginera facilement avec quels transports Paolo et son frère offrirent désormais le Sacrifice du Christ. Paolo en eut de nouvelles visions, sur le Ciel, sur la Trinité.

La Providence fit que les deux frères tombèrent malades : ils furent dispensés de leur responsabilité dans l’hôpital et Paolo fut intimement prévenu de regagner le Monte Argentario. La communauté naissante comporta bientôt sept membres, parmi lesquels un autre frère de Paolo et Gian Battista, Antonio. Malheureusement, seuls les trois frères persévérèrent, les autres quittèrent l’ermitage.

En 1730, ils furent appelés à prêcher à Talamone ; leur succès arriva aux oreilles du pape, qui les établit Missionnaires

Paolo eut la révélation qu’il devait ensuite installer son ermitage à Orbetello. Le démon y suscita tant de difficultés - jusqu’à la menace de la destruction de tout l’édifice - que l’Archange Michel intervint lui-même pour mettre en déroute l’ennemi. La nouvelle église fut consacrée le 14 septembre 1737.

Dans une mémorable nouvelle vision céleste, Paolo reçut à son doigt un précieux anneau, en signe d’union mystique avec Marie et son Divin Fils.

En 1741, la Règle fut définitivement approuvée par le Pape, qui y avait suggéré quelques modifications. Les Religieux firent alors leur consécration solennelle. Paolo prit le nom de Paolo de la Croix.

La nouvelle famille religieuse avait pour idéal la dévotion à la Croix, la méditation et l’enseignement du message de la Passion du Christ. A cela s’ajouta la particulière dévotion de Paolo pour la conversion de l’Angleterre. C’est de cette époque que l’on s’habitua à appeler ces Religieux non plus Missionnaires mais Passionistes.

En 1742 leur fut donné à Vetralla (Viterbo, Latium) un ancien couvent bénédictin, dédié à saint Michel ; en 1743, on leur confia un sanctuaire abandonné à Soriano, dédié au martyr saint Eutizio et à la martyre sainte Corona. Il y eut ensuite d’autres fondations à Ceccano, Tuscania, Falvaterra, Terracina, Paliano, Monte Cavo.

Il y eut un chapitre en 1747 sur le Monte Argentario, et Paolo - contre son gré - fut élu supérieur général à l’unanimité, et le resta jusqu’à sa mort.

Il serait encore beaucoup trop long de rapporter tant de faits admirables de cette vie de Paolo de la Croix. La Règle fut à nouveau solennellement approuvée par le Saint-Siège ; d’autres missions, mais aussi d’autres épreuves marquèrent le chemin de Paolo, avec heureusement d’autres consolations, des recrues, des interventions célestes, des miracles, des signes extraordinaires (bilocation, prophéties, conversions…)

En 1771, Paolo fonda la branche féminine des Passionistes.

En 1773, le pape confia aux Passionistes la maison et l’église romaines des Saints-Jean-et-Paul, deux frères martyrs (voir au 26 juin), en considération de la précieuse amitié des deux frères, Paolo et Giovan Battista. Paolo avait prophétisé ce don, trente ans plus tôt.

Paolo vécut ses dernières années dans cette maison. Il y reçut encore beaucoup de gens. Une fois, il parla du nouveau pape (Pie VI) et prophétisa qu’il devrait souffrir beaucoup (on sait comment ce pape fut maltraité par Napoléon).

Le 15 juin 1775, Paolo célébra pour la Fête-Dieu ; ce fut sa dernière Messe. Il déclina de plus en plus, ne pouvant presque plus rien prendre. Il priait le rosaire chaque jour.

Le 30 août, il reçut le Viatique. Le 18 octobre 1775, après une dernière vision céleste, il s’endormit dans la plus grande paix.

Les deux miracles retenus pour la béatification furent : en 1816, la guérison instantanée d’un enfant malade de tuberculose et, en 1844, celle d’une jeune fille atteinte d’un cancer à la poitrine.

Béatifié en 1853, canonisé en 1867, saint Paolo de la Croix est fêté liturgiquement le 19 octobre, car son dies natalis, le 18 octobre, tombe le jour de la fête de saint Luc évangéliste.

 

 

Daudi Okello

1902 env.-1918

Jildo Irwa

1906 env.-1918

 

Okello était né vers 1902. Ses parents s’appelaient Lodi et Amona, de la tribu de Ongon Payira (Ouganda).

Irwa était né vers 1906. Ses parents s’appelaient Tongpfur Okeny et Atoo, de Labongo Bar, tribu de Kitoba, province de Acholi (Ouganda). Okeny devint plus tard chrétien, et reçut le nom de Daniele (sans doute en souvenir du père Daniele Comboni, voir au 10 octobre). 

En juin 1916, les jeunes garçons furent baptisés et confirmés. Okello reçut le nom de Daudi (David), Irwa celui de Jildo (abréviation de Erménégilde).

Le baptême eut lieu le 1 (ou le 6) juin, grâce au missionnaire combonien Cesare Gambaretto, qui appartenait à la mission catholique de Kitgum, récemment fondée. Le parrain de Okello fut Firmino Mugenyi, de Masindi. Juste après le baptême, les deux jeunes reçurent leur Première Communion.

La confirmation leur fut conférée le 15 octobre suivant.

C’étaient deux garçons fidèles, attachés à l’Evangile et à Jésus-Christ, dont ils parlaient avec ferveur à leurs compagnons. Après une formation adéquate, Daudi devint catéchiste.

Au début de 1917, le catéchiste de Paimol, Antonio, mourut. Daudi se proposa immédiatement pour le remplacer. Spontanément Jildo s’offrit pour accompagner Daudi dans la prédication de la Parole de Dieu à Paimol. 

Il fallait faire les quatre-vingt kilomètres de Kitgum à Paimol, et le frère Cesare avertit Daudi du danger que cela pouvait présenter, car il y avait de fréquents épisodes de luttes entre gangs, pour le trafic d’esclaves ou d’or. A tout cela, Daudi répondit courageusement qu’il n’était pas effrayé de mourir, car Jésus aussi était mort pour nous.

C’est ainsi qu’avec le bénédiction du fr. Cesare, le premier catéchiste en charge, Boniface, accompagna en novembre-décembre 1917 les deux amis Daudi et Jildo jusqu’à Paimol, où Daudi commença immédiatement à rassembler les enfants qui voulaient recevoir l’instruction religieuse.

Daudi a été décrit comme un jeune homme pacifique, modeste, assidu dans ses obligations de catéchiste et jouissant d’une estime unanime de la part de tous.

Du jeune Jildo, le frère Cesare écrivit que Jildo était beaucoup plus jeune que Daudi. Il était de nature vive et aimable, comme tous les jeunes de Acholi, très intelligent, et à l’occasion servait de secrétaire au vice-chef Ogal. Il aidait beaucoup Daudi dans le rassemblement des enfants, grâce à sa façon gentille et enfantine d’insister pour les faire venir. Il savait leur faire faire des jeux amusants, dans des rencontres assez tapageuses et joyeuses. Il venait de recevoir le baptême, dont il conserva la grâce dans son cœur et le laissait clairement apercevoir dans son gracieux comportement.

Là, tout le monde l’aimait, car il était toujours disponible, et exemplaire dans ses obligations de catéchiste assistant.

Dès le matin, Daudi donnait du tambour pour appeler ses catéchumènes à la prière du matin, ainsi que pour le rosaire, qu’il priait avec Jildo. Puis il leur répétait les prières, les questions et réponses du catéchisme avec une petite mélodie mnémotechnique pour mieux retenir la leçon. Cette façon de faire s’appelait Lok-odiku (paroles du matin), la partie le plus importante de la catéchèse. A cette activité, Daudi ajouta bientôt celle d’aller visiter dans les environs les parents de leurs “élèves”, les aidant dans leurs travaux de soin du bétail ou des champs.

Le soir, Daudi donnait le signal de la prière commune et du chapelet, qui s’achevait toujours par un chant à Notre-Dame. Le dimanche, il tenait un long office, avec la vive participation des catéchumènes et des catéchistes de tout l’endroit.

Jamais Daudi ne se mêla à quelque différend d’ordre tribal ou politique, comme cela arrivait fréquemment alors, car la soumission au gouvernement britannique donnait souvent lieu à des mouvements d’intolérance. C’est ainsi qu’une malheureuse décision du district local aboutit à une sérieuse tension. Des partisans, des voleurs, des éléments musulmans profitèrent de la situation pour s’opposer ouvertement à l’activité de Daudi.

Au matin de leur martyre, Jildo répondit à Daudi, qui l’avertissait sur leur possible mort violente : Et pourquoi devrions-nous avoir peur ? Nous n’avons rien fait de mal à personne, nous ne sommes ici que parce que le frère Cesare nous a envoyés pour enseigner la Parole de Dieu. N’aie pas peur !

Le dimanche 18 octobre 1918, très tôt le matin, cinq hommes se retrouvèrent autour de la hutte où étaient Daudi et Jildo, avec la claire intention de les tuer. Un ancien vint déclarer aux arrivants qu’ils n’avaient pas le droit de tuer les catéchistes, car ceux-ci étaient leurs invités. Daudi se présenta sur le seuil de sa hutte et supplia cet ancien de ne pas se mêler de la situation. Puis les hommes entrèrent dans la hutte de Daudi en lui demandant explicitement de cesser de catéchiser. Daudi ne cédait pas à leurs demandes, de sorte qu’ils le tirèrent dehors, le jetèrent à terre et le transpercèrent de leurs lances.

Jildo répéta alors à ces assassins ce qu’il avait dit avant à Daudi : Nous n’avons rien fait de mal, dit-il avec des larmes. Pour la même raison que vous avez tué Daudi, vous devez aussi me tuer, parce que nous sommes venus ici ensemble, et ensemble nous avons enseigné la Parole de Dieu. Alors l’un d’eux l’empoigna, le jeta en-dehors de la hutte et, le mettant à deux pas de distance, le transperça de sa lance. Puis un des assassins détacha la tête de Jildo avec un couteau.

Daudi avait entre seize et dix-huit ans. Jildo, entre douze et quatorze ans.

Le corps de Daudi resta ainsi sans sépulture quelques jours, puis quelques personnes lui attachèrent une corde autour du cou et le tirèrent vers un nid de fourmis vide. Plus tard, en 1926, les restes de Daudi furent placés au pied de l’autel du Sacré-Cœur à la mission de Kitgum. 

Ce qu’on dit ici des restes de Daudi vaut peut-être aussi pour ceux de Jildo.

Béatifiés en 2002, Daudi et Jildo sont les patrons des catéchistes.

Le Martyrologe les mentionne le 18 septembre, mais c’est apparemment une erreur. Il faudrait les mettre au 18 octobre, leur dies natalis.

 

Alfredo Almunia López-Teruel
1859-1936

Né le 21 mai 1859 à Mojácar (Almería), Alfredo était le deuxième des sept enfants d’un artiste, peintre et sculpteur, José Avelino, et de Antonia, qui habitèrent en différents endroits. Alfredo fut baptisé à Mojácar dès sa naissance, et confirmé en 1877 en même temps que son jeune frère José (v. 29 août).

Peu après, il entra au Grand séminaire et fut ordonné prêtre en 1884.

Il fut envoyé aux paroisses de Lubrín, Vera (1890), Cuevas del Almanzora (1928), Vera (1935).

A Vera, où il fut en exercice près de trente années, il développa un apostolat extrêmement fécond. Il organisa un grand pèlerinage à Rome, il fut l’aumônier pour le cimetière et pour la prison, il s’occupa aussi de donner des leçons de dessin aux enfants, et n’hésitait pas à faire la quête dans les rues pour ses œuvres caritatives.

C’est lui qui, en 1899, baptisa le petit José Gomez de Haro, qui serait prêtre plus tard et serait aussi assassiné le même jour que lui.

A Cuevas de Almanzora, il fut aux côtés de son frère, José.

Au moment de la persécution de juillet 1936, il se refusait à quitter ses paroissiens ; il fut arrêté le 7 septembre et jeté en prison. Il en sortit parce que sa sœur remit une somme de cinq-cents pesetas aux miliciens. Mais même avec cela, le vieux prêtre souffrit énormément des moments de détentions qu’on lui imposa.

Le 18 octobre 1936, des hommes armés pénétrèrent dans sa chambre à coucher, où il était immobilisé au lit à cause de ses infirmités ; on le frappa, on lui brisa sur les épaules son crucifix, on le jeta par le balcon sur le camion. Sa pauvre sœur, qui assistait à la scène, en devint folle.

On partit pour Antas, où on l’abattit avec deux coups d’arme à feu, le même jour et au même endroit que don José Gomez de Haro.

Martyrisé le 18 octobre 1936 à La Ballabona et béatifié en 2017, Alfredo Almunia López-Teruel sera mentionné dans le Martyrologe Romain au 18 octobre.


Bonaventura Reixach Vilarò
1860-1936

Né le 20 avril 1860 à Olost (Barcelone), baptisé le lendemain, et confirmé en juin - selon la coutume du temps - il était le deuxième des dix enfants de Juan, un tailleur, et María. Cette belle famille fut frappée par cinq deuils de petits enfants.

Bonaventura (c’est la forme catalane pour Buenaventura) entra au postulat des Pères clarétains de Vic en 1886, y fit le noviciat et la profession (1888).

Il fut ensuite envoyé dans les maisons de Santo Domingo de la Calzada (1892), Alagón (1898), Cervera enfin (1914).

Très adroit, il fut le réparateur, le jardinier, le cuisinier. Il mettait un soin particulier à maintenir bien propre le congélateur. C’était édifiant de l’entendre prier sans cesse, même en travaillant.

Les derniers jours de sa vie, à partir de juillet 1936, furent marqués de la même façon que pour ses Confrères (v. Heraclio Matute Tobías, Lluís Jové Pach, Evarist Bueria Biosca ou Francesc Canals Pascual).

Martyrisé le 18 octobre 1936 à Cervera et béatifié en 2017, Bonaventura Reixach Vilarò sera mentionné dans le Martyrologe Romain au 18 octobre.


Miquel de los Santos Rovira Font
1863-1936

Né le 22 mai 1863 à Vic, il perdit très tôt ses pieux parents, Miguel de los Santos Rovira et Filomena Font, de sorte qu’il fut élevé par des oncle et tante, qu’il considéra toujours comme ses seconds parents.

Il travailla à la fabrication de briques.

Toujours à Vic, il entra dans la congrégation des Pères Clarétains en 1880, y fit le noviciat et émit la profession en 1881.

A Solsona, il fut cordonnier ; à La Selva del Campo, il fut tailleur et menuisier ; à Lleida, cordonnier ; à Barbastro, peintre, menuisier et cordonnier ; en 1905, il alla à la maison de Gracia (Barcelone), qui fut détruite en 1909 pendant la Semaine tragique ; le temps que cette maison fût reconstruite, il séjourna à Sabadell et retourna à Gracia. 

Sa vue baissait, les médecins n’avaient pas le même avis sur ce qu’il fallait faire, de sorte que le Frère perdit complètement la vue. En plus, il prit une infection pulmonaire qui dura assez longtemps. Finalement, il fut transféré à Cervera, où il ne pouvait pratiquement plus rien faire, sinon prier.

Le frère Miquel eut une attention particulière pour les Reliques ; pour un cousin nommé José, il demanda une relique de s.Joseph (un morceau de son manteau ou un petit bout de son sépulcre) ; pour lui-même, une relique de s.Michel des Saints (v. 10 avril), le patron céleste de son père ; et encore une de s.Cyriaque (v. 29 septembre), pour le Frère Ciriaco qui l’assista si fidèlement pendant sa maladie. Mais nous ne savons pas s’il obtint gain de cause…

Ce bon Frère apprit à dominer son caractère un peu vif ; on l’aimait bien, même si un jugement un peu exagéré affirma qu’il était bon à tout faire ou bon à rien.

Le 21 juillet, il suivit ses Confrères âgés et malades à l’hôpital de Cervera, où tous se préparèrent intensément à recevoir le martyre.

Ils reçurent cette grâce le 18 octobre 1936 au cimetière de Cervera.

Béatifié en 2017, Miquel Rovira Font sera mentionné dans le Martyrologe Romain au 18 octobre.


Heraclio Matute Tobías
1867-1936

Né le 11 mars 1867 à Alesanco (Logroño), baptisé le 14, il était le fils de Román et Micaela, qui eurent aussi une fille, Rosa.

En 1873, Micaela mourut, et Román fut assassiné en 1874 ; on ne nous dit pas l’origine de ce meurtre, mais on sait que Román pardonna à l’assassin. Heraclio avait donc sept ans et fut hébergé chez sa tante maternelle ; on l’envoya garder les chèvres. Un autre oncle au contraire, le fit étudier à Alesanco, où le prêtre faisait l’école : Heraclio fut le premier et commença le latin.

Il entra au séminaire clarétain d’Alagón en 1881, passa à Barbastro pour le noviciat, fit la profession à Vic en 1884 et étudia la philosophie. Pour la théologie, il fut successivement envoyé, à cause de sa santé, à Cervera et Santo Domingo de la Calzada. Il fut ordonné prêtre en 1891.

Il fut envoyé à Calahorra, à Pampelune, à Ciudad Rodrigo (où il fut bibliothécaire), à Medina de Rioseco, à Ciudad Real. En 1901, il fut nommé Provincial pour la Castille et vint à Ségovie. En 1907, il fut Supérieur à Medina de Riosaco. Il passa encore par Calahorra et Bilbao avant d’être Supérieur à Zamora et à Tuy. En 1925, il fut nommé Supérieur pour la province de Castille, et résida à Bilbao.

Le p.Heraclio eut cette particularité rare, qu’on n’eut jamais rien à lui reprocher. En revanche, il eut toujours une mauvaise santé ; en particulier à cause de ses yeux, il eut la permission de célébrer par-cœur toujours la même Messe et de remplacer le Bréviaire par le rosaire, car il était devenu pratiquement aveugle.

C’est pour être opéré de la cataracte à Barcelone qu’il devait prendre le train en mai-juin 1936, mais le voyage fut renvoyé plusieurs fois : le Père eut un rhume, puis en juillet il y eut l’assassinat de José Calvo Sotelo, puis on lui dit qu’il lui manquait une photographie, puis les trains s’arrêtèrent… Finalement, il demeura à Cervera.

Le 21 juillet, toute la communauté fut évacuée de là ; les malades furent hospitalisés : le père Heraclio en était. Tous s’attendaient au martyre et l’attente dura presque trois mois. Le Père était calme et résigné ; il passait beaucoup de temps en adoration devant l’armoire où l’on tenait dissimulé le Saint-Sacrement et cherchait à donner courage aux autres, tout en suggérant aux plus jeunes de s’enfuir, si c’était possible, pour le bien de la communauté clarétaine.

Le 17 octobre à vingt-trois heures trente, des miliciens vinrent enlever les Prêtres. Le p.Heraclio remit à une Sœur son crucifix. Quelques minutes plus tard, on entendit des coups de feu provenant du cimetière ; le p.Heraclio tomba en criant, joyeux, Vive le Christ Roi.

Le lendemain ou le surlendemain revint la Supérieure de l’hôpital, qui était allée à Barcelone pour arranger l’hospitalisation du p.Heraclio ; mais en arrivant à Cervera, elle dut apprendre la mort du Prêtre.

Martyrisé le 18 octobre 1936 et béatifié en 2017, Heraclio Matute Tobías sera mentionné dans le Martyrologe Romain au 18 octobre.


Lluís Jové Pach
1872-1936

Il naquit et fut baptisé le 1er février 1872, et confirmé la même année à Lleida où habitaient ses pieux parents Narciso José et María.

En 1883, il commença ses Humanités au séminaire diocésain de Lleida et, en 1886, passa à celui des Clarétains de Barbastro. Après le noviciat et la profession (1887), il fit la philosophie et la théologie à Cervera.

Il n’avait pas encore été ordonné prêtre, que déjà il enseignait aux externes de Ségovie (1895) ; il fut ordonné le 29 février 1896.

Il reçut de nombreuses missions et dut changer beaucoup de résidence : Calahorra, Pampelune, Calahorra, La Selva del Campo, Solsona, Sabadell, Barcelone, La Selva del Campo, San Feliu de Guixols, Barcelone, Játiva, Calatayud, Sallent, Tarragona, Calatayud, Saragosse, Sabadell, enfin Cervera.

A La Selva del Campo, il organisa l’Association de la Jeunesse Catholique ; c’est sans doute à Cervera qu’il resta le plus de temps : trois années.

Pour s’être vu confier tant de postes, il devait avoir une bonne constitution, mais les dernières années, fatigué par tant de déplacements, il demanda à passer quelque temps dans sa famille ; il n’obtint de réponse ni du Supérieur ni du Nonce apostolique, auquel il s’était adressé en désespoir de cause… Dieu allait lui accorder un autre Repos, mais après une dernière épreuve, décisive celle-là : le martyre.

Le 21 juillet, la communauté de Cervera dut se disperser par ordre des «autorités» marxistes et le Père se retrouva à l’hôpital, avec les autres malades. Cette situation dura jusqu’au 17 octobre.

Ce soir-là, trois miliciens vinrent à vingt-trois heures trente chercher les missionnaires pour les transporter à une maison de Barcelone. Ils dormaient. Les plus jeunes aidèrent les plus anciens à se déplacer. Tout le monde monta dans un camion qui partit non pas vers Barcelone, mais vers le cimetière.

Ils tombèrent sous les balles à minuit un quart du 18 octobre 1936, en criant, non pas A mort le Christ Roi,  comme on le leur proposait, mais Vive le Christ Roi !

Ensuite les miliciens «arrosèrent» l’événement et se moquaient : Ce qu’ils sont têtus ! Il n’y en a pas eu un seul qui ait pu dire ce qu’on leur demandait de dire. Ce qu’ils sont bêtes : ils vont mourir et ils crient Vive le Christ Roi !, et ils demandent encore du temps pour prier.

Béatifié en 2017, Lluís Jové Pach sera mentionné dans le Martyrologe Romain au 18 octobre.


Josep Ros Nadal
1876-1936

Né le 14 octobre 1876 à Artesa de Lleida de Francisco et Francisca, il fut baptisé dès le lendemain et confirmé l’année suivante.

Dieu permit qu’il fût très tôt orphelin de ses deux parents, qui étaient de bons chrétiens. Aussi fut-il engagé comme domestique chez les Frères Maristes de Lleida tout en faisant ses études classiques, pour passer ensuite une année à Barcelone en 1896.

Il entra dans la congrégaton des Pères Missionnaires Clarétains de Cervera en 1898, où il fit la profession l’année suivante comme frère convers. On lui confia la couture et la cuisine.

Josep avait une mauvaise vue, de naissance. C’était cependant un grand travailleur et il édifia tous les Confrères par sa grande disponibilité à faire n’importe quel travail.

Il fut d’abord à Cervera, puis Barbastro et Sabadell, toujours comme cuisinier. Puis il fut envoyé aux missions de Fernando Póo (Guinée Espagnole) en 1904 et fut à Annobón, où il se montra un vrai cuisinier professionnel. Mais en 1907, sa vue subit une nouvelle détérioration ; d’autres difficultés de santé l’obligèrent à revenir en Espagne.

Malgré tous les efforts de la médecine, on ne put empêcher la cécité totale. Le Frère supporta cette épreuve avec une résignation édifiante. Il aidait comme il pouvait à l’atelier de reliure ; il parcourait les couloirs en priant le chapelet. Il fut à Sabadell, puis à Cervera à partir de 1921.

Le 21 juillet 1936, il suivit les Confrères malades et âgés à l’hôpital de Cervera. On fit pour lui une demande de retour à son pays natal, mais la réponse mit trop de temps à parvenir.

Le frère Josep fut martyrisé le 18 octobre 1936 à Cervera.

Béatifié en 2017, Josep Ros Nadal sera mentionné dans le Martyrologe Romain au 18 octobre.


Joan Buxó Font
1879-1936

Né à Montcada, Barcelone, le 24 octobre 1879 (fête du Fondateur des Clarétains, Antonio María Claret), Joan fut baptisé le 28 suivant ; des neuf enfants du chirurgien José et de Catalina, cinq moururent en bas âge, les quatre autres entrèrent en religion : de ces quatre, Joan était l’aîné, les trois autres furent Religieuses.

Joan faillit lui aussi mourir en bas âge, à deux ans, mais il eut la «chance» d’être évacué chez un oncle de Centellas, de sorte qu’il échappa à la contagion.

Au catéchisme, à l’école, Joan était toujours le premier arrivé. C’est qu’il était aussi, à sa façon, quelque peu têtu et désobéissant, en tout cas volontaire, travailleur et fidèle à ses engagements.

Il reçut la Première communion à dix ans et entra au collège des Pères Piaristes de Sabadell. Quand il eut obtenu son baccalauréat (1895), il exprima le désir de devenir chirurgien comme son père ; en 1897, il fut interne à l’hôpital ; il obtint sa licence en médecine en 1902 et vint s’installer à Montcada.

Joan se montra toujours un homme sérieux, studieux ; il ne savait pas perdre de temps ; sa sobriété le fit surnommer par les camarades doctor castus ; il ne manquait jamais la prière quotidienne du chapelet ni la Messe ; il se fit tertiaire dominicain et refusa toutes les propositions de mariage dont on lui parla. En outre, il fut en enthousiaste défenseur de l’Espéranto, communiquant dans cette langue divers articles et participant à des congrès internationaux.

Peu à peu, mûrit sa vocation religieuse. En 1914, à trente-quatre ans, il entra au noviciat de Cervera et fit la profession en 1915. On admira l’humilité avec laquelle il sut se mettre au niveau des jeunes novices et accepter tant de changements dans son quotidien. Il fallut passer aux études de philosophie ; il s’y mit avec ardeur, avec un professeur uniquement pour lui. Puis il fit la théologie à Alagón et Cervera, pour enfin être ordonné prêtre en 1920.

Préférant l’intimité, il célébra sa première Messe dans la chapelle de l’infirmerie, près des malades. On lui confia l’enseignement de diverses matières, mais il continua à exercer l’art de la médecine, au profit des autres Religieux de la Congrégation ; d’autres médecins de Cervera préféraient être soignés par le p.Buxó. En outre, il fut un excellent confesseur, par sa clairvoyance psychologique des personnes.

Il se mortifia, refusant toujours de se plaindre du froid ou de la chaleur, de la fatigue physique ou de la perte de mémoire. Il portait un cilice.

Lors de la dispersion obligée de toute la communauté de Cervera le 21 juillet 1936, il gagna Barcelone, chez les Religieuses du Cœur Immaculé de Marie, puis revint à l’hôpital de Cervera lorsque ces dernières furent expulsées. On le nomma médecin de garde.

Comme on l’a vu à propos du p.Lluís Jové Pach (v. plus haut), les miliciens vinrent appeler les Pères au soir du 17 octobre. Parmi ces miliciens, il s’en trouvait un, ultra révolutionnaire, qui avait été soigné par le p.Buxó.

Celui-ci ne fut pas emmené tout de suite  ; une Religieuse vint l’avertir qu’elle avait entendu les coups de feu, et le p.Buxó lui dit : Que faire ? Ils sont martyrs. Dieu soit loué !

Une heure plus tard, on vint le chercher. Son ex-patient lui demanda : Où veux-tu que je te fasse la piqûre . - Où tu veux, répondit le Père ; ils parlaient bien sûr des coups de feu.

Martyrisé le 18 octobre 1936 à Cervera, béatifié en 2017, Joan Buxó Font sera mentionné dans le Martyrologe Romain au 18 octobre.


Abilio Villarreal Abaza
1885-1936

Abilio était né le 22 février 1885, à Arazuri (Navarre, Espagne), un des quatre enfants de Hermenegildo et Agapita, qui le firent baptiser dès le lendemain ; il fut confirmé en 1887.
Abilio entra en 1899 au collège des Frères Maristes à San Andrés de Palomar et commença le noviciat en 1900 ; il reçut l’habit et le nom de Roque ; un an après il faisait les premiers vœux et la profession perpétuelle en 1907, à Manresa.
Roque fut envoyé à Logroño (1910), Alcoy (1913), Cartagena (1914), Calatayud (1916), Lucena (1921), Valencia, Barcelone et Lleida (1926-1932), Málaga enfin (1932).
Le Frère Roque était un Religieux méthodique, qui préférait le résultat à la discipline stricte. Il ne sortait jamais de la maison, ni n’y rentrait, sans faire une courte visite au Saint-Sacrement. Dans son dernier poste, il développa l’Œuvre de la Sainte Enfance pour susciter des vocations.
Le 19 juillet 1936, il quitta avec les Confrères la maison de Málaga pour les montagnes, d’où ils pouvaient avec tristesse observer comment on l’assiégeait. Le 20 juillet, ils trouvèrent à se loger dans la ville ; le 21, ils furent reçus à l’Hôtel Imperia. 
Le 24 août, des miliciens vinrent l’arrêter et le mirent en prison. A ce moment-là, le consul du Mexique intervint pour le faire libérer et le fit héberger chez sa sœur, en bien piteux état de fatigue physique et morale. Le Frère put ainsi se reprendre et mener une vie recueillie pendant près de deux mois. Le soir, on priait ensemble le chapelet.
Un ancien élève le reconnut et le signala à la milice. On vint l’arrêter le 18 octobre, en l’absence momentanée de la maîtresse de maison. 
Conduit à la Alameda, le Frère Roque fut assassiné ce même 18 octobre 1936.
Il fut béatifié en 2013.


Francesc Canals Pascual
1891-1936

Né le 1er décembre 1891 à Sant Andreu de la Barca (Barcelone), il était l’aîné des cinq garçons de Rosendo et Rosa ; deux frères, dont Luis, le suivirent chez les Clarétains. Francesc fut baptisé le 6 décembre et confirmé en 1894.

A onze ans, il fit la demande, appuyée par ses parents, de stagiaire dans les bureaux du Gouverneur civil de Barcelone.

En 1916 cependant, il frappa à la porte du postulat clarétain de Cervera et commença le noviciat l’année suivante. Il en était extrêmement heureux et n’aurait pas donné sa place à un autre. En 1917, il fit la profession.

On le disait un peu flegmatique, sujet à des illusions, mais aussi discret, silencieux, humble. Continuellement il écrivait aux siens qu’il désirait uniquement plaire à Dieu, acquérir la sainteté. Il priait à haute voix, même en travaillant, soit avec le chapelet, soit en méditant le Chemin de Croix.

On le garda à Cervera, où il fut infirmier, menuisier, jardinier. Comme infirmier, il avait des attentions «maternelles».

De ses frères qui le retrouvèrent à Cervera, l’un, Luis, mourut en 1925. Cette année-là, Francesc se trouvait momentanément à Barcelone.

Comme on l’a vu pour d’autres Religieux de Cervera (v. Heraclio Matute et Evarist Bueria), la maison dut être abandonnée le 21 juillet 1936 ; Francesc se retrouva avec les malades à l’hôpital.

Francesc eut la possibilité de s’échapper et disparaître, mais il préféra rester auprès des malades.

Il fut emmené avec les deux autres ci-dessus et huit autres au soir du 17 octobre.

Martyrisé le 18 octobre 1936 à Cervera et béatifié en 2017, Francesc Canals Pascual sera mentionné dans le Martyrologe Romain au 18 octobre.


José Serrano Pastor
1899-1936

Né le 24 mars 1899 à Corella (Navarre) de Eugenio et Felicia, il fut baptisé le lendemain, et confirmé en 1901.

Dans cette famille, il y eut trois Religieux clarétains (Antonio, José et Jesús) et une Religieuse. Antonio mourut en 1991 au Chili, Jesús devint évêque à Panama et mourut en 1997 à quatre-vingt quinze ans.

José reçut sa formation avec Antonio à Alagón (Saragosse) et Barbastro, où il fut brillant, puis à Cervera, Alagón et Solsona pour la théologie ; il fut qualifié de Meritissimus Maior, et fut ordonné prêtre en 1923.

Le p.José fut frappé du Mal de Pot et en souffrit de façon toujours plus intense, sans jamais perdre son humour. On l’envoya en divers endroits, chaque fois dans l’espoir de l’aider à supporter sa maladie : Játiva, Solsona, Cervera, Barcelone. Trop malade, il fut soigné à Cervera, Tarragona et Lleida, enfin de retour à Cervera. 

A cause de sa maladie, il dut même être exempté du bréviaire, qu’il remplaça par la prière du Rosaire ; quand il célébrait la Messe, il utilisait toujours les mêmes textes, qu’il disait de mémoire.

A partir du 21 juillet 1936, il partagea le sort des autres membres de la Communauté, à l’hôpital de Cervera, jusqu’à la soirée du 17 octobre.

Martyrisé le 18 octobre 1936 au cimetièire de Cervera et béatifié en 2017, José Serrano Pastor sera mentionné dans le Martyrologe Romain au 18 octobre.


Isidro Juan Martínez
1899-1936

Né le 10 mai 1899 à Cartagena (Murcia), il était le fils de José et Josefa, qui le firent baptiser le 15 mai.

Laïc, il fut un des premiers membres de l’Association des Enfants de Marie dès sa création à Cartagena, en 1918, et dont il fut le vice-président (on a vu que Francisco Roselló Hernández en fut le président).

Avocat de métier, il épousa en 1924 Natividad Tamayo Manguero, qui donna naissance à trois enfants : José, Purificación et Isidro, lesquels en 1936 avaient respectivement onze, neuf et deux ans.

Arrêté le 1er août tandis qu’il dinait avec sa famille, Isidro eut tout juste le temps de dire à son fils aîné : Mon fils, ton père n’est pas arrêté pour avoir été un voleur, mais pour avoir été un honnête homme et un croyant ; il retrouva en prison Francisco Roselló Hernández (v. ce même jour).

Au moment de fusiller les condamnés, les miliciens leur «permirent» de crier A bas le Christ Roi, leur promettant la vie sauve, à quoi ils répondirent de tout leur cœur : Vive le Christ Roi !

Martyrisé le 18 octobre 1936 et béatifié en 2017, Isidro Juan Martínez sera mentionné dans le Martyrologe Romain au 18 octobre.


José Gómez de Haro
1899-1936

Né le 31 août 1899  à Vera (Almería), José fut baptisé par un autre futur martyr, don Alfredo Almunia López, qui l’orienta vers le séminaire d’Almería.

José eut le sort de devoir être amputé d’une jambe à la suite d’une maladie, et fut ainsi condamné à porter une prothèse orthopédique, qu’il supporta avec courage et sans perdre sa bonne humeur.

Il fut ordonné prêtre en 1924, et fut nommé à Tabernas, comme vicaire et aumônier des Frères des Ecoles Chrétiennes de Cuevas del Almanzora, puis en 1925 à Vera, son pays natal.

Lors de l’insurrection révolutionnaire de 1936 et de la persécution qui s’ensuivit, il fut arrêté une première fois par les miliciens, qui le relâchèrent lorsque la famille leur versa une rançon de deux mille pesetas. Mais le Comité se prononça ensuite pour sa condamnation à mort. En pleine nuit du 18 octobre, neuf miliciens vinrent tambouriner à la porte de sa famille : la mère de don José refusait d’ouvrir, mais les miliciens enfoncèrent la porte et s’emparèrent du prêtre.

Ils l’emmenèrent près d’un pont d’Antas (Ballabona), et l’assassinèrent. Le même jour était assassiné don Alfredo, qui l’avait baptisé ; ils avaient quarante ans de différence sur terre, mais la même gloire dans le Ciel.

Martyrisé le 18 octobre 1936 et béatifié en 2017, José Gomez de Haro sera mentionné dans le Martyrologe Romain au 18 octobre.

Francisco Roselló Hernández
1907-1936

Né le 28 février 1907 à Cartagena (Murcia), Francisco, fils unique de Francisco et Ascensión, fut tôt orphelin.

Président de l’Association des Enfants de Marie, il était encore fiancé au moment de la persécution de 1936.

Le 20 juillet, on expulsa violemment les Filles de la Charité de leur maison de Cartagena. L’ayant su, Francisco réussit à dépasser les voitures qui les emmenaient et s’entendre avec la Sœur Francisca pour les dispositions à prendre. Dès lors, il fut lui aussi persécuté ; on a déjà vu (v. 15 août) comment on arrêta don Pedro Gambín Pérez.

Le 22 juillet, on vint arrêter Francisco chez lui et on le plaça en cellule d’isolement, probablement au collège des Maristes, croit-on. Le 7 octobre, on l’envoya à la prison San Antón.

Ayant trouvé chez lui des exemplaires de la Médaille Miraculeuse, on le qualifia de sectariste d’organismes religieux et son cas fut soumis à un juge spécial… qui mit six mois à rendre sa décision. Dans l’intervalle, eut lieu le martyre des prisonniers du 18 octobre : on leur adjoignit Francisco. 

Six mois plus tard, le juge répondait qu’il n’était pas compétent pour ce cas, mais Francisco était déjà parvenu au Paradis.

Martyrisé le 18 octobre 1936 et béatifié en 2017, Francisco Roselló Hernández sera mentionné dans le Martyrologe Romain au 18 octobre.


Josep Ausellé Rigau
1913-1936

Né le 5 juillet 1913 à La Sellera (Girona) de Pedro et Dolores, il fut baptisé le 7 juillet suivant.

En 1925, il entra au postulat des Pères Clarétains de Barbastro et passa en 1927 à Cervera.

Dès ce moment-là, Josep souffrit beaucoup de la jambe, à cause d’une tuberculose osseuse qui l’obligea à être plâtré pendant deux mois et à revenir chez lui pour se reposer.

De retour à Cervera, en 1930 il dut repartir chez lui tandis que ses collègues commençaient le noviciat. Il alla faire son noviciat à Vic et fit la profession en 1931. Il étudia là la philosophie et commença la théologie ; en 1935, il revint à Cervera.

Le 21 juillet 1936, comme ses Confrères, il dut quitter la maison et fut hospitalisé. Vu son état, il obtint sans difficulté l’autorisation des autorités pour revenir dans sa famille et demanda à son père de venir le chercher mais, on ne sait pourquoi, l’entreprise ne put avoir lieu.

Josep partagea ensuite le sort de ses Confrères, comme on l’a écrit plus haut (v. Lluis Jové Pach). Jeune clerc,  il n’avait reçu que les deux premiers Ordres mineurs (portier et lecteur), mais Dieu l’avait jugé mûr pour le martyre.

Martyrisé le 18 octobre 1936 à Cervera et béatifié en 2017, Josep Ausellé Rigau sera mentionné dans le Martyrologe Romain au 18 octobre.


Evarist Bueria Biosca
1913-1936

Né le 21 juillet 1913 à Montoliu (Lleida), Evarist avait trois frères et une sœur ; leur père, Evarist, était tisserand ; leur mère s’appelait Teresa.

Evarist entra au postulat clarétain de Cervera en 1924 et étudia à Alagón puis Cervera ; il fit le noviciat à Vic,  où il se trouvait bien mieux qu’à Cervera et y fit la profession (1930). Après Solsona pour la philosophie, il revint à Cervera pour la théologie : voyage en voiture louée, qui tomba en panne et mit deux heures pour faire cinquante kilomètres ! 

Evarist était de caractère un peu brouillon, sa nervosité le faisait parfois bégayer, mais il persévérait.

En juin 1935, il reçut les deux premiers Ordres mineurs : les circonstances ne lui permirent pas d’avancer davantage vers le Sacerdoce : Dieu lui préparait une gloire plus grande.

Le 21 juillet 1936, il fallut abandonner la maison de Cervera et l’on devait se replier sur Solsona, mais les révolutionnaires les en empêchèrent ; Evarist, souffrant de la tuberculose, fut de ceux qui furent hospitalisés à Cervera dès le 22 juillet. En octobre, il apprit la mort de son père.

Le 16 ou le 17 octobre, vint sa sœur Antonia pour l’emmener à la maison ; Evarist aurait pu ainsi échapper à la mort, mais il voulait emmener avec lui ses Compagnons, et comme ils ne pouvaient pas tous tenir dans la voiture, il préféra rester avec eux.

Au soir du 17 à vingt-trois heures trente, un groupe de miliciens arriva avec un camion pour embarquer les onze Religieux clarétains, qu’ils fusillèrent au cimetiière de Cervera.

Martyrisé le 18 octobre 1936 et béatifié en 2017, Evarist Bueria Biosca sera mentionné dans le Martyrologe Romain au 18 octobre.


Manuel Solé Vallespì
1913-1936

Né le 19 septembre 1913 à Fayòn (Saragosse) de Francisco, ouvrier journalier, et Generosa, il fut baptisé huit jours plus tard et confirmé en 1915.

En 1924, il entra au postulat des Pères Clarétains de Barbastro, acheva les Humanités à Cervera, fit le noviciat à Vic et la profession en 1929. A Solsona, il étudia la philosophie et alla commencer la théologie à Cervera à l’automne de 1931. Début 1932, il reçut les deux premiers Ordres mineurs (portier et lecteur).

En 1934 il ne put suivre les cours, d’une part à cause d’une fistule qu’il devait soigner, d’autre part à cause de certains scrupules. On le chargea d’enseigner au postulat de Solsona, puis de Requena et il revint à Cervera.

Le 21 juillet 1936, il fut de ceux qui durent être reçus à l’hôpital de Cervera, à cause d’une pleurésie.

Puis il accompagna ses Confrères sur le chemin du martyre, dans la nuit du 17 au 18 octobre 1936. Comme eux, il tomba en criant Vive le Christ Roi !

Béatifié en 2017, Manuel Solé Vallespì sera mentionné dans le Martyrologe Romain au 18 octobre.


José Loncán Campodarve
1915-1936

Né le 18 avril 1915 à Azlor (Huesca) et baptisé le 21 avril suivant, il était l’un des six garçons de José et María.

Petit, il courait à l’église dès que la Messe sonnait, car c’était le premier arrivé qui revêtait l’aube pour servir la Messe. Ainsi commença sa vocation au sacerdoce.

En 1926, il entra au postulat clarétain de Barbastro et acheva les Humanités à Cervera. Il passa à Vic pour le noviciat ; c’était l’année 1930. L’année suivante, fut proclamée la Deuxième République et le climat politico-social fut très agité : des églises et des couvents partirent en flammes. La famille de José nourrissait beaucoup d’inquiétudes, mais José leur répondait qu’il n’avait pas peur et qu’il s’attendait tranquillement à mourir martyr.

Cette même année 1931, il fit la profession religieuse. Lui et ses compagnons d’étude revinrent à Solsona, mais sans leur habit religieux. Après la philosophie, ils revinrent à Cervera pour la théologie, en 1935.

Disons ici que les jeunes gens qui, comme notre José, se préparaient au sacerdoce, n’étaient pas parfaits, loin de là. Ils avaient leurs défauts, que leurs Supérieurs notaient dans leurs rapports, pour que chacun fût suivi et aidé au mieux sur son chemin. José Loncán était loin de donner satisfaction, on le donnait comme plus enclin à la science qu’à la vertu. Les événements, cependant, révélèrent le vrai fond du novice. 

Le 21 juillet 1936, la plus grande partie de la communauté quitta Cervera, direction Solsona ; les révolutionnaires les empêchèrent de passer ; le lendemain, José dut revenir à l’hôpital de Cervera, car il souffrait d’un douloureux erysipèle : on craignit même pour sa vie ; José supporta ses douleurs avec une patience infinie, puis l’inflammation diminua.

Ensuite, le temps passa dans la préparation à subir le martyre. Ce fut le 18 octobre 1936 à minuit quinze. José, benjamin de sa communauté, avait vingt-et-un ans et n’avait encore reçu aucun Ordre, mais il reçut la couronne de gloire.

Béatifié en 2017, José Loncán Campodarve sera mentionné dans le Martyrologe Romain au 18 octobre.

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