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19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 00:00

 

 

2e dimanche ordinaire - C


Voici que réapparaît la couleur verte de l’ornement du Prêtre à la messe. Le temps de Noël au sens strict est passé, et quelques dimanches nous séparent du début du Carême. 

Avant de commencer la lecture de l’évangile de Luc, l’Eglise nous propose aujourd’hui l’épisode des Noces de Cana que, curieusement, l’évangéliste Jean est le seul à rapporter. En effet, on pourrait s’attendre à ce que Luc aussi en parle, lui qui a connu de si près la Mère de Jésus. Luc aura peut-être pressenti que Jean serait beaucoup plus à même de raconter cet épisode, puisqu’il s’y trouvait personnellement, de même aussi que c’est Jean qui sera au pied de la Croix et entendra les dernières paroles du Christ à sa Mère (Jn 19:25-27).

Voici donc Marie et Jésus, avec ses disciples, invités à une noce, à Cana. Rien de plus vivant que cette participation aux événements familiaux d’un petit village, où tout le monde se connaît, où les cousinages sont très fréquents. On a dit parfois que le fiancé pouvait être Nathanaël lui-même, dont il est question au chapitre précédent du même évangile de Jean, mais le contexte ne le prouve pas explicitement.

Ce qui est plus certain, c’est que seuls Jésus et Marie sont invités, pas Joseph : sans doute était-il déjà mort à ce moment-là, sa “mission” sur terre étant désormais achevée. Heureux ce père qui eut près de lui un Tel fils et une Telle épouse pour l’assister aux derniers instants. C’est à juste titre qu’il est invoqué comme patron de la bonne mort.

Donc Marie est là, et observe que le vin manque. Erreur du maître de maison ? Imprévoyance ? Consommation excessive des invités ? Ou bien peut-être entente préalable voulue par Jésus, avec le maître, pour avoir l’occasion d’annoncer le Vin Nouveau ?… 

Cette question suggère par elle-même la réponse à la difficulté habituelle qu’on a à expliquer la fameuse question de Jésus à sa Mère, littéralement : “Qu’y a-t-il entre toi et moi ?”. 

On peut supposer que depuis longtemps - Jésus a désormais trente ans - le Fils de Dieu avait au moins fait allusion, dans ses conversations avec Marie, au sacerdoce, au Sacrifice eucharistique, et Marie s’attendait à voir un jour ou l’autre l’institution de ces deux Sacrements essentiels de la nouvelle Alliance : Sacerdoce et Eucharistie. C’est pourquoi, quand elle dit “ils n’ont plus de vin”, cette phrase doit certainement être entendue comme : “Ce Vin nouveau dont tu m’as parlé tant de fois, le donnerais-tu maintenant ?” ; et Jésus, loin de “remettre en place” sa sainte Mère, lui répond solennellement : “Puisque l’heure en est fixée par mon Père, ce n’est ni toi ni moi qui pouvons l’anticiper”. 

Donc, sur l’intercession de Marie, Jésus va opérer son premier miracle, oui ; Il va changer l’eau en vin, il va montrer que l’ancienne Alliance n'a plus de goût et doit faire place à la nouvelle ; son ministère public commence officiellement ; mais le Grand sacrement, l’Eucharistie, viendra seulement à la fin de ce ministère, comme couronnement sublime de cette divine mission. Tout cela s’est dit et compris en quelques secondes, entre une Mère et un Fils si profondément unis pour l’œuvre divine.

Il y a plus. Au moment où la nouvelle Eve, Marie, Mère des vivants, intercède comme médiatrice auprès de Jésus, celui-ci l’interpelle du nom de “Femme” qui, loin d’être une dénomination dédaigneuse, est ici une expression suprême de la noble mission de Marie dans l’économie du salut : comme la première femme a péché et entraîné tous les hommes dans l’ombre de la mort, ainsi la nouvelle Eve, la Femme pure, la Mère du Sauveur, allait maintenant être la Mère de tous les hommes sauvés, reconduits à la Lumière de la Vie par le Sacrifice de Jésus-Christ. Cette “Femme” se trouvera effectivement aux pieds du Crucifié, qui lui redira juste avant d’expirer : “Femme, voici ton fils”, comme on l’a dit plus haut (Jn 19:25-27). Marie en a bien conscience qui, loin de s’attrister de la réponse de Jésus, s’empresse immédiatement de conseiller aux serviteurs : Tout ce qu’il vous dira, faites-le.

Cette union dans l’œuvre salvifique entre Jésus et Marie est véritablement le signe d’une union féconde mystique, d’un véritable mariage mystique. Présents à un mariage humain, Jésus et Marie se montrent ici encore plus unis dans de chastes noces mystiques, dont les fruits seront l’Eglise universelle. 

Voilà pourquoi nous lisons l’extrait du prophète Isaïe où il est question de l’épouse “préférée” en qui le Seigneur met “sa préférence”. L’époux, c’est le Christ ; l’épouse, c’est Marie, c’est aussi l’Eglise, et c’est toute âme qui reçoit le Christ totalement et intimement.

Voyez comment déjà la bonté exorbitante de Jésus se manifeste : six jarres de bon vin, lorsque désormais la fête touche à sa fin. Six cents litres environ d’un nectar précieux ! Des Pères de l’Eglise ont commenté que les six urnes font une allusion évidente à l’Eucharistie, d’où la grâce et la bénédiction découlent sur les six autres sacrements.

Autre élément de rapprochement avec l'Eucharistie : l'évangéliste note que l'eau des jarres était destinée aux ablutions. Mais Jésus, par son Sang, apportera la vraie purification de tous nos péchés. Vraiment, tout, dans ce premier miracle de Jésus, annonce le divin Sacrement de l'Eucharistie, et si l'apôtre Jean ne relate pas l'institution même de ce Sacrement, il en raconte tous les signes avant-coureurs : l'eau changée en vin à Cana et le discours du Pain de Vie plus loin au chapitre 6.

Aujourd'hui, l'épouse parfaite de Jésus est l'Eglise. Comme Marie, l’Eglise implore : “Tes enfants n’ont plus de vin” et ensuite l’Eglise dit aux prêtres : “Observez tous ses ordres et commandements. Tout ce qu'Il vous dira, faites-le."

A ces réflexions sur les Noces de Cana pourra ici s’ajouter une observation sur un rite assez peu remarqué de la Messe, quand le prêtre verse une goutte d’eau dans le vin du calice, en disant Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’Alliance, puissions-nous être unis à la divinité de Celui qui a pris notre humanité. L’eau de l’humanité se noie dans la divinité du vin pour former l’Homme nouveau, l’Homme racheté dans le vie divine du Sauveur, mort et ressuscité.

L’épisode des Noces de Cana forme, avec l’Epiphanie et le Baptême de Jésus, une trilogie de la manifestation (en grec epiphania) de Jésus-Christ, Fils de Dieu. Les Grecs l’appellent d’ailleurs Theophania, manifestation de Dieu.

Il n’a pas été encore question ici de l’extrait d’aujourd’hui de la lettre aux Corinthiens. Le texte de Paul est clair, mais semble ne pas avoir de lien direct avec les Noces de Cana. Il sera pourtant opportun de penser que, dans tout mariage, il faut qu’il y ait une unité spirituelle pour souder deux caractères forcément très différents. C’est ce que recommande saint Paul aux Corinthiens, en la première épître qu’il leur écrit peu après avoir commencé de les instruire, et pour les exhorter à l’union fraternelle. De même que Jésus opérait des signes, des miracles, et que Marie s’unissait intimement à cette divine mission par sa présence maternelle d’intercession (Marie, Médiatrice de toute grâce, l’appelle-t-on), de même que les Apôtres devront fidèlement répéter l’enseignement de Jésus, de même à notre tour, à notre époque, dans notre société, chacun à sa place doit rester uni à l’unique enseignement divin de Jésus-Christ fait homme, dans l’unité parfaite de l’Esprit Saint qui distribue les dons de Dieu à chacun selon sa mesure et son état.

Tout ce qu’il vous dira, faites-le. 

Mais surtout, nous remarquerons que nous lisons cet extrait au moment de la semaine de prière pour l’unité des Chrétiens (du 18 au 25 janvier). Un appel à l’unité entre tous, au respect de chacun, à la complémentarité entre les différents charismes présents dans nos communautés.

La prière finale de la messe nous fait demander à Dieu d’être unis dans (son) amour, après avoir été nourris d’un même pain.

Dans la Prière du jour, nous demandons à Dieu la paix. L’unité et la paix s’appellent l’une l’autre. La paix, la vraie, ne vient que du Christ, et nous le répétons à chaque messe : 

…Regarde la foi de ton Eglise… donne-lui toujours cette paix et conduis-la vers l’unité parfaite.

 

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Published by samuelephrem - dans Homélies - année C
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