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2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 00:00

 

Troisième dimanche de Carême - année C

 

Oculi mei semper ad Dominum, chante l'antienne de l'entrée : ce verset du psaume 24 - ainsi que la mélodie grégorienne correspondante - évoque le regard confiant du croyant vers Dieu, dont il attend tout le soutien. Mes yeux sont sans cesse tournés vers le Seigneur, car c'est Lui qui sortira mon pied du piège. Regarde-moi, et prends pitié de moi, car je suis tout seul et sans ressource.

Ces mots semblent s'appliquer au Seigneur, abandonné de tous au moment de la Passion. Mais aujourd'hui, les yeux dont il s'agit sont ceux de Moïse, qui contemple cet étrange buisson en flammes, sans se consumer, image d'une Présence constante. Moïse se trouve en présence de Dieu, de cette Flamme d'Amour qui se manifestera plus tard encore dans la colonne de Feu pour guider le peuple d'Israël à travers le désert, et sur ce même Mont Horeb (le Sinaï) quand Dieu lui remettra les Tables de la Loi. 

Comment ne pas voir ici aussi l'explication de la Lampe allumée de tous nos sanctuaires chrétiens, indiquant la Présence Réelle Eucharistique du Corps du Christ.

On imagine l'étonnement de Moïse à cette vue. Mais voilà qui va encore plus l'étonner, en s'entendant appeler, et donner une mission vraiment inouïe : libérer le peuple d'Israël ! Lui, le suspect qui s'est enfui de la cour d'Egypte après avoir assassiné un Egyptien qui maltraitait un Israélite : lui un pauvre berger inconnu de tous ; lui, un vieillard de quatre-vingts ans...

Quand Dieu choisit, Il ne se trompe pas. La vocation est une simple manifestation de Dieu, que l'homme peut ou non accepter. Si Moïse accepte sa vocation, c'est parce qu'il est convaincu de la présence de Dieu ; d'abord Dieu se révèle comme le Dieu d'Abraham, d'Isaac, de Jacob, et donc cette manifestation se situe dans la continuité de l'histoire du Peuple de Dieu, dont Moïse va être un maillon important. Ensuite, Dieu révèle son Nom : Je suis celui qui suis, comme on a coutume de traduire cette expression hébraïque intraduisible.

Yahwé. Ce nom sacré a suscité, malheureusement, des polémiques. Affirmons avec force et conviction que cette prononciation a été celle-là-même que la plus ancienne tradition judéo-chrétienne nous a léguée depuis des siècles et des siècles. Une récente tendance a prétendu interpréter et prononcer différemment ce saint Nom, montrant ainsi une évidente absence d'instruction sommaire de la langue hébraïque. On ne saura que trop inviter les adeptes de cette tendance à s'initier sincèrement à l'hébreux, comme aussi au grec et au latin, pour comprendre dans quelle erreur les a poussés leur fondateur il y a deux siècles environ. Unissant ainsi à leur zèle et à leur conviction tout-à-fait exemplaires une science éprouvée, ils trouveront alors pour eux-mêmes une grande lumière.

Ayant donc reçu la mission de libérer son peuple, Moïse devra le faire passer de l'esclavage à la liberté en traversant la Mer Rouge, du désert à la Terre Promise en traversant le Jourdain. Il devient ainsi un précurseur de Jésus-Christ notre Sauveur. Quand Jésus aura accompli totalement sa Mission rédemptrice, Il nous fera passer avec lui de la mort à la Vie par les eaux du Baptême, dans lesquelles nous seront comme ensevelis momentanément. 

Précisons ici que, initialement les Chrétiens étaient baptisés par triple immersion totale, symbolisant ainsi les trois jours où Jésus demeura au tombeau. D'évidentes raisons pratiques ont conduit l'Eglise à simplifier ce rite, qui toutefois se pratique dans l'Eglise orthodoxe et parfois aussi dans l'Occident. 

On sait que durant la traversée du désert, le peuple israélite reçut la Manne céleste et les Cailles pour se nourrir, l'Eau miraculeuse du Rocher pour se désaltérer ; cela aussi annonçait l'Eucharistie que Jésus nous laisserait. Mais Dieu ne fait pas que d'accorder des signes et des bienfaits, Il attend de nous une réponse, une adhésion de Foi, une conversion réelle. Or, dit saint Paul aux Corinthiens, beaucoup parmi les Israélites, ont murmuré, et se sont trouvés indignes de la Terre Promise.

Ont-ils été "punis" par Dieu ? Ne pouvaient-ils pas être pardonnés, comme tant d'autres pécheurs, comme David, comme Jonas, comme Job ? 

Dieu est toujours riche en miséricorde - le psaume le rappelle, comme aussi saint Paul ainsi que l'encyclique de Benoît XVI Dives in Misericordia - , mais le cœur de l'homme est hélas souvent endurci et ne reçoit pas cette miséricorde. Dans le désert, beaucoup eurent le cœur endurci, se fermèrent à la miséricorde divine, et se maintinrent dans cette attitude de "murmure". 

Oh, le murmure, ce péché sournois qui critique l'autorité, qui critique même ceux qui nous aiment en famille, en communauté ! Comme le diable est puissant à allumer en nos cœurs ce détestable esprit de critique qui détruit parfois même les amitiés les plus fortes ! Le disciple du Christ, comme Lui, ne murmure pas ; il accepte l'épreuve comme venant de Dieu, et s'unit à la souffrance du Christ.

Le murmure est une attitude orgueilleuse de rébellion, incompatible avec l'amour de Dieu pour nous. Ceux qui moururent dans le désert avaient le cœur endurci, et Jésus invite ses auditeurs à ne pas leur ressembler. En même temps, Il nous explique que tout accident, technique ou naturel, n'est pas en soi une punition : ces Galiléens - et avec eux  toutes les victimes de catastrophes - n'ont pas été "punis" au sens d'une sentence judiciaire incontournable et méritée. Peut-être que parmi eux s'en trouvaient-ils au cœur endurci, mais il y en a certainement beaucoup d'autres aussi dans le reste du monde. …Et puis, nous sommes tous "condamnés à mort", et seul Dieu connaît l'heure de notre mort.

Dieu est patient avec chacun de nous. Il attend que nous produisions du fruit., comme le maître dont l’ouvrier veut soigner le figuier infructueux. Même si ce fruit tarde, Il attend et patiente ; nous ne savons pas combien de temps durera cette "patience" divine, mais n'en abusons pas, parce que Dieu, le Maître de la vie et de la mort, peut nous appeler plus tôt que nous ne le croyons : moins notre cœur sera endurci, moins nous aurons murmuré et critiqué, moins nous serons surpris à l’heure suprême, et plus nous produirons de bons fruits que le Maître cueillera avec satisfaction à l'heure voulue.

Si notre conscience nous reproche ces "murmures", si nous avons des difficultés à les éviter, recourons aux pratiques évoquées par la Prière du jour : la prière, le jeûne, l’aumône. Ces saintes pratiques, dont il ne faut pas non plus abuser, sont très salutaires pour le progrès intérieur. Le Carême est là pour nous le rappeler et nous y aider. Que Dieu accepte ainsi nos petits efforts, et nous aide à nous purifier, dans la joie de connaître bientôt la Libération pascale.


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