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23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 00:00

 

Sixième dimanche de Carême (Rameaux) - année C

 

La première lecture de ce jour, tirée d’Isaïe, est le troisième des quatre Chants que les exégètes appellent Chants du Serviteur de Yahwé.

Nous y entendons le Christ victime, «sans se dérober», qui est flagellé, giflé.

Le psaume 21 qui suit évoque aussi la passion. Il y a ce même verset que les Pharisiens rediront en face de la Croix : Il comptait sur le Seigneur, qu’il le délivre ! Le psalmiste évoque les clous, dans les mains et dans les pieds, le partage des vêtements.

Il est probablement inutile de commenter ces textes sacrés. 

 

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Chaque année en ce jour des Rameaux, nous entendons la lecture d'un des récits de la Passion, et celui de cette année est de saint Luc. Ce dernier n'était pas un des douze Apôtres, mais il a pu être des soixante-douze disciples choisis par Jésus, en tout cas il fut le fidèle compagnon des voyages de Paul et donc aura pu entendre dire beaucoup de choses de témoins sûrs. 

Luc a été très sensible à la sollicitude de Jésus pour les petits, à sa miséricorde pour les pécheurs. S'il note cette vaine discussion des apôtres entre eux, juste au moment de la Dernière Cène, pour savoir qui d'entre eux était le plus grand, ce n'est pas pour stigmatiser les apôtres, mais pour exposer la parole de Jésus : Que le plus grand parmi vous se comporte comme le plus jeune, et celui qui gouverne comme celui qui sert (Lc 22:26).

Quel enseignement nous donne Jésus à la veille de sa mort ! Lui, le Maître divin, se fait le Serviteur ! 

Saint Paul rappelle aux Philippiens l’humilité parfaite de Jésus, qui, quoique de condition divine, s’est fait obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix.

 

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Dans ce récit de la Passion, nous noterons plusieurs passages racontés particulièrement par Luc, où il relève la miséricorde de Jésus. 

Quand Pierre frappe le serviteur du Grand Prêtre et lui tranche l'oreille (cf. aussi Jn 18-10), Jésus intervient doucement et guérit ce serviteur. 

Le lendemain, Jésus est en croix et prie en des termes que Luc seul rapporte : Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font.  Ainsi commente ce passage Aelred de Rievaux (1)  :

"En entendant cette admirable parole, pleine de douceur, d'amour et d'imperturbable sérénité : Père, pardonne-leur, que pourrait-on ajouter à la douceur et à la charité de cette prière ? Et pourtant le Seigneur ajouta quelque chose. Il ne se contenta pas de prier, il voulut aussi excuser : Père, dit-il, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font. Ils sont sans doute de grands pécheurs, mais ils en ont à peine conscience ; c'est pourquoi, Père, pardonne-leur. Ils crucifient, mais ils ne savent pas qui ils crucifient, car s'ils l'avaient su, ils n'auraient jamais crucifié le Seigneur de gloire. c'est pourquoi, Père, pardonne-leur."


Oh, qu'il est fréquent d'entendre cette parole dure : Je pardonne, oui, mais je n'oublie pas. Cette réflexion n'est pas chrétienne, elle n'est pas de Jésus. Jésus pardonne et excuse ; ensuite, il n'a pas de rancœur. 

L'épisode du Bon Larron, particulier aussi chez Luc, nous montre encore cette charité immense de Jésus : les autres évangélistes disent que les deux larrons insultaient Jésus (Mt 27:44 ; Mc 15:32). Luc rapporte que l'un deux - sans doute en se reprenant de ses railleries - implora de Jésus son pardon et que Jésus lui fit cette célèbre promesse : Aujourd'hui, tu seras avec moi en Paradis. Ce voleur de grands chemins est depuis lors saint Dismas, le premier qui entra avec Jésus dans la gloire du Paradis

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Avant ces épisodes, nous avons entendu le triple reniement de Pierre. Luc dit que Jésus fixa son regard sur Pierre, un regard sans rancœur, mais combien douloureux : Jésus a entendu Pierre le renier, à deux pas de lui, comme il le lui avait prédit quelques heures avant (22:34). Ce regard a suffi pour provoquer les larmes de Pierre, ce pêcheur simple, spontané, fougueux, gaffeur, mais aussi très sensible et humblement repentant. 

A Gethsémani, Jésus a aussi regardé en face Judas, en lui disant C'est par un baiser que tu livres le Fils de l'homme !, mais Judas n'a pas été touché par ce regard divin ; il ne s'est pas repenti, il n'a pas pleuré. Ajoutant le désespoir à son péché, il s'est suicidé. 

Il ne faut jamais désespérer du pardon de Dieu, qui l'accorde à tous ceux qui le Lui demandent sincèrement.

 

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On notera maintenant un autre passage propre à saint Luc, là où Jésus dit à Pierre : J'ai prié pour toi, pour que ta foi ne défaille pas. Quand tu seras revenu, affermis tes frères (22:32). C'est là que Pierre, enflammé, promet fidélité totale à Jésus, qui lui annonce en revanche son triple reniement. 

Pierre en effet, aura cette faiblesse, non pas vraiment par peur, mais par calcul, pour pouvoir rester le plus près possible de Jésus et voir ce qui se passait ; il feint de ne pas connaître Jésus, mais sa foi demeure ; son attitude est double, mais il en a honte et pleure aussitôt après. 

Ensuite, "revenu" de sa trahison, il sera là pour assembler, pour convaincre, pour témoigner, il sera la pierre d'angle de l'Eglise naissante, la référence de la chrétienté, l'autorité humaine qui s'exercera au nom de l'autorité divine du Christ. Cette petite phrase de Jésus a une grande importance, car juste avant de mourir, il montre encore une fois à Pierre sa mission : affermir ses frères, ainsi que nous l'ont rappelé tant de fois nos papes, évoquant leur rôle à la tête de l'Eglise.

C'est saint Luc qui nous rapporte ce détail. Il l'a reçu de saint Paul, qu'il a accompagné longtemps. Et Paul aura toujours enseigné que l'autorité de l'Eglise est assumée par Pierre, choisi par Jésus. On présente parfois Paul comme concurrent de l'autorité de Pierre. Or, si Paul a pris la parole contre Pierre un jour, c'est justement pour que Pierre corrige son jugement et l'impose à l'Eglise (voir Ga 2:11-14), car c'est à Pierre que tous se référaient. Sinon, Paul se serait simplement détaché de l'Eglise et aurait poursuivi son chemin propre. Pierre et Paul ont agi de concert, ont tous deux enseigné la même foi, et ont subi le martyre tous deux à Rome.

 

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Il est aussi dans ce récit de la Passion un passage un peu obscur, où Jésus recommande aux apôtres d'avoir bourse et besace, et de se procurer un glaive. Précédemment (10:4), Jésus leur avait précisément recommandé de ne prendre ni bourse, ni besace, ni chaussures, et voilà qu'il semble leur dire exactement le contraire, et même d'acheter une épée ! On imagine leur état d'esprit assez confus, surtout après que Jésus leur a dit que le traître mange avec eux en ce moment, et à Pierre qu'il allait le renier par trois fois cette nuit-même. Il se trouve qu'ils ont justement là, non pas un, mais deux glaives. On pourrait se demander à quoi ils pouvaient servir : les apôtres prévoyaient-ils quelque bagarre ? Ont-ils servi pour préparer l'Agneau Pascal ? Pierre s'en est sans doute servi pour trancher l'oreille de Malchus. 

Mais quand Jésus conseille aux apôtres de se procurer un glaive, il doit certainement parler d'un glaive qui n'est pas en métal, qui n'est pas matériel, de ce glaive dont parle saint Paul aux Hébreux : Vivante est la parole de Dieu, efficace et plus incisive qu'aucun glaive à deux tranchants, car elle pénètre jusqu'au point de division de l'âme et de l'esprit, des articulations et des mœlles, elle peut juger les sentiments et les pensées du cœur (He 4:12). 

Si Jésus demande à Pierre de rengainer son glaive, s'il répond brièvement C'est assez aux apôtres qui lui présentent les deux glaives, c'est qu'il a sûrement en tête autre chose, qu'ils ne comprennent pas encore. Ils ne se souviennent pas non plus que Jésus leur a dit précédemment qu'il était venu apporter non pas la paix, mais le glaive (Mt 10:33), ce même glaive de la Vérité, où se reconnaîtront les fidèles du Christ de ceux qui n'auront pas voulu le recevoir (Jn 1:11).

Dans leur première mission, les apôtres n'ont manqué de rien, confiants en la parole de Jésus. Maintenant, au moment de la Passion, ils doivent eux aussi se préparer à la souffrance, à la privation, aux épreuves de toutes sortes, par lesquelles ils devront passer pour annoncer la Parole de Dieu. Ils auront l'assistance de l'Esprit Saint, certes, mais ils devront aussi avoir la vertu de Prudence, sans laquelle aucune vertu ne peut rester équilibrée. On n'imagine pas un missionnaire partir au fond de la jungle sans une petite besace, sans une paire de bottes ! 

Et Jésus confirme : Si on l'a mis au rang des scélérats, à plus forte raison eux aussi doivent se préparer à traverser beaucoup de difficultés, à recevoir beaucoup d'injustices, en se défendant avec le glaive de la Parole de Dieu, bien conscients que "l'Esprit du Père parlera en (eux)" (Mt 10:20).

 

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Que de pensées nous suggère le cher évangéliste Luc aujourd'hui ! On pourrait s'étendre davantage encore ; par exemple pour noter que, grâce à Jésus, Hérode et Pilate devinrent amis, d'ennemis farouches qu'ils étaient. Celui qui a toujours dit Paix à vous, N'ayez pas peur, se fait aussi le médiateur des deux ennemis qui l'ont tour à tour insulté et condamné.

La méditation de la Passion de notre Seigneur procurera toujours beaucoup de bons fruits en nous et nous aidera sur notre chemin quotidien. Notre conversion plus profonde apportera au moins à Jésus, si seul à Gethsémani, la consolation que ses sueurs de sang n'ont pas été vaines pour nous. Ce détail aussi nous a été transmis par l'évangéliste Luc, médecin de son métier, dont l'œil expérimenté sait remarquer ces "détails" biologiques. 

 

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Qu'au moins la Passion de Jésus nous aide à supporter la vie difficile de notre époque, ainsi aussi que le conseille Paul aux Hébreux : Songez à celui qui a enduré de la part des pécheurs une telle contradiction, afin de ne pas défaillir par lassitude de vos âmes. Vous n'avez pas encore résisté jusqu'au sang dans la lutte contre le péché (He 12:3-4).

 

O Crux, ave, spes unica !

Hoc passionis tempore, piis adauge gratiam, reisque dele crimina.

 

O Croix, salut, notre unique espérance !

En cette heure de la passion, augmente la grâce dans le cœur des justes, efface leurs crimes aux pécheurs.

 

 

 

 

1 Saint Aelred de Rievaux, abbé cistercien anglais, 12e siècle, fêté le 12 janvier.

 

 

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