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12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 00:00

 

Baptême de Notre-Seigneur - C

 

Les lectures de cette fête du Baptême de Jésus sont les mêmes chaque année (1). L’évangile de Luc, en cette année C, comporte quelques petites différences par rapport à Matthieu et à Marc, que nous lisons les années A et B.

 

*

 

La première question qui nous vient à l'esprit à propos du baptême de Jésus est celle ci : puisque Jésus est Dieu, pourquoi se fait-il baptiser ?

Pour répondre, il ne faut pas oublier que Jésus, parfaitement Dieu, est aussi parfaitement homme : en Lui sont unies les deux conditions divine et humaine, comme l’ont précisé les grands conciles œcuméniques de Nicée (325), Constantinople (381) et Chalcédoine (451). 

Homme, Jésus épouse notre condition humaine. Quand Jean-Baptiste verse l'eau sur la personne de Jésus, c'est l'humanité de Jésus, c'est notre humanité qui reçoit cette eau ; notre humanité est désormais baptisée en Jésus. De plus, quand Jésus est baptisé, c'est une nouvelle ère qui s'ouvre : l’eau que versait Jean-Baptiste symbolisait, seulement, la conversion intérieure ; maintenant, l'eau, sanctifiée par la divinité de Jésus, reçoit le pouvoir de purifier nos âmes.

Quand Jésus enverra ses Apôtres en mission, il leur dira de baptiser au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit (Mt 28:19), ces trois Personnes qui font une seule et indivisible Divinité. La Trinité se manifeste au baptême de Jésus par la présence de la voix du Père, du corps du Fils et de la colombe de l'Esprit.

 

*

 

Notre texte dit que le peuple était dans l’attente, et que Jésus fut baptisé une fois que tout le peuple fut baptisé, ce qui laisse supposer qu’il y avait une grande foule présente à cet endroit-là, au même moment, et que tous purent entendre cette parole mystérieuse du ciel : C’est toi mon Fils bien-aimé : moi, aujourd’hui, je t’ai engendré.

Cette phrase de notre Lectionnaire fait écho au verset 7 du psaume 2 : Le Seigneur m’a dit : Tu es mon Fils ; aujourd’hui, je t’ai engendré (chant d’entrée de la messe de minuit à Noël). C’est une variante du texte sacré. En général, le texte retenu est C’est toi mon Fils bien-aimé : en toi j’ai toute ma complaisance (ou tout mon amour ou toute ma faveur). (2)

 

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Il sera bon de noter aussi avec quelle humilité Jean-Baptiste reçoit Jésus. Encore une fois imaginons la scène. Il y a là plusieurs dizaines de personnes au moins ; Jean-Baptiste est assailli de tous côtés, on le questionne : C’est toi, le Messie ? Jésus se présente : une réaction bien humaine, de la part du Baptiste, aurait pu être une certaine complaisance intérieure, à la pensée d'avoir côtoyé de si près le Seigneur, devant toute la foule - et de Le baptiser. Tout au contraire, Jean proteste et s'efface : Je ne suis même pas digne de défaire la courroie de ses sandales.

Autre question ici, très pertinente :  Au fait, qui a baptisé Jean ? 

Souvenons-nous de la rencontre des futures mamans, Marie et Elisabeth (Lc 1:40-44). Saint Luc note qu’à ce moment-là l’enfant d’Elisabeth tressaillit dans le ventre de sa mère. La Tradition patristique affirme que Jean-Baptiste fut alors purifié par la seule présence du Christ. Un ou deux ans après le baptême du Christ, lorsqu'Hérode fera décapiter Jean, celui-ci recevra ce que l’Eglise appelle le baptême de sang, par la grâce du martyre.

 

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A la lumière de l'évangile, lisons maintenant la lecture d'Isaïe. Le chapitre 42 est le premier des quatre Chants du Serviteur de Yahwé. Ces quatre Chants nous parlent d'un Serviteur chargé d'une grande mission salvifique, et dont tous les traits se réaliseront pleinement en Jésus-Christ. 

On notera tout de suite l'expression mon élu en qui j'ai mis toute ma joie, semblable à celle que nous avons relevée dans l'évangile ; d'autres expressions sont marquantes : 

- Il ne criera pas - il ne haussera pas le ton - on n'entendra pas sa voix sur la place publique : Jésus parlera beaucoup, mais sans s'imposer, sans faire de "publicité".

- Il n'écrasera pas le roseau froissé - il n'éteindra pas la mèche qui faiblit : Jésus ne brimera pas le pécheur car il sait discerner en toute âme pécheresse quelque chose de bon qu'il encourage.

- Lui ne faiblira pas, lui ne sera pas écrasé : sans contredire l'autre chant (Is 52-53) où est annoncée la passion de ce Serviteur, ce verset annonce que la Croix sera désormais le signe de la victoire (rappelons-nous le vieux cantique : Victoire, tu régneras, ô Croix, tu nous sauveras).

 

*

 

Le Psaume 28 à son tour chante le Seigneur. Ici, la voix du Seigneur domine les eaux, ce qui semble contredire la lecture où il ne haussera pas le ton. En réalité la voix du Seigneur domine les eaux parce qu’il fait taire le tumulte de nos petits murmures, qui sont comme des eaux bourbeuses et bruyantes. Mettons un frein aux plaintes, aux critiques, aux médisances, aux mensonges, aux conversations inutiles, et nous serons tout surpris d'entendre cette autre Voix, pleine de douceur, celle de Jésus qui est toujours là pour nous apporter la paix, la consolation, la lumière.

 

*

 

C’est vrai que nous murmurons, à tout moment, à tout propos. Dieu n’aime pas ces murmures. Il aime les hommes qui l’adorent et font ce qui est juste. C’est une parole exigeante pour nous, mais fondamentalement libératrice. La solution de nos problèmes n’est pas d’être à droite ou à gauche, mais de monter vers Dieu, en L’écoutant dans Son Fils. C’est saint Pierre qui nous le rappelle, dans cet extrait des Actes des Apôtres.

Peu de temps après la Pentecôte, Pierre a l’occasion de parler à des païens. Il revient sur le baptême de Jésus. 

Si Pierre dit que Dieu l'a consacré par l'Esprit, il ne veut certainement pas dire que Jésus ait été investi de la divinité au moment précis de ce baptême, car nous savons très bien que Jésus est Dieu de toute éternité. Pierre veut rappeler ici la conception virginale de Jésus. 

Dans le verset du psaume 2 qu’on citait plus haut, aujourd’hui exprime un «maintenant» divin, l’éternité.  Jésus est éternellement Fils de Dieu, engendré de Lui, et Son image. De même il est éternellement "oint" (christos) de l'Esprit qui est Un dans le Père et le Fils. Un psaume le chante : Dieu, ton Dieu, t'a oint de l'huile de la joie (Ps 44:8, cf. He 1:9). 

A cette considération, il faut ajouter une exégèse beaucoup plus autorisée, signée de saint Cyrille d’Alexandrie. Celui-ci explique que «aujourd’hui» signifie que, dans le Christ c’est toute la nature humaine qui reçoit l’Esprit de Dieu, la nouvelle génération :

Le Père dit qu’il est engendré aujourd’hui : cela signifie qu’il nous accueille en lui comme des fils adoptifs, car toute l’humanité était contenue dans le Christ en tant qu’il était homme. En ce sens, on dit que le Père, alors que son Fils possédait déjà son Esprit, le lui donne de nouveau de telle sorte que nous soyons gratifiés de l’Esprit en lui. (3)

Si nous voulons appartenir à Dieu, nous devons imiter Jésus, l’Homme parfait, Fils de Dieu incarné.

Ici nous touchons à l'insondable mystère de la Trinité Sainte, qu'il est impossible d'expliquer avec nos expressions rationnelles. On en a dit ici seulement quelques mots, avec l’aide du grand saint Cyrille, en priant Dieu de pardonner et compléter la maladresse humaine.

 

*

 

Après trente années environ de vie cachée, Jésus va commencer sa mission auprès des hommes, et le "signe" que Dieu manifeste lors du baptême est là pour convaincre la foule qu'elle est bien en présence de son Sauveur. Jésus ne reçoit pas ici une sorte de révélation sur sa mission ou sur son identité ; mais c'est la foule - et nous autres, qui recevons la solennelle invitation à nous tourner résolument vers Lui et à L'écouter.

Ecouter, au sens de mettre en pratique. Peu de temps après, nous raconte l'évangéliste Jean, Jésus sera avec Marie à des noces ; et Marie nous dira : Tout ce qu'il vous dira, faites-le (Jn 2:5). C’est ce que dit la Prière du jour.

 

*

 

Ce sera avec grande reconnaissance envers le bienheureux Jean-Paul II que nous prierons désormais chaque jeudi le Mystère lumineux du Baptême de Jésus (Lettre apostolique Rosarium Virginis Mariæ, 21), en invoquant pour nous et pour tous les hommes la Lumière divine, qui nous éclairera pour faire la Volonté de Dieu.

 


1 Du moins dans le premier Lectionnaire publié ; des Lectionnaires plus récents ont diversifié ces lectures. Il faudra les reprendre dans les prochaines années.

Le texte officiel de la Vulgate désormais approuvé par l’Eglise (1979) est : Tu es Filius meus dilectus ; in te complacui mihi.

3 Commentaire sur l’Evangile de Jean.

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Published by samuelephrem - dans Homélies - année C
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