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26 août 2014 2 26 /08 /août /2014 23:00

 

Gilbert Nicolas

1461-1532

 

Ce religieux franciscain eut une activité débordante durant les quelque soixante-dix ans de son existence. Il fut un artisan du mouvement des Observants franciscains, en même temps que le co-fondateur et soutien du nouvel ordre de l’Annonciade, fondé par la reine Jehanne de Valois.

 

Gilbert Nicolas naquit aux environs de Riom, entre 1460 et 1462. Ses parents sont des notables ruraux, gens d’honneur, de bonne renommée et fort riches. Sa mère est de la famille Galopes. Il a un grand frère, Jean, et une grande sœur, Isabelle. Il aura deux neveux qui entreront à leur tour dans l’ordre franciscain, sous les noms de frère Bernard et de frère Amable.

 

Il aima une jeune fille de son pays, mais à cette fille conçue en péché et mortelle comme lui, il préféra bientôt, à la suite d’un sermon enflammé qu’il entendit en la fête de la Conception de Notre-Dame, aimer et servir de tout cœur, toute sa vie, la bénie Vierge Marie qui était toute belle et sans aucun péché.

 

D’abord éconduit aux couvents de Meung (Loiret) et d’Amboise, à cause de son apparence malingre, il est admis à Notre-Dame de Lafond, près de La Rochelle, vers 1475-1477 ; il n’a pas vingt ans. Il semble qu’il ait étudié même l’hébreux ; il enseigne ensuite lui-même la théologie, pendant vingt ans, ayant été reçu docteur.

 

Toute la vie “franciscaine” de Gilbert sera marquée par le conflit entre les franciscains conventuels, qui avaient reçu une règle adaptée aux circonstances historiques et sociales - rapidement devenue synonyme de déviation, de relâchement - et les franciscains observants, qui voulaient le retour à la règle primitive, à la pauvreté non pas seulement en esprit, mais à la lettre.

 

Les Observants viennent d’Italie. En 1390 le mouvement gagne la France. Bientôt le pape Martin V confirmera la propre hiérarchie des Observants, contre l’avis des supérieurs conventuels. On en arrivera, plus d’un siècle plus tard, à une scission complète entre les deux branches : un siècle de diatribes ! Que fit notre père Gilbert pendant ce temps ?

 

En 1498, il est gardien (c’est-à-dire supérieur) à Amboise ; c’est là qu’il connaîtra la reine Jehanne de France, qu’il en sera la confesseur et sera chargé de lui notifier la nullité de son mariage avec Louis XII. On reviendra plus tard sur le développement de l’ordre conçu par cette reine.

 

En 1502, il est vicaire provincial d’Aquitaine. Durant l’hiver 1503-1504, il est à Rome, en août à Montauban ; on parle de l’union entre conventuels et observants. Au chapitre de Laval en 1505, on en vient à menacer Gilbert de le mettre au cachot. En 1507, de nouveau gardien à Amboise.

 

En 1511 il est vicaire de l’observance pour la Bourgogne. En 1512, il préside le chapitre en Espagne. En 1514, il est au chapitre à Anvers, puis élu vicaire provincial de France, charge confirmée de nouveau en 1516 au chapitre de Rouen.

 

Début 1517, Gilbert est à Bruxelles pour plaider la cause des observants devant Charles Quint. C’est l’année de la scission consommée entre Observants et Conventuels : Gilbert est élu commissaire général pour les observants “cismontains”, c’est-à-dire à l’ouest de l’Italie, charge qui sera reconduite en 1520 au chapitre de Bordeaux.

 

C’est en cette même année 1517 que le pape lui donnera le nom de Gabriel-Marie, à cause de son zèle pour le mystère de l’Annonciation à Marie, annoncée par l’archange Gabriel. Ajoutons qu’en outre, le père Gilbert-Gabriel est nommé cette année-là commissaire général pour la croisade contre les Turcs, ce qui l’amènera à présenter en 1523 tout un plan de constitution d’armée.

 

En 1521, il est visiteur pour les provinces d’Angleterre, Irlande et Écosse ; en 1523, le chapitre de Burgaux le nomme “inquisiteur”, chargé d’empêcher l’hérésie protestante de gagner l’ordre, ainsi que “définiteur” (c’est-à-dire conseiller) du ministre général. En 1524-1526, il est  ministre pour la région de Provence. En 1526, le chapitre d’Assise le nomme commissaire (supérieur) du couvent de Paris.

 

En 1528-1529, c’est le roi François Ier qui le charge de visiter et de réformer les clarisses, en compagnie d’Arnaud de Saint-Félix. Au chapitre général de Parme de 1529, il apparaît comme provincial d’Aquitaine, où il a dû être nommé récemment. Il est nommé à nouveau Définiteur général, qu’il sera jusqu’à sa mort.

 

Parallèlement à ces lourdes responsabilités qui nous montrent un père Gilbert - puis Gabriel - constamment sur les routes, ce religieux va assister la pieuse Jehanne de Valois sur sa route de fondatrice.

 

On a vu dans quelles circonstances pénibles le père Gilbert rencontra la reine Jehanne, en 1498. Jehanne voulait fonder un ordre en honneur des vertus de Marie. Très marial, le père Gabriel prend à cœur le projet et, dès 1501, installe dans une maison Bourges un groupe de petites filles, pour lesquelles il rédige une première règle.

 

Cette règle, d’abord perdue par un envoyé de Gilbert, est portée par Gilbert lui-même au pape, qui l’approuve en 1502. A Bourges, on construit le monastère ; les premières vêtures ont lieu en octobre, puis le 25 mars 1503, fête de l’Annonciation, et encore en novembre.

 

En 1504, Jehanne de France fait sa profession privée, et Gilbert promet à Jehanne d’observer (privément) la règle de la Vierge Marie. Jehanne décédera le 4 février 1505. Il reste à Bourges jusqu’en avril. Désormais, tout le développement de l’ordre naissant reposera sur les épaules de Gilbert, parallèlement à ses fréquents déplacements pour l’ordre des Observants. C’est ce qui fera qu’il ne pourra pas s’arrêter longtemps parmi les Annonciades, chaque fois qu’il pourra s’y rendre, et même qu’elles resteront parfois longtemps sans le revoir.

 

Il a quand même le temps de revenir à Bourges en avril 1506 pour la consécration de l’église. En 1507, nouvelle approbation du pape. Fondation à Albi en 1507.

 

En 1514-1515, il travaille à la fusion, désirée par le pape, des Annonciades et des Conceptionnistes (jeune congrégation mariale espagnole, d’inspiration cistercienne, puis franciscaine, fondée par Beatrice de Silva (1) ). La fusion n’aboutira pas, raison pour laquelle Gabriel présentera à Rome une troisième règle en 1517.

 

Fondation à Bruges en 1518, avec l’appui de Marguerite d’Autriche, tante de l’archiduc. Or, les premières religieuses qui y viennent, sont d’abord hébergées chez des religieuses franciscaines, lesquelles, attirées par l’esprit des Annonciades, demandent leur adhésion à l’ordre. Elles sont donc une trentaine dans la nouvelle fondation. La même année, quelques-unes fondent déjà à Béthune.

 

1521 : fondation à Bordeaux, puis Rodez. En 1526, il est supérieur général des Annonciades. 1530 : fondation à Louvain.

 

On a vu le père Gabriel-Marie à l’œuvre chez les Observants, au chevet de l’Annonciade naissante, organisateur d’une croisade contre les Turcs. Voici maintenant qu’il est chargé du problème des Sœurs grises ou hospitalières de Saint-François. Ces religieuses, fait inouï pour l’époque, ne vivaient pas en communauté cloîtrée, et dispensaient des soins médicaux gratuits à domicile. Elles avaient la règle du tiers-ordre franciscain. On voulut les cloîtrer, et l’on chargea Gabriel de s’en occuper. La solution n’apparaît pas claire : il semble que, selon le cas, les hospitalières aient été agrégées aux Clarisses ou aux Annonciades, mais qu’elles aient finalement obtenu le statut des tertiaires régulières de Saint-François.

 

Le père Gabriel fonda aussi diverses Confraternités : celle des Dix Ave Maria, à Nuremberg, deux autres associées aux Annonciades, et qu’on appellera Ordre de la Paix ou Fraternité Annonciade, chemin de Paix.

 

Gabriel-Marie eut le temps d’écrire beaucoup, à part les très nombreux actes administratifs de nominations çà et là. Il écrivit plusieurs ouvrages en défense des Observants, des textes de dévotion mariale, un traité de morale sur la confession, où il montre toute la compassion du pasteur (et de Dieu) envers les pécheurs ; les Règles successives pour les Annonciades et les Hospitalières ; des sermons sur les Dix Vertus de la Vierge Marie ; cinq Messes  en l’honneur de la Sainte Vierge (pour célébrer les Dix vertus et plaisirs de la Vierge Marie, la Présentation de Marie au Temple, le mariage de la bienheureuse Marie avec saint Joseph, l’Enfant Jésus retrouvé au Temple, et le Martyre de la Vierge).

 

Toute la vie du père Gabriel-Marie est celle d’un homme de paix, d’un grand dévot de Marie, mère de Dieu. Sa parole est le reflet de toute sa démarche spirituelle : plaire à Marie. Avant de poser un acte, de dire une parole, il réfléchit si cela est conforme à Marie. Marie est pour lui un modèle qu’il veut suivre, l’exemplaire qu’il veut reproduire et auquel il veut ressembler. 

 

Chargé de mérites et de fatigues, le père Gabriel sera, en 1529, réélu définiteur général pour les religieux cismontains. Il obtient aussi à Parme la confirmation des statuts généraux de l’Annonciade par le ministre général des Franciscains. Mais il tombe malade à Bordeaux et rédige son testament spirituel à l’intention des filles de l’Annonciade. Remis sur pied, il repart visiter les maisons.

 

En 1530, il est à Louvain, où il guérit une novice. A Noël 1531, à Bourges, il célèbre et confesse ; il y prêche le carême.  En mai, en route pour Toulouse, il s’arrête épuisé à Rodez. Le 26 juillet il célèbre la sainte messe pour la dernière fois et doit s’aliter.

 

Il meurt le 27 août 1532, prononçant encore quelques mots du Magnificat.

 

Le culte du bienheureux père Gabriel-Marie a été autorisé chez les Annonciades, qui le fêtent le 27 août. Mais le père Gabriel, si effacé malgré ses nombreuses activités, est resté effacé du Martyrologe actuel, en attente d’un miracle et d’une canonisation.

 

 

(1) Sainte Beatrice da Silva Meneses est commémorée le 17 août.

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Published by samuelephrem - dans Hagiographie G
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