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30 avril 2014 3 30 /04 /avril /2014 23:00

Jean-Louis Bonnard

1824-1852

 

Ce saint prêtre qui est mort martyr à vingt-huit ans, naquit dans une famille très chrétienne, où le père, Gabriel, avait connu les temps difficiles de la Révolution française : il avait fait sa première communion dans une grange, des mains d’un prêtre réfractaire. 

Gabriel Bonnard participa aux expéditions impériales en Prusse et en Russie. A son retour, il épousa Anne Bonnier en 1817, et ils eurent six enfants. Ils habitaient dans la Loire, à Saint-Christôt-en-Jarez, et notre Jean-Louis fut baptisé le jour-même de sa naissance, le 1er mars 1824. Il n’avait que cinq ans quand il déclara haut et fort : Je veux être prêtre. Le père, qui n’était pas riche, ne savait comment lui payer les études, mais les frères et sœurs déclarèrent : Nous ferons comme nous pourrons, nous nous gênerons tous ! Le papa commença à enseigner à lire à son aîné, charge à ce dernier de transmettre ses connaissances à ses jeunes frères. 

Très assidu au catéchisme, Jean-Louis fit sa première communion à douze ans, mais il apprenait très difficilement ; un camarade témoigna que Jean-Louis était pieux, gai, au caractère calme, paisible, jamais en colère, aux talents médiocres, et même moins que médiocres.

On le mit tout d’abord à garder les troupeaux : il emportait avec lui son catéchisme et son chapelet. Il n’avait qu’une idée en tête : devenir prêtre, aussi fut-il admis au pensionnat du bourg. Le peu qu’il savait alors, il l’avait appris en lisant son catéchisme dans les champs, ou aussi en fréquentant un peu le presbytère. Il étudia avec beaucoup de difficultés ; au début on perdit patience avec lui, mais il ne se rebutait jamais ; en troisième année, il arriva à suivre ses camarades, qui d’ailleurs l’aidaient volontiers, tant il était doux, aimable, pieux, courageux. 

Il put entrer en quatrième au petit séminaire de Saint-Jodard. Toujours extrêmes difficultés pour l’étude, toujours même ténacité dans la persévérance, si bien qu’en première, il était dans la moyenne, parfois même dans les premiers. Après l’année de philosophie, il passa au grand séminaire de Lyon. Il voulait partir pour les missions et devenir martyr. Sa candidature fut acceptée.

Il alla chez ses parents pour demander à son père sa bénédiction, prétextant qu’il allait recevoir les ordres l’année suivante. En les quittant, il se retourna plusieurs fois, remarquèrent-ils, ce qu’il ne faisait pas les autres fois. Il alla demander sa bénédiction au Cardinal de Bonald, fit une dernière visite à Notre-Dame de Fourvière et s’en fut à Paris.

Les témoignages ne varient pas sur sa personne : Sa figure, sur laquelle était habituellement peinte une aimable candeur, était empreinte d’une naïveté presque enfantine, ce qui lui attirait facilement l’affection de ses confrères… Ange de paix, humble, modeste, doué d’une très grande charité à l’égard de tous, il devait sans doute ces aimables vertus à son innocence baptismale parfaitement conservée.

Jean-Louis fut ordonné prêtre le 23 décembre 1848, partit de Nantes le 8 février 1849, sur le “L’Archevêque Affre” (du nom de l’archevêque de Paris assassiné lors de la révolution de 1848), et arriva à Hong-Kong le 5 juillet ; il devait aller au Laos, mais on l’envoya au Tonkin (nord Vietnam), plus accessible alors. Qui le reçut fut Mgr Retord, qui lui confiera en 1851 le district de Ke-Bang. Dans l’intervalle, il s’efforça tant bien que mal d’apprendre la langue : Vous ne sauriez vous imaginer combien elle est difficile, écrit-il ; il ne lui faut que cinq ou six mois pour arriver déjà à prêcher et à confesser.

Il apprend que le père Augustin Schöffler a été décapité le 1er mai 1851 et n’a aucun doute sur son sort. En effet, fin mars 1852, il est dénoncé, arrêté et emprisonné à Nam-Dinh. Durant ces quarante jours de captivité, il est enchaîné et chargé de la cangue. Ayant refusé de marcher sur la croix et de donner les noms de ceux qui l’avaient reçu (et qui, d’après l’édit, devaient être coupés par le milieu des reins et jetés au fleuve), il est condamné à la décapitation pour le seul motif de prédication de la religion perverse. Un prêtre peut lui apporter l’Eucharistie, et il peut écrire à son évêque. La veille de son exécution, il lui écrit encore : 

Demain, samedi 1er mai, fête des saints Apôtres Philippe et Jacques et anniversaire de la naissance de M.Schöffler au ciel, voilà, je crois, le jour fixé pour mon sacrifice. Je meurs content. Que le Seigneur soit béni ! 

La veille de ma mort, 30 avril 1852.

Précisons ici qu’en effet, à l’époque, on fêtait les apôtres Philippe et Jacques (le mineur) au 1er mai, la fête de saint Joseph artisan n’existant pas encore. Les apôtres sont fêtés maintenant le 3 mai.

Augustin Schöffler avait été décapité jour pour jour un an auparavant. D’après l’édit, les prêtres devaient être jetés en mer ou dans les fleuves. Le corps et la tête du Martyr furent donc précipités dans le Fleuve Rouge. Mais d’habiles chrétiens avaient suivi de loin la jonque et allèrent dès que possible repêcher les saintes reliques du père Bonnard, les reportèrent à Vinh-Tri où résidait l’évêque, lequel procéda à des funérailles solennelles.

Dans une lettre, rédigée auparavant par Jean-Louis à l’adresse de ses parents, il leur écrit : Quand vous recevrez cette lettre, vous pourrez être certains que ma tête sera tombée sous le tranchant du glaive, car elle ne doit vous être envoyée qu’après mon martyre. Je mourrai pour la foi de Jésus-Christ. Ainsi donc, réjouissez-vous.

Jean-Louis Bonnard a été béatifié en 1900, et canonisé en 1988 parmi les cent dix-sept Martyrs du Vietnam, qui sont fêtés ensemble le 24 novembre. Il est commémoré au 1er mai dans le Martyrologe.

 

 

Poème de Victor Hugo dédié à Jean-Louis Bonnard

 

À un martyr - (Les Châtiments)

 

I. 

Ô saint prêtre ! grande âme ! oh ! je tombe à genoux !
Jeune, il avait encor de longs jours parmi nous,
Il n'en a pas compté le nombre ;
Il était à cet âge où le bonheur fleurit ;
Il a considéré la croix de Jésus-Christ
Toute rayonnante dans l'ombre.

Il a dit : — « C'est le Dieu de progrès et d'amour.
Jésus, qui voit ton front croit voir le front du jour.
Christ sourit à qui le repousse.
Puisqu'il est mort pour nous, je veux mourir pour lui ;
Dans son tombeau, dont j'ai la pierre pour appui,
Il m'appelle d'une voix douce.

« Sa doctrine est le ciel entr'ouvert ; par la main,
Comme un père l'enfant, il tient le genre humain ;
Par lui nous vivons et nous sommes ;
Au chevet des geôliers dormant dans leurs maisons,
Il dérobe les clefs de toutes les prisons
Et met en liberté les hommes.

« Or il est, loin de nous, une autre humanité
Qui ne le connaît point, et dans l'iniquité
Rampe enchaînée, et souffre et tombe ;
Ils font pour trouver Dieu de ténébreux efforts ;
Ils s'agitent en vain ; ils sont comme des morts
Qui tâtent le mur de leur tombe.

« Sans loi, sans but, sans guide, ils errent ici-bas.
Ils sont méchants, étant ignorants ; ils n'ont pas
Leur part de la grande conquête.
J'irai. Pour les sauver je quitte le saint lieu.
Ô mes frères, je viens vous apporter mon Dieu,
Je viens vous apporter ma tête ! » —

Prêtre, il s'est souvenu, calme en nos jours troublés,
De la parole dite aux apôtres : — Allez,
Bravez les bûchers et les claies ! —
Et de l'adieu du Christ au suprême moment :
— Ô vivant, aimez-vous ! aimez. En vous aimant,
Frères, vous fermerez mes plaies. —

Il s'est dit qu'il est bon d'éclairer dans leur nuit
Ces peuples égarés loin du progrès qui luit,
Dont l'âme est couverte de voiles ;
Puis il s'en est allé, dans les vents, dans les flots,
Vers les noirs chevalets et les sanglants billots,
Les yeux fixés sur les étoiles.

II.

Ceux vers qui cet apôtre allait, l'ont égorgé.

III.

Oh ! tandis que là-bas, hélas ! chez ces barbares,
S'étale l'échafaud de tes membres chargé,
Que le bourreau, rangeant ses glaives et ses barres,
Frotte au gibet son ongle où ton sang s'est figé ;

Ciel ! tandis que les chiens dans ce sang viennent boire,
Et que la mouche horrible, essaim au vol joyeux,
Comme dans une ruche entre en ta bouche noire
Et bourdonne au soleil dans les trous de tes yeux ;

Tandis qu'échevelée, et sans voix, sans paupières,
Ta tête blême est là sur un infâme pieu,
Livrée aux vils affronts, meurtrie à coups de pierres,
Ici, derrière toi, martyr, on vend ton Dieu !

Ce Dieu qui n'est qu'à toi, martyr, on te le vole !
On le livre à Mandrin, ce Dieu pour qui tu meurs !
Des hommes, comme toi revêtus de l'étole,
Pour être cardinaux, pour être sénateurs,

Des prêtres, pour avoir des palais, des carrosses,
Et des jardins l'été riant sous le ciel bleu,
Pour argenter leur mitre et pour dorer leurs crosses,
Pour boire de bon vin, assis près d'un bon feu,

Au forban dont la main dans le meurtre est trempée,
Au larron chargé d'or qui paye et qui sourit,
Grand Dieu ! retourne-toi vers nous, tête coupée !
Ils vendent Jésus-Christ ! ils vendent Jésus-Christ !

Ils livrent au bandit, pour quelques sacs sordides,
L'évangile, la loi, l'autel épouvanté,
Et la justice aux yeux sévères et candides,
Et l'étoile du cœur humain, la vérité !

Les bons jetés, vivants, au bagne, ou morts, aux fleuves,
L'homme juste proscrit par Cartouche Sylla,
L'innocent égorgé, le deuil sacré des veuves,
Les pleurs de l'orphelin, ils vendent tout cela !

Tout ! la foi, le serment que Dieu tient sous sa garde,
Le saint temple où, mourant, tu dis : Introïbo,
Ils livrent tout ! pudeur, vertu ! — martyr, regarde,
Rouvre tes yeux qu'emplit la lueur du tombeau. —

Ils vendent l'arche auguste où l'hostie étincelle !
Ils vendent Christ, te dis-je ! et ses membres liés !
Ils vendent la sueur qui sur son front ruisselle,
Et les clous de ses mains, et les clous de ses pieds !

Ils vendent au brigand qui chez lui les attire
Le grand crucifié sur les hommes penché ;
Ils vendent sa parole, ils vendent son martyre,
Et ton martyre à toi par-dessus le marché !

Tant pour les coups de fouet qu'il reçut à la porte !
César ! tant pour l'amen, tant pour l'alléluia !
Tant pour la pierre où vint heurter sa tête morte !
Tant pour le drap rougi que sa barbe essuya !

Ils vendent ses genoux meurtris, sa palme verte,
Sa plaie au flanc, son œil tout baigné d'infini,
Ses pleurs, son agonie, et sa bouche entrouverte,
Et le cri qu'il poussa : Lamma Sabacthani !

Ils vendent le sépulcre ! ils vendent les ténèbres !
Les séraphins chantant au seuil profond des cieux,
Et la mère debout sous l'arbre aux bras funèbres,
Qui, sentant là son fils, ne levait pas les yeux !

Oui, ces évêques, oui, ces marchands, oui, ces prêtres
A l'histrion du crime, assouvi, couronné,
A ce Néron repu qui rit parmi les traîtres,
Un pied sur Thraséas, un coude sur Phryné,

Au voleur qui tua les lois à coups de crosse,
Au pirate empereur Napoléon dernier,
Ivre deux fois, immonde encor plus que féroce,
Pourceau dans le cloaque et loup dans le charnier,

 

Ils vendent, ô martyr, le Dieu pensif et pâle
Qui, debout sur la terre et sous le firmament,
Triste et nous souriant dans notre nuit fatale,
Sur le noir Golgotha saigne éternellement !

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