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15 octobre 2016 6 15 /10 /octobre /2016 22:38

José Luis Sánchez del Río

1913-1928

 

Fils de Macario Sánchez Sánchez et de María del Río, José Luis était né le 28 mars 1913 à Sahuayo (Michoacán, Mexique), après Macario et Miguel, et avant María Luisa. Cette famille était connue comme une des principales familles du pays, très catholique et de haute lignée.

Depuis plusieurs années, la famille Sánchez était venue d'Espagne, et la famille del Río venait à son tour de Jiquilpan. Le papa avait acquis une grande propriété au sud de Jiquilpan, qu'il avait appelée “Le Moral” (El Morale). La maman, travailleuse et généreuse, était appelée Doña Mariquita, par la population. 

José reçut le baptême le 3 avril suivant, puis la confirmation en 1917, à quatre ans, selon la coutume de l'époque. Il fréquenta l'école, et jouait comme tous ses camarades. Chaque dimanche, il allait à la messe et au catéchisme avec ses parents.

La famille déménagea à Guadalajara, où José fit la Première communion, vers neuf ans. Sa dévotion envers la sainte Vierge grandissait et on le voyait souvent dire le chapelet.

Nombreux furent les adeptes enthousiastes des Cristeros qui s’opposaient à la politique laïque du gouvernement, et les deux frères aînés de José, Macario et Miguel, s'engagèrent dans les troupes guidées par le général Ignacio Sánchez Ramirez pour défendre la liberté religieuse. José, qui n'avait que treize ans, sollicitait de toutes ses forces son admission dans leurs rangs.

Quand les troupes des Cristeros arrivèrent à Sahuayo, dans toutes les familles, il y avait au moins quelqu'un qui portait une arme, ou bien qui s'occupait de transmettre des instructions écrites aux Cristeros : chacun s'ingéniait à les aider d'une façon ou d'une autre. Les prêtres allaient de maison en maison, au péril de leur vie, pour aider spirituellement tous ces “volontaires” du Christ.

Il y eut un grand mouvement d'indignation lors de l'assassinat de Anacleto González Flores, leader de la ACJM (Association Catholique des Jeunes Mexicains) et chef de l'Union Populaire, (voir au 1er avril). Toute la population se déversa dans les rues pour accompagner son cercueil. Ces événements firent naître dans le cœur de José un grand désir de mourir pour le Christ, et lui-même alla demander cette grâce du martyre sur la tombe de Anacleto.

Sa mère avait beau lui dire qu'il était bien jeune encore, il répondait : Maman, il n'a jamais été aussi facile que maintenant, de gagner le ciel ! Plus on lui demandait d'attendre, plus vif était son désir d'être dans les rangs des Cristeros et de donner sa vie pour le Christ.

Finalement il obtint la bénédiction de son père. Avec un autre garçon de même tempérament que lui, J. Trinidad Flores Espinosa, il rejoignit le camp du général Prudencio Mendoza. A chaque contrôle, on lui répétait qu'il était trop jeune, et le général Mendoza lui répéta que son jeune âge ne lui permettrait pas de suivre le rythme de vie difficile des troupes. 

Mais José rétorqua que, s'il n'avait pas la force de porter une arme lourde, il pouvait aider les soldats en entretenant leurs armes, en leur préparant la popote (car il savait faire la cuisine), en soignant les chevaux…

Alors le général fut conquis par cet esprit de décision, et confia José à Rubén Guízar Morfín, chef des troupes basées à Cotija. A partir de ce moment, José montra une disponibilité admirable à rendre service aux uns et aux autres. Il se gagna l'estime de tous. On remarquait sa ferveur, son courage ; en plus, pour éviter d'attirer des ennuis sur sa famille, il se fit appeler José Luis, nom avec lequel désormais tous le connurent.

On enrôla J. Trinidad, qui avait accompagné José, et celui-ci resta son estafette : il devait être le clairon de la troupe et le porte-drapeau du Christ-Roi. On le surnomma aussi Tarcisio, du nom de ce martyr qui protégea l’Eucharistie de la profanation (voir au 15 août).

Lors d’un affrontement, le 6 février 1928, on réussit à tuer le cheval du général Guízar Morfín, qui faillit être fait prisonnier, mais José Luis sauta de son cheval et l'offrit au général en disant : Mon général, vous êtes plus nécessaire que moi à la cause ; sauvez-vous. Mais c'est José Luis qui fut arrêté, avec un autre, qui s'appelait Lorenzo (ou Lázaro, ci-après L.). Ils les emmenèrent à Cotija, au milieu des coups et des insultes.

A Cotija, le général Guerrero reprocha sévèrement à José Luis de combattre contre le gouvernement. Avant de le consigner au peloton d'exécution, il lui proposa de faire partie de ses soldats à lui. José Luis lui répondit : Plutôt la mort ! Je suis votre ennemi, fusillez-moi ! Le général le fit enfermer dans la prison.

Là, José Luis pensa à sa mère, qui devait être bien inquiète. Il demanda de quoi écrire. La lettre arriva ; la voici : 

Cotija, 6 février 1928. Ma chère maman, j'ai été fait prisonnier au combat aujourd'hui. Je crois que maintenant je vais mourir, mais peu importe, maman. Abandonne-toi à la volonté de Dieu, je meurs très content, parce que je meurs dans les rangs aux côtés de Notre Seigneur. Ne sois pas affligée de ma mort, car ça me ferait de la peine ; plutôt, dis à mes grands frères qu'ils suivent l'exemple de leur petit frère, et toi, fais la volonté de Dieu. Tiens bon et envoie-moi ta bénédiction, avec celle de papa. Salue tout le monde de ma part pour la dernière fois et toi, pour finir, reçois le cœur de ton fils, qui t'aime tellement et qui désirait tant te revoir avant de mourir. José Sánchez del Río.

Le jour suivant, 7 février, les deux prisonniers furent transférés à Sahuayo, à la disposition du député fédéral, Ráfael Picazo Sánchez. Leur prison fut l'église paroissiale de Saint-Jacques Apôtre.

Picazo commença par leur proposer diverses possibilités de s'échapper. D'abord de l'argent pour fuir à l'étranger ; ou bien fréquenter l'Ecole militaire et faire carrière. José Luis refusa.

En raison de son jeune âge et de la situation de son père, les autorités pensèrent demander à ce dernier une forte somme d'argent en échange de la liberté du garçon. Picazo aurait bien aimé cette solution, car il connaissait personnellement la famille de José Luis. Ils se fréquentaient même beaucoup, et Picazo n'appréciait pas du tout que les trois garçons se fussent enrôlés contre le gouvernement, qu'il représentait sur place. En plus de cela, cet homme était double, car s'il combattait énergiquement les Cristeros, de l'autre côté il soutenait tout un couvent de religieuses, dont firent partie ses deux sœurs.

Donc, on annonça à Monsieur Macario la détention de son fils et on lui proposait de payer une rançon de mille pesos-or pour le libérer. Le pauvre père s'en fut à Guadalajara pour faire tout son possible en vue de la libération de son fils, y compris réunir cette énorme somme d'argent. On le fit savoir à José Luis, qui supplia de ne rien faire, car il avait déjà offert sa vie à Dieu.

En attendant, le garçon voyait avec profonde tristesse l'état lamentable de l'église paroissiale et du presbytère, où s'étaient installés le général avec ses hommes et leurs chevaux. Picazo avait là toute sa basse-cour de coqs de combat.  Quand il fit nuit, José Luis réussit à défaire les liens de ses bras, à tuer tous les coqs, et d'un coup habile à aveugler le cheval. A la fin de son travail, il se mit dans un coin pour dormir.

Le jour suivant, mercredi 8 février, le général Picazo entra en colère en voyant tous ses coqs tués et demanda à José Luis s'il se rendait compte de ce qu'il avait fait. Et José Luis, crânement, répondit : La maison de Dieu est pour qu'on y vienne prier, pas pour y mettre des bêtes. Picazo le ligota et José Luis lui dit : Je suis prêt à tout. Fusille-moi pour que je sois bien vite devant Notre Seigneur et lui demande qu'il te confonde. Alors un des assistants de Picazo lui envoya un gros coup de poing sur la bouche, qui lui cassa les dents. 

Il était désormais certain qu'on voulait la mort de L. et de José Luis. Quand la tante María leur envoya un casse-croûte, L. ne voulait pas manger, mais José Luis lui rendit courage : Mangeons bien, ils nous donnent le temps de tout faire, après seulement ils nous fusilleront. Nos peines ne dureront pas plus qu’un clin d’œil.

A cinq heures et demie de l'après midi, ils conduisirent les deux prisonniers à la place centrale ; ils attachèrent L. à un cèdre qu'ils utilisaient pour les pendaisons, et José Luis fut obligé de rester près de l'arbre pour assister à son exécution. On pensait le terroriser et le faire apostasier, mais lui, s’adressant à son camarade, lui dit : Tu vas être au Ciel avant moi. Prépare-moi une place. Dis au Christ Roi que je serai bientôt avec Lui. Il se tourna vers les bourreaux et leur dit : Allons-y, tuez-moi ! 

Quand ils crurent mort L., ils le tirèrent vers le cimetière, mais le gardien, voyant qu'il vivait encore, leur dit qu'il allait s'occuper de l'ensevelir, simplement pour les faire partir. Puis de nuit, il fit sortir L. du cimetière et lui dit de bien vite s'enfuir, mais dès le lendemain L. rejoignait les troupes des Cristeros.

Quant à José Luis, ils voulurent seulement lui faire peur et le remirent dans l'église. Ils l’enfermèrent dans la baptistère, d'où il pouvait voir les gens passer dans la rue ; parfois ils échangeaient quelques mots ; José Luis leur apparaissait très tranquille ; il passait son temps à prier le chapelet ou à chanter des cantiques.

Le vendredi 10, vers six heures du soir, ils l'emmenèrent en face de l'église, au Refuge, qu'ils avaient converti en quartier général et lui annoncèrent sa mort prochaine. Il demanda encore de quoi écrire, à sa tante María, cette fois-ci : 

Sahuayo, 10 février 1928. A Madame Sanchez de Olmedo. Très chère tante : je suis condamné à mort. A huit heures et demie ce sera le moment que j'ai tant et tant désiré. Je te remercie pour toutes les faveurs que tu m'as faites, toi et Madeleine. Je ne me sens pas capable d'écrire à ma chère petite maman ; fais-moi le plaisir de lui écrire de ma part ainsi qu'à María S. Dis à Madeleine qu'elle vienne demander à l'officier qu'il me permette de la voir une dernière fois. Je crois qu'il ne me le refusera pas. Salue pour moi tout le monde, et toi, comme toujours et une dernière fois, reçois le cœur de ton neveu qui t'aime beaucoup et désire tant te revoir. Le Christ vit, le Christ règne, le Christ commande ! Vive le Christ Roi et Notre Dame de Guadalupe ! José Sanchez del Rio, qui mourut en défense de sa foi. N'oubliez pas de venir. Adieu.

A onze heures du soir, ils lui écorchèrent la plante des pieds au couteau, le sortirent du Refuge et l'obligèrent à marcher pieds-nus en le frappant, sur la route qui allait alors tout droit au cimetière. Les bourreaux essayaient de lui faire renier sa foi à force de cruauté, mais n'y arrivaient pas. Ses lèvres ne s'ouvraient que pour crier Vive le Christ Roi et Notre-Dame de Guadalupe.

José Luis pleurait et gémissait de douleur, mais ne cédait pas. De temps en temps, ils lui disaient : Si tu cries “Mort au Christ”, on te laissera en vie. Mais lui répondait : Vive le Christ Roi !  Au cimetière, le chef ordonna aux soldats de frapper le corps du garçon, pour éviter que les gens entendissent des coups de feu, mais à chaque coup, José Luis criait fortement : Vive le Christ Roi !

Pour retourner encore un peu le couteau dans la plaie, le chef demanda à José Luis s’il voulait envoyer un message à son père, à quoi le garçon répondit d’un ton inflexible : On va se revoir au ciel. Vive le Christ Roi ! Vive Notre-Dame de Guadalupe ! Sur place, pour arrêter ces cris que le mettaient hors de lui, le chef sortit son revolver et lui tira dans la tête.

José s’écroula dans son sang. C’étaient les onze heures et demie du soir, du vendredi 10 février 1928. On mit en terre le jeune Martyr directement, sans cercueil.

Plus tard, on l’exhuma pour l’ensevelir près du baptistère, où il avait été prisonnier avant d’être martyrisé.

On raconte aussi l’épisode suivant : 

Un enfant de neuf ans aperçut José Luis parmi les Cristeros, en train de remonter le moral à un compagnon découragé ; le petit enfant s’approche de José Luis, lui disant qu'il voulait bien le suivre, pour porter le drapeau du Christ lui aussi. José, qui a quatorze ans, se permet de lui répondre : Tu es bien petit, pour le moment. Pour l'instant, prie pour moi et pour nous tous.  Dieu va peut-être vouloir que tu sois prêtre. Et si tu le deviens un jour, tu feras des choses que ni moi ni mes amis ne pourront faire.

Ce garçon de neuf ans était Enrique Amezcua Medina, qui plus tard devait fonder la Confraternité des Ouvriers du Règne du Christ (Confraternitad Operarios del Reino de Cristo).

Les jeunes de l’ECYD (Education Culture Youth Development, un mouvement international de jeunes chrétiens) ont pris José Luis pour leur patron.

José Luis a été béatifié en 2005 et canonisé en 2016. Son dies natalis est le 10 février.

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