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14 avril 2014 1 14 /04 /avril /2014 23:00

Jozef de Veuster

1840-1889

 

Jozef (Jef) de Veuster est né le 3 janvier 1840 à Ninde (Tremelo), dans le Brabant flamand en Belgique, il est l’avant-dernier des quatre fils et quatre filles de Frans de Veuster, un marchand de maïs, et d'Anna-Katrien Wouters. Lorsque la ferme et le commerce de grains rapportent moins, Frans gagne l'Autriche avec un des frères aînés de Jef. Ils y récoltent des sangsues qu'ils vendent ensuite en Belgique. À cette époque, les sangsues étaient encore couramment utilisées dans les hôpitaux pour effectuer les saignées.

Deux des sœurs de Jef entrent au couvent. Son frère Auguste se destine également à une vie dans les ordres religieux. Il n'est dès lors pas étonnant que Frans, le père, place tous ses espoirs en Jef pour qu'il reprenne un jour l'affaire familiale.

Jef se révèle un garçon plein de santé. Il n'a pas peur de mettre la main à la pâte. Il est courageux. Un jour, il sauve de l'étang un ami qui était tombé à travers la glace alors qu'ils patinaient ensemble. Son intrépidité risque aussi de lui jouer de mauvais tours. L'un de ses jeux favoris consiste en effet à sauter du haut d'un talus dans la benne d'une charrette qui passe à toute allure; un jour, Jef saute trop tôt et se retrouve sous les roues du véhicule. Il en gardera des douleurs au dos et une blessure à l'œil.

Jef commence l'école à l'âge de six ans dans la ville de Werchter, et non à Tremelo. Maître Bols est un instituteur remarquable et exigeant. Le niveau en classe est très élevé et Maître Bols est sévère. Il ordonnera plus d'une fois à Jozef de porter le bonnet d'âne. Il arrive également assez souvent que Jef soit en retard à l'école à cause de ses jeux interminables sur le chemin de halage le long de la Dyle. Il lui est même parfois impossible de se rendre à l'école parce que la route est inondée.

Une des histoires que lui raconte sa mère le soir, est celle des frères Saint Côme et Saint Damien. Ces jumeaux médecins seront persécutés, torturés et finalement décapités en l'an 304. C’est en pensant à eux que plus tard Jef prendra le nom de Damien.

En 1847, Mélanie, la plus jeune soeur de Jef, meurt du choléra. C’est ensuite Eugénie, devenue entre-temps Soeur Alexis, qui décède en 1854. Pauline, la soeur de Jef, décide alors de prendre la place d’Eugénie au couvent. Son frère Auguste se découvre également une vocation religieuse. Il entrera au monastère pour rejoindre la Société des Sacrés Cœurs, aussi appelée « Congrégation de Picpus ». Auguste est, en fait, le frère que Jef admire depuis qu’il est tout petit. 

Après avoir suivi l'enseignement primaire en flamand dans une école de Werchter, un village voisin, Jef est envoyé en 1858 à Braine-le-Comte pour y améliorer son français et pouvoir ainsi reprendre plus tard la ferme familiale. C’est du moins ce qu’espère son père Frans, mais les études et le climat de l’internat ne réussissent vraiment pas à Jef. Pourtant sa vocation mûrit, il s’attache à son frère Auguste, devenu maintenant Pamphile.

Finalement, le 4 janvier 1859, quand il vient de fêter son dix-neuvième anniversaire, il arrive à Louvain pour demander son admission chez les Pères des Sacrés-Cœurs de Picpus, un ordre missionnaire chrétien. Il commence son noviciat en février 1859, et prend pour nom "Damien". Il suit ainsi les pas d'Auguste, son frère aîné. C’est un gros sacrifice pour les parents, qui cependant acceptent courageusement l’épreuve.

Jef mise le tout pour le tout pour réaliser son rêve. Il travaille comme un damné aux tâches du monastère et dans ses études. Il impressionne ses supérieurs par son assiduité. Il étudie le latin et le français. Afin de récupérer son retard, il se lève tous les jours à 3 heures du matin et ne va se coucher que très tard le soir, accablé de fatigue. Il consacre chacun de ses temps libres à la prière.

À la fin de son noviciat à Louvain, Damien est envoyé à Paris (au couvent de la rue de Picpus). Il y prononce ses vœux le 7 octobre 1860. Il fait "du latin et du grec du matin au soir" écrit-il à ses parents.

En septembre 1861, il est de retour à Louvain pour les études de philosophie et théologie qui le préparent plus immédiatement au sacerdoce. Elles sont brusquement interrompues...

En octobre 1863, un groupe de missionnaires est prêt à partir pour les îles du Pacifique. Auguste (en religion père Pamphile, qui vient d'être ordonné prêtre) devrait en faire partie. Mais il tombe gravement malade, sans doute du typhus. Damien se porte immédiatement volontaire pour le remplacer. Son offre est acceptée. Après un dernier pèlerinage — en famille — à Notre-Dame de Montaigu, il part pour Brême et Paris. Il embarque le 29 octobre 1863 sur le trois-mâts R.W. Wood avec 5 confrères et 10 sœurs. 

Le 19 mars 1864, à 24 ans, il débarque à Honolulu. Ce qui le frappe d'abord c'est l'accueil chaleureux des habitants et leur ferveur. Très vite, l’évêque le prend en considération et veut l’ordonner : quelques jours après la Pentecôte, le 21 mai de la même année, Damien est ordonné prêtre dans la cathédrale d'Honolulu avec deux autres séminaristes. Désormais il signe ses lettres du seul titre qui lui tient à cœur : prêtre-missionnaire.

Comme première mission le jeune prêtre est envoyé dans le district de Puna, au sud-est de l'ile d'Hawaï, littéralement au pied du volcan Kilauea. Il est presque toujours en route, visitant les communautés chrétiennes, baptisant et construisant des chapelles. Il partage la vie des habitants, apprend leur langue, mais fait peut de conversions, car les habitants sont attachés à leur déesse Pélé, déesse du volcan.

Pour aider un confrère surchargé il demande et obtient en 1866 son transfert dans les districts de Kahola et Hamakua, où il reprend pendant neuf années ses tournées pastorales. Mais il s'y retrouvera seul prêtre et il lui coûte beaucoup de n'avoir personne à qui se confesser. Le catéchisme, quatre écoles catholiques à superviser et surtout la construction de chapelles l'occupent. Pour les chapelles il obtient l'aide d'un frère religieux. C’est là qu’on lui donne le surnom de «prêtre-menuisier». 

Le Père Damien vit la hantise des âmes qui se perdent faute de baptême. La compétition avec les protestants, avec lesquels les conflits sont fréquents, fait partie de l'effort missionnaire. Kawaihae, Waiapuka, Waipio (1867) Kapulena (1868), Halawa (1870) sont quelques-unes de ces chapelles construites ou réparées. Les fidèles doivent participer au projet de «leur» chapelle, financièrement ou autrement.

Pour freiner la propagation de la lèpre, le gouvernement avait décidé, en 1865, de créer un léproserie à Molokai, une île voisine, et d'y déporter tous ceux qui étaient atteints de ce mal alors incurable. Leur sort préoccupe les autorités religieuses.

Le 4 mai 1873 l'évêque lance un appel aux missionnaires. Il cherche des volontaires pour se rendre à tour de rôle apporter un secours spirituel aux lépreux de l'ile de Molokai. Damien se trouve parmi les quatre volontaires choisis. Le 10 mai, le père Damien et un autre confrère débarquent à Molokai, sa “patrie” définitive. 

Les malades qui arrivent par navires entiers à Molokai demandaient à grands cris d’avoir un prêtre avec eux. Pendant sept ans bien des malheureux sont morts sans recevoir soit le baptême, soit le sacrement des malades. Damien est accueilli par ces êtres vivants en putréfaction, dont l’odeur est tellement nauséabonde qu’il ne pourra s’empêcher de la masquer un peu qu’en fumant la pipe.

Dans cet enfer, Damien devient le pasteur des huit-cents lépreux, ainsi que leur médecin. Les progrès de la maladie sont rapides et effrayants, la mortalité élevée. “Kamiano” partage leur vie et est amené à prendre en mains les problèmes matériels de ses fidèles. Peu à peu, il construit une vraie communauté, organisant la vie sociale, éducative et religieuse de ses lépreux. avec une église, des chemins, un hôpital, une école, un orphelinat. Il s'identifie à eux : «Nous autres lépreux», écrit-il dans ses lettres. Il considère les enfants comme les siens, et les laisse jouer avec sa pipe…

Son amour évangélique pour les lépreux force l'admiration, y compris d'un médecin agnostique, Arthur Mouritz qui visite régulièrement l'île entre 1883 et 1888. Il lui rendra un vibrant témoignage. Les protestants également sont admiratifs même si le Père Damien n'est pas tendre pour eux : “Les hérétiques sont toujours en embuscade pour surprendre mes pauvres chrétiens”. Son catholicisme intransigeant ne l'empêche pas de voir le bien que font certains protestants, comme ce luthérien allemand, représentant du gouvernement dans la léproserie de Molokai. Sa réaction est typique : «Il n'a plus qu'un petit pas à faire pour être tout à fait catholique».

En octobre 1881, Damien reçoit la plus haute décoration hawaïenne. Dans la lettre qui accompagne la décoration de Chevalier-Commandeur de l'Ordre royal de Kalakaua, la princesse Liliuokalani, alors régente du Royaume de Hawaï, lui exprime en termes très chaleureux sa profonde admiration. À en juger par la mention qu'il en fait dans ses lettres, Damien est touché par cette reconnaissance publique de son œuvre.

En décembre 1884, le docteur Arning informe le père Damien : il est atteint par la lèpre. Le diagnostic est confirmé en janvier 1885. Il en parle à son ami Charles Stoddard : «Je suis réputé moi-même attaqué de la terrible maladie. Les microbes de la lèpre se sont finalement nichés dans ma jambe gauche et dans mon oreille. Ma paupière commence à tomber».

Au début de 1886 la nouvelle fait rapidement le tour du monde. Des volontaires arrivent à Molokai : l'abbé Conrardy en mai 1888 et trois religieuses franciscaines en novembre. Damien n'accepte pas facilement ce qui lui arrive. Il était tellement convaincu d'être protégé par la Vierge Marie pour qui il a une dévotion sans bornes ! Dans sa correspondance il évite d'abord le mot lèpre. Après quelques mois, il se résigne et fait face avec courage. Dans une lettre à son provincial : «Il n'y a plus de doute pour moi : je suis lépreux». Homme de foi, il ajoute «Que le Bon Dieu soit béni !»

A l'épreuve physique s'ajoute une épreuve morale. Son compagnon lui est retiré. Damien est de nouveau seul prêtre à Molokai. Plus grave encore - la lèpre étant souvent associée à la syphilis à l'époque - il est soupçonné d'avoir rompu son vœu de chasteté. Il accepte de se soumettre à un examen médical (par le docteur Arning) qui se révèle négatif. Finalement, son supérieur restreint drastiquement ses visites et contacts à Honolulu. Damien est un homme très seul, soutenu cependant par l'amour de ses lépreux. Il l'écrit lui-même dans ses lettres : plus que la lèpre ce sont les soupçons et incompréhensions de ses supérieurs qui le font souffrir.

Damien continue cependant ses activités pastorales comme de développement des deux villages sous sa responsabilité, Kalawao et Kalaupapa : canalisations d'eau, agrandissement de l'hôpital, route entre les deux villages, reconstruction de l'église. Médicalement il s'observe et s'analyse, communiquant ses idées sur la propagation de la lèpre. 

Avec quatre collaborateurs, il continue ainsi d'assumer sa mission même s’il ne peut déjà plus célébrer la messe depuis plusieurs mois. Le 12 février 1889 il écrit une dernière lettre à son frère, le Père Pamphile : « Je suis toujours heureux et content, et quoique bien malade, je ne désire que l'accomplissement de la sainte volonté du bon Dieu…» Il se confesse une dernière fois le 30 mars et meurt le 15 avril 1889, à Kalaupapa sur l’île de Molokai (Hawaï) à l'âge de 49 ans.

Lui qui avait fabriqué presque quatre mille cercueils pour ses lépreux, il sera maintenant enseveli dans un cercueil fabriqué par eux et porté par six d’entre eux, escorté par la fanfare des lépreux qu’il avait mise sur pied, et inhumé à l’ombre du pandanus sous lequel il avait passé sa première nuit, dix-sept ans plus tôt. 

Son corps sera cependant rapatrié en Belgique par le Mercator en 1936, et terminera son long périple à Louvain, où il est inhumé dans la crypte de l'église Saint-Antoine.

En 1945, le Mahatma Gandhi rend hommage à l'héroïsme du Père Damien : «Le monde politique et journalistique ne connait pas de héros dont il peut se glorifier et qui soit comparable au père Damien de Molokai».

Lorsque Hawaï accède à la fédération des États-Unis, ce sont les statues du roi Kamehameha († 1959) et du Père Damien que ce nouvel état choisit de placer au Capitole de Washington comme «personnes ayant joué un rôle important dans son histoire».

En 1989, la Belgique organise l'année Damien. La ville de Tremelo a fait une fête en l'honneur de Damien. 

Le 4 juin 1995, il est béatifié par le Pape Jean-Paul II. Après cette cérémonie une relique (main droite) du père Damien a été transférée à Molokaï et y a été enterrée le 22 juillet 1995 à Kalawao.

Benoît XVI l'a canonisé le 11 octobre 2009. Barack Obama affirme le jour même son "admiration" pour la vie du père Damien de Molokai.

 

Il est de coutume de fêter un bienheureux ou un saint le jour de sa mort, ou Dies Natalis, anniversaire de sa naissance au ciel. Pour saint Damien de Molokaï, mort un 15 avril, il en va autrement. Tandis que le Martyrologe mentionne régulièrement Jozef de Veuster ou Père Damien au 15 avril, pour mettre en relief la figure de Damien et pour éviter que sa fête liturgique ne tombe lors des fêtes de Pâques, Jean-Paul II a choisi la date du 10 mai, jour qui correspond à l'arrivée du Père Damien à la léproserie de Molokaï en 1873.

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