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9 février 2014 7 09 /02 /février /2014 00:00

Luis Magaña Servin

1902-1928

 

Luis naquit dans une terre mexicaine dont la population avait hérité des traits espagnols et français des explorateurs arrivés là quelque deux siècles auparavant : ces habitants étaient donc de type plus “européen”, le visage clair, les yeux bleus, la taille haute. Cette région était la Terre de Sainte Marie de Guadalupe de las Arandas, dans l'état de Jalisco.

Les heureux parents qui accueillirent leur premier-né le 24 août 1902, étaient Raymundo Magaña Zúñiga et María Concepción Servín. Comme c'était la veille de la fête de saint Louis, ils lui donnèrent le nom de Luis. Plus tard ils eurent encore deux garçons, Delfino et José Soledad.

Le curé de la paroisse chargea un jour un artiste de peindre un tableau de Notre-Dame du Refuge, et pour modèle des yeux de l'Enfant-Jésus, le peintre choisit le petit Luis.

En grandissant, il se mit à aider son père à la tannerie. Il se levait très tôt, participait avec son père à la messe de cinq heures, déjeunait et partait à l'école. L'après-midi, il aidait au travail du cuir ; le soir, après le chapelet, on mangeait et il allait se coucher. Deux fois par semaine, il allait au catéchisme.

Avec cet horaire régulier, le garçon grandit à l'ombre de son père, dont il devint le bras droit.

Dans ces années-là, les ouvriers chrétiens lisaient la récente encyclique de Léon XIII sur la question sociale, et Luis montrait un grand intérêt pour les problèmes sociaux. Il appartenait à l'Association Notre-Dame de Guadalupe, qui regroupait les ouvriers et les artisans. 

Des témoins se rappelaient que Luis s'intéressait de près à la condition sociale, au gouvernement ; il organisait des réunions chez lui. Lui-même s'imposait de traiter les ouvriers de manière juste et généreuse. Il parlait de tous ces problèmes avec la même sincérité et le même esprit de justice avec les riches qu'avec les pauvres.

Fidèle dévot de Notre-Dame de Guadalupe, comme tous les Mexicains, il participa à la cérémonie d'expiation qui eut lieu à Mexico après l'attentat à l'image de la Vierge qui avait eu lieu en 1921 dans la basilique.

Luis s'inscrivit à l'Action catholique de la Jeunesse mexicaine, et fonda la section de sa ville de Arandas. Puis il fut un des membres fondateurs de l'Adoration nocturne, à laquelle il fut toujours fidèle. Tous les jours il communiait à la messe.

Quand il allait vendre la marchandise avec son père à Atotonilco, il priait durant le déplacement. Il se répétait l'homélie du dimanche précédent. Jamais un mot contre quelqu'un. Il aidait les pauvres chaque fois qu'il le pouvait. Il vendait sa marchandise avec justice, honnêtement.

Il pensait un jour se marier, fit des économies et s'acheta une maison en 1925.

Il se fiança avec une jeune fille orpheline, Elvira Camarena Méndez, qu'il rencontrait comme une sœur, jusqu'à leur mariage, le 6 janvier 1926. Elvira avait dix-huit ans,  lui, vingt-quatre.

En 1927 devait naître Gilberto. 

Luis fut parfaitement fidèle envers son épouse. Il ne buvait pas, il ne fumait pas.

Quand se forma le mouvement des Cristeros, tout en les aidant à sa façon, avec des vêtements, de l'argent ou de la nourriture, jamais il ne voulut prendre les armes. Il avait un «messager» très fidèle qui lui apportait les nouvelles, José Refugio Aranda, surnommé Pancho la Muerte, qui fut arrêté le même jour que lui.

En 1926, quinze jours après que furent fermés les lieux de culte, on fusilla le 15 août un prêtre et trois jeunes de l'Action Catholique (Luis Batis, Salvador Lara, David Roldán et Manuel Morales), canonisés en 2000 ; le 1er avril 1927, on fusilla son maître Anacleto González Flores et trois jeunes de l'Action Catholique (Jorge y Ramón Vargas, et Luis Padilla Gómez), béatifiés en 2005.

Le gouvernement demanda aux autorités locales une liste de noms de ceux qui aidaient les Cristeros. Pour mieux les cerner, il fut établi de concentrer les populations dans certains centres, ce qui les aurait empêchés de se joindre aux Cristeros. Toute personne et tout prêtre, qui auraient été trouvés hors de ces centres, auraient été arrêtés et fusillés. Luis allait être du nombre. En prévision de ces moments difficiles, il s’était construit un passage souterrain entre la maison de son père et la sienne, ce qui lui permettait éventuellement de disparaître très vite.

En février 1928, des soldats vinrent occuper le village et s’installèrent dans l’église. A midi du 9 février, ils se présentèrent chez Raymundo ; n'y trouvant pas Luis, qui s’était précipité dans son abri, ils arrêtèrent Delfino, menaçant de le fusiller si Luis ne se présentait pas dans la journée.

Luis alors sortit de sa cachette, rassura calmement les siens en leur disant qu'il allait trouver le général, et qu'il leur ramènerait Delfino sans faute.

Il commença par prendre un bain, il se rasa fraîchement et se mit son plus bel habit, celui qu'il avait acheté à Guadalajara pour son mariage. Il se mit à table avec les siens et mangea tranquillement. Après, il s'agenouilla devant ses parents en leur demandant leur bénédiction. Il leur dit d'avoir courage, car il allait vite revenir. Il embrassa les siens un à un, il serra contre son cœur et embrassa son petit Gilbert de dix mois, et embrassa sa chère épouse, qui était enceinte.

Il était trois heures de l'après-midi. Une amie le vit passer et lui demanda où donc il allait, si bien vêtu ; il lui expliqua en deux mots la situation et elle lui dit : N'y va pas, ils vont te fusiller. Mais Luis, écartant les bras et regardant vers le ciel, répondit :  Quel bonheur, dans une heure je serai dans les bras de Dieu.

Luis alla droit au quartier militaire, demanda à rencontrer le général et lui dit : Mon général, je suis Luis Magaña, que vous cherchez ; celui que vous avez pris, c'est mon frère, qui n'a rien fait de mal. Si c'est moi que vous cherchez, libérez mon frère.

Le général admira le cran de cet homme, qui le regardait en face, les yeux dans les yeux. Il échangea deux mots avec son adjoint et dit à Luis : Bien, jeune homme. On va voir si tu es vraiment aussi courageux que tu le parais. Et à l'officier : Libère-moi l'autre, et fusille-moi celui-ci immédiatement sur le porche de l'église.

Il était trois heures et demie, l'heure de la sieste. Huit soldats sortirent, poussant devant eux Luis et son fidèle messager, Pancho la Muerte, qu'on avait arrêté précédemment. On arriva à l'église et on mit les deux prisonniers à droite du portail. L'officier voulut bander les yeux de Luis, qui refusa. Il avait les mains liées derrière le dos ; il leva les yeux au ciel et dit bien fort à tous les soldats (d'autres personnes entendirent clairement ses paroles) : 

Moi, je n'ai jamais été ni cristero ni rebelle, comme vous m'accusez. Mais si m'accusez d'être chrétien, oui, je le suis. Soldats, qui allez me fusiller ! Je désire vous dire qu'à partir de cet instant, vous êtes pardonnés, et je vous promets qu'en arrivant devant Dieu, vous serez les premiers pour qui je l'implorerai. Vive le Christ Roi ! Vive Notre-Dame de Guadalupe !

Le général voulait ainsi intimider les habitants ; jamais encore, on n'avait fusillé quelqu'un à l'entrée d'une église. Un soldat accrocha une pancarte avec ces mots : Ainsi meurent les Cristeros. 

Le père de Luis alla demander au général la permission de reprendre le corps de son fils. Il le ramena à la maison, où sa mère et son épouse lui mirent une chemise propre, conservant celle qui avait été ensanglantée. Toute la nuit, on le veilla. Des dames imbibèrent du coton avec le sang du Martyr, qui ne se coagulait pas. La mère et l'épouse de Luis donnèrent des morceaux de cette précieuse chemise comme reliques à des amies.

Cinq mois plus tard, naissait la petite fille de Luis, qui reçut le nom de Marìa Luisa, en souvenir de son père.

 

Plus tard, les reliques de Luis, avec celles des frères Ezequiel et Salvador Huerta, furent déposées dans la chapelle du séminaire des missions, qui se trouve à Arandas. Le père de Luis fit ériger une croix à l'endroit où son fils fut fusillé. Pendant longtemps, on put voir sur les murs de l'église, les trous creusés par les balles ; on ne les a rebouchés que tout récemment.

 

Luis Magaña Servin fut béatifié avec d'autres Compagnons mexicains martyrs en 2005. Le dies natalis de Luis est le 9 février.

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Published by samuelephrem - dans Hagiographie L
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