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24 novembre 2014 1 24 /11 /novembre /2014 00:00

Pierre Dumoulin Borie

1808-1838

 

Pierre-Rose-Ursule naquit le 20 février 1808 au moulin (d’où son surnom) de Cors, près Beynat (Corrèze), de Guillaume-Pradel Borie et Rose Labrunie, qui avaient déjà cinq enfants.

On peut dire que la courte vie de Pierre fut jalonnée de coups forts.

A trois ans, une maladresse fit qu’il eut le bras droit ébouillanté. Quand on retira la manche, l’épiderme partait avec, et l’enfant, sans crier, dit simplement : Vous me faites mal !

Adolescent, il se jette dans la Dordogne pour sauver un enfant qui se noie, et manque d’y rester lui-même.

Il vola un jour quelques fruits, et on le conduisit les mains liées derrière le dos pour aller faire amende honorable. Un autre jour, tout en larmes, il avoua aussi à sa mère qu’il lui avait volé deux sous.

Il commença à étudier chez son oncle prêtre, fréquenta le collège. Un jour, ses camarades le fouettèrent et l’attachèrent à un arbre, mais on ne précise pas quel était ce «jeu», ni pourquoi le garçon, déjà gaillard, se laissa faire, ni qui le découvrit, et quand… 

Les études n’étaient pas vraiment brillantes, en particulier pour le latin ; son oncle eut l’idée de le vexer en enseignant les rudiments du latin à sa petite sœur, bien plus jeune : l’expérience produisit son effet, et l’adolescent ingurgita les déclinaisons avec avidité.

Grandissant, Pierre semblait vouloir courir aux aventures, mais voilà qu’une bonne maladie fit assez souffrir - et réfléchir le jeune homme qui avait maintenant dix-huit ans. Guéri, il voulut servir Dieu tout de bon. Les Missions ? La médecine (pour guérir beaucoup de malades) ? La Trappe ? 

Son père l’orienta vers le grand séminaire du diocèse, et Pierre accepta sans regarder en arrière. Il écrivit même : Je ne me regarde plus comme votre fils ! J’appartiens à l’Eglise, à Dieu seul !

Désormais Pierre est un bon géant d’un mètre quatre-vingt-cinq, bien bâti, vigoureux, un numéro qui ne peut pas passer inaperçu. 

Cette première année au séminaire ne fut pas trop facile, car il fallait apprendre à se plier à un horaire, un règlement, choses nouvelles pour Pierre. Mais il se combattit, et reçut la tonsure à la fin de l’année. La lecture des Annales de la Propagation de la foi firent monter en son cœur le désir de partir en mission. Déjà, durant l’été suivant, ce grand séminariste fraîchement vêtu de sa soutane, s’occupait à parler aux enfants, aux pauvres, aux malades.

Au séminaire, il est chargé de l’infirmerie ; le temps qu’il récupère le soir, il le passe devant le Saint-Sacrement. Pierre s’entraînait à se passer de tout superflu.

L’épreuve ne l’abat pas lors de la mort de son père (1828), il persévère, et confie à sa mère qu’il partira en missions. On imagine les larmes de cette veuve, mais Pierre resta ferme : il quitta de nuit la maison familiale et, une fois à Paris, prit ses mesures pour «disparaître» à peine arriverait sa mère pour le convaincre de revenir à la maison.

Son apostolat commençait dans les rues de Paris : il sut préparer admirablement une bande de gamins à la première Communion.

Il dut supporter une opération à la main, une autre au genou : souffrances «minimes» qui lui en préparaient bien d’autres.

Ordonné diacre en mars 1830, il voulut sortir dans la rue au moment des Journées de juillet, «pour voir». Il s’était déguisé avec un costume de chasse, mais on le prit pour un Suisse de la garde royale ; on cria A mort, mais on s’aperçut vite que ce Limousin n’avait pas l’accent suisse !

Finalement il quitta Paris le 2 novembre 1830, devant recevoir l’ordination sacerdotale à Pondichéry (Inde orientale). Mais une dispense arriva entre temps et cette ordination eut lieu à Bayeux, le 21 novembre, jour de la fête de la Présentation de Marie au Temple. Pierre avait 22 ans.

Le voyage pour les terres de mission fut très long : Pierre débarqua le 15 juillet à Macao, et arriva au Tonkin en mai 1832. Le bateau avait failli être englouti par deux trombes successives, et un typhon avait sérieusement touché la ville de Macao. L’empereur Minh persécutait déjà les chrétiens, ce qui obligeait Pierre à faire un long détour par Saïgon, pouvant difficilement se cacher à cause de sa haute taille, au milieu de gens habituellement si petits.

Le missionnaire, qui s’était mis difficilement au latin, apprit la langue locale en trois mois et pouvait désormais confesser, enseigner, prêcher. Il absorbait indifféremment tout ce que la cuisine lui servait, gagnant ainsi le cœur des indigènes. Toujours riant, toujours audacieux : il n’ambitionnait rien de moins qu’aller faire l’apologie de la religion devant l’empereur ! La prudence le lui déconseilla.

En peu de temps, il a reconstitué deux couvents, remonté deux collèges ; il fait la classe à vingt-cinq enfants. On l’aime, on le respecte, on l’accueille avec enthousiasme, on l’appelle le «grand-père». Son surnom annamite est Cao, illustre, grand.

Son calvaire commence le 31 juillet 1838 à deux heures du matin. Trahi par un chrétien qui avait cédé aux tortures, il était poursuivi par les soldats. Il s’était caché dans une dune de sable, mais se présenta spontanément, d’une façon qui rappelle l’arrestation de Jésus à Gethsémani : Qui cherchez-vous, leur demanda-t-il (cf.Jn 18:4), ce qui les fit reculer un instant.

Etendu à terre, une tuile sous le menton et une autre sous le ventre, son mouchoir dans la bouche, il reçoit trente coups de rotin. Un gémissement aux derniers coups seulement et, pour toute réponse au mandarin qui lui demande comment il se sent : Je suis de chair et d’os comme les autres, et pas exempt de douleur. Mais après comme avant la torture, je suis également content.

Courageux et de bonne humeur malgré la souffrance, il raconta ensuite : Sur le refus de déclarer les endroits où j’ai habité pendant cinq ans, on m’a fait administrer, le 3 août au matin, trente coups de rotin, qui, fortement appliqués, m’ont laissé tout couvert de mon sang, et d’abord incapable de me relever moi-même ; mais un instant après qu’on eut jeté une poignée de sel sur mes plaies et que j’eus éprouvé des douleurs cuisantes, je me sentis aussi bien portant et joyeux qu’avant la cérémonie.

On le garda en prison, sous une cangue de douze kilogrammes, en même temps que deux autres prêtres indigènes, Phêrô Võ Đăng Khoa et Vinh Sơn Nguyễn Thế Ɖiểm. Il y avait aussi d’autres chrétiens avec lui, et il pouvait recevoir des visites. C’est alors qu’il apprit sa nomination à l’épiscopat : il devenait ainsi vicaire apostolique du Tonkin oriental, sa «paroisse» qui n’était pas encore érigée officiellement en diocèse.

On attendait la sentence qui devait frapper «Cao» ; la ratification arriva le 24 novembre 1838 : Mgr Borie devait être décapité, et les deux autres prêtres arrêtés avec lui, étranglés. Le mandarin était à la fois soumis aux ordres, et sensible à la personnalité de Mgr Borie : il fit, selon la loi, préparer une poule en repas aux trois condamnés, regrettant la condamnation à mort de ce jeune évêque (Mgr Borie avait juste trente ans), mais Mgr Borie le remercia pour ses «faveurs» et voulut même s’incliner devant lui en signe de reconnaissance : le mandarin fondit en larmes.

Le supplice fut affreux. On s’était rassemblé près de Dong-hoï ; le soldat qui devait porter le coup fatal avait voulu se «donner des forces» avec un petit verre, mais il était ivre, et sa main tout-à-fait incertaine : un premier coup porta une blessure de l’oreille à la mâchoire, un second souleva le haut de l’épaule sur le cou, un troisième fut meilleur, mais la tête de notre «bon géant» tenait encore. Il fallut sept coups pour achever la vie de ce vaillant Confesseur, encore dut-on en plus séparer le chef du tronc même après la mort constatée. Le mandarin, écœuré et furieux, fit administrer quarante coups de rotin au soldat maladroit.

On ne trouva pas de cercueil assez grand : quand on voulut un an après recueillir le corps du Martyr, on constata que les jambes sortaient du cercueil, mais le corps était bien conservé. La dépouille de Mgr Pierre Borie fut ramenée à Paris en août 1843.

Quelle émotion, quand la maman de Pierre apprit la mort glorieuse de son fils, dont elle s’était séparée à contre-cœur dix ans plus tôt ! Cette maman vécut encore dix années avant de s’éteindre en ce monde en 1858 (l’année des apparitions à Lourdes) et de rejoindre son cher fils dans la joie éternelle.

Mgr Pierre Dumoulin Borie fut béatifié en 1900, et canonisé en 1988, en même temps qu’une centaine d’autres Martyrs du «Viêt-Nam». Chacun d’eux est commémoré en son dies natalis au Martyrologe, mais une fête commune leur a été assignée, justement le 24 novembre, jour du dies natalis de saint Pierre Borie et de ses deux Compagnons Phêrô Võ Đăng Khoa et Vinh Sơn Nguyễn Thế Ɖiểm.

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