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Ascension - B

 

 

L’adresse du début des Actes des Apôtres mentionne le “cher Théophile”, à qui s.Luc a déjà dédicacé son évangile. Ces deux écrits sont précieux pour nous, car leur auteur - qui n’était pas un Apôtre, mais sans doute un des soixante-douze disciples - précise qu’il s’est renseigné avec soin auprès des témoins des faits, en premier lieu auprès de la Mère de Jésus, auprès des Apôtres, de s.Paul qu’il a même accompagné jusqu’à Rome.

C’est donc au début de ces Actes des Apôtres que s.Luc mentionne l’Ascension du Christ devant les regards des Apôtres. 

Jésus leur annonce qu’ils vont être baptisés dans l’Esprit Saint. Baptême signifie immersion. Les Apôtres vont être immergés dans le feu d’amour de l’Esprit. L’amour pousse à faire de grandes choses, mais ils ne se rendent pas bien compte de ce que cela signifie pour eux, et certains en restent encore à des projets temporels : Tu vas restaurer maintenant la royauté d’Israël ?

Après trois années d’enseignement, après avoir entendu, comme Pilate, que le royaume du Christ n’est pas de ce monde… Jésus reste patient, et leur parle sur un tout autre registre : les délais et les dates appartiennent à Dieu, et leur mission à eux n’est pas d’entrer dans ces détails de l’histoire.

Cette réflexion sera peut-être utile pour répondre à certains Chrétiens qui parfois tentent de nous convaincre qu’il va se passer telle ou telle chose, une guerre, un cataclysme, ou la fin du monde. Ces événements entrent dans le dessein de la Providence divine, et nous avons autre chose à faire qu’à les attendre ; ce qui est primordial pour chacun de nous, est de nous préparer à rencontrer le Christ.

Avant cette ultime rencontre, nous avons chacun une mission à remplir. Celle des Apôtres sera d’être témoins… jusqu’aux extrémités de la terre. Mission immense : ces onze Apôtres devraient aller porter l’Evangile au bout du monde…

Ils vont en recevoir la force du Saint Esprit : leur «baptême» dans l’Esprit sera d’être revêtus entièrement de cette force divine, dont ils auront bien besoin pour partir dans une telle aventure.

On sait que les Apôtres sont parvenus en Ethiopie (Matthieu), en Mésopotamie (Simon et Jude), en Inde et en Chine (Thomas), mais sont-ils parvenus vraiment jusqu’aux extrémités de la terre ?

Il ne semble pas qu’ils y soient parvenus personnellement, à moins qu’ils aient été transportés miraculeusement au-delà des continents, en Amérique par exemple. Mais à travers eux, ce sont tous leurs successeurs, les évêques, précédés des missionnaires, qui ont porté la Bonne Nouvelle partout dans le monde entier.

Dans son traité sur la prédication apostolique, Tertullien († 220) écrit ces lignes précieuses : 

(Les Apôtres) établirent d’abord en Judée la foi en Jésus-Christ et instituèrent les Eglises, puis ils partirent de par le monde, et annoncèrent aux nations la même doctrine et la même foi. Et dans chaque cité, ils fondèrent des Eglises, auxquelles dès lors les autres Eglises empruntèrent la bouture de la foi et la semence de l’enseignement, et l’empruntent tous les jours pour devenir elles-mêmes des Eglises. Et par cela, elles aussi sont considérées comme apostoliques, en tant que rejetons des Eglises apostoliques… Voilà pourquoi tant de si grandes Eglises ne sont que l’Eglise primitive dont toutes procèdent. Elles sont toutes primitives, toutes apostoliques, puisque toutes sont une…

Voilà donc nos Apôtres devant leur mission. Le Christ n’est plus là, devant eux ; l’Esprit arrivera prochainement. Que faire ?

Les deux hommes en vêtements blancs qui apparaissent à ce moment sont peut-être les mêmes que ceux qui sont apparus aux saintes femmes au matin de la résurrection (Lc 24:4), mais cette fois-ci ils s’adressent directement aux Apôtres. Par définition, les Anges ont pour mission d’annoncer. Mais à l’Ascension, ce sont les Apôtres qui doivent partir annoncer ; les Anges, eux, interviennent ici un peu comme les oiseaux qui poussent leurs petits en-dehors du nid pour voler de leurs propres ailes.

Ceux-ci ont dû être touchés de s’entendre appeler Galiléens. Ne serions-nous pas nous-mêmes réconfortés de nous entendre appeler Franciliens, ou Basques, ou Alsaciens, ou Bourguigons, ou Bretons, ou Corses ou Normands ?  

 

*       *       * 

Si Jésus, à ce moment-là, n’est plus visible à leurs yeux, il ne “disparaît” pas pour autant, ce sont les yeux humains qui ne peuvent plus Le voir, ni Le suivre. S’élever dans les airs est une marque de la glorification du corps du Christ ; les apparitions authentiques ont toujours cette caractéristique. Instinctivement, nous levons tous les yeux en pensant au Ciel : ce n’est pas que le Ciel soit au-dessus de nos têtes, parce que Dieu est partout avec nous, mais cette référence ascendante nous aide à nous détacher du visible, du tangible, comme les Apôtres, pour nous orienter avec détermination vers le vrai Royaume de Dieu.

Le psaume 46 évoque pour nous cette glorification définitive du Christ, grand roi sur toute la terre. Le psalmiste, ici le maître de chant, acclame la royauté universelle de Yahwé, qui s’élève parmi les ovations.

Il est évident que le psalmiste ait voulu annoncer ici l’ascension du Christ, car Christ, Fils de Dieu, est Un avec Dieu et Dieu lui-même.

Luc ne dit pas qu’au moment de l’ascension les Apôtres aient entendu sonner le cor, dont parle le psaume. Cette musique triomphale concerne le monde céleste, où nous sommes appelés.

 

*       *       * 

Paul, après sa conversion sur le chemin de Damas (cf. Ac 9), a été introduit parmi les Apôtres. Il a annoncé la Résurrection du Christ en Asie Mineure et se trouve maintenant enchaîné à Rome (61-63). Luc semble bien être avec lui, car il achève les Actes avec le pronom pluriel «nous» ; il a fraternellement accompagné Paul dans son premier voyage de captivité.

L’unité de la Foi, dont Tertullien parlait plus haut, Paul l’exprime avec une intensité extrême, recommandant aux Chrétiens l’humilité, la douceur, la patience, l’unité dans l’Espérance et dans la Foi unique.

Avec d’autres termes, c’est ce même message que livrera un peu plus tard l’Apôtre Jean : 

Celui qui prétend être dans la lumière tout en haïssant son frère est encore dans les ténèbres (1Jn 2:9).

Celui qui n’aime pas demeure dans la mort (1Jn 3:14).

Paul évoque la grâce qu’ont reçue les Chrétiens après que le Christ est monté : les Apôtres, les prophètes, les missionnaires, les pasteurs, en somme toute l’Eglise militante.

Avec cet amour fraternel, s.Paul a réalisé peut-être la plus grande révolution sociale de l’histoire, car sans heurts, sans haine, sans la force, il a rapproché les grands des petits, les riches des pauvres, les patrons des esclaves, les étrangers des autochtones, tous rachetés par le même Sauveur, croyant dans la même Foi, ayant reçu le même baptême.

C’est sur cette base que s’est édifiée toute la société du haut Moyen-Âge, remplaçant la société décadente de l’Empire romain aux abois.

Malgré beaucoup d’erreurs humaines, dans toute l’histoire, chaque fois qu’un conflit éclata, la meilleure solution a toujours été celle qui s’inspire de l’Evangile : le pardon, l’humilité.

 

*       *       * 

Notre Seigneur envoie ses Apôtres dans le monde entier. Si les missionnaires ont réussi à porter la Bonne Nouvelle vraiment partout, jusqu’aux extrêmes confins du monde, l’évangélisation n’est jamais finie, elle doit être reprise, nourrie, rajeunie. La société a besoin de ses missionnaires, et chaque chrétien est un missionnaire. 

En parcourant la vie des Saints, on pourra trouver des centaines d’exemples de cas où ceux-ci auront chassé les esprits mauvais ou parlé en langues ou pris des serpents dans leurs mains ou encore bu quelque poison mortel sans en mourir et imposé les mains aux malades, qui furent guéris. Ce sont la preuve de leur union avec la Vérité.

Précisons ces petits détails de traduction : le texte original ne dit pas que les Apôtres parleraient un langage nouveau, mais bien en langues ; il ne dit pas non plus que les malades s’en trouveront bien, mais qu’ils seront guéris. C’est bien en cela que consistent les miracles opérés par le Christ à travers son Eglise. Et l’évangéliste Marc achève justement son évangile avec ce témoignage : Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient.

 

*       *       * 

 

A la fin de la Messe, le prêtre répète à nous aussi cet envoi en mission : Allez, dans la paix du Christ. Il n’y a pas de Messe sans mission.

Il n’est peut-être pas donné à chacun de nous d’accomplir des miracles (visibles) ; mais il incombe à tous d’annoncer l’Evangile, d’abord par son style de vie, puis par sa parole quand il en a l’occasion. A aucun moment, le Chrétien ne doit se sentir séparé du Corps du Christ.

La Prière de cette fête de l’Ascension doit nous aider à comprendre cette mission : 

L’Ascension de ton Fils est déjà notre victoire ; nous sommes les membres de son corps, il nous a précédés dans la gloire auprès de toi, et c’est là que nous vivons en espérance.

C’est pourquoi nous prions sans cesse : Que ton Règne vienne !

 

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Published by samuelephrem - dans Homélies - année B

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