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Fête-Dieu - B

 

Cette belle fête du Saint Sacrement est traditionnellement placée au jeudi après la fête de la Sainte Trinité, en souvenir du Jeudi Saint où fut institué ce Sacrement de la Vie en même temps que celui du Sacerdoce (voir année A). 

On y faisait autrefois une solennelle procession par les rues des villages et des villes, avec force concours de peuple, décorations, drapeaux, et pétales de fleurs. Mais comme en notre douce France chrétienne cette journée n’est plus chômée, l’Eglise la célèbre au dimanche suivant, pour qu’au moins elle soit célébrée avec quelque participation des fidèles.

 

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Dans le livre de l’Exode, le chapitre 24 occupe une place centrale, comme conclusion de l’alliance instituée au Mont Sinaï, et comme prélude à l’organisation du culte dans le désert, en préparation de l’édification du Temple à Jérusalem. 

Le récit que nous en lisons aujourd’hui montre les actes rituels de Moïse et du peuple au pied de la montagne. Par ces gestes se conclut le contrat juridique et législatif qui lie Dieu et son peuple. Ensuite Moïse s’approchera encore plus près de Dieu et en recevra toutes les instructions relatives à l’Arche, aux prêtres, aux vêtements sacrés ; enfin, il descendra de la montagne avec les Tables de la Loi.

C’est un plaisir de lire ces pages de recommandations célestes, où Dieu décrit en détail à Moïse comment doit s’organiser le culte. Ici, Moïse commence par ériger un autel, avec douze pierres pour les douze tribus d’Israël : selon les grands exégètes (dont Philon, puis saint Augustin), c’est le peuple entier, représenté par ces douze pierres, qui est l’autel de Dieu et en même temps le temple où il habite. C’est en ce sens-là que s.Pierre écrira plus tard : Vous-mêmes, comme des pierres vivantes, édifiez-vous pour former une maison spirituelle, un saint sacerdoce (1Pt 2:5).

Moïse envoie ensuite les jeunes gens pour offrir des holocaustes ; ces jeunes gens sont choisis parce qu’ils sont encore vierges, purs, comme le veut Yahwé. Plus tard on verra que les prêtres, pour servir au Temple, devront rester séparés de leur épouse, en pleine abstinence, avant d’aller officier. C’est là une des origines du célibat ecclésiastique de l’Eglise ; le célibat n’est pas une récente invention, comme on le soutient quelquefois, mais une  tradition hautement attestée dès l’Ancien Testament.

Ensuite intervient Moïse qui répand le sang en différents bassins, puis sur l’autel. Il préfigure le Sacrifice du Christ, l’effusion du Sang de l’Agneau innocent, dont il asperge ensuite tout le peuple. Puisque cet autel représente Yahwé, le symbole du sang aspergé sur le peuple montre l’union qui se fait alors entre Dieu et le peuple, par l’intermédiaire du médiateur, Moïse.

 

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Le psaume d’aujourd’hui, habituellement noté 115, parfois inclus dans le 116 en certaines versions, évoque ce sacrifice d’action de grâce. Lisons-le attentivement sans oublier que ces paroles sacrées ont été chantées par Jésus-Christ dans sa prière quotidienne, Lui qui en était précisément l’accomplissement vivant.

La première strophe d’aujourd’hui est la prière de ces jeunes gens au moment d’offrir l’holocauste d’action de grâce : Que rendrai-je au Seigneur pour tout le bien qu’il m’a fait ? J’élèverai la coupe du salut.

La deuxième strophe nous transporte à Jésus-Christ, vrai Agneau, vrai Prêtre, qui s’offre spontanément à son Père.

On pourra s’arrêter sur cette expression : Il en coûte au Seigneur de voir mourir les siens, qui semble évoquer une souffrance ou une tristesse de Dieu au regard du sacrifice de Jésus, ou des Martyrs de tous les temps.

En réalité, la souffrance et la tristesse appartiennent à Jésus, Dieu incarné, comme Chef du Corps Mystique de l’Eglise tout entière ; elles appartiennent ensuite aussi à tous les Martyrs et à tous les Fidèles, comme membres du même Corps Mystique ; selon le mot de s.Paul, ces membres achèvent en leur chair ce qui manque aux épreuves du Christ ; ce n’est pas que le Sacrifice du Christ soit imparfait, mais il est du devoir de chaque Chrétien de participer personnellement au Sacrifice Éternel, par une part de souffrances personnelles, qui constituent son “sacrifice”. De même que Jésus a offert à Son Père un Sacrifice agréable, de même les Martyrs et tous les Fidèles ont la mission d’offrir à Dieu leurs sacrifices agréables à Ses yeux. 

Avec Louis Segond et d’autres, on pourra donc préférer cette autre traduction du verset en question : “Elle a du prix aux yeux de Yahwé, la mort de ceux qui l’aiment”. Dans la Vulgate (y compris la dernière édition Nova Vulgata) : Pretiosa in conspectu Domini mors Sanctorum eius.

 

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Dans la Lettre aux Hébreux, nous lisons que la première alliance n’a pas été inaugurée sans effusion de sang… D’ailleurs selon la Loi, presque tout est purifié par le sang, et sans effusion de sang il n’y a point de rémission (He 9:18,22).

C’est justement ce même chapitre aux Hébreux qui est repris dans la deuxième lecture.

L’auteur - Paul, ou un de ses proches disciples - expose l’excellence du sacrifice du Christ, dont les sacrifices de l’Ancienne Alliance étaient la préfiguration.

Les animaux immolés étaient des figures ; Jésus-Christ a offert son propre corps : son Sacrifice était alors parfait, et obtenait ainsi une libération définitive de nos péchés. Nos péchés n’étaient pas pardonnés d’avance, mais ils ne nous sont pardonnés aujourd’hui qu’en vertu du Sacrifice infini de Jésus-Christ.

Quand nous avons la grâce d’aller recevoir l’Eucharistie, pensons à demander pardon pour nos fautes ; c’est important que la Messe commence par cet acte pénitentiel ; n’en faisons pas un chant machinal, répétitif : Seigneur, je viens te recevoir, mais auparavant pardonne-moi, car je ne suis pas digne que tu viennes en moi !

 

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Disons un mot sur la Séquence “Lauda Sion” qu’on chante parfois après la deuxième lecture. 

C’est un texte tardif du célèbre dominicain s.Thomas d’Aquin (†1274), qu’il composa justement pour la Fête-Dieu nouvellement instituée. 

Cette belle poésie expose toute la doctrine de l’Eucharistie et du Sacrifice. La mélodie n’est pas vraiment grégorienne, mais s’en inspire suffisamment pour être encore appréciée des spécialistes. 

L’important ici est de chanter avec vigueur notre foi et notre action de grâces pour ce Don divin de l’Eucharistie.

 

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La façon dont Jésus prépare la Dernière Cène laisse supposer que Jésus connaissait bien le propriétaire de cette maison. S’il ne l’avait  pas connu, il n’aurait pas pu compter si facilement sur son hospitalité et l’homme n’aurait pas spontanément mis à sa disposition à l’étage, une grande pièce toute prête pour un repas.

Jésus dit bien à ses Apôtres : Ceci est mon corps - Ceci est mon sang. Il ne dit pas «représente» mon corps, et nous ne pouvons pas interpréter le texte en y ajoutant cette étrange nuance qui ne s’y trouve pas. Le Pain eucharistique, le Vin eucharistique, sont réellement le Corps et le Sang de Jésus.

Jésus ajoute bien que ce Sang est celui de l’Alliance, répandu pour la multitude. L’Alliance par excellence, celle qui demeurera jusqu’à la fin. Il n’y en aura pas d’autre. Les multiples sacrifices de l’ancienne Alliance sont définitivement supprimés, désormais il y aura Le sacrifice unique du Christ.

Quand les Apôtres, et les prêtres après eux, répéteront les gestes et les paroles du Christ, ils ne feront pas un nouveau Sacrifice ; ils actueront ce même Sacrifice, permettant aux fidèles de recevoir à leur tour le Corps et le Sang du Christ.

A peine quelques heures plus tard, Jésus mourait sur la Croix ; dans la Gloire de l’Éternité, il ne boit plus désormais ce vin de la terre, mais Il est et demeure l’éternel et souverain Prêtre de l’Alliance Nouvelle et Éternelle. C’est Lui qui investit totalement ceux qui reçoivent le Sacerdoce, les prêtres.

Pensons à prier pour les prêtres, aujourd’hui spécialement.

 

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Dans le Festin éternel, nous vivrons avec Jésus les Noces éternelles, dans l’union définitive de l’Époux avec l’Épouse immaculée, l’Église, la Jérusalem céleste “belle, comme une jeune mariée parée pour son époux (Ap 21:2). 

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Published by samuelephrem - dans Homélies - année B

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