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33e dimanche per annum

 

Nous arrivons à la conclusion de l’année liturgique, où les textes nous font méditer sur le retour du Seigneur. 

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L’éloge de la femme vaillante du Livre des Proverbes peut nous poser problème, si nous le rapprochons du Sermon sur la Montagne, dans lequel le Christ nous recommande : Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez (Mt 5:25).

S’il est bon de s’abandonner à la Providence comme l’ont fait les ermites et tant de saints moines, la Providence ne nous a pas interdit d’être prudents (c’est-à-dire prévoyants), lorsque nous avons la responsabilité de nourrir une famille, d’entretenir une école ou une cantine.  

Tout l’extrait que nous lisons ici peut très bien se comprendre au sens littéral de l’épouse fidèle et travailleuse, sur laquelle s’appuie son mari qui, lui, travaille à des occupations plus lourdes pour apporter le salaire nécessaire à entretenir toute la famille. On imagine volontiers que ce fut le cas de Joseph et Marie à Nazareth.

Saurons-nous comprendre le verset de la fin : Décevante est la grâce, et vaine la beauté ? N’est-il pas habituel et nécessaire pour une femme de s’arranger avec soin ? Oui, il le faut, tout en pensant toujours que cette beauté humaine finira, tandis que la vraie beauté d’une personne réside dans ses qualités, dans les bonnes intentions qu’elle nourrit dans son cœur.

Mais transposons maintenant cet extrait à un niveau plus mystique. Quelle est cette Epouse merveilleuse, ce Mari qui a totalement confiance en elle ? L’Epouse qui travaille inlassablement au bien de la maisonnée, c’est l’Eglise, l’Epouse mystique du Christ. La mission de l’Eglise est en effet de pourvoir au bien de chaque âme, de lui fournir la nourriture solide de l’Eucharistie, le vêtement chaud des vertus, à l’exemple de tous les Saints qui nous en ont donné l’exemple.

Nous sommes tous appelés à devenir des Saints, chacun à notre mesure, chacun selon la réponse que nous donnons à l’appel de Dieu et à la façon dont nous recevons la grâce divine.

 

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Cet Epoux et cette Epouse se retrouvent aussi dans le psaume 127. Jésus a chanté ce psaume, et Il pensait à l’Eglise qu’Il était en train de fonder, et à Sa Mère aussi, à Marie, notre Mère à tous.

S’il n’est pas déplacé d’imaginer la table familiale, avec les fils autour de la table, il est encore moins déplacé d’imaginer ici la Table Eucharistique.

Ce psaume 127 est l’un des quinze Cantiques des montées, qui étaient la prière des pèlerins en route vers Jérusalem. Le but de leur route était la Maison du Seigneur, où toute la famille des Croyants allait se retrouver réunie.

Depuis Jésus-Christ, le Temple véritable est l’Eglise, qui accueille tous les fils de Dieu, les fils de tes fils, c’est-à-dire toutes les générations. La comparaison de ces fils qui sont comme des plants d’olivier convient aussi à la pérennité de l’Eglise, quand on sait combien les oliviers vivent longtemps.

 

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La nécessité de transposer ces versets à un niveau spirituel, mystique, eschatologique est soulignée aussi par les avertissements de l’apôtre Paul aux Thessaloniciens.

Nous ne devons pas nous fier à nos points de repère terrestres : ils sont fallacieux. Le vrai but de notre vie est de la quitter pour passer à la Vraie Vie, qui ne finira pas. 

Cette catastrophe imminente ne sera pas forcément un cataclysme ravageur ou un déluge de quarante jours : elle pourrait bien n’être que le jour de notre mort, que nous ne pouvons jamais prévoir, et qui nous attend au détour de chaque moment de notre existence : une maladie, un accident… c’est si vite arrivé !

C’est en nous imprégnant profondément de cette certitude, que nous sortirons de nos ténèbres, et que nous ne serons pas surpris, comme les vierges sages dont nous entendions la parabole dimanche dernier.

 

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L’huile des vierges sages, au contraire, ce sont tous les mérites que les fidèles auront su accumuler en prévision de la Vie éternelle.

La parabole des talents nous est assez familière. Cette parabole aussi n’est pas un traité historique et social : il faut essayer de comprendre le symbole des termes utilisés par le Seigneur.

Le Maître, évidemment, est Dieu le Père, notre Créateur, qui confie à chacun de nous certains talents, pas les mêmes et pas en quantité identique pour chacun, de la même façon qu’on ne met pas autant d’eau dans des vases de capacité différente, ni qu’on donne autant d’eau à toutes les plantes ; mais chacun reçoit la quantité d’eau fraîche dont il a besoin. 

Pour certains baptisés, comme une plante sous l’action de l’eau et du soleil, ces talents mûrissent, grandissent, et rapportent, ce sont les Chrétiens qui veulent correspondre à la grâce de Dieu, cherchant volontairement à se sanctifier, sans cesse, par la prière, par les Sacrements, lisant l’Ecriture, les textes importants de l’Eglise, soulageant le Prochain. Ce sont tous les Saints que nous fêtons chaque jour ou ces nombreuses personnes qui agissent dans la discrétion, semant partout bonté et douceur. 

Avant d’être saints, les Saints ont été des pécheurs, des hommes et des femmes faibles, et nous le sommes tous. Mais ils ont combattu ! On remarquera que le Maître ne récompense pas moins que les autres ceux qui n’avaient que deux talents ; cela va dans le même sens que la récompense des ouvriers de la dernière heure dans l’autre parabole (voir 25e dimanche ordinaire) : c’est l’effort que Dieu récompense, et non le résultat.

Avec le serviteur “paresseux”, les choses changent ! Qu’il considère - à tort - le Maître comme un homme dur et qui récolte ce qu’il n’a pas semé, est une grossière erreur humaine : et il est vrai qu’on entend souvent dire que notre Créateur divin est «trop sévère»…  mais ce Maître, sans vraiment lui donner raison, va lui répondre en respectant pleinement son choix : le peu de mérites qu’il pouvait avoir, il n’en sera plus tenu compte, ils seront effacés, et l’individu sera exclu, pour toujours dehors dans les ténèbres. Encore une allusion du Sauveur à l’enfer éternel.

Tu savais que je moissonne où je n’ai pas semé… alors, il fallait placer mon argent à la banque ! Ici, Jésus taquine un peu le paresseux de sa parabole : si Dieu moissonne ce qu’il n’a pas semé, si l’homme ne croit pas en Dieu, parce qu’il ne le voit pas, qu’il se confie alors à la Banque divine, qu’il peut voir, à  l’Eglise du Christ ! L’Eglise est ce Corps mystique dépositaire du trésor des mérites accumulés par chacun ;  qu’elle offre à Dieu pour en obtenir les “intérêts”, c’est-à-dire des grâces abondantes pour toutes les âmes qui en ont besoin.  

Le Corps Mystique du Christ est tellement Un, qu’aucune des cellules qui le composent n’est indépendante des autres, et que toutes concourent au bien des autres (de même aussi que chaque “erreur” d’une cellule se répercute toujours sur l’équilibre des autres cellules qui, à leur tour, “souffrent” pour cette erreur dont elles ne sont pas responsables).

La parabole de Jésus veut nous donner ici un enseignement très consolateur et très encourageant. Même si notre foi est vacillante, même si, pratiquants, nous nous sentons d’indignes pécheurs, nous concourons quand même au bien de tous, dans la mesure où nous nous efforçons de faire du bien à notre niveau, honnêtement, là où nous le pouvons.  

Notre serviteur “paresseux” ne ressent même pas un peu d’émulation à essayer de ressembler plus aux autres. De toutes façons, il ne s’intéresse pas aux autres. Paresse, égoïsme, indifférence, ces défauts sont de tous les temps, hélas. Ce serviteur a mis “en terre” son talent, c’est-à-dire qu’il ne s’est préoccupé que de la terre, que de choses qui ne peuvent pas faire fructifier les dons célestes. Notre siècle matérialiste est dangereusement préoccupé de la “terre”, et nous en sommes tous un peu victimes un jour ou l’autre.

Ainsi donc l’Eglise est dépositaire, en premier lieu, de tous les mérites du Christ, et puis aussi de toutes les bonnes choses de chacun ; c’est la “richesse” de l’Eglise, dont elle dispose pour aider chacun de nous ; elle s’en sert pour consolider encore plus la Santé de toutes les cellules du Corps Mystique ; ainsi pouvons-nous à chaque instant demander à Dieu des grâces “par les mérites de Jésus-Christ” ou de tel Saint. 

 

*       *       *

 

Pourra-t-on encore dire que le Maître moissonne ce qu’il n’a pas semé ? Non, bien sûr, car cette Banque, c’est nous tous, c’est la Famille de Dieu, et la moisson du Maître, c’est nous-mêmes. En rapportant au Maître le fruit de notre travail quotidien, c’est nous-mêmes qui nous enrichissons, parce que nous recevons finalement la vraie joie, le vrai bonheur.

La Prière nous le fait dire : …trouver notre joie dans notre fidélité : car c’est un bonheur durable et profond de servir constamment le Créateur de tout bien.

Voilà le Règne de Dieu dont il sera question dimanche prochain.

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Published by samuelephrem - dans Homélies - année A
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    La fête de tous les Saints

 

 

    Une grande confusion s’est depuis longtemps installée dans les esprits de beaucoup de fidèles, à savoir que la Toussaint soit la triste journée des Morts. Nous parlerons des Morts demain, 2 novembre, et nous verrons même que ce jour ne doit pas être triste.

 

    Aujourd’hui, 1er novembre, nous fêtons dans une grande joie tous les Saints et toutes les Saintes du Paradis. Cette fête existe dans l’Eglise depuis des siècles.

 

    Dès le IVe siècle les Eglises d’Orient célébraient en une fête commune tous les martyrs de la terre. Saint Ephrem composa pour cette circonstance une hymne où l’on voit qu’à Edesse cette fête était fixée au 13 mai. En Syrie, elle était placée au vendredi après Pâques. Dans une homélie sur les Martyrs, saint Jean Chrysostome précise qu’il parle le premier dimanche après la Pentecôte ; cet usage a été conservé jusqu’à nos jours par l’Eglise byzantine, qui a par une évolution normale transformé la fête des “Martyrs de toute la terre” en celle de “Tous les Saints”.

 

    Le choix de ces différentes dates est significatif : on a voulu associer les Saints au triomphe du Christ à Pâques ou à l’effusion de l’Esprit à la Pentecôte ; suivant la poétique formule de l’empereur Léon le Sage, l’Eglise célèbre les fleurs produites par la terre arrosée des fleuves du Saint-Esprit.

 

    Comme souvent, l’Orient a montré la voie à l’Occident. C’est probablement le 13 mai 609 que le pape Boniface IV transforma le Panthéon de Rome en une église de la Bienheureuse Marie toujours Vierge et de tous les Martyrs. C’était la première fois qu’un temple païen devenait église chrétienne. Sans doute la Providence y avait préparé le terrain, en faisant que justement l’architecture de ce temple fût tout-à-fait exceptionnelle : la voûte surbaissée éclairée seulement par son centre où pénètrent la lumière et le ciel.

 

    Successivement, à la fête “de tous les Martyrs”, se substitua peu à peu la fête de “tous les Saints”, avec les Confesseurs et les Vierges. La première mention d’une véritable “Toussaint” apparaît à Salzburg à la fin du VIIIe siècle, sans doute par l’influence du théologien Alcuin, lui-même abbé à Tours.

 

    Certains demanderont : Pourquoi une fête de “Tous” les Saints, puisqu’on les fête déjà tout au long de l’année ? C’est une bonne question, qui masque toutefois une mauvaise information assez généralisée aujourd’hui. C’est l’occasion de parler d’un Livre de l’Eglise, qui s’appelle le “Martyrologe”. Selon une habitude remontant aux premiers temps de l’Eglise, on a consigné par écrit, dans un premier temps, la liste de tous les Martyrs, au jour de leur mort (c’est-à-dire au jour de leur naissance au Ciel, leur jour “anniversaire”, qu’on a appelé le dies natalis) ; plus tard, on y adjoignit peu à peu tous les Saints canonisés officiellement, et dernièrement aussi tous les Bienheureux. Certains jours, il y a deux pages entières de liste de Saints et Bienheureux, c’est dire combien il est impossible de les fêter chaque jour tous à la fois. On ne pourra que vivement conseiller à tous les fidèles la lecture assidue de ce beau Livre.

 

    Dans son calendrier officiel, l’Eglise fête certains Saints particulièrement caractéristiques : les Apôtres, les Fondateurs d’Eglises locales, le ou les premiers Martyrs de ces Eglises, les Pères de l’Eglise, les Docteurs. Bien évidemment, l’Eglise ne dispose “que” de trois-cent soixante-cinq jours, alors que les Saints sont des milliers et des milliers.

 

    Autre question maintenant : Quel intérêt représentent pour nous ces célébrations en l’honneur des Saints ? N’avons-nous pas suffisamment de l’enseignement de Christ dans l’Evangile ?

 

    Posée ainsi, cette judicieuse question porte en elle-même sa réponse parfaitement théologique : notre vie doit suivre en tout celle de Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai Homme. Il n’y a que Jésus que nous pouvons et devons imiter en tout, sans risque de nous tromper. Et il n’y a que Jésus envers qui nous devons avoir des attitudes d’adoration. En langage musical on pourrait dire que Jésus a écrit la partition de l’Evangile, tandis que les Saints l’ont interprétée.  

 

    Les Saints, eux, ne sont pas de “petits dieux” subalternes, qui devraient accaparer notre dévotion et satisfaire tous nos caprices : obtenir ceci, faire que cela se fasse ainsi et pas autrement, jusqu’à certaines attitudes de véritables superstitions. Dans beaucoup d’églises, de braves personnes se précipitent sur les cierges ou les luminaires à allumer devant une statue de Madone ou de saint Antoine, sans même adresser un petit salut à Celui qui est présent réellement dans le Tabernacle eucharistique. Ne disons pas que ces personnes soient de mauvaise foi ! Simplement, leur dévotion est mal éclairée, et les prêtres doivent s’employer à le leur expliquer patiemment.

 

    En revanche, théologiquement, l’Eglise nous rappelle chaque jour que les Saints ont été des êtres humains comme nous, avec leurs faiblesses, leurs erreurs, leurs défauts, qu’ils ont combattus de toutes leurs forces durant leur vie terrestre, par amour de Dieu et pour se rapprocher toujours plus de la perfection à laquelle Dieu nous convie. En regardant ces saintes Figures, en admirant les grands moments de leurs vies, leurs combats, nous ne pourrons qu’être encouragés à les suivre, bien persuadés que ce qu’ils ont fait pourrait aussi être humainement à notre portée, la grâce de Dieu aidant.

 

    Dieu ne nous demande pas d’être parfaits ici-bas, tout-de-suite, et sans jamais céder à quelque tentation. Dieu connaît notre faiblesse et ne nous la reprochera jamais. Ce qu’Il attend de nous, est un effort, une recherche du mieux, et cela, chacun peut le faire.

 

    C’est dans ce sens-là que nous pouvons recourir à nos grands Amis, les Saints : “Toi, saint X qui as réussi à faire ceci, cela, aide-moi, donne-moi quelque chose de ton amour pour Dieu, quelque chose de ta force d’âme”. C’est un peu comme si, pour mieux préparer un examen, j’appelle un de mes camarades en lui disant : Toi, tu es bien préparé, tu ne pourrais pas venir relire avec moi telle matière ? Personnellement, je ferai le même travail pour mon examen, mais de le faire en compagnie d’un camarade mieux préparé que moi et que j’aime bien, cela me donnera plus d’ardeur pour me préparer. N’oublions pas non plus cet élément doctrinal, souvent oublié, de la puissante intercession des Saints auprès de Dieu.

 

    C’est aussi dans cette perspective que depuis les débuts, les Chrétiens ont pris l’habitude de donner à leurs petits enfants non plus des noms de divinités, de héros ou de “vedettes”, mais des noms de Martyrs : très souvent furent donnés les noms de Pierre, Paul, Laurent, et celui-là-même de “Martyr”. Ce prénom qu’on reçoit au sacrement du Baptême n’est jamais un hasard, et tous nous pourrons trouver dans tel ou tel trait de la vie de notre saint Patron, quelque chose qui se rapportera à notre vie. On aimera comprendre pourquoi on invoque saint Antoine de Padoue pour retrouver un objet perdu, saint François Régis pour les femmes stériles, sainte Claire pour la télévision, Notre Dame de Lorette pour les aviateurs, etc. 

 

    Les Saints nous attendent au Ciel : saint Jean-Baptiste, saint Joseph, saint Pierre, saint Paul, saint Benoît, saint Vincent de Paul, saint François, saint Jean-Marie Vianney… Ce devrait être pour nous un stimulant très fort de penser que dans “peu” de temps nous serons en leur compagnie, au Ciel, devant Dieu, avec Marie, la glorieuse Mère de Jésus et Ses myriades d’Anges et de Saints.

 

    Oh ! dans le Ciel, il n’y aura plus de maladies, plus de souffrances, plus de jalousies, plus de rivalités ; plus d’impôts, plus de procès ; plus de voitures, plus de moteurs, plus de catastrophes… 

 

    Vraiment, il y a de quoi se réjouir, en ce jour de Toussaint. Réjouissez-vous tous, frères et sœurs, et mettez-vous promptement à l’école de Jésus-Christ, à la suite de tous les Saints ; apprenez à connaître qui est votre saint Patron ou votre sainte Patronne, fêtez-les au jour de leur “naissance au ciel” : le Martyrologe vous l’enseignera.

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29e dimanche per annum

 

 

La première lecture, du prophète Isaïe, nous montre que Dieu se sert même de païens pour accomplir Sa volonté. Cyrus II le Grand, au VIe siècle avant Jésus-Christ, n’était pas un Juif, ni un Croyant. Mais ce roi de Perse, qui avait conquis toute l’Asie occidentale, avait des qualités, entre autres une grande tolérance religieuse, permettant par exemple aux Juifs exilés de revenir à Jérusalem.

De ce Païen au cœur noble, Isaïe dit que Dieu l’a consacré, l’a pris par la main ; La parole de Dieu que transmet Isaïe est très précise : c’est Dieu lui-même qui a donné cette puissance à Cyrus pour qu’on sache qu’il n’y a rien en-dehors de (Lui). Les hommes politiques sont ce qu’ils sont, avec leurs défauts et leurs ambitions, leurs orientations plus ou moins avouées, mais derrière ce fin rideau mouvant de l’histoire, le Tout-Puissant se sert de chacun pour exécuter Sa volonté, et c’est dans cette direction que nous devons regarder, pour essayer d’avoir un jugement un peu différent celui de Monsieur Tout-le-Monde.

 

*       *       *

 

C’est ainsi que nous pouvons chanter ce magnifique psaume 95 : un chant nouveau, parce que ce n’est ni facile ni fréquent de savoir chanter au Seigneur dans certaines circonstances difficiles de notre vie. 

Mais c’est ainsi, nous devons humblement reconnaître que Dieu gouverne les peuples avec droiture.

 

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Jésus est aujourd’hui assailli par des pharisiens et des hérodiens. Cette situation vaut la peine d’être ici commentée, tant elle a de l’inhabituel.

A l’époque de Jésus, la Palestine est sous occupation romaine. Comme dans toute situation analogue, il y a dans le pays l’autorité officielle (l’envahisseur avec le gouverneur Pilate, qui manipulent le roi Hérode) et l’autorité légitime locale (en Palestine, une autorité “religieuse” : prêtres, pharisiens, docteurs de la Loi, qui d’ailleurs rivalisent d’autorité entre eux). D’habitude, ces diverses autorités sont en conflit constant, mais cette fois-ci ils se mettent d’accord pour prendre en faute Jésus.

Si Jésus dit qu’il faut payer l’impôt à l’empereur César, les Pharisiens vont l’accuser de “collaborationniste”, de traître à la Loi de Moïse. Si Jésus dit qu’il ne faut pas le payer, les Hérodiens vont l’accuser d’être un fauteur de trouble, un ennemi de l’empereur.

La réponse de Jésus est une leçon qui vaut pour chacun de nous. Notre vie quotidienne exige que nous participions à la vie civile et que nous payions des taxes - si chères soient-elles, oui, c’est vrai - ; mais chacun aussi, qu’il soit humble petit citoyen ou haut fonctionnaire, ne doit pas oublier les “impôts” qu’il doit à Dieu. 

Ainsi, non seulement Jésus renvoie dos à dos Pharisiens et Hérodiens, mais aussi, puisqu’ils s’étaient entendus pour monter le traquenard, Il rappelle à tous leurs devoirs envers l’unique Dieu créateur, Père commun de tous les hommes.

Disons quelque chose, en passant, à propos de nos impôts. Ils sont toujours “excessifs et injustes”, d’après nous. Mais, reconnaissons-le, ils dépendent des autorités que nous avons bien voulu (laisser) élire. Si nous étions convertis de cœur, si notre société était vraiment chrétienne, et nos élus seraient plus scrupuleux dans leur gestion, et nos impôts seraient plus adéquats ; il reste que nous sommes bien contents de bénéficier à tout moment de services divers dont on ne peut se passer, et qu’il faut bien rémunérer.

Quelque part, l’autorité civile est toujours le fruit de notre société, et l’œuvre de la Providence envers nous. Il la faut reconnaître et respecter, selon le conseil de l’apôtre Paul : Que chacun se soumette aux autorités en charge. Car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu (Ro 13,1-7). Etat et Eglise ont une même origine, dans l’un comme dans l’autre chacun a ses devoirs, l’un comme l’autre énoncent des règles de convivialité fraternelle ; mais tandis que l’Etat se limite aux rapports extérieurs et aux conditions matérielles de vie de la société, l’Eglise rappelle à chacun que c’est par la conversion du cœur que l’homme peut vraiment être proche de l’homme son frère, et qu’ensemble ils peuvent être proches de Dieu.

 

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Sans lien direct avec ce qui précède, nous lisons à partir d’aujourd’hui plusieurs larges extraits de la Première Lettre de s. Paul aux Thessaloniciens. 

Thessalonique se trouve très au nord de la Grèce actuelle, dans la Macédoine grecque ; à la prédication de Paul, quelques juifs et beaucoup de Grecs païens se convertirent (Ac 17:1-9), non sans quelques difficultés d’ailleurs. 

La lettre que Paul leur écrit est probablement le tout premier écrit du Nouveau Testament, donc un témoignage de premier ordre de la prédication apostolique à ses débuts. Saint Paul oublie les incidents de son passage à Thessalonique, et se réjouit plutôt de ce que la communauté persévère dans la foi, dans l’espérance et la charité. En outre, il rend grâce à Dieu de ce qu’ils ont reçu sa parole non comme simple parole, mais comme présence de la puissance, de l’action de l’Esprit Saint, avec certitude absolue. Nous entendrons, les dimanches prochains, quels enseignements l’Apôtre leur adresse.

Notons cependant l’exorde de cette Epître : …l’Eglise de Thessalonique qui est en Dieu le Père et en Jésus Christ le Seigneur : que la grâce et la paix soient avec vous. C’est de là qu’a été tirée l’une des formules de salutation que peut utiliser le prêtre au début de la Messe : 

 

Que Dieu notre Père et Jésus Christ notre Seigneur vous donnent la grâce et la paix. 

Béni soit Dieu, maintenant et toujours !

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28e dimanche per annum

 

Peu à peu, nous nous acheminons vers le terme de l’année liturgique, et les lectures nous orientent dans la perspective du Royaume éternel, de notre rencontre avec le Christ dans l’éternité.

 

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Le festin qu’annonce le prophète Isaïe, nous fait regarder vers la montagne de Dieu. Cette montagne pourrait bien être Sion, la montagne de Jérusalem, mais il est certainement question ici de la Jérusalem céleste.

En réalité, Dieu n’est pas plus particulièrement présent sur une montagne que dans une vallée. Dans la bouche du prophète, cette montagne veut exprimer la grandeur de Dieu, la différence sublime qu’il y a entre notre terre et le Royaume éternel.

On pourra légitimement se demander de quelles viandes grasses ou succulentes parle le Prophète, au nom de Dieu ; et de quels vins capiteux ou décantés. Avec ses mots humains, Isaïe veut décrire le Banquet éternel, où nous ne manquerons jamais de rien, où nous aurons tout bien en abondance sans fatigue, parce que nous jouirons de la présence totale et éternelle de Dieu.

Dans le Royaume éternel, nous n’aurons plus besoin de manger et de boire comme nous devons le faire maintenant pour soutenir notre corps. Le corps glorieux que nous aurons se nourrira de la Vie de Dieu, de la Divinité, et nous serons perpétuellement rassasiés.

Ainsi, Dieu mettra définitivement un terme à notre tristesse, au deuil de la terre ; il retirera le linceul de la mort : non seulement le Prophète annonce ici la résurrection du Christ, mais il explique que cette résurrection touchera tous les peuples, toutes les nations, car tous les hommes sont appelés au Festin éternel.

Cette promesse est sûre : Il l’a promis, précise aussi la parole du Prophète. Et Dieu tient ses promesses.

 

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Rien d’étonnant que ce soit le psaume 22 qui prolonge la prophétie d’Isaïe. Le roi David y chante toute sa confiance en Celui qui le protège, qui le conduit, qui le nourrit.

En des termes bucoliques, le roi-prophète exprime à sa façon le même bonheur qu’Isaïe décrivait plus haut (et trois siècles avant lui) : Je ne manque de rien, dit-il, car avec Dieu on a tout bien en abondance.

Les prés d’herbe fraîche nous rappellent qu’après le péché d’Adam, Dieu lui avait dit : A la sueur de ton viage tu mangeras ton pain (Gn 3:19). Après la résurrection, il n’y aura plus de fatigue, plus de sueur. 

Les eaux tranquilles s’opposent désormais à la tempête de la mer, aux éléments déchaînés, aux bouleversements atmosphériques, aux cataclysmes que l’homme terrestre subit.

Le juste chemin est la doctrine sûre du Christ qui est la voie, la vérité et la vie (Jn 14:6). Le bâton qui me guide n’est pas un bâton de discipline, mais la houlette rassurante du berger qui rattrape à temps sa brebis parfois indocile. C’est le bâton pastoral (ou crosse) des évêques.

Les ravins de la mort peuvent s’entendre à plusieurs niveaux : il peut s’agir de mes tentations, de mes chutes, dont me tirera le Seigneur avec sa houlette et qu’il me pardonnera ; il peut s’agir aussi de la mort physique, qui est toujours une occasion d’angoisse au moment où l’on doit quitter ce monde pour l’éternité. Mais avec le Bon Pasteur, comme dit Thérèse de Lisieux, je ne meurs pas, j’entre dans la Vie.

Le psalmiste poursuit son chant avec la perspective de l’Eucharistie et/ou du Festin céleste, de son abondance (ma coupe est débordante). Le parfum sur ma tête est un signe de fête, bien sûr, mais bien certainement aussi l’allusion à l’onction du Chrême, reçue au baptême, qui nous fait participer du Sacerdoce éternel du Christ.

Enfin, le psaume s’achève sur cette note d’éternité, dans laquelle tous les jours de ma vie je serai comblé de la Vie divine. Bien évidemment, il s’agit de la Vie éternelle, puisque durant cette vie terrestre, il n’est pas possible d’habiter la maison du Seigneur pour la durée de mes jours.

 

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Saint Paul, aux Chrétiens de Philippes, parle d’une autre abondance, en les remerciant d’avoir pourvu à ses nécessités temporelles. 

Les Philippiens en effet avaient organisé une collecte pour venir en aide à Paul. L’Apôtre ne leur avait rien demandé, sachant mettre les nécessités matérielles au second plan, et sachant rester toujours content de vivre de peu (ou) d’avoir tout ce qu’il faut.

En cela il applique le conseil de Jésus dans l’évangile : Ne vous inquiétez pas de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez… Ce sont là toutes choses dont les païens sont en quête (Mt 6:25,32 et Lc 12:22sq).

Il faut s’efforcer d’être content avec ce qu’on a reçu. Jean-Baptiste déjà recommandait aux soldats : Contentez-vous de votre solde (Lc 3:14). 

Ne pas se plaindre, ne pas gémir, comme c’est difficile. Mais aussi, à quoi bon ? Le psaume nous l’a dit tout-à-l’heure : Je ne crains aucun mal.

 

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L’évangile maintenant nous reconduit à une table de noces. Encore une fois, non pas à une table humaine, terrestre, mais dans le Royaume des cieux, quand l’Eglise sera définitivement unie à l’Epoux céleste.

Les serviteurs qui furent mis à mort sont sans doute les Prophètes, puis les Apôtres. Les bœufs et les bêtes grasses égorgés, explique à son tour saint Hilaire, sont tous les Martyrs, qui ont versé leur sang pour le Christ, en vue du Royaume éternel.

Ensuite, la ville qui fut détruite, pourrait bien être Jérusalem, selon les commentaires de Jean Chrysostome et de Jérôme. On rappellera ici que l’empereur Julien l’Apostat, voulant faire mentir les prophéties, tenta de faire reconstruire le temple de Jérusalem et, pour en faire les fondations, devait faire retirer les anciennes. Durant ce travail, dit l’historien Ammien Marcellin - un témoin sans doute oculaire -, des tourbillons de flammes sortirent des fondations anciennes et brûlèrent les ouvriers, dont certains moururent.

Jérusalem resta donc déserte et abandonnée, tandis que Rome devenait la capitale de la Chrétienté, les nouveaux invités de notre parabole.

Que certains invités se soient d’eux-mêmes exclus de l’invitation, est certes, triste à nos yeux, mais l’on comprend assez facilement que le maître de maison ne les ait pas forcés à venir. Mais qu’un malheureux ramassé par-là sans qu’il soit prévenu, soit exclu, peut nous poser problème, d’autant plus que, ajoute Jésus, les serviteurs ont fait venir les mauvais comme les bons. 

Comment donc, les mauvais ? Sans doute les hommes de bonne volonté mais qui n’ont pas reçu l’annonce de la Vérité, ou qui n’auront pas reçu la grâce du baptême, faute de préparation ou de ministre, dans des régions éloignées et privées de prêtres. Mais leur intention droite accueille volontiers l’appel de Dieu.

Mais ce pauvre homme qu’on a trouvé au coin de la rue, qui se voit reprocher de ne pas avoir le vêtement de noce ? Plusieurs Pères (Chrysostome, Jérôme, Hilaire, Grégoire) commentent que ce dernier avait sans doute la foi, mais pas les œuvres ; qu’il lui manquait la charité, l’amour vrai du Prochain. Cela, les serviteurs ne pouvaient pas le savoir, mais le Maître de maison, qui sonde les reins et les cœurs (Ps 7:10), le sait et ne peut laisser entrer dans le Ciel l’imperfection et le manque de charité.

Cet invité est unique. Plus bas, Jésus dit bien que la multitude est appelée, et peu sont élus, mais cet unique réprouvé symbolise l’ensemble de ceux qui ne pourront entrer dans le Royaume, et nous sommes avertis par là que pas même un seul ne pourra entrer, s’il n’est pas vêtu de bonnes œuvres.

On pourra ajouter que, contrairement aux autres, cet invité n’a pas eu en lui les mêmes sentiments de reconnaissance ; tandis que tous se réjouissent d’être appelés, lui ne veut pas s’unir à eux, se croyant par orgueil supérieur à eux. 

Mais il se tait : une fois que nous aurons quitté cette vie, nous ne pourrons rien y ajouter, nous ne pourrons pas discuter avec Dieu et obtenir injustement miséricorde. N’ayant pas fait honneur à l’Amitié de Dieu (voyez que le Maître l’appelle encore Ami, comme lorsque le Christ parla à Judas au Jardin des Oliviers, cf. Mt 26:50), il ne pourra participer à la Joie éternelle.

Lui lier les pieds et les poings montre comment cette exclusion est, malheureusement, totale et définitive. Ne nous apitoyons pas sur ce sort pénible, mais retenons l’avertissement de la parabole, pour nous munir de nombreuses bonnes œuvres qui, comme l’huile des lampes des vierges sages, entretiendront en nous la flamme de la Vie.

 

*       *       *

Durant notre journée, notre semaine, toute notre vie, nous avons mille occasions de nous «vêtir» de bonnes œuvres, de gestes d’amour vrai, au nom de la vertu divine de Charité. 

Parfois, notre regard ne voit pas, parce que notre cœur n’est pas toujours ouvert. C’est pourquoi, avec la grâce du Seigneur, comme le répète la Prière, nous pourrons être plus attentifs à faire le bien, sans relâche.

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27e dimanche per annum

 

L’automne est la période des vendanges : il a été question de vigne les deux derniers dimanches ; aujourd’hui encore, la première lecture, le psaume et l’évangile évoquent la vigne.

Le prophète Isaïe évoque la vigne de son ami : le champ d’action du Seigneur, son peuple bien-aimé, Israël. Ce chant plein d’amour est aussi plein d’amertume, parce que cette vigne n’a pas donné les fruits attendus : le peuple juif a été infidèle à l’amour de Dieu. 

A l’époque du Prophète, il s’agissait des infidélités répétées du peuple juif et des rappels incessants de Dieu par l’intermédiaire des Juges, des Rois, des Prophètes, parfois aussi par le biais d’épreuves politico-sociales : deux siècles avant Isaïe, le Temple de Jérusalem a été dévasté ; sous Achab, s’est développé un culte païen. Au temps d’Isaïe, les habitants de Samarie seront déportés et remplacés par des étrangers ; puis sous Manassé, un culte païen sera installé dans le Temple même et le peuple sera mis en captivité à Babylone… 

D’après les traditions, les Prophètes furent massacrés par ceux-là même qu’ils tentèrent de ramener à Dieu : Isaïe fut scié en deux, Jérémie lapidé, Ezéchiel aussi fut mis à mort, Amos expira après avoir reçu un formidable coup de massue…

 

*       *       *

Le psalmiste supplie maintenant Yahvé de restaurer cette vigne détruite, de délivrer Israël, de réunir ses tribus séparées.

Ephraïm et Manassé sont les deux tribus du nord d’Israël, l’auteur y joint Benjamin, qui est juste au nord de Juda (et de Jérusalem). Il se pourrait que l’auteur annonce la prise de Jérusalem et la destruction du Temple en 586. 

Déjà au 13e siècle avant Jésus-Christ, les Egyptiens avaient remporté une victoire sur Isarël et, au 12e siècle, Ramsès III fut vainqueur contre les Peuples de la Mer.

Dieu a pris à l’Egypte cette vigne qui lui appartient. De quel amour il l’a entourée, durant la période des Patriarches, quand il fit sortir Israël d’Egypte et donna sa Loi par Moïse, quand il envoya les Juges, puis ses Prophètes.

Exilé, le psalmiste dit, avec son peuple : Fais-nous revenir !

Mais ne considérons pas cette prière seulement dans son sens historique : si Israël fut infidèle, cette vigne est maintenant l’Eglise, et dans l’Eglise aussi il y a eu des infidélités. Et nous aussi, nous avons nos infidélités.

Nous pouvons donc faire nôtre cette prière, et supplier Dieu à tout moment d’avoir pitié de nous.

 

*       *       *

Saint Paul exhorte les Chrétiens de Philippes à prier et supplier Dieu. Dans cette prière confiante, notre cœur amorce déjà un mouvement de conversion.

Si ensuite nous recherchons tout ce qui est vrai et noble, juste et pur, ce qui est digne d’être aimé et honoré, tout ce qui s’appelle vertu, alors à plus forte raison nous toucherons la bonté immense de Dieu qui ne nous refusera pas sa grâce : Le Dieu de la paix sera avec vous.

Rechercher ce qui est vrai, c’est éviter tout mensonge ; rechercher ce qui est noble, c’est lutter contre tout sentiment bas. Qu’est-il besoin d’explications pour ces évidences ? 

Reprenons aussi un des premiers termes de la lecture d’aujourd’hui : Ne soyez inquiets de rien, expression qui rappelle le conseil de Jésus : Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez Mt 6:25).

Ajoutons-y aussi cette réflexion : de quoi nous plaindre, quand nous avons de quoi manger et nous vêtir ? Pourquoi désespérer de la situation sociale, politique, mondiale ? des guerres ? Pourquoi craindre une catastrophe ? Souffrirons-nous plus en quelques secondes d’une grave explosion, qu’un malade qui traîne une maladie pendant des années ?

Nos plaintes, nos inquiétudes, nos critiques n’ont pas de sens devant l’immense bonté de Dieu. La grâce de Dieu est toujours là, et il appartient à chacun d’en profiter et de grandir sans cesse dans la vie divine. 

Nous n’aurons pas de comptes à rendre pour les autres ! C’est de notre propre vie, de nos propres efforts, que nous devrons répondre bientôt.

Qu’entend saint Paul par vertu ? 

Virtus en latin exprime tout ce qui est force, virilité, courage. C’est une grâce de Dieu qui nous est donnée à tout instant, pour soutenir nos faibles forces. S.Grégoire de Nysse (IVe s.) écrit que le but d’une vie vertueuse consiste à devenir semblable à Dieu.

Relisons notre Catéchisme (Abrégé, nn. 377-388), où il est question des vertus «théologales» : Foi, Espérance, Charité), des vertus «cardinales» : prudence, justice, force, tempérance ; à ces vertus s’ajouteront aussi les fruits de l’Esprit : charité, joie, paix, patience, longanimité, bonté, bénignité, mansuétude, fidélité, modestie, continence, chasteté. 

Pourquoi être impatient devant un feu rouge ? Dans moins d’une minute, tu passeras ! Pourquoi tant d’exubérance quand une équipe à gagné un match ? Demain, c’est l’autre qui gagnera ! Pourquoi ces petits sourires quand on propose de vivre chaste ? N’y a-t-il donc que le plaisr physique qui rend l’homme heureux ?

*       *       *

L’évangile synthétise tout ce qui précède : infidèles, ceux à qui était promise la Vigne, ont cédé la place à d’autres vignerons. Israël a dû s’effacer devant l’Eglise fidèle au Christ. Le Royaume lui a été enlevé. Mais rne réduisons pas «Israël» à un domaine historique ou politique ; l’Israël infidèle, c’est chacun de nous, c’est moi, chaque fois que je me détourne de Dieu, chaque fois que je doute de la Bonté de Dieu, chaque fois que je refuse la grâce de Dieu. 

C’est à moi qu’il appartient de faire partie de cette Vigne ; je me croirai peut-être «libre» de n’y pas entrer, mais je serai moi-même l’artisan de cette exclusion.

*       *       *

Si ce combat nous semble au-delà de nos forces, si nous sommes tentés de suivre la mode et le courant du monde, tournons-nous vers notre Père céleste, relisons bien la Prière d’aujourd’hui : Dieu nous comble, et bien au-delà de nos mérites et de nos désirs ; il délivrera notre consience de ce qui l’inquiète et nous donnera plus que nous n’osons demander.

Il ne faut jamais douter de l’efficacité de notre prière, encore moins de la richesse du don de Dieu.

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26e dimanche per annum

 

 

Le Chant d’entrée de ce vingt-sixième dimanche “ordinaire” exprime d’emblée le thème des lectures d’aujourd’hui. C’est la prière du jeune Daniel qui adresse à Dieu, en notre nom, une prière pleine de repentance : Nous avons péché, nous n’avons pas écouté tes commandements… Mais traite-nous selon la richesse de ta miséricorde.

 

*       *       *

Par la bouche du prophète Ezéchiel, Dieu nous rappelle une remarque que beaucoup font parmi nous : La conduite de Dieu est étrange. C’est une réflexion que l’on dit souvent quand il nous arrive une épreuve, une maladie, un échec, un décès… 

Si le juste se détourne de sa justice… Si je me crois juste, comme le pharisien de la parabole (Lc 18:9-14), je dois prouver que toute ma conduite est irréprochable. Je ne dis jamais de mensonge ? Je ne juge jamais mon prochain ? J’observe toujours la vitesse-limite autorisée sur la route ?…Comment puis-je dire que je suis juste ? Et si je mérite quelque reproche, comment puis-je dire que la conduite de Dieu est étrange ?

Si le méchant se détourne de sa méchanceté, il sauvera sa vie. Voici un verset qui nous fait aussi (parfois) grincer des dents, parce que nous n’acceptons pas la conversion de notre ennemi. Nous aimerions le voir puni, avili, humilié, frappé, condamné… comme si le pardon n’existait pas pour lui. Et si Dieu lui pardonne aussi, nous penserons là encore que la conduite de Dieu est étrange. 

Ce que nous lisons donc aujoud’hui dans Ezéchiel est déjà - six siècles avant le Christ - un appel de Dieu, plein d’amour, à la conversion. Qui a donc dit que le Dieu de l’Ancien Testament était un Juge implacable ?

 

*       *       *

Rappelons-nous fermement que Dieu veut notre bien éternel. Les avertissements présents ne sont que des panneaux indicateurs pour nous orienter.

Ce n’est pas à Dieu de changer de conduite, mais à nous.

Entrons dans notre intimité, scrutons notre conscience, et disons avec humilité ce psaume 24, écrit par David : Oublie les révoltes, les péchés de ma jeunesse. 

Quelques versets plus loin, David implore : Pardonne mes torts, car ils sont grands… Efface tous mes égarements.

Il n’y a pas que cette auto-accusation dans ce psaume. Il y a aussi le cri de confiance envers la bonté de Dieu : Mes yeux sont fixés sur le Seigneur - Tourne-toi vers moi, aie pitié de moi - Desserre l’angoisse de mon cœur. 

Et surtout, il y a le rappel de l’amour de Dieu : Tout le jour j’espère à cause de ta bonté, Seigneur - Rappelle-toi, Seigneur, ta tendresse, ton amour qui est de toujours - Les sentiers du Seigneur sont amour et vérité.

Ces versets vont m’aider à comprendre la conduite de Dieu. Devant l’amour immense de Dieu, nous devons chercher sans cesse à nous incliner : c’est l’humilité.

 

*       *       *

Aux chers Chrétiens de Philippes, saint Paul évoque instamment cette vertu, rappelant l’humilité de Jésus-Christ. Lui, Dieu, mourir sur une croix comme le dernier malfaiteur ou brigand !

Jésus, de façon toute singulière, s’est “vidé” (c’est le mot grec) de sa gloire divine pour endosser notre vile condition, et en obéissant jusqu’à la mort, se faisant le Serviteur de chacun de nous. Peut-être que là aussi la conduite de Dieu est étrange. Mais la mort de Jésus n’était pas une punition : Jésus l’a librement, humblement, acceptée.

Le serviteur humble ne dit jamais : J’ai fait ceci, cela ; il ne se vante jamais de ses bonnes actions. Dans la parabole du Jugement dernier, on entend les Justes demander à Dieu : Mais quand donc T’avons-nous recueilli ? (cf. Mt 25:38). Tout récemment, Jésus nous a rappelé la nécessité de pardonner : celui qui pardonne accepte en quelque sorte de s’abaisser. Mais aussi, l’humble ne se justifie pas : il demande pardon, comme Marie de Magdala, comme le Bon Larron, comme Pierre qui pleure sa trahison. 

Notre roi Louis IX, devenu saint Louis, sous son fameux chêne de Vincennes, s’entendit un jour traiter de tous les noms par une femme qui passait là. L’entourage s’attendait à une réaction du roi ; il n’en fut rien. Le roi attendit patiemment la fin de la tirade et rétorqua tout doucement : Vous avez raison, Madame, je n’ai jamais pensé que je valais plus que ce que vous dites.

 

*       *       *

Notre vie quotidienne est parsemée d’occasions où nous pouvons beaucoup avancer dans la voie de la sainteté en acceptant d’être plus humbles.

Tu as gagné ton match, battu un record ? Au lieu de t’en vanter, remercie Dieu qui a ainsi combiné les circonstances ; demain, un autre gagnera, ne le méprise pas !

Tu sais que tu as raison, et ton adversaire refuse de te croire ? Tais-toi, et laisse la Vérité entrer peu à peu dans son cœur. Toi aussi, parfois, tu te trompes.

Tu es tenté de désobéir ? Exécute l’ordre, respectueusement, parce que celui qui te le demande, représente le Christ.

La parabole d’aujourd’hui nous montre deux frères aux ordres de leur père : l’un dit non, et se reprend ; l’autre dit oui et ne fait pas. Qui ne s’est jamais trouvé dans l’une et l’autre de ces deux situations ?

Du premier, Jésus dit qu’il se repentit. Autrement dit, il se convertit, il s’humilia pour obéir.

Qui sont ceux qui, après avoir refusé, répondirent oui ? Ce sont les païens qui, rejetant les idoles et les fausses croyance, reçurent le message évangélique, ou aussi les pécheurs, les publicains et les prostituées, dit Jésus, qui vivaient en-dehors de la loi, et qui, rejetant l’erreur, suivirent Jésus de tout leur cœur.

Chaque fois que je me repends et que je demande sincèrement pardon, je suis ce fils qui, après avoir dit non, répond oui et fait la volonté du père. 

Saint Jean Chrysostome ajoute cet autre commentaire : au premier des deux fils ressemblent ces Chrétiens qui, sans y être tenus, s’efforcent de suivre les conseils évangéliques du Christ, dans l’obéissance, la pauvreté et la chasteté ; à l’autre fils ressemblent ceux qui, religieux ou prêtres, font ces vœux, mais ensuite les trahissent de quelque façon.

Selon saint François de Sales, le meilleur acte d’amour est l’union parfaite de la volonté à celle de Dieu, dans l’humilité.

 

*       *       *

Nous le savons, Dieu donne toujours sa grâce pour nous aider à vaincre l’épreuve (cf. 1Co:10:13). Mais aussi, c’est un Père infiniment patient et miséricordieux. Si Jésus nous a demandé de pardonner soixante-dix-sept fois sept fois (Mt 21:22), à plus forte raison notre Père céleste nous pardonnera nos fautes et accueillera notre conversion.

C’est même là, dit la Prière, toute sa puissance.

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25e dimanche per annum

 

Lequel d’entre nous n’a-t-il jamais entendu une de ces réflexions : Le Bon Dieu nous a oubliés - Il s’est trompé d’adresse - Il pourrait un peu se réveiller - Il ne fait pas beaucoup attention à nous… ?

On pourrait dire que ces réflexions, irrespectueuses à l’adresse de notre Père céleste, notre Créateur, la Bonté-même et la Miséricorde par excellence, tiennent du blasphème. Mais il y a (presque) plus grave, lorsque l’homme arrive à douter que Dieu puisse pardonner. 

 

*       *       *

 

A qui en aurait encore quelque doute, le prophète Isaïe répond avec profonde conviction : Cherchez le Seigneur - Invoquez-le - Le Seigneur aura pitié (du pécheur) - Dieu est riche en pardon…

Il y a des pécheurs endurcis, qui doutent jusqu’au bout, malheureusement. Il y a aussi les hommes qui refusent le pardon pour les autres. Cette attitude n’est pas chrétienne.

Quand bien-même on aurait quelque «bon» argument pour accuser quelqu’un, Dieu nous rappelle aussi par la bouche d’Isaïe que (ses) pensées ne sont pas nos pensées.

Il n’y a rien à ajouter ici. Que chacun s’examine au plus profond de soi, et expulse toute rancune de son cœur, envers qui que ce soit, pour quelque motif que ce soit.

 

*       *       *

Le psaume 144 renchérit : Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour.

Ce psaume, l’un des derniers du psautier, est signé de David. C’est un psaume «alphabétique», dont chaque verset commence par une des lettres de l’alphabet hébraïque. C’est donc dommage de n’en proclamer que quelques versets : l’intégralité nous donnerait mieux l’intelligence de la pensée de l’Auteur : chanter Dieu dans toute sa splendeur, Dieu qui est tout Amour, toute Miséricorde, toute Justice, toute Vérité.

Que Dieu soit lent à la colère, ne doit pas être pour nous une insinuation que «parfois» Dieu soit en colère. C’est nous qui nous mettons en colère. Et quand le bras de Dieu laisse faire des catastrophes ou des épreuves, on lui attribue cette qualification tout humaine de «colère».

C’est comme si on accusait de colère un professeur pour la mauvaise note qu’il met à un travail, alors que cette mauvaise note n’exprime strictement que la valeur du travail de l’élève.

Les hommes s’efforcent par tous les moyens de mettre Dieu à la porte : on ne prie pas, on déserte l’église paroissiale et on envahit les stades et les routes, aux grandes fêtes chrétiennes on ne pense qu’à son estomac, la société est gonflée de mille discordes jusqu’à exploser, on ne pardonne pas… et l’on s’étonne que cette Terre soit abandonnée de Dieu.

Heureusement, il y a des âmes qui prient pour les autres, qui pardonnent, qui aiment ; ces âmes font vivre l’Eglise et la société.

 

*       *       *

 

Voulons-nous que la société change, que notre pays change, que le monde change ? que cessent les guerres ?

Faisons la paix dans notre cœur, en y invitant le Christ. C’est le cri du cœur de l’apôtre Paul.

Quand il écrit aux Chrétiens récemment convertis à Philippes en Grèce, Paul est prisonnier : à Rome ou en Asie mineure, peu importe, mais il pense à sa mort possible.

Saint Paul ne désire pas pour autant mourir immédiatement, car sa mission n’est pas encore achevée. Comme sainte Thérèse de Lisieux dira en mourant : Je ne meurs pas, j’entre dans la Vie., ainsi la joie de saint Paul, c’est d’être avec le Christ, et que les Chrétiens mènent une vie digne de l’Evangile du Christ.

 

Imaginons que s. Paul et tous les chrétiens à sa suite, se soient immédiatement offerts au glaive des persécuteurs, comment l’Eglise aurait-elle pu s’étendre ? Et si un jeune étudiant, las de ses études fastidieuses, entamait une grève de la faim pour “aller vers le Christ” plus rapidement, on aura de bonnes raisons de penser que son âme n’ira pas tout de suite vers le Christ…! Ses pensées n’auront pas été les pensées de Dieu.

La solution est difficile à trouver à chaque instant : qu’est-ce que Dieu attend de moi en ce moment présent ? Poser cette question loyalement, c’est déjà ouvrir son cœur pour écouter la réponse de Dieu. C’est déjà se rendre disponible à Sa voix. Dieu n’est pas loin de nous, c’est nous qui nous en éloignons. 

 

*       *       *

On peut supposer facilement que si les ouvriers de la première heure avaient connu d’avance le salaire de ceux de la dernière heure, ils auraient sans doute attendu le soir pour se faire embaucher. Avec un tel raisonnement, toute la société aurait vite fait de sombrer dans le chaos le plus total !

Mais derrière cette parabole apparemment «sociale» se profile un appel beaucoup plus eschatologique : il s’agit de la récompense finale du Royaume, à laquelle tous les hommes sont conviés.

Les ouvriers de la première heure représentent le Peuple élu, les premiers Appelés, les Juifs. Ceux des autres heures sont ceux qui connaîtront la Bonne Nouvelle de Jésus à des périodes plus tardives, jusqu’à aujourd’hui. Personne n’oserait imaginer que les baptisés du 21e siècle auraient moins de bonheur dans le Royaume que les pieux Juifs de l’Ancien Testament.

Cette parabole n’a pas ici une portée sociale et nous ne sommes pas ici dans le contexte d’une lutte syndicale. Dans notre monde, il serait certainement injuste qu’un maître payât autant l’ouvrier d’une heure que celui d’une journée. 

Mais supposons un moment qu’un patron épris de charité profonde, considérant la situation difficile d’un de ses ouvriers (maladie, épreuve familiale, revers…), décide de lui remettre une prime exceptionnelle pour l’aider dans cette mauvaise passe ; qui pourrait l’en empêcher ? Certes, personne, mais le même patron aurait bientôt tous les ouvriers de son usine à sa porte, dénonçant l’un une prétendue maladie, l’autre une situation difficile, etc.

Non, la parabole n’est pas une «doctrine sociale» pour le monde ouvrier. Il s’agit bien, dit Jésus, du Royaume des cieux, donc de l’autre monde, de l’éternité, d’un monde où, comme on l’a entendu précédemment, (les pensées de Dieu) sont au-dessus de (nos) pensées.

La conclusion de la parabole (les derniers et les premiers) reprend le dernier verset du chapitre  19 qui la précède immédiatement. On dirait que Jésus voulait à la fois achever l’enseignement sur  le détachement et annoncer cette nouvelle parabole : ceux qui auront tout laissé pour embrasser la voie du Christ, même s’ils ne sont pas considérés dans le monde, seront dans le Royaume préférés à ceux qui y étaient appelés les premiers, les Juifs.

La vigne, c’est l’Eglise ; la place où attendent les ouvriers, c’est le monde païen. A tous ceux qui sont appelés à la troisième, sixième et neuvième heures, le maître promet ce qui est juste, selon cette justice divine qui, encore une fois ici, est différente de celle des hommes : Dieu récom

pense le mérite de chacun. Et l’on voit aussi que le maître va à chaque fois en quête d’autres ouvriers, comme la sollicitude de Dieu pour le salut de tous les hommes.

 Si les derniers appelés semblent mieux récompensés, c’est que leur mérite est plus grand, ayant vraiment suivi totalement l’appel du Christ, contrairement à ceux qui étaient appelés avant eux et qui n’ont pas correspondu à cette grâce d’élection.

Certains ont cherché à comprendre qui pouvait être cet intendant de la vigne, chargé de payer les ouvriers. Origène pensait qu’il s’agissait de l’Archange saint Michel ; saint Irénée de Lyon, du Saint-Esprit, qui distribue les dons et donc aussi les récompenses.

Concernant alors le Royaume des Cieux, comment imaginera-t-on que les «premiers» soient jaloux et grognons ? C’est que, expliquent certains commentateurs, ceux-là se sont d’eux-mêmes exclus du Royaume. Quand le maître dit : Prends ce qui est à toi et va, cette phrase pourrait nous laisser entendre que l’ouvrier, révolté, ait refusé même son salaire et quitté le Royaume ; d’ailleurs Jésus note qu’il a l’œil méchant, ce qui n’existe pas dans le Royaume des Cieux.

Une interprétation amusante de l’élection des derniers, fut qu’effectivement le Bon Larron entra le premier au Ciel, avant saint Pierre ! Saint Jean Chrysostome note simplement que l’extrême miséricorde (divine) n’observe pas d’ordre (humain). Encore une fois : vos pensées ne sont pas mes pensées.

Le même Chrysostome remarque que cette parabole pourrait aussi s’appliquer aux personnes qui se convertissent au soir de leur vie. Là encore, Dieu récompensera le mérite de leurs décisions et de leurs actions, un mérite qui pourra être supérieur à celui de ceux qui auront eu une vie plus longue, certes, mais moins chrétienne.

 

*       *       *

La conclusion et le principe de tout cet enseignement, la Prière le rappelle : la Loi consiste à aimer (Dieu), d’abord, et le Prochain en même temps, comme Jésus.

 

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23e dimanche per annum

 

 

Il semble qu’il y ait aujourd’hui un réel fil conducteur qui relie les trois lectures : l’amour fraternel.

 

*       *       *

 

Le prophète Ezéchiel reçoit de Dieu une mission : il devra être un guetteur. Non pas un surveillant sévère, un inspecteur sourcilleux, un contrôleur impitoyable qui n’est là que pour appliquer les ordres. Le guetteur doit aider à retrouver le bon chemin celui qui s’en est écarté, sa mission est toute en charité.

Même le mot méchant de l’Ecriture ne doit pas résonner pour nous comme quelque synonyme de «condamné», «exclus», «rejeté» : le méchant est le pécheur, nous sommes tous pécheurs. Et la preuve que Dieu ne veut pas notre condamnation, c’est qu’Il charge le prophète d’avertir ce pécheur.

Qui doit donc être ce guetteur ? On pourrait répondre a priori qu’il s’agirait d’abord de l’évêque, puisque epi-scopus signifie littéralement celui qui regarde par-dessus, qui observe. Par extension, ce pourraient être tous les prêtres qui ont charge d’âmes, mais aussi tout responsable à quelque niveau que ce soit, tout père de famille, tout homme qui veut le bien de son prochain. Au fond, chaque baptisé est appelé à être guetteur, à être une fidèle sentinelle pour barrer le chemin au mal.

 

*       *       *

 

Que nous dit le psaume 94 ? acclamer notre Rocher, nous incliner et nous prosterner… mais allons bien jusqu’au bout : Aujourd’hui, écouterez-vous sa parole ? Ecouter la Parole de Dieu, au sens le plus biblique du terme, c’est obéir au commandement de Dieu ; écouter la Parole, c’est mettre en application ce que dit le Verbe éternel dans l’Evangile.

Le mot même obéir, en latin ob-audire,, signifie exactement écouter en face : écouter avidement pour ne rien perdre de ce qui est dit. C’est la réponse à l’avertissement du guetteur. 

Ce psaume 94 a bien sa place au début de l’Office : quand la journée commence, c’est une invitation divine à écouter Dieu.

 

*       *       *

 

On a dit précédemment que tout baptisé doit être ce guetteur charitable qui s’oppose à l’entrée du Mal.

Saint Paul va plus loin dans l’application de cette mission : la mesure de notre harmonie avec la Loi, ce sera l’ amour mutuel, cet amour fidèle et désintéressé qui nous fera corriger amoureusement toute transgression fraternelle, avec le même amour qu’on nettoie avec attention toute tache sur une nappe ou sur une vitre.

Il est intéressant de remarquer que saint Paul ne parle pas des quatre premiers Commandements, ceux qui concernent directement nos devoirs envers Dieu et nos parents ; il reprend ceux qui se rapportent au prochain : l’adultère, qui brise l’amour vrai ; le meurtre, qui tue la vie ; le vol et la convoitise, qui lèsent injustement le prochain ; ce sont ces commandements que spontanément nous aimons être appliqués envers nous-mêmes. A nous de les appliquer pour les autres !

On rejoint ici le conseil du Christ : Ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le semblablerment pour eux (Lc 6:31), ainsi que son grand commandement : Tu aimeras ton prochain comme toi-même (Mt 22:39). C’est un principe tellement profondément inscrit dans le cœur des hommes, qu’il a été énoncé dans toutes les civilisations, dans le bouddhisme, le confucianisme, l’hindouisme, l’islam. 

Ce qu’il faut, c’est appliquer le principe. On pourrait se demander au nom de quoi, à notre époque «moderne», on a enlevé, torturé et assassiné des étrangers, mis en fuite des habitants innocents…

 

*       *       *

 

Jésus-Christ est clair : Si ton frère a péché, va lui parler, toujours au nom de cette mission, de tout baptisé, d’être un guetteur attentif contre toute incursion du mal. 

C’est là aimer son prochain comme soi-même : le protéger contre le mal comme on se protège soi-même du mal, de la contagion.

Jésus recommande la persévérance et la ténacité : prends avec toi une ou deux personnes ; et finalement : dis-le à la communauté. On peut voir là le devoir qu’a l’Eglise de réunir des conciles pour examiner, reprocher, condamner, toute proposition erronée.

Mais ici encore, si Jésus dit de considérer ce frère comme un païen et un publicain, cela ne signifiera jamais de condamner froidement et sans recours possible du pécheur. La porte n’est jamais fermée à la conversion, au contraire. Il faut que le pécheur ait la possibilité de se repentir, et de trouver une porte ouverte, une main tendue.

Le Christ en a donné l’exemple. A l’adultère repentie, il a répondu : Moi non plus, je ne te condamne pas (Jn 8:11). A saint Pierre qui lui demandait combien de fois il devait pardonner, il répondit : Jusqu’à soixante-dix-sept fois sept fois (Mt 18:22).

Lier et délier sont les prérogatives que le Christ venait de confier à Pierre ; nous les avons lues il y a deux dimanches. Si le Christ répète cela deux chapitres plus loin, c’est qu’il s’adresse maintenant aux autres Apôtres, c’est-à-dire à leurs successeurs, les évêques, qui auront le pouvoir d’exclure, d’excommunier, mais aussi de réconcilier les pécheurs.

Et n’oublions pas cette dernière recommandation du Maître : la prière. Prions pour la conversion des pécheurs. Et ouvrons notre cœur au pardon. 

La charité de l’Eglise serait en effet incomplète si le pouvoir de lier et de délier s’arrêtait à une pure mesure disciplinaire. Pour être charitable, pour aimer le Prochain «comme soi-même», il faut vraiment souhaiter sa conversion, et en même temps nous disposer à lui pardonner du plus profondément de notre cœur.

Ceci est difficile, c’est vrai, mais pas impossible. L’assassin de sainte Marietta Goretti demanda à la mère de celle-ci : Me pardonnez-vous ? Et cette chrétienne héroïque, oubliant sa souffrance, de lui répondre : Elle vous a pardonné en mourant, pourquoi ne vous pardonnerais-je pas ? Le lendemain, c’était Noël, ils communiaient l’un à côté de l’autre.

C’est pourquoi le Christ prolonge son enseignement par l’exhortation à prier, deux ou trois réunis en (mon) Nom. En son nom signifie agir comme Il a agi avant nous, en pardonnant complètement : Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font (Lc 23:34).

 

*       *       *

 

Pour synthétiser notre méditation, reprenons quelques mots de la Prière. Nous y demandons à notre Père commun de nous accorder la vraie liberté, c’est-à-dire de pardonner nos péchés à nous et à tous les hommes.

Et prions bien ensemble, d’un seul cœur, la Prière du Seigneur : 

Pardonne-nous nos offenses, comme nous aussi pardonnons à ceux qui nous ont offensés.

Ce n’est pas par hasard que cette prière précède immédiatement la Communion. Il n’y a pas d’amour sans pardon.

 

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22e dimanche per annum

 

 

Les paroles du prophète Jérémie doivent tout de suite évoquer en nous les moqueries que reçut le Christ durant sa vie publique.

Quand Jérémie annonce un prochain pillage, le texte parle de l’attaque de Nabuchodonosor, vers 600 et la déportation à Babylone, mais on entend déjà l’avertissement du Christ pour Jérusalem, dont il ne restera pas pierre sur pierre (Lc 21:8).

On comprend la réaction bien humaine du prophète qui, n’en pouvant plus de se heurter à l’obstination de ses contemporains, est tenté de se taire. Ce n’est pas l’unique cas de l’intervention d’un Saint inspiré, qui n’est pas écouté : sainte Jeanne d’Arc pourtant victorieuse, fut lâchée par le roi ; avant elle, la mission du bienheureux ermite Jean de Gand auprès des deux rois français et anglais, s’était soldée par un échec complet.

 

*       *       *

Devant cet échec, l’envoyé de Dieu appelle, comme plus tard le Christ en croix : J’ai soif (Jn 19:28), Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? (Mt 27:46, citant Ps 22:2). 

Dans son psaume 62, David appelle. Il appela Dieu quand il était dans le désert de Juda, dit l’introduction au psaume (Ps 62:1).

Ce psaume est d’abord la prière matinale de l’homme fidèle à Dieu, qui pense d’abord à Dieu dès qu’il s’éveille le matin, dès l’aube. Nous pourrions faire nôtre cette prière, car les psaumes ne sont pas réservés à ceux qui prient la Louange des Heures.

Mais le désert où se trouvait David est aussi le désert de notre vie humaine, qui est toute desséchée, quand Dieu n’est pas la première référence des hommes. 

Ceux qui prétendent que le Bon Dieu ne les écoute pas, n’ont pas vraiment essayé de prier Dieu avec humilité et persévérance. David, lui, l’a fait : Tu es venu à mon secours, je crie de joie à l’ombre de tes ailes.

 

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Après avoir opposé la vie charnelle et la vie spirituelle, l’esprit du monde et l’Esprit de Dieu, avoir avoir réaffirmé l’excellence de l’appel de Dieu, saint Paul exhorte les Chrétiens de Rome, et nous en même temps bien sûr : Ne prenez pas pour modèle le monde présent.

Sans Dieu, ce monde est réellement une terre desséchée, un monde malheureux, une société complètement déboussolée. En voyant les Chrétiens insultés, menacés, chassés, nous pouvons réellement dire avec eux : Je te cherche dès l’aube.

Mais comment éviter, comment ne pas voir, ne pas entendre, ce que nous voyons et entendons quotidiennement, dans la rue, sur internet, à la télévision ? 

La tentation est forte. C’est pourquoi le psaume disait : dès l’aube, du matin au soir de ma journée et de ma vie. Si je n’ouvre ma fenêtre qu’au soleil, la pluie n’entrera pas. Si je ne veux faire entrer que Dieu dans mon cœur, ce qu’il y a de mauvais dans le monde n’entrera pas. Si j’entends l’invitation du monde et de la mode, j’y resterai sourd tant que mon âme sera attachée à Dieu.

Cela implique, fait remarquer l’Apôtre, de (renouveler) notre façon de penser.

 

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Voyons maintenant comment pense saint Pierre. Dimanche dernier, Jésus lui a dit : Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux, et aujourd’hui il se fait traiter de Satan par ce même Jésus.

Quand Pierre affirme : Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant, il est dans la Vérité, il reconnaît que le Christ est Dieu. Il a cherché Dieu dès l’aube.

Mais quand il refuse que le Christ aille souffrir et mourir, il oublie l’Ecriture, il oublie Jérémie que nous lisions plus haut, il oublie les Chants du Serviteur d’Isaïe (Is 50:6 ; 52-53), il pense encore que le Christ doit régner sans souffrir : il n’est plus dans la Vérité et le Christ lui dit : Tes pensées ne sont pas celles de Dieu. Pierre a cédé un moment à l’ambition du monde et Jésus lui dit en effet : (Tes pensées) sont celles des hommes.

Est-ce à dire qu’il n’est plus la “pierre” sur laquelle Jésus va bâtir l’Eglise ? Si, mais tout en étant garant de la Vérité, il est aussi tributaire de l’erreur personnelle. L’infallibilité du Pasteur, chef de l’Eglise, n’est pas synonyme de perfection absolue, de sainteté acquise ; au contraire, le chef de l’Eglise reste un homme pécheur, un homme qui doit combattre ses défauts et qui peut connaître des chutes personnelles ; un homme qui a besoin de l’absolution du prêtre pour recevoir le pardon de ses péchés. Le pape nous donne humblement l’exemple de cette démarche, en allant se confesser.

Il ne faut pas tomber dans le piège qui consisterait à confondre l’Infaillibilité et l’impeccabilité ; le pape possède la première, dans l’exercice solennel de sa mission ; il n’a pas la deuxième. En voici un exemple historique parmi d’autres : au 14e siècle fut élu pape un certain Urbain VI, qui montra très vite une exigence et une irritabilité impressionnantes - ce qui poussa des cardinaux à élire un autre pape, le premier qui fut en Avignon ; quoiqu’insupportable, Urbain VI demeurait le pape légitime, et sainte Catherine de Sienne ne manqua pas de se prosterner devant lui et de lui baiser la mule ; c’est justement ce pape qui institua la fête de la Visitation de Marie, pour mettre fin au schisme ; mais en même temps, il s’acharna véritablement contre ses opposants : il fit arrêter, torturer et même éliminer ces “mauvais” cardinaux, électeurs d’un antipape.

Ce chapitre 16 de Matthieu est donc fondamental pour la doctrine de l’Infaillibilité pontificale et la personne du pape.

Pierre (et les autres apôtres) étaient trop sous le coup des miracles de Jésus et de l’enthousiasme des foules, pour comprendre en même temps que les prophéties concernaient bien le Seigneur, et qu’Il ne pouvait nous “sauver” que par la souffrance et l’immolation totale ; les apôtres croyaient, comme beaucoup d’autres (cf. les “pèlerins d’Emmaüs”, Lc 24:21-26), que Jésus devait les sauver des Romains, alors qu’Il venait sauver les hommes du péché qui est en chacun de nous.

 

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La Prière du jour synthétise clairement ce combat contre la pensée du monde et pour accomplir la volonté de Dieu : de Dieu nous vient tout don parfait, et nous lui demandons d’enraciner (le terme est fort) en nos cœurs l’amour de son nom. 

Il faut donner à Dieu la Première place.

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21e dimanche per annum - A

 

La première lecture d’aujourd’hui, extraite du prophète Isaïe, nous montre comment Dieu écarta un mauvais administrateur pour lui substituer Eliakim, un fidèle croyant ; la scène a lieu vers 700 avant Christ, sous le roi Ezéchias : le gouverneur Shebna s’était mal comporté aux yeux de Dieu, et ce maire du palais va se retrouver simple secrétaire (Is 36:3,22), tandis qu’Eliakim va être investi d’une dignité et de pouvoirs tout-à-fait prophétiques : S’il ouvre, personne ne fermera ; s’il ferme, personne n’ouvrira.

Ces mots sont repris textuellement dans le livre de l’Apocalypse (Ap 3:7), où ils sont mis dans la bouche-même de Dieu, le Saint. Ils font aussi partie de la liturgie du 20 décembre, où le Messie est personnellement assimilé à la Clef de David.

Il n’est pas difficile ici de rapprocher cette Clef de la parole du Christ : Je suis la porte des brebis… Qui entrera par moi sera sauvé (Jn 10:7,9).

Nous allons entendre comment Jésus remettra cette clef à l’apôtre Pierre.

 

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Le psaume 137 est expressément de David. S’il convient bien à son auteur, investi par Dieu de la royauté, il pourrait être la prière de cet Eliakim ou de Pierre, en réponse au choix divin : Si haut que soit le Seigneur, il voit le plus humble ; le Seigneur fait tout pour moi. 

Pierre était un brave pêcheur, peut-être même sans une grande instruction, habitué à travailler de ses mains depuis l’enfance. Dieu l’a choisi. Avec ses défauts, avec ses erreurs, ses chutes, il suivit le Christ.

On pourrait voir dans ce verset du psaume une explication de l’infaillibilité du pape : Le Seigneur fait tout pour moi, Il lui inspire au moment voulu telle décision, et ce que le pape prononcera ici-bas sera aussi prononcé dans le Royaume. 

 

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Chantons avec saint Paul ce mystère du choix de Dieu.

Ses décisions sont insondables : dans une élévation à la fois solennelle et liturgique, une sorte d’hymne à la gloire de la Sagesse de Dieu, l’Apôtre s’incline devant cette Sagesse divine.

Par cette hymne, il conclut tout l’exposé qu’il a déjà fait aux Chrétiens de Rome, leur montrant comment le Peuple juif, qui était élu par Dieu, a cédé sa place aux Gentils récemment convertis.

 

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Nous voici donc aujourd’hui près de la ville de Césarée de Philippe, au nord de la Palestine, dans l’actuelle région du Golan. Tout près, le Mont Hermon donne naissance à une des sources du Jourdain. C’est un endroit très montagneux, à plus de deux mille mètres d’altitude, le seul endroit de ce pays où l’on peut pratiquer le ski ! C’est dire la fraîcheur du climat, dont parle le psaume 133, évoquant la rosée de l’Hermon. A l’époque de Jésus-Christ, cette Césarée était une ville toute neuve, récemment construite par Philippe, un des trois fils d’Hérode dit “le Grand”.

C’est donc là que nous entendons s. Pierre affirmer avec tant de conviction que Jésus est le Messie, le Fils du Dieu vivant ; en échange de cette profession de foi Jésus confère à Pierre un pouvoir de lier et de délier sur terre et au Royaume des cieux. 

Les mots du Seigneur ressemblent beaucoup à ceux qu’Il utilise au lendemain de la Résurrection, lorsqu’Il donne aux Apôtres présents le pouvoir de remettre ou de retenir les péchés (Jn 20:23), mais ces pouvoirs se situent peut-être à deux niveaux différents.

De son côté, Pierre a le pouvoir de lier et de délier, de condamner ou de pardonner, mais aussi celui d’affirmer des vérités ou de réfuter des erreurs, de prendre des décisions importantes qui engageront l’Eglise tout entière. 

Les Apôtres, eux, auront aussi le pouvoir de remettre les péchés, et à leur suite les évêques et les prêtres ; mais ils ne manqueront pas non plus de collaborer avec Pierre dans l’approfondissement de la Vérité et dans les décisions à prendre. On verra ainsi au concile de Jérusalem que c’est l’avis de Jacques qui l’emportera, confirmant l’avis de Pierre (Ac 15:7-21). Saint Paul aura à son tour l’occasion d’évoquer un petit incident entre lui et Pierre à Antioche (Ga 2:11-14).

L’autorité de Pierre ne va pas sans la collégialité des Apôtres, et cette dernière ne diminue en rien le pouvoir magistériel du Prince des Apôtres. Ainsi, après l’Ascension, c’est Pierre qui propose d’élire un remplaçant à Judas qui a trahi, mais c’est l’ensemble de la communauté qui exprime à Dieu sa prière pour désigner Matthias (Ac 1:15-26).

Ici, à Césarée de Philippe, Jésus a - disons - posé la pierre de l’autorité pontificale. Mais Jésus n’a pas encore achevé sa mission : s’il forme les Apôtres et constitue peu à peu la Hiérarchie, l’Eglise n’éclora qu’après sa mort et sa résurrection, pour naître définitivement à la Pentecôte. Pour le moment, Jésus donne un ordre péremptoire aux disciples : ne dire à personne qu’Il est le Messie, bien évidemment parce que l’heure n’en est pas encore venue. Jésus a encore beaucoup de choses à dire, à faire, à expliquer concernant le Royaume des cieux ; en particulier, Il devra initier les Apôtres aux Sacrements, leur conférer l’ordination sacrée le Jeudi Saint, les préparer à sa passion, à la séparation définitive après l’Ascension…

On pourrait se demander pourquoi Jésus choisit Pierre plutôt qu’un autre ; pourquoi Pierre qui, malgré ses moments enthousiastes, devait connaître aussi plusieurs autres moments difficiles, au point que Jésus le “remit en place” par un vigoureux Arrière, Satan (quelques versets seulement après ceux d’aujourd’hui, 16:23, voir dimanche prochain), sans parler de son reniement. 

Jésus sait qu’après ces moments d’épreuve, Pierre deviendra chaque fois un peu plus fort, un peu plus convaincu, un peu plus conscient de sa mission. Le choix de Dieu n’est pas un signe automatique de sainteté de la personne : c’est simplement un mystère. Dieu sait à quel pécheur il confie telle ou telle mission ; ce n’est pas celle-ci qui sanctifiera automatiquement le pécheur, c’est à lui de toujours chercher à se perfectionner en vue de correspondre à sa mission. Le “choix” de la personne de Pierre n’a pas d’explications humaines : encore une fois, un mystérieux concours s’est opéré entre la grâce de Dieu et l’intelligence de Pierre, de sorte que ce dernier a été choisi par Jésus pour gouverner l’Eglise.          

Jésus a certainement donné beaucoup plus tôt à Simon ce surnom de Pierre (Rocher, Képha en araméen), comme le donne à penser l’évangile johannique (Jn 1:42), mais là comme ici Jésus nomme ainsi le Premier Apôtre dans un moment solennel, caractéristique de la mission de Simon-Pierre ; peut-être - mais ce n’est pas sûr du tout - est-ce en regard de cet épisode que les papes commencèrent à changer leur nom au moment de leur pontificat, à partir de Jean XII au 10e siècle.

Toujours est-il que Pierre non seulement reconnaît en Jésus le Messie promis, mais aussi Sa réalité divine : le Fils du Dieu vivant ! Aucun autre des Douze n’a eu cette parole : Pierre y a songé, Pierre l’a prononcée, le premier, selon toute vraisemblance.

 

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Pour le peuple de Dieu, l’immense foule des chrétiens, il s’agit d’aimer ce que (Dieu) commande, par la voix de l’Eglise et du Successeur de Pierre : l’expression est dans la Prière du jour. 

Dans un monde si changeant, où nous perdons si facilement l’orientation, notre étoile polaire sera toujours là où se trouvent les vraies joies, en écoutant la voix de Dieu, de l’Eglise, la voix de la Vérité.

 

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