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Dédicace de la basilique du Latran

 

 

En ce 9 novembre, nous célébrons une fête à la fois très importante et très méconnue : la Dédicace de la Basilique romaine Saint-Jean-de-Latran. Cette fête est même suffisamment importante pour qu’elle remplace la célébration du dimanche, en cas de coïncidence des deux dates (c’est le cas en 2014, et le sera en 2025, 2031, 2036, 2042…)

Le “Latran” doit son nom à la famille des Laterani, qui avait sa propriété dans la zone sud-est de Rome ; devenue propriété de l’empereur Constantin au 4e siècle, elle fut donnée aux papes, qui y résidèrent en effet pendant dix siècles, jusqu’à la “papauté en Avignon” ; une première basilique y fut alors construite, plusieurs fois reconstruite, qui s’appela Archibasilique du Saint Sauveur, puis fut dédiée aussi à Saint Jean-Baptiste, le Précurseur et Cousin de Jésus-Christ, tant il est vrai que le Pape, successeur de saint Pierre, doit préparer les âmes à recevoir le Christ, comme le fit Jean-Baptiste.

Cette basilique fut donc la cathédrale du Pape, qui est l’Evêque de Rome. Dès son élection le Pape “prend possession” de cette basilique ; il y célèbre chaque année la Messe du Jeudi Saint, au cours de laquelle il lave les pieds à douze personnes, soit prêtres, soit laïcs, comme le fit Jésus au cours de la Dernière Cène. Signalons aussi qu’au-dessus de l’autel de la chapelle du Saint-Sacrement, est conservée la Table de la Dernière Cène, cette Table-même où Jésus institua l’Eucharistie. 

Siège de l’Evêque de Rome, la basilique de Saint-Jean-de-Latran est donc en même temps la “Mère et Maîtresse de toutes les Eglises”. 

 

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Dans la première lecture, Ezéchiel raconte une vision : les termes précis qu’il utilise ont une signification spirituelle et mystique. 

Cette Eau qui jaillit dessous le Temple, ne signifie pas que le Temple est construit sur un sable mouvant ; c’est l’Eau de la Vie, l’Eau des Sacrements, du Baptême, de l’Enseignement divin. 

Se souvenant mal de ce récit, l’auteur du Coran a glosé en décrivant la récompense des Justes comme des jardins sous lesquels couleront les ruisseaux, où, immortels, ils auront des épouses purifiées (sourate 3,13).

L’eau qui descendait du côté droit a été commentée comme ce jaillissement de sang et d’eau qui sortit du côté du Christ, quand le centurion lui ouvrit le côté avec sa lance (cf. Jn 19:34). On le sait, les Pères de l’Eglise ont vu dans cette eau et ce sang l’allusion au Baptême et à l’Eucharistie.

L’abondance permanente des poissons et des fruits de ce Temple, évoque la richesse de la Grâce divine. En particulier on retiendra le nom mystique du Poisson, qui symbolisa le Christ : d’une part, parce que les lettres du mot grec (ichthus) signifient : Jésus Christ, Fils de Dieu, Sauveur ; d’autre part aussi parce que le poisson, même blessé ou amputé d’une partie de son corps, se reconstitue, conservant la Vie. Et le Christ, même mort physiquement, continue de nous donner la Vie par son Corps eucharistique.

 

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La version de la Bible de Jérusalem note que le psaume 45 est à chanter sur le hautbois, du moins avec un chalumeau tel qu’on en jouait au temps biblique.

Ce psaume oppose les eaux profondes agitées, et celles d’un fleuve calme et majestueux qui borde la Cité de Dieu.

Par cette image qui correspond à la cosmogonie ancienne, on imagine la terre ébranlée sur ses supports par une tempête dévastatrice, tandis que la Cité de Dieu reste stable et tranquille. Traditionnellement, les commentateurs y ont reconnu les agitations du monde et de la société, qui ne pourront jamais ébranler les fondements éternels de l’Eglise.

Cette confiance au Roc de l’Eglise doit nous aider à surmonter nos épreuves, par la certitude que, même dans la plus grave catastrophe, Dieu est là avec sa grâce et ne nous laisse jamais démunis.

 

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 Saint Paul reprend l’image de cette construction sainte. Il nous fait remarquer que les pierres de cette construction, c’est nous mêmes ! 

L’Eglise est une immense famille ; une construction doit sa beauté à la qualité de chacune des pierres qui la forment, et l’Eglise est d’autant plus belle que chacun de ses membres se montre tel que Dieu le désire.

Plus je rechercherai la perfection, plus l’Eglise sera resplendissante.

Quand saint Paul affirme qu’il a posé les fondations, ce n’est pas vanité de sa part : tout son enseignement repose sur la Résurrection du Christ et l’amour fraternel. Après, c’est à chacun de prendre garde à la façon dont il construit.

Nous sommes tous appelés à être d’authentiques temples, ce que s.Pierre appelle dans son épître des pierres vivantes (1P 2:4-5), formant l’unique Temple sacré, l’Eglise éternelle. 

 

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Jésus se rendit souvent dans le Temple de Jérusalem, la première fois à douze ans (cf. Lc 2:41sq). Au début de sa vie publique, il intervint sévèrement pour en faire retirer tout ce qui s’y vendait (cf. Jn 2:13sq). Bien sûr, les fidèles devaient bien se procurer ce qui était nécessaire aux sacrifices à offrir dans le Temple, mais peu à peu ce commerce s’était intallé à l’intérieur de la Maison Sainte, avec tout ce que cela pouvait comporter de conversations, marchandages, cris et disputes, et d’insanités malodorantes. Imaginons la Foire-Exposition de bestiaux à Versailles s’installer dans une de nos cathédrales !

Mais aux Juifs, Jésus précise que le vrai Temple de Dieu, c’est d’abord Lui-même, la Perfection humanisée, venu pour se faire Agneau et s’offrir en Sacrifice parfait. Et d’annoncer sa mort et sa resurrecction : Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai. 

Unie à ce Templs divin, l’Eglise, l’Epouse du Christ, est à son tour le temple de DieuUne telle “construction” sainte ne doit donc pas être profanée par n’importe quel marché à bestiaux, par n’importe quelle conversation, n’importe quelle conduite. 

 

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Faire la “dédicace” d’une église nouvelle est une cérémonie grandiose : l’évêque vient consacrer cet édifice pour en faire la maison de Dieu, le Lieu où se rendront les appelés, les Chrétiens, qui forment l’Ecclesia (“Assemblée”), là où seront célébrés les Sacrements, où sera proclamé l’Enseignement du Christ.

La fête de la Dédicace, c’est donc tout cela : c’est Dieu parmi nous, Emmanuel, Celui qui s’est révélé à nous comme “la Voie, la Vérité et la Vie”. Que cette fête soit une action de grâce pour cette Annonciation quotidienne, pour cette présence divine parmi nous. 

Mais qu’elle soit surtout l’occasion d’une réponse de notre part, d’une sanctification quotidienne ! Le bel édifice sacré de la présence de Dieu, ne doit pas laisser apparaître des pierres mal taillées !

C’est ce que veut dire la Prière du jour : Que le peuple ne cesse pas de progresser pour l’édification de la Jérusalem céleste, ou aussi celle après la Communion : Accorde-nous d’être le temple de ta grâce.

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La Commémoration de tous les Défunts

2 novembre

 

Note liturgique

Même quand ce jour est un dimanche, on célèbre la Messe des Défunts, ce qui exclut les lectures du dimanche «per annum» prévues ce jour-là. En 2014, on ne lit donc pas les lectures du 31e dimanche. Ce fut le cas précédemment en 2008, 2003, 1997, 1986, 1980, 1975.

Prochainement, le cas se répétera en 2025, 2031, 2036, 2042…

 

Concernant le calendrier lui-même

Ne confondons pas la fête du 1er novembre, qui est la foyeuse fête de tous les Saints du Paradis, et celle du 2 novembre, où l’on commémore tous les Défunts, dans l’espérance qu’ils rejoignent bientôt la vision de Dieu et la béatitude éternelle.

 

Au lendemain de la très belle fête de Tous les Saints, l’Eglise a pris l’habitude depuis l’abbé Odilon de Cluny (Xe siècle), de commémorer tous ceux qui nous ont récemment “quittés” pour rejoindre la Vie éternelle : les morts de nos familles, camarades, soldats, amis…

Bien avant saint Odilon déjà, les Chrétiens avaient coutume de penser à leurs défunts, qui continuent de faire partie de la famille au-delà de la mort. Jésus-Christ a eu une fois (cf. Lc 20:27-38) l’occasion d’affronter des Sadducéens au sujet de l’au-delà : ces derniers étaient réputés pour ne pas croire à la vie éternelle, et Jésus leur fit remarquer que Dieu s’était fait reconnaître comme le “Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob”, et donc que Dieu ne peut être un Dieu de morts, mais de vivants. C’était indirectement confirmer que la vie ne s’arrête pas à la fin de la vie biologique. 

Une tradition constante dans l’Eglise a été celle de prier pour les morts, d’offrir à Dieu des prières et des sacrifices pour aider ces morts à être entièrement purifiés avant d’entrer définitivement dans la gloire du Ciel.

 Le Catéchisme rappelle que Judas Maccabée fit une collecte et fit faire ce sacrifice expiatoire pour les morts, afin qu’ils fussent délivrés de leur péché (2 M 12,46). De là vient notre croyance en ce “lieu” de purification, qu’on a appelé le Purgatoire. Qu’il s’agisse d’un endroit particulier, ou d’un état transitoire des âmes des défunts, c’est difficile de le dire ; c’est une tradition de l’Eglise de parler d’un feu purificateur (voir Catéchisme, n.1031). 

Certaines “visions” plus tardives de grands Saints y ont clairement fait allusion, entre autres  celles de sainte Catherine de Gênes tout particulièrement (XVIe siècle). 

Du reste, on n’imagine pas que la moindre imperfection puisse s’infiltrer dans le Ciel ; et aussi il est certain que personne ne meurt dans un état d’âme parfaitement pur, comme le sont les Anges au Paradis ; telle fut donc de tous temps la pensée de l’Eglise, à l’origine des prières qu’on fait pour tous les défunts.

Saint Augustin précise aussi, et loue cette pieuse coutume, que les chrétiens priaient pour tous les morts, afin que ceux qui n’avaient laissé sur terre ni parents, ni enfants, ni amis ne fussent pas cependant délaissés. Où nous voyons que l’Eglise a toujours été cette bonne Mère attentive à tous ses fidèles.

Une autre coutume, d’origine espagnole, fit que, pour satisfaire aux nombreuses demandes de prières et de messes pour les défunts, les moines avaient pris l’habitude de célébrer plusieurs messes en ce jour. Coutume d’abord tolérée, puis véritablement autorisée en Espagne et au Portugal. Au lendemain de la première Guerre mondiale, le pape Benoît XV étendit cette pratique à l’Eglise universelle, en pensant aux morts de la guerre, aux nombreux prêtres qui étaient morts sans pouvoir célébrer les Messes qu’on leur avait demandées, mais aussi aux innombrables victimes de cette guerre affreuse. C’est depuis que les prêtres se sont accoutumés à célébrer en ce 2 novembre trois Messes, une aux intentions du Pape, une pour tous les Morts, une pour tel Défunt particulier.

Cette belle coutume s’est un peu affaiblie récemment, car diverses tendances théologiques se sont fait jour, restreignant d’une part la dévotion pour les “âmes du Purgatoire”, et développant d’autre part la pratique de la concélébration eucharistique. On a fait remarquer, avec une certaine justesse, que les prières et les Messes n’entraient pas dans une sorte de “compte mathématique” où le Bon Dieu établissait des additions et des soustractions pour déterminer à quelle date serait “délivrée” telle âme. Ceux qui ont connu le triste monde carcéral savent de quoi il s’agit, et Dieu notre Père est certainement en-dehors de cette vision terrestre des délits et des peines dues.

Il reste que les Apôtres ont bien reçu de Christ cette invitation solennelle à répéter Son Sacrifice et donc à multiplier les prières, en particulier pour les Morts, sinon Il n’aurait pas expressément dit : Faites ceci en mémoire de moi.

Comme l’Eglise nous propose aujourd’hui un choix immense de lectures, de psaumes, d’évangiles, on ne va pas ici les commenter ; si tel ou tel Internaute désire un commentaire plus approprié, qu’il en fasse la demande et on aura grand plaisir à lui répondre sur ce site.

Reste que nous unissons tous aujourd’hui nos prières pour tous les morts. Prions particulièrement pour ceux qui s’endorment loin de tous, dans la solitude, dans l’oubli général. Quand tel ami, telle personne connue quitte cette vie terrestre, les fidèles et les proches réunissent souvent beaucoup de dons pour faire célébrer des Messes, sans parler des abondantes couronnes de fleurs. Quand un pauvre homme s’éteint dans sa petite maisonnette, personne n’est là, tandis que c’est peut-être d’abord cet homme-là qui a besoin de nos prières. Il y a des chrétiens et des prêtres qui ont chaque jour cette pensée très fraternelle de prier pour tous ceux qui sont en ce moment en agonie, pour tous ceux qui mourront aujourd’hui.

Les Morts sont extrêmement sensibles à cette charité des Vivants envers eux-mêmes. Ayons tous cette fraternelle sollicitude, bien conscients que tous, Vivants et Morts, nous sommes une grande Famille dans laquelle toutes les prières forment un faisceau lumineux qui monte vers Dieu et retombe en grâces pour tous.

Que par la miséricorde de Dieu les âmes des Fidèles Défunts reposent en paix !

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La Croix Glorieuse

 

 

Exceptionnellement, ce dimanche 14 septembre nous n’avons pas la liturgie du “dimanche ordinaire” avec la couleur verte, ce qui se produit environ une fois tous les dix ans. C’est que la fête qui prend le dessus en ce jour est celle de la Croix Glorieuse. L’Eglise nous invite en ce moment à nous tourner vers la Croix du Sauveur pour exprimer à Dieu notre reconnaissance pour son Œuvre rédemptrice. Mais pourquoi ce mois-ci ?

La liturgie de la Semaine Sainte nous a fait participer à la souffrance et à la mort du Rédempteur : en relisant le texte de la Passion, en méditant sur le Sacrifice de la Croix, perpétué en chaque célébration eucharistique, nous nous sommes unis à ce Sacrifice qui nous a apporté la libération du péché et la Vie en Christ ressuscité.

Ce mois-ci, la fête de la Croix veut commémorer plusieurs événements historiques importants qui ont été l’occasion de grandes réjouissances. En voici un petit résumé.

Il y eut au IVe siècle la découverte (ou “invention”) de la Croix du Sauveur, grâce aux recherches effectuées par la mère de l’empereur Constantin, sainte Hélène, sur le lieu du Saint Sépulcre à Jérusalem. Un miracle retentissant aurait amené à l’identification de la Croix, parmi les trois retrouvées. Il y a quelques incertitudes historiques à ce sujet, tandis que l’on connaît la date (335) de la dédicace de la basilique de la Résurrection ou Anastasis que fit construire sainte Hélène sur ce lieu. Rappelons que sainte Hélène est vénérée le 18 août.

Mais cette dédicace sombra peu à peu dans l’oubli, lorsqu’en 628 l’empereur Héraclius rapporta à Constantinople la Croix presque intacte, que les Perses avaient dérobée lors de leur incursion. L’Eglise d’Orient célébra alors très solennellement l’Exaltation de la Sainte Croix. 

L’Eglise romaine avait aussi une fête en l’honneur de la Croix, dont elle possédait une importante parcelle dans la basilique Sainte Croix : cette basilique fut construite sur de la terre rapportée de Jérusalem par la même sainte Hélène, d’où le nom étonnant de cette basilique : Sainte Croix en Jérusalem. La relique s’y trouve toujours, on peut la voir et la vénérer : c’est un important fragment du Titulum Crucis, ce Titre portant une partie de l’inscription Jésus de Nazareth, Roi des Juifs. L’inscription est faite de droite à gauche, comme dans l’écriture hébraïque, ce qui en confirme l’authenticité. Il est fort regrettable que cette basilique, bien plus sobre dans son architecture que les autres basiliques romaines, mais bien plus riche quant à ce Trésor sacré, soit si peu fréquentée par les pèlerins.

La vénération de ce Bois Sacré remonte donc à des faits historiques anciens. On retiendra bien que cette vénération s’adresse très évidemment à notre Sauveur, et qu’en vénérant cette Croix, en y exprimant même des signes de réelle adoration, c’est à la Personne Divino-humaine (théandrique) que vont ces honneurs, parce que la Sainte Croix se trouve en quelque sorte assimilée à Celui qui y fut attaché.

D’autres dates ont été retenues pour ces commémoraisons, au cours des siècles ; mais celle-ci s’est imposée en raison d’une autre coïncidence. On trouve en effet dans le Lévitique cette injonction de Yahwé : 

Le dixième jour du septième mois {donc en septembre, car dans l’Ancien Testament, la nouvelle année correspondait à notre mois de mars}, c’est le jour des Expiations (Lev 23:27), le fameux Yom Kippour célébré chez les Juifs. Le quinzième jour de ce septième mois, il y aura pendant sept jours la fête des Tabernacles pour le Seigneur (Lev 23:34). 

Cette fête des Tabernacles (ou des Tentes) s’achève d’ailleurs par un rite bien significatif : les Juifs se rassemblent par famille ou entre amis sous un même voile, rappelant les huttes de leurs ancêtres, car, dit aussi Yahwé, j’ai fait habiter sous des huttes les enfants d’Israël quand je les ai fait sortir du pays d’Egypte (ibid. 43). 

C’est cette même fête que choisit Salomon pour célébrer la dédicace du Temple (1Rois 8).

C’est encore cette même fête que l’auteur de l’épître aux Hébreux prend comme référence pour interpréter le sacrifice du Christ (He 9:6-12), et c’est aussi en la fête des Tentes que Jésus déclara : Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi (Jn 7:37). 

Ce texte en appelle un autre : Quand j’aurai été élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à moi - En parlant ainsi il indiquait de quelle mort il devait mourir (Jn 12:32-33). 

Notre fête actuelle s’insère donc aussi dans un contexte éminemment biblique. 

On pourra encore remarquer ici que, quand l’évangéliste Jean dit que le Verbe s’est fait chair et a habité parmi nous (Jn 1:14), il utilise un mot qu’on pourrait tout-à-fait traduire par : planter sa tente ; de là vient que souvent le tabernacle de nos églises ait la forme d’une tente.

La Croix, instrument d’un supplice ignominieux, devient un signe de force et de fierté depuis qu’elle a porté sur elle notre Sauveur. Signe honteux, elle est devenue signe de victoire sur la mort, de Vie, de Résurrection, de Foi.  

La croiser à un carrefour, la contempler dans un sanctuaire, la marquer sur soi-même comme prière, est toujours un réconfort : le Christ mort et ressuscité est là, avec nous. 

Le Signe de la Croix synthétise l’essentiel de notre Foi : par le mouvement vertical, nous rappelons que Dieu s’est incarné parmi nous ; par le mouvement horizontal, nous rappelons que Christ est mort en croix pour nous. 

Un mot encore, à propos de nos chers frères dans l’Orthodoxie, dont on dit qu’ils font le signe de la Croix “à l’envers” ; le mot n’est pas exact, leur tradition est simplement un peu différente : lorsque le prêtre ou l’évêque donne la bénédiction, il fait le même signe que chez les catholiques (de gauche à droite), mais les fidèles font un geste de droite à gauche pour recevoir ce signe exactement dans le même sens qu’ils le voient faire en face d’eux par le ministre, d’où la différence. A cela s’ajoute que les Orthodoxes ont coutume de se signer en joignant les trois premiers doigts de la main, en signe de l’unité trinitaire : très beau geste que nous serions bien inspirés d’accepter aussi dans nos régions.

La Croix ! Que d’usages on en fait, jusque dans certaines modes de pendentifs ou de tatouages à caractère malheureusement pas vraiment chrétien. On dirait que, malgré l’athéisme et l’indifférence de notre époque, on n’arrive pas à se passer de la Croix. En vérité, on ne peut pas vivre sans Croix : la vie humaine est semée de croix à porter, parfois douloureuses et mêmes très pénibles ; mais surtout, comme les douloureuses épines du magnifique rosier, ces croix nous préparent à la Résurrection finale, dans la joie de la Vie retrouvée.

Saint Albert le Grand (1206-1280) écrivait : Ce sacrement (eucharistique) est le fruit du Bois de la Vie ; celui qui en prend avec les sentiments d’une Foi sincère ne goûtera pas la mort éternelle

De l’arbre vivant dont Adam mangea le fruit dans la désobéissance, sortit la mort pour lui et tous ses descendants. Cloué et enté sur le bois mort de la Croix, le véritable Arbre de Vie, Jésus, redonne à ce Bois la Vie, dont tous nous devons manger le fruit dans le Sacrement de l’Eucharistie. L’Arbre mort de la Croix devient désormais le signe de la Victoire sur le Mal. La Croix est maintenant et pour toujours le signe de la Bonne Nouvelle, Ev-angelion, l’Evangile de la Victoire.

O Crux, ave, spes unica : Salut, ô Croix ! notre unique espérance !

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Fête de l’Assomption

 

Au cœur de nos mois d’été, nous fêtons la solennité de l’Assomption de Marie, une fête qui, ne l’oublions pas, a aussi le rang de fête d’obligation. 

La fête elle-même remonte au 7e siècle ; en France le pieux roi Louis XIII en fit la fête nationale, reprise par la Restauration, après une éphémère fête de s.Napoléon, martyr, instituée durant le premier Empire, aux fins que chacun peut deviner. 

Mais l’Assomption de Marie est aussi un dogme, c’est-à-dire un article de foi, que l’Eglise nous demande de croire au même titre que nous croyons au dogme de la Sainte Trinité. Ce dogme de l’Assomption est le plus récent de tous : ce n’est qu’en 1950 que Pie XII le proclama par la bulle Munificentissimus Deus, reprise par le Concile de Vatican II. En réalité, un mouvement universel des épiscopats avait exprimé au Pape leur désir que fût solennellement définie cette vérité.

Que nous demande donc de croire la Sainte Eglise ? - que la Vierge immaculée fut élevée corps et âme à la gloire du ciel, et exaltée par le Seigneur comme la Reine de l’univers. Certains esprits ont parfois cherché à aller plus loiin : Marie est-elle morte, ou pas ? Il n’a pas manqué, en effet, de théologiens, et d’illustres, qui supposaient sincèrement que la Mère de Dieu fût exempte de la mort physique.

On ne va pas ici reproduire les volumes entiers qui ont été écrits sur ce sujet théologique. Une étude synthétique paraîtra probablement un jour sur notre site à ce sujet. Un des arguments les plus forts à propos de cette “vérité” est tout simplement celui-ci : si Marie a suivi Jésus si fidèlement, si elle a voulu participer si intimement à Sa passion et à Sa mort au point qu’elle ait reçu le titre de Co-rédemptrice et de Reine des Martyrs, on ne voit pas pourquoi elle aurait été exemptée de mourir comme son Fils, pour “ressusciter” comme Lui immédiatement après et être ainsi “assumée”, portée au ciel, pour y retrouver son divin Fils glorieux.

«Ressusciter» est le terme qu’on attribue traditionnellement à Jésus-Christ ; «Assomption», en revanche, concerne Marie, qui n’est pas montée d’elle-même au Ciel, mais y fut portée par les Anges.

 

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Le vœu que fit Louis XIII était d’honorer notre Mère dans tout le royaume de France, par une procession organisée dans chacune des paroisses. Mais de même qu’un jour “le combat cessa faute de combattants”, nos processions ont cessé faute de croyants. 

Mais si nous le voulons bien, rien ne nous empêchera de prendre notre voiture et d’aller faire un petit pélerinage en quelque lieu marial pour y prier la Mère de Dieu : nous l’invoquerons pour notre pays, pour nos “dirigeants”, pour tous les diocèses consacrés à Marie glorifiée en son Assomption, pour toutes les Marie qui portent ce doux nom.

 

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On pourra ici relever deux “détails historiques” qui ont marqué la proclamation du dogme de l’Assomption.

1. Il y avait à Rome, dans les années quarante, un homme de religion adventiste, mais athée fanatique et convaincu, dont l’unique rêve était de tuer ce pape marial qu’était Pie XII et qui avait cette “vilaine” intention de proclamer le dogme de l’Assomption ; la décision était bien arrêtée, le couteau prêt, rien ne manquait, que l’occasion. Mais voilà qu’un beau soir d’avril 1947, notre homme se trouve comme “terrassé” par une vision de la Madonne ; depuis, ce “voyant” se convertit, alla remettre humblement au pape son couteau et se fit le héraut de la Vierge Marie. Ces apparitions des “Trois Fontaines” à Rome ont donné naissance à un pélerinage, pour lequel l’Eglise a concédé la permission de célébrer sur place la sainte Messe.

2. L’autre fait, non moins historique que le précédent, remonte à la veille de la proclamation du même dogme, donc le 31 octobre 1950. Ce que vit alors Pie XII, celui-ci le révéla lui-même quelques jours après à tous les cardinaux romains réunis : regardant le soleil couchant depuis sa fenêtre, il vit alors le soleil se déplacer, “danser” dans le ciel comme au jour de l’apparition de Marie à Fatima le 13 octobre 1917. Très lié personnellement à Fatima, Pie XII comprit que Marie voulait lui manifester ce “signe” privilégié juste au moment où il s’apprêtait à proclamer le dogme de l’Assomption, comme pour illustrer le mot de l’Apocalypse : Un grand signe parut dans le ciel : une femme enveloppée du soleil, la lune sous ses pieds, et une couronne de douze étoiles sur sa tête (Ap 12:1).

 

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Le Mystère de l’Assomption est le quatrième de nos mystères glorieux du traditionnel chapelet. Prenons quelques minutes de notre journée pour repenser à la douce mort de Marie entourée des Apôtres, à la délicate présence des Anges autour d’elle venus la porter triomphalement vers son Fils Jésus, dans la gloire céleste, où elle règne près de Lui, et continue de coopérer avec Lui pour l’Eglise et pour le salut de chacun d’entre nous.

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Présentation

  • : Le blog de samuelephrem
  • : Plus de 9000 notices de Bienheureux et Saints. Ont été successivement illustrés : - Les personnages bibliques de l'ancien et du nouveau Testaments. - Tous les Saints et Bienheureux reconnus, depuis les débuts de l'Eglise jusqu'aux derniers récemment proclamés. En outre, des commentaires pour tous les dimanches et grandes fêtes (certains devant être très améliorés). Sur demande, nous pourrons vous faire parvenir en plusieurs fichiers pdf l'intégralité du Bréviaire romain latin, "LITURGIA HORARUM", qui vous permettront d'éviter beaucoup de renvois fastidieux, notamment pour les périodes de Noël et Pâques. Les textes sont maintenant mis à jour selon le nouveau texte de la Nova Vulgata (ed. 2005). Nous avons aussi le Lectionnaire latin pour toutes les fêtes du Sanctoral, sans renvois, également mis à jour selon le texte de la Nova Vulgata. Bienvenue à nos Lecteurs, à nos abonnés, avec lesquels nous entamerons volontiers des échanges. Bonne visite !
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