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23 février 2013 6 23 /02 /février /2013 00:00

 

2e dimanche de Carême - année C

 

Des trois textes sacrés proposés à notre méditation aujourd’hui, celui de la Transfiguration est peut-être le plus connu, tandis que celui de la Genèse où Abraham s’entretient avec Dieu Lui-même, est assez mystérieux.

L’évangile de la Transfiguration doit être mis dans le contexte de l’Evangile de Luc : Jésus vient d’annoncer aux Apôtres sa prochaine Passion, et leur a rappelé la nécessité de prendre sa croix chaque jour (Lc 9,23), leur annonçant aussi leur récompense finale pour leur fidélité (ibid., 24) ; et d’ajouter aussi (ibid., 27) que certains d’entre eux ne goûteront pas la mort avant d’avoir vu le Royaume de Dieu.

Cette attitude de Jésus veut rassurer les Apôtres, car ils pouvaient être effarouchés par l’annonce de cette “Passion”. La souffrance n’est jamais une grande joie, et le Christ tient à anticiper la participation de ses Apôtres à Sa gloire, pour les aider à accepter les souffrances qui la précéderont. Trois d’entre eux vont ainsi avoir le privilège de voir quelque chose du Royaume de Dieu.

Huit jours après, donc, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, ceux-là mêmes qui seront avec lui au Jardin des Oliviers. Les Douze ne sont pas tous là : le moment est très solennel, très intense, et Jésus choisit ceux d’entre eux qui pourront au mieux saisir l’importance de l’événement.

On s’étonnera que ces trois Apôtres, au Thabor comme à Gethsémani, soient accablés de sommeil, alors que leur mission sera de témoigner plus tard de cette extraordinaire Transfiguration, comme de l’Agonie de Jésus. Notons bien qu’ils se sont réveillés, et qu’ils n’ont pas raconté (comme les soldats qui gardaient le tombeau du Christ) que ces événements eurent lieu pendant qu’ils dormaient (Mt 28,13). Pierre l’attestera dans son épître (2P 1,16).

Les Apôtres voient et entendent donc Moïse et Elie, ceux qui, par excellence, ont transmis et confirmé la Loi de Dieu au peuple d’Israël. Ils sont là, avec Jésus, pour attester que toute la Loi et les Prophètes trouvent leur accomplissement en ce Jésus qui est là ; et Dieu fait entendre Sa Voix : Ecoutez-le, comme pour dire : ce Jésus de Nazareth, c’est bien Celui que vous ont annoncé Moïse et les Prophètes ; Lui qui vous a parlé pendant trois années, il va bientôt mourir à Jérusalem, puis ressusciter - c’est bien Lui que vous devez suivre, imiter, prêcher.

On imagine la stupéfaction des Apôtres. Pierre, avec sa spontanéité coutumière, propose qu’on fasse trois tentes pour abriter Jésus, Moïse et Elie ; il ne pensait pas à ce que sont nos tentes de camping modernes, mais à une sorte d’abri solennel, où ces trois Personnages auraient été à l’honneur, comme on le fait avec des niches pour mettre en valeur des statues, et comme nous le faisons avec le Tabernacle pour l’Eucharistie. D’ailleurs il parle de tentes pour Jésus, Moïse et Elie, par pour lui et les deux autres apôtres.

Mais comment faire ces tentes, cher Pierre, sur cette haute montagne, en pleine nuit ? En effet, il ne savait pas ce qu’il disait, simplement il goûtait la douceur de cette sainte présence, il était ravi en extase en entendant parler Moïse et Elie avec Jésus. Qu’aurions-nous trouvé à dire, nous autres, en pareille circonstance ?

 

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A la suite des Apôtres, Paul rappelle aux Philippiens que c’est bien ce Jésus crucifié et glorifié qu’il faut suivre, Lui qui introduira notre corps de misère dans sa propre gloire céleste. Car notre espérance doit être le Christ et son Royaume céleste : indirectement, nous retrouvons ici l’une des trois tentations du Christ au désert, où le Démon présentait à Jésus tous les royaumes de la terre, et Jésus lui répondait : Tu adoreras Dieu seul (Lc 4,8). Bientôt, Il répondra encore à Pilate : Mon Royaume n’est pas de ce monde (Jn 18,36).

A notre époque, on voit se multiplier les activités de “body-building” et de “fitness”, les opérations plastiques, sans parler des tatouages et des piercings les plus variés, où tant de gens vont modeler leur corps dans l’espérance de trouver l’apparence “parfaite”. Fausse espérance ! Tant d’efforts, tant d’argent, tant de temps pour ce corps de misère, dont il ne restera rien dans peu de temps, alors que la vraie Espérance nous conduit à l’autre Monde, dans la Gloire de Dieu.

Saint Paul dit aussi que, pour certains, leur Dieu, c’est leur ventre. On pourrait interpréter l’expression de plusieurs façons : l’Apôtre peut nous faire penser à la gourmandise, ou aux innombrables “lois” juives sur l’alimentation, dont se glorifiaient les Pharisiens ; peut-être fait-il aussi allusion à la gloire que les Juifs ont mise dans le rite de la circoncision, tombé en désuétude depuis le saint rite du Baptême chrétien. Paul rappelle que notre gloire n’est pas dans ces pratiques de la terre, mais dans la Croix et la Résurrection du Christ.

 

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Il nous reste à comprendre ces mystérieux rites auxquels se livre Abraham - qui s’appelle encore Abram - après avoir parlé avec Dieu. Ils ont leur signification : les contractants passaient entre les victimes et en appelaient sur eux le sort en cas de transgression des engagements ; ici, Dieu seul passe dans cette flamme de feu, car c’est Lui qui s’engage dans la Promesse faite à Abram. 

Le feu ! c’est aussi le feu que contemplera Moïse dans le Buisson ardent, le feu qui guidera Israël dans la colonne de feu au désert, le feu qui “fumera” sur le Sinaï, le feu enfin qui apparaîtra en langues au jour de la Pentecôte. 

A la fidélité d’Abram, Dieu promet une longue descendance, un saint héritage, toute la procession des Croyants, toute l’Eglise future.

 

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Dans notre vie, il est très souvent difficile de rester en contact avec cette Espérance ; notre attention est sans cesse ramenée vers la terre. C’est pourquoi, pour écouter le Fils bien-aimé, notre prière est de demander aujourd’hui à Dieu de purifier notre regard, pour nous réjouir de contempler (Sa) gloire.

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Published by samuelephrem - dans Homélies - année C
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16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 00:00

 

Premier dimanche de Carême - année C

 

Nous sommes entrés dans la période du Carême qui nous prépare à la grande fête de Pâques.

Tous ne savent pas que le mot Carême vient du latin Quadragesimus, au féminin Quadragesima (Quarantième), parce que le premier jour de cette période est le quarantième jour avant Pâques. Le Carême symbolise les quarante années pendant lesquelles le peuple d’Israël traversa le désert avant de pénétrer dans la Terre Promise, et aussi les quarante jours de jeûne que vécut Notre-Seigneur au début de sa vie publique, et dont il sera question dans l’évangile.

Des quarante-deux jours que comprennent les six semaines du Carême, les six dimanches doivent rester «festifs», car le Jour du Seigneur ne doit pas être un jour de tristesse ou de pénitence. Les trente-six jours restants ont donc été complété par quatre jours, ce qui fait que le Carême commence dès le mercredi précédent, le Mercredi des Cendres.

Le Mercredi des Cendres et le Vendredi Saint sont des jours de jeûne et abstinence, c’est-à-dire qu’on n’y fait qu’un repas et qu’on s’abstient de viande, du moins pour les personnes en âge de le faire sans inconvénient pour leur santé (pratiquement de dix-huit à soixante-cinq ans, exception faite pour les malades). Les autres vendredis de Carême sont aussi des jours d’abstinence. 

On va revenir plus loin sur ces «pénitences». Lisons d’abord les lectures de ce jour.

 

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Dans le livre du Deutéronome, Moïse prescrit aux Hébreux un rite par lequel il faudra offrir à Dieu une partie de la récolte.

Ce rite constitue une action de grâce pour ce que Dieu a donné. A l’occasion de la récolte, chaque individu du peuple hébreu doit se souvenir de ce que Dieu a fait en faveur de son peuple.

La formule est solennelle, c’est une véritable profession de foi envers le Dieu créateur, le Dieu sauveur, le Dieu protecteur. Cette profession se lit lors de la célébration du repas pascal chez les Juifs. Il est même prescrit de la réciter en hébreu. Philon d’Alexandrie (1) ajoute que, si l’offrant ne connaît pas le texte par cœur, il devra écouter le prêtre réciter ce magnifique et admirable cantique.

Le même Philon explique que ces prélèvements offerts ne font que rendre à Dieu ce qui est faveur de sa part. Ils enseignent à ne pas garder pour soi tous les gains, à pratiquer la vertu d’humanité, à s’exercer à la maîtrise de soi. Ils sont nécessaires pour que les prêtres reçoivent des ressources en échange des services qu’ils assurent. 

Par ce rite, Moïse invitait les Juifs à ne jamais oublier la bonté de Dieu, mais aussi à savoir retrancher quelque chose de leurs biens, à ne pas tout garder pour soi.

Or, c’est justement là une des dimensions spirituelles du Carême : s’ouvrir aux autres, à notre prochain, savoir donner à qui est dans le besoin. 

 

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Si le Juif devait rendre grâce à Dieu pour avoir fait sortir Israël de l’esclavage de l’Egypte, à son tour le Chrétien doit rendre grâce à Dieu d’avoir ressuscité Jésus de la mort. Car la résurrection du Christ, c’est la victoire de la Vie sur la Mort, de la Lumière sur les Ténèbres, du Bien sur le Mal. Toute l’histoire du Salut, inaugurée dans l’Ancien Testament, se réalise pleinement dans la Résurrection du Christ. Et dans la Résurrection, ce n’est pas seulement le Christ qui est Vainqueur, mais toute l’humanité qu’Il a assumée par son Incarnation : le corps humain qu’Il a pris de nous, c’est notre corps qui, par Lui, est mort, puis est ressuscité. La victoire du Christ, c’est en même temps notre victoire. 

Voilà ce que nous sommes appelés à croire, quand nous disons «Jésus est Seigneur». 

 

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Le psaume 90 sur lequel nous avons à méditer fait allusion à cette confiance totale du croyant en Dieu sauveur. La Louange des Heures fait prier les prêtres et les diacres chaque dimanche soir avec ce psaume.

On y notera l’allusion claire à l’Ange gardien que Dieu dépêche auprès de chacun de nous. 

Des Anges, l’actuel Catéchisme de l’Eglise Catholique nous rappelle qu’ils sont des créatures purement spirituelles, incorporelles, invisibles et immortelles ; ce sont des êtres personnels, doués d’intelligence et de volonté. Contemplant sans cesse Dieu face à face, ils le glorifient ; ils le servent et sont ses messagers pour l’accomplissement de la mission de salut de tous les hommes. (Abrégé du Catéchisme, n.60).

Saint Basile le Grand écrit que chaque fidèle a à ses côtés un ange comme protecteur et pasteur pour le conduire à la vie.

C’est de ce psaume qu’est tiré le verset auquel fait allusion le Diable, quand il vient tenter le Christ au désert. 

 

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Pourquoi donc le Christ a-t-il besoin de «faire pénitence», de jeûner ? N’est-il pas Dieu, n’est-il pas parfait ? 

Ce n’est pas en tant que Dieu, que le Christ jeûne, ni même en tant qu’Homme parfait, mais en tant qu’il a pris de nous cette nature humaine faible, mortelle, pour la porter à la perfection de la Résurrection. Cette nature humaine, il va nous enseigner à la dominer, à la perfectionner.

Pendant les quarante jours que Jésus passe au désert, il doit aussi faire face à trois «tentations», pour nous enseigner comment lutter contre les tentations du Démon, ainsi que nous l’explique la Préface de ce 1er dimanche de Carême : 

Lorsqu’il déjouait les pièges du Tentateur, il nous apprenait à résister au péché, pour célébrer d’un cœur pur le mystère pascal, et parvenir enfin à la Pâque éternelle. (2)

Il est à remarquer que les traducteurs ont préféré rendre le latin antiqui serpentis par Tentateur, pour ne pas heurter les oreilles et les cœurs trop sensibles à l’antique serpent, tel qu’il se montra à Adam et Eve (Gn 3:1-15).

Dans la première tentation, le Christ nous montre comment avoir l’esprit détaché des nourritures et de toutes les choses terrestres ; comment, par exemple, nous contenter de ce que nous avons, ne pas nous plaindre, ne pas jalouser ceux qui ont ou qui font davantage, etc.

Dans la deuxième tentation, le Christ nous rappelle que toute la richesse et la puissance du monde ne sont rien, devant notre Créateur, l’Unique que nous devons adorer. Ici, nous rejoignons la prière et l’action de grâce du Deutéronome de tout-à-l’heure : tout appartient à Dieu, tout nous vient de Dieu.

Dans la troisième tentation enfin, nous apprenons de Jésus comment il faut résister à la fausse gloire, à la vanité humaine. Certes, Jésus pouvait se jeter sans danger au bas de la montagne, comme le lui dit le Démon citant le psaume de tout-à-l’heure, mais il n’en avait aucun motif ; si Jésus devait faire des miracles, c’était pour prouver sa Divinité aux hommes, tandis qu’ici au désert, c’était absolument vain. 

On a parfois ajouté que ces trois victoires de Jésus sur le Tentateur, représentaient la consécration religieuse par les trois vœux de pauvreté, chasteté et obéissance, par lesquels on s’engage à renoncer aux jouissances terrestres et on s’engage dans la voie de l’humilité.

Quelques observations complèteront cette petite méditation.

En premier lieu, l’évangéliste dit que Jésus ne mangea rien durant ces jours-là. Que Jésus n’ait absolument rien mangé de substantiel, aucun plat cuisiné, est possible, puisque l’évangéliste le dit, mais il est plus que probable que Jésus ait bu de l’eau, sans quoi il n’aurait pas pu rester en vie dans le désert. Peut-être aussi que, comme Jean-Baptiste, il se nourrit de sauterelles et de miel sauvage (Mt 3:4), qui ne représentent pas une nourriture extrêmement abondante et riche, mais au moins pouvaient tromper la faim sans le tenter de gourmandise…

Mais pourquoi donc faut-il particulièrement «jeûner», se priver ? Nous avons la réponse dans le chant d’une Préface de Carême, la quatrième de celles proposées dans le Missel, particulièrement réservée au Mercredi des Cendres : 

Tu veux, par notre jeûne et nos privations, réprimer nos penchants mauvais, élever nos esprits, nous donner la force et enfin la récompense. (3)

On remarquera d’abord que le mot latin vitia est traduit par penchants mauvais, ce qui peut être un peu faible. Le Catéchisme, déjà cité, définit les vices des habitudes perverses, et nomme : orgueil, avarice, envie, colère, luxure, gourmandise, paresse. (n.398)

Rappelons encore une fois que Jésus n’a pas à réprimer de vices dans sa nature parfaite ; mais il nous montre comment combattre les nôtres.

Nous avons tous en nous les racines des vices ; tour à tour, ceux-ci se manifestent d’une façon plus ou moins évidente ou violente, selon que ce monde nous domine plus ou moins et nous fait oublier notre vocation à la Vie éternelle.

Jésus nous montre que, de temps en temps, le jeûne, accompagné d’une prière plus intense, peut efficacement nous aider à méditer, à réfléchir, à nous amender.

Il a même précisé que telle espèce de démons ne peut être évacuée que par la prière et par le jeûne (Mt 17:21) (4).

 

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Comment vivrons-nous donc notre Carême ? 

Une fois passée la journée du Mercredi des Cendres, rappelons-nous, le vendredi, de ne pas manger de viande, en souvenir de la mort de Jésus, Agneau innocent, pour racheter tous nos péchés.

Les autres jours, sachons avec prudence retrancher quelque chose de nos habitudes, sans préjudice à notre santé : si nous pouvons nous abstenir de confiture, c’est bien ; mais ne serait-ce pas mieux encore de nous abstenir… de la télévision, de diminuer notre tabac ? Si nous désirons faire une aumône, cela aussi est bon ; mais peut-être que nous ferons encore mieux de chercher à nous réconcilier avec un parent, avec un collègue… 

Il y a mille autres choses que nous pouvons chercher à corriger, en signe de conversion intérieure, comme par exemple ranger notre intérieur, rendre de petits services aux parents ou à des personnes seules, visiter des malades ou des vieillards… S’efforcer de sourire même quand on subit quelque contrariété… Eviter de se plaindre !

Quarante jours, ce n’est pas long. Quelques petits efforts généreusement offerts nous procureront une grande paix intérieure, et nous amèneront à célébrer réellement la Résurrection : 

Si nous mourons avec Lui, avec Lui nous vivrons. (2Tm : 2-11).

1 Le philosophe juif Philon d’Alexandrie vivait au 1er siècle de notre ère ; il a largement commenté les Ecritures ; ici, on se réfère à son commentaire sur la législation de Moïse (De specialibus legibus).

2 Texte latin : Omnes evértens antíqui serpéntis insídias, ferméntum malítiæ nos dócuit superáre, ut, paschále mystérium dignis méntibus celebrántes, ad pascha demum perpétuum transeámus.

3 Texte latin : Corporáli ieiúnio vítia cómprimis, mentem élevas, virtútem largíris et prǽmia.

4 Curieusement, ce verset est parfois omis, même dans la version officielle actuelle de la Vulgate.

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9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 00:00

5e dimanche ordinaire - C

 

Les textes d’aujourd’hui nous parlent de l’appel de Dieu et de la vocation apostolique. Dimanche dernier, Jésus a inauguré sa prédication à Nazareth et, après quelques guérisons déjà, appelle maintenant ses premiers disciples, qui seront les Apôtres.

On connaît un peu Simon-Pierre : un homme spontané, vif, sincère. Aujourd’hui, on le voit épuisé, après une nuit de vain labeur, qui s’entend dire par Jésus… de repartir pêcher. N’importe lequel d’entre nous aurait sans doute réagi négativement : Ah non, toute la nuit pour rien ! je vais me reposer ! Pierre est tout autre : plein de respect et de foi, sur ta parole, dit-il, il reprend ses filets, ses rames, et repart. 

Pierre a eu foi en la parole, en la Parole de Dieu, et en reçoit la récompense immédiate. Mais Jésus ne s’arrête pas à ces poissons matériels : Pierre pêchera des âmes, convertira des masses ; dès le jour de la Pentecôte, trois mille hommes se feront baptiser (Ac 2:41)…

L’obéissance de Pierre se double d’un saint exemple de profond respect devant la Divinité ; il se sait pécheur, il se sent indigne de la faveur qu’il vient de recevoir ; Éloigne-toi de moi , dit-il, comme plus tard le Centurion : Je ne suis pas digne de te recevoir (Lc 7:6). C’est la même démarche que nous sommes invités à faire au début de chaque cérémonie eucharistique, durant l’acte pénitentiel : demander pardon doit être le premier acte de notre prière à Dieu.

Jacques et Jean aussi sont saisis de cette sainte crainte, mais c’est à Pierre, parce qu’il devra être le chef de l’Eglise naissante, que Jésus promet de pêcher des hommes, parce que c’est dans l’Unité de Pierre que se retrouve tout le collège apostolique et toute l’Eglise catholique.

Pierre, Jacques et Jean n’ont plus d’hésitation : ils laissent tout et suivent Jésus. Ils ont entendu l’appel de Dieu dans leur cœur, ils y répondent généreusement. Ils auront encore des tentations (Lc 9:46 ; 22:24 ; Mt 20:21 ; Mc 10:37), des faiblesses (Lc 22:45 ; Mt 26:56 ; Lc 22:57-60), mais leur combat les conduira à la gloire du martyre et à la récompense céleste.

L’attitude de Pierre n’est pas sans rappeler celle du prophète Isaïe. Ce dernier aussi est saisi d’une sainte crainte après avoir vu la gloire de Dieu, puis, quand Dieu l’a rassuré et “purifié”, il s’offre spontanément pour aller parler au nom de Dieu. 

Ce passage de l’Ecriture est à l’origine du plus ancien chant liturgique que nous répétons chaque fois à la messe : Saint, Saint, Saint, le Seigneur Dieu de l’univers (1).

Aux Corinthiens, Paul montre à son tour les mêmes sentiments d’indignité devant la sublimité de l’appel de Dieu. Il se sait pécheur, car il a d’abord persécuté l’Eglise ; mais Dieu lui a pardonné, il est apôtre par la grâce de Dieu. On sait que l’apostolat de Paul a couvert tout le nord du bassin méditerranéen, de la Palestine à l’Espagne, mais Paul ne s’enorgueillit pas pour cela : c’est la grâce de Dieu avec moi et son premier souci est de rappeler les Corinthiens à l’unité de la foi autour de Pierre. 

Historiquement, Jésus ressuscité apparut d’abord à Marie-Magdeleine, mais Paul insiste à dire que Jésus est apparu à Pierre avant les autres Apôtres. Bien qu’on ait parfois opposé Paul à Pierre, on voit bien que Paul n’a aucune objection envers le primat que Pierre a reçu du Christ.

La prière d’Isaïe, de Pierre, de Paul, se retrouve dans le beau psaume 137, un des derniers de David. Il y exprime la louange en présence des anges qui chantent - on l’a vu plus haut - Saint, Saint, Saint ; il y invoque l’humble supplication exaucée : le jour où tu répondis à mon appel, tu fis grandir en mon âme la force ; il fait allusion aux rois mages venus adorer Jésus dans la crèche et à tous les rois chrétiens : Tous les rois de la terre te rendent grâce ; enfin il confie à Dieu la victoire de l’apostolat : Ta droite me rend vainqueur ; n’arrête pas l’œuvre de tes mains

Notre liturgie a parfois un peu de mal à bien mettre en évidence le chant méditatif du psaume ; peut-être qu’une lecture calme, discrète, par un lecteur bien préparé, pourrait nous aider à nous en imprégner mieux. Pensons que Jésus lui-même a chanté ce psaume, a fait sienne cette prière de David. 

Enfin on n’oubliera pas cette parole si consolante de Jésus à Pierre, et qu’il répétera tant et tant de fois dans l’Evangile : Sois sans crainte. La présence de Jésus est toujours pacifiante : toute angoisse est d’abord une absence de Jésus. Avant la communion, toujours, le Prêtre nous dit, comme Jésus : La Paix soit avec vous. L’évêque, successeur des Apôtres, salue toujours ainsi les fidèles en début de célébration.

En toute circonstance, devant toute difficulté, recourons à cette prière confiante à l’Auteur de la paix, dont la grâce est notre unique espoir (Prière du jour).

 

1 En réalité : “Dieu des armées”, vrai sens de Sabaot, car les anges sont “l’armée” de Dieu.

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2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 00:00

4e dimanche ordinaire - C

 

 

Nous lisons aujourd’hui quelle fut la réaction des auditeurs de Jésus à la synagogue de Nazareth, après la lecture et le commentaire qu’Il en fit, dans le récit de dimanche dernier. Comme partout, il y a les admirateurs, ceux qui refusent l’annonce et les sceptiques : ceux qui sont “pour”, ceux qui sont “contre”, et les neutres, qui ne se prononcent pas.

 

Ceux qui accueillent favorablement la parole de Jésus, seront ses disciples, les futurs apôtres, les membres de l’Eglise naissante. 

Ceux qui ne l’accueillent pas, sont ceux qui persécutent et persécuteront Jésus : ceux qui déjà aujourd’hui l’expulsent de la synagogue et veulent le faire périr, ceux qui le mettront en croix, ceux qui mettront à mort les chrétiens, depuis le premier siècle jusqu’à nos jours. Encore récemment des chrétiens ont été égorgés dans leur église…

Ceux qui sont indifférents ne se prononcent pas sur l’enseignement de Jésus, mais discutent éperdument sur Lui : d’où vient-il ? comment a-t-il appris ce qu’il sait ? pourtant, on le connaît bien, il est d’ici… Papotages de bar ou de salon, paroles inutiles

. Sans s’attarder avec ceux-là, Jésus leur fait seulement remarquer qu’aucun prophète n’est bien accueilli dans son pays.

 

 

L’évangéliste dit d’abord que Tous lui rendaient témoignage, tandis qu’après tous devinrent furieux. Dans trois ans, après avoir acclamé Hosanna, la foule vociférera En croix… Dans le désert les mêmes Israélites qui chantèrent leur reconnaissance à Dieu pour avoir été libérés de l’Egypte, façonneront un veau d’or.

L’histoire de l’homme est remplie de ces revirements. Ne condamnons pas ces trahisons, ayons l’humilité de reconnaître les nôtres, chaque fois que nous préférons nos caprices à la grâce de Dieu, chaque fois où nous mettons carrément Dieu à la porte ; il y a des jours où vraiment nous ne sommes pas accueillants pour Jésus, des jours où, comme à Bethléem, il n’y a pas de place à l’hôtellerie de notre cœur (Lc 2:7). Qui n’a jamais connu cette faiblesse ?

Dieu connaît notre âme. Infiniment patient et miséricordieux, Il attend notre conversion et sait nous «tendre la perche» : à tous les pécheurs, Dieu envoie Jérémie pour les ramener dans la Vérité. 

Il ne s’agit pas ici de “jérémiade”, mais de la parole divine que nous transmet le prophète. Dieu inspire à Jérémie ces paroles pour faire face à tout le pays et le rassure : Ne tremble pas !

 

La mission de Jérémie, sept siècles avant Jésus-Christ, préfigure l’œuvre de Jésus, et on croirait entendre Jésus prier son Père dans le psaume 70 : Mon appui dès ma jeunesse… tu m’as choisi dès le sein de ma mère… mon secours et ma force… Ma bouche annonce tout le jour tes actes de justice et de salut… J’ai proclamé tes merveilles. Le Christ a chanté et médité ces psaumes, qu’il savait par-cœur.

 

La mission du Christ sera de parler, exhorter, corriger, sans trembler, invitant sans cesse à la conversion. On entendra le Christ pleurer devant la dureté de cœur de ses contemporains : Jérusalem, que de fois j’ai voulu rassembler tes enfants… et vous n’avez pas voulu (Lc 13:34). 

 

Il ne faut pas oublier que cet appel constant de Jésus pour notre conversion, est un appel d’amour. Jésus n’est pas là pour agiter devant nous un doigt menaçant, comme le ferait un instituteur trop sévère. L’appel de Jésus est une supplique…

 

La lecture aux Corinthiens n’est pas ici en relation directe avec l’évangile ou le psaume, puisqu’elle se répartit chaque année sur tous les dimanches de cette période-ci. Mais la Charité dont parle l’apôtre Paul est précisément cet Amour avec lequel Jésus s’est adressé à ses contemporains et à nous tous.

 

Charité et amour, c’est l’exemple que nous a donné Jésus, se montrant envers tous les hommes doux et humble de cœur (Mt 11:29), parfois sévère comme aujourd’hui à la synagogue de Nazareth, pour réveiller ses compatriotes, mais toujours avec l’amour et le respect des autres.

 

On n’est pas dans la Vérité quand on manque de Charité. Faire un reproche avec dureté n’aide pas le prochain ; les Saints ont conquis les cœurs par leur douceur en face de leurs adversaires. La pure critique - la médisance en quelque sorte, n’apporte que la division et n’engendre que la haine.

 

Vérité et Charité ne font qu’un. On ne peut aimer hors de la vérité, on ne peut être dans la vérité et ne pas aimer. On l’a vu à la naissance de Jésus : les prêtres connaissaient fort bien la Vérité des prophéties, ils savaient pertinemment que le Messie devait naître à Bethléem, mais n’ont pas accepté de se convertir intérieurement : il leur manquait l’Amour. 

 

Cette dureté de cœur peut aller très loin dans l’obstination, jusqu’au “péché contre l’Esprit” dont Jésus dit ouvertement qu’ il ne sera pardonné ni dans ce siècle ni dans le siècle à venir (Mt 12:32). En ce qui concerne les Juifs, cette dureté les conduira à condamner Jésus, malgré tous ses miracles et sa bonté.

 

Quand nous entendons le Prêtre prier aujourd’hui, unissons-nous bien à sa prière : il s’agit d’avoir pour tout homme une vraie charité, comme Jésus.

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Published by samuelephrem - dans Homélies - année C
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26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 15:40

3e dimanche ordinaire - C

On a dit que l’année C était celle où l’on proclamait l’évangile de saint Luc. C’est aujourd’hui que commence précisément la lecture de ce troisième évangile, où Luc se présente à ses auditeurs, tenant à leur dire que ce qu’il écrit est dûment vérifié. Théophile est peut-être un ami de Luc, mais ce nom peut très bien suggérer tout “ami de Dieu” (qui aime Dieu, ou qui est aimé de Dieu), comme plus tard s.François de Sales adressera à “Philothée” son Introduction à la Vie Dévote.

Saint Luc a cherché des informations de première main, sans doute auprès de la Mère de Jésus elle-même, dont il a entendu certains détails de la naissance du Christ et dont il rapporte le Magnificat ; peintre, Luc aurait été le premier à écrire les traits de Marie en des icônes célèbres ; médecin, il sait remarquer certains détails concernant les maladies, les traits physiques ; enfin, cet évangéliste aura été extrêmement sensible à la miséricorde du Christ et au pardon des pécheurs : on aura maintes occasions de le constater au cours de la lecture de son évangile.

A Noël nous avons lu le récit de la naissance du Christ dans la crèche, de l’adoration des bergers, de la présentation de Jésus au temple. Aujourd’hui Luc nous présente le début de l’enseignement du Christ, en reprenant un passage d’Isaïe que Jésus lui-même lit à la synagogue. On verra dimanche prochain comment ce message sera reçu de façons diverses…

La première lecture nous montre comment le personnage de Néhémie, cinq siècles avant le Christ, fut chargé de proclamer la vérité au peuple juif : c’est le moment du retour de l’exil, les Juifs peuvent revenir à Jérusalem, où il faut relever les ruines, restaurer le culte, proclamer la Loi de Moïse, qui était tombée dans l’oubli. Le scribe Esdras lit le texte, le traduit, et les lévites l’expliquent : il faut remarquer que le peuple avait totalement oublié cette Loi, que la “nouvelle génération” n’en comprenait pas même la langue, encore moins le sens spirituel ! Imaginons de jeunes chrétiens aujourd’hui, qui demanderaient naïvement ce qu’est cette petite chose ronde et blanche que le prêtre donne aux fidèles à la Messe…

Néhémie et Esdras incitent donc le peuple à se convertir et à se réjouir, car ce jour est consacré à Dieu. La joie de l’annonce de la Vérité, la lumineuse conversion de chacun : ce sont là les éléments de l’annonce du Royaume, que Jésus commence aujourd’hui dans l’évangile de Luc. 

Rappelons ici que cette joyeuse annonce et l’appel à la conversion constitue justement le troisième Mystère Lumineux de notre Rosaire (cf. Lettre apostolique Rosarium Virginis Mariæ, 21).

Comme ceux qui écoutaient Néhémie, nous pourrions nous aussi nous sentir pécheurs et pleurer nos fautes, mais soyons heureux, comme le dit toujours Néhémie, de nous convertir et de retrouver la Vérité.

Jésus lit : L’Esprit du Seigneur est sur moi. Il rappelle qu’Il a reçu l’onction de l’Esprit pour sa mission, l’Esprit qui s’est manifesté lors de son baptême au Jourdain, l’Esprit qui anime l’Eglise, qui souffle la Vérité aux oreilles des enfants de Dieu. Ce même Esprit qui fait l’unité de tous les membres si différents entre eux. 

L’apôtre Paul se fait l’écho de cette unité dans sa très fameuse parabole des membres du corps, qu’il écrit à l’adresse des Corinthiens. 

Ces Corinthiens étaient travaillés par différentes factions, selon un processus très fréquent dans les communautés, où à un moment donné l’orgueil, l’ambition ou la jalousie, font que certaines “têtes” se font plus arrogantes, donnant lieu à des divisions malsaines. Au contraire, pour suivre Jésus, il faut se faire le serviteur de tous.

Dans toute la société, il y a une très grande variété de “charismes”, et la règle d’or du comportement est surtout de ne pas se comparer aux autres : tous ensemble doivent chercher à imiter Jésus, chacun dans l’état où il se trouve. Le cordonnier ne peut être conducteur d’autobus, et le médecin n’est pas un balayeur de rue, mais chacun d’eux doit chercher la perfection dans son travail, au service des autres, dans l’honnêteté et la charité.

C’est ainsi que tous ensemble, comme dans un immense orchestre, chacun tient sa partie et que le résultat est d’autant meilleur que l’harmonie est plus parfaite. 

C’est ainsi qu’au nom de Jésus-Christ notre mission est de porter des fruits en abondance (prière). Lisons les vies des Saints, admirons la multiplicité de leurs œuvres, les uns s’occupant des orphelins, les autres des pestiférés ou des lépreux, d’autres des prisonniers, d’autres encore des malades, fondant des instituts variés pour aider les enfants, les jeunes, les ouvriers, à grandir dans l’amour de Dieu. 

Après la messe d’aujourd’hui, il faudrait que chacun se demande sincèrement : que puis-je faire pour Dieu ? La réponse sera certainement multiple, mais exigera toujours un mouvement initial de conversion profonde. On ne peut pas servir Dieu si on n’est pas en harmonie avec Dieu.

 

 

 

 

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19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 00:00

 

 

2e dimanche ordinaire - C


Voici que réapparaît la couleur verte de l’ornement du Prêtre à la messe. Le temps de Noël au sens strict est passé, et quelques dimanches nous séparent du début du Carême. 

Avant de commencer la lecture de l’évangile de Luc, l’Eglise nous propose aujourd’hui l’épisode des Noces de Cana que, curieusement, l’évangéliste Jean est le seul à rapporter. En effet, on pourrait s’attendre à ce que Luc aussi en parle, lui qui a connu de si près la Mère de Jésus. Luc aura peut-être pressenti que Jean serait beaucoup plus à même de raconter cet épisode, puisqu’il s’y trouvait personnellement, de même aussi que c’est Jean qui sera au pied de la Croix et entendra les dernières paroles du Christ à sa Mère (Jn 19:25-27).

Voici donc Marie et Jésus, avec ses disciples, invités à une noce, à Cana. Rien de plus vivant que cette participation aux événements familiaux d’un petit village, où tout le monde se connaît, où les cousinages sont très fréquents. On a dit parfois que le fiancé pouvait être Nathanaël lui-même, dont il est question au chapitre précédent du même évangile de Jean, mais le contexte ne le prouve pas explicitement.

Ce qui est plus certain, c’est que seuls Jésus et Marie sont invités, pas Joseph : sans doute était-il déjà mort à ce moment-là, sa “mission” sur terre étant désormais achevée. Heureux ce père qui eut près de lui un Tel fils et une Telle épouse pour l’assister aux derniers instants. C’est à juste titre qu’il est invoqué comme patron de la bonne mort.

Donc Marie est là, et observe que le vin manque. Erreur du maître de maison ? Imprévoyance ? Consommation excessive des invités ? Ou bien peut-être entente préalable voulue par Jésus, avec le maître, pour avoir l’occasion d’annoncer le Vin Nouveau ?… 

Cette question suggère par elle-même la réponse à la difficulté habituelle qu’on a à expliquer la fameuse question de Jésus à sa Mère, littéralement : “Qu’y a-t-il entre toi et moi ?”. 

On peut supposer que depuis longtemps - Jésus a désormais trente ans - le Fils de Dieu avait au moins fait allusion, dans ses conversations avec Marie, au sacerdoce, au Sacrifice eucharistique, et Marie s’attendait à voir un jour ou l’autre l’institution de ces deux Sacrements essentiels de la nouvelle Alliance : Sacerdoce et Eucharistie. C’est pourquoi, quand elle dit “ils n’ont plus de vin”, cette phrase doit certainement être entendue comme : “Ce Vin nouveau dont tu m’as parlé tant de fois, le donnerais-tu maintenant ?” ; et Jésus, loin de “remettre en place” sa sainte Mère, lui répond solennellement : “Puisque l’heure en est fixée par mon Père, ce n’est ni toi ni moi qui pouvons l’anticiper”. 

Donc, sur l’intercession de Marie, Jésus va opérer son premier miracle, oui ; Il va changer l’eau en vin, il va montrer que l’ancienne Alliance n'a plus de goût et doit faire place à la nouvelle ; son ministère public commence officiellement ; mais le Grand sacrement, l’Eucharistie, viendra seulement à la fin de ce ministère, comme couronnement sublime de cette divine mission. Tout cela s’est dit et compris en quelques secondes, entre une Mère et un Fils si profondément unis pour l’œuvre divine.

Il y a plus. Au moment où la nouvelle Eve, Marie, Mère des vivants, intercède comme médiatrice auprès de Jésus, celui-ci l’interpelle du nom de “Femme” qui, loin d’être une dénomination dédaigneuse, est ici une expression suprême de la noble mission de Marie dans l’économie du salut : comme la première femme a péché et entraîné tous les hommes dans l’ombre de la mort, ainsi la nouvelle Eve, la Femme pure, la Mère du Sauveur, allait maintenant être la Mère de tous les hommes sauvés, reconduits à la Lumière de la Vie par le Sacrifice de Jésus-Christ. Cette “Femme” se trouvera effectivement aux pieds du Crucifié, qui lui redira juste avant d’expirer : “Femme, voici ton fils”, comme on l’a dit plus haut (Jn 19:25-27). Marie en a bien conscience qui, loin de s’attrister de la réponse de Jésus, s’empresse immédiatement de conseiller aux serviteurs : Tout ce qu’il vous dira, faites-le.

Cette union dans l’œuvre salvifique entre Jésus et Marie est véritablement le signe d’une union féconde mystique, d’un véritable mariage mystique. Présents à un mariage humain, Jésus et Marie se montrent ici encore plus unis dans de chastes noces mystiques, dont les fruits seront l’Eglise universelle. 

Voilà pourquoi nous lisons l’extrait du prophète Isaïe où il est question de l’épouse “préférée” en qui le Seigneur met “sa préférence”. L’époux, c’est le Christ ; l’épouse, c’est Marie, c’est aussi l’Eglise, et c’est toute âme qui reçoit le Christ totalement et intimement.

Voyez comment déjà la bonté exorbitante de Jésus se manifeste : six jarres de bon vin, lorsque désormais la fête touche à sa fin. Six cents litres environ d’un nectar précieux ! Des Pères de l’Eglise ont commenté que les six urnes font une allusion évidente à l’Eucharistie, d’où la grâce et la bénédiction découlent sur les six autres sacrements.

Autre élément de rapprochement avec l'Eucharistie : l'évangéliste note que l'eau des jarres était destinée aux ablutions. Mais Jésus, par son Sang, apportera la vraie purification de tous nos péchés. Vraiment, tout, dans ce premier miracle de Jésus, annonce le divin Sacrement de l'Eucharistie, et si l'apôtre Jean ne relate pas l'institution même de ce Sacrement, il en raconte tous les signes avant-coureurs : l'eau changée en vin à Cana et le discours du Pain de Vie plus loin au chapitre 6.

Aujourd'hui, l'épouse parfaite de Jésus est l'Eglise. Comme Marie, l’Eglise implore : “Tes enfants n’ont plus de vin” et ensuite l’Eglise dit aux prêtres : “Observez tous ses ordres et commandements. Tout ce qu'Il vous dira, faites-le."

A ces réflexions sur les Noces de Cana pourra ici s’ajouter une observation sur un rite assez peu remarqué de la Messe, quand le prêtre verse une goutte d’eau dans le vin du calice, en disant Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’Alliance, puissions-nous être unis à la divinité de Celui qui a pris notre humanité. L’eau de l’humanité se noie dans la divinité du vin pour former l’Homme nouveau, l’Homme racheté dans le vie divine du Sauveur, mort et ressuscité.

L’épisode des Noces de Cana forme, avec l’Epiphanie et le Baptême de Jésus, une trilogie de la manifestation (en grec epiphania) de Jésus-Christ, Fils de Dieu. Les Grecs l’appellent d’ailleurs Theophania, manifestation de Dieu.

Il n’a pas été encore question ici de l’extrait d’aujourd’hui de la lettre aux Corinthiens. Le texte de Paul est clair, mais semble ne pas avoir de lien direct avec les Noces de Cana. Il sera pourtant opportun de penser que, dans tout mariage, il faut qu’il y ait une unité spirituelle pour souder deux caractères forcément très différents. C’est ce que recommande saint Paul aux Corinthiens, en la première épître qu’il leur écrit peu après avoir commencé de les instruire, et pour les exhorter à l’union fraternelle. De même que Jésus opérait des signes, des miracles, et que Marie s’unissait intimement à cette divine mission par sa présence maternelle d’intercession (Marie, Médiatrice de toute grâce, l’appelle-t-on), de même que les Apôtres devront fidèlement répéter l’enseignement de Jésus, de même à notre tour, à notre époque, dans notre société, chacun à sa place doit rester uni à l’unique enseignement divin de Jésus-Christ fait homme, dans l’unité parfaite de l’Esprit Saint qui distribue les dons de Dieu à chacun selon sa mesure et son état.

Tout ce qu’il vous dira, faites-le. 

Mais surtout, nous remarquerons que nous lisons cet extrait au moment de la semaine de prière pour l’unité des Chrétiens (du 18 au 25 janvier). Un appel à l’unité entre tous, au respect de chacun, à la complémentarité entre les différents charismes présents dans nos communautés.

La prière finale de la messe nous fait demander à Dieu d’être unis dans (son) amour, après avoir été nourris d’un même pain.

Dans la Prière du jour, nous demandons à Dieu la paix. L’unité et la paix s’appellent l’une l’autre. La paix, la vraie, ne vient que du Christ, et nous le répétons à chaque messe : 

…Regarde la foi de ton Eglise… donne-lui toujours cette paix et conduis-la vers l’unité parfaite.

 

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12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 00:00

 

Baptême de Notre-Seigneur - C

 

Les lectures de cette fête du Baptême de Jésus sont les mêmes chaque année (1). L’évangile de Luc, en cette année C, comporte quelques petites différences par rapport à Matthieu et à Marc, que nous lisons les années A et B.

 

*

 

La première question qui nous vient à l'esprit à propos du baptême de Jésus est celle ci : puisque Jésus est Dieu, pourquoi se fait-il baptiser ?

Pour répondre, il ne faut pas oublier que Jésus, parfaitement Dieu, est aussi parfaitement homme : en Lui sont unies les deux conditions divine et humaine, comme l’ont précisé les grands conciles œcuméniques de Nicée (325), Constantinople (381) et Chalcédoine (451). 

Homme, Jésus épouse notre condition humaine. Quand Jean-Baptiste verse l'eau sur la personne de Jésus, c'est l'humanité de Jésus, c'est notre humanité qui reçoit cette eau ; notre humanité est désormais baptisée en Jésus. De plus, quand Jésus est baptisé, c'est une nouvelle ère qui s'ouvre : l’eau que versait Jean-Baptiste symbolisait, seulement, la conversion intérieure ; maintenant, l'eau, sanctifiée par la divinité de Jésus, reçoit le pouvoir de purifier nos âmes.

Quand Jésus enverra ses Apôtres en mission, il leur dira de baptiser au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit (Mt 28:19), ces trois Personnes qui font une seule et indivisible Divinité. La Trinité se manifeste au baptême de Jésus par la présence de la voix du Père, du corps du Fils et de la colombe de l'Esprit.

 

*

 

Notre texte dit que le peuple était dans l’attente, et que Jésus fut baptisé une fois que tout le peuple fut baptisé, ce qui laisse supposer qu’il y avait une grande foule présente à cet endroit-là, au même moment, et que tous purent entendre cette parole mystérieuse du ciel : C’est toi mon Fils bien-aimé : moi, aujourd’hui, je t’ai engendré.

Cette phrase de notre Lectionnaire fait écho au verset 7 du psaume 2 : Le Seigneur m’a dit : Tu es mon Fils ; aujourd’hui, je t’ai engendré (chant d’entrée de la messe de minuit à Noël). C’est une variante du texte sacré. En général, le texte retenu est C’est toi mon Fils bien-aimé : en toi j’ai toute ma complaisance (ou tout mon amour ou toute ma faveur). (2)

 

*

 

Il sera bon de noter aussi avec quelle humilité Jean-Baptiste reçoit Jésus. Encore une fois imaginons la scène. Il y a là plusieurs dizaines de personnes au moins ; Jean-Baptiste est assailli de tous côtés, on le questionne : C’est toi, le Messie ? Jésus se présente : une réaction bien humaine, de la part du Baptiste, aurait pu être une certaine complaisance intérieure, à la pensée d'avoir côtoyé de si près le Seigneur, devant toute la foule - et de Le baptiser. Tout au contraire, Jean proteste et s'efface : Je ne suis même pas digne de défaire la courroie de ses sandales.

Autre question ici, très pertinente :  Au fait, qui a baptisé Jean ? 

Souvenons-nous de la rencontre des futures mamans, Marie et Elisabeth (Lc 1:40-44). Saint Luc note qu’à ce moment-là l’enfant d’Elisabeth tressaillit dans le ventre de sa mère. La Tradition patristique affirme que Jean-Baptiste fut alors purifié par la seule présence du Christ. Un ou deux ans après le baptême du Christ, lorsqu'Hérode fera décapiter Jean, celui-ci recevra ce que l’Eglise appelle le baptême de sang, par la grâce du martyre.

 

*

 

A la lumière de l'évangile, lisons maintenant la lecture d'Isaïe. Le chapitre 42 est le premier des quatre Chants du Serviteur de Yahwé. Ces quatre Chants nous parlent d'un Serviteur chargé d'une grande mission salvifique, et dont tous les traits se réaliseront pleinement en Jésus-Christ. 

On notera tout de suite l'expression mon élu en qui j'ai mis toute ma joie, semblable à celle que nous avons relevée dans l'évangile ; d'autres expressions sont marquantes : 

- Il ne criera pas - il ne haussera pas le ton - on n'entendra pas sa voix sur la place publique : Jésus parlera beaucoup, mais sans s'imposer, sans faire de "publicité".

- Il n'écrasera pas le roseau froissé - il n'éteindra pas la mèche qui faiblit : Jésus ne brimera pas le pécheur car il sait discerner en toute âme pécheresse quelque chose de bon qu'il encourage.

- Lui ne faiblira pas, lui ne sera pas écrasé : sans contredire l'autre chant (Is 52-53) où est annoncée la passion de ce Serviteur, ce verset annonce que la Croix sera désormais le signe de la victoire (rappelons-nous le vieux cantique : Victoire, tu régneras, ô Croix, tu nous sauveras).

 

*

 

Le Psaume 28 à son tour chante le Seigneur. Ici, la voix du Seigneur domine les eaux, ce qui semble contredire la lecture où il ne haussera pas le ton. En réalité la voix du Seigneur domine les eaux parce qu’il fait taire le tumulte de nos petits murmures, qui sont comme des eaux bourbeuses et bruyantes. Mettons un frein aux plaintes, aux critiques, aux médisances, aux mensonges, aux conversations inutiles, et nous serons tout surpris d'entendre cette autre Voix, pleine de douceur, celle de Jésus qui est toujours là pour nous apporter la paix, la consolation, la lumière.

 

*

 

C’est vrai que nous murmurons, à tout moment, à tout propos. Dieu n’aime pas ces murmures. Il aime les hommes qui l’adorent et font ce qui est juste. C’est une parole exigeante pour nous, mais fondamentalement libératrice. La solution de nos problèmes n’est pas d’être à droite ou à gauche, mais de monter vers Dieu, en L’écoutant dans Son Fils. C’est saint Pierre qui nous le rappelle, dans cet extrait des Actes des Apôtres.

Peu de temps après la Pentecôte, Pierre a l’occasion de parler à des païens. Il revient sur le baptême de Jésus. 

Si Pierre dit que Dieu l'a consacré par l'Esprit, il ne veut certainement pas dire que Jésus ait été investi de la divinité au moment précis de ce baptême, car nous savons très bien que Jésus est Dieu de toute éternité. Pierre veut rappeler ici la conception virginale de Jésus. 

Dans le verset du psaume 2 qu’on citait plus haut, aujourd’hui exprime un «maintenant» divin, l’éternité.  Jésus est éternellement Fils de Dieu, engendré de Lui, et Son image. De même il est éternellement "oint" (christos) de l'Esprit qui est Un dans le Père et le Fils. Un psaume le chante : Dieu, ton Dieu, t'a oint de l'huile de la joie (Ps 44:8, cf. He 1:9). 

A cette considération, il faut ajouter une exégèse beaucoup plus autorisée, signée de saint Cyrille d’Alexandrie. Celui-ci explique que «aujourd’hui» signifie que, dans le Christ c’est toute la nature humaine qui reçoit l’Esprit de Dieu, la nouvelle génération :

Le Père dit qu’il est engendré aujourd’hui : cela signifie qu’il nous accueille en lui comme des fils adoptifs, car toute l’humanité était contenue dans le Christ en tant qu’il était homme. En ce sens, on dit que le Père, alors que son Fils possédait déjà son Esprit, le lui donne de nouveau de telle sorte que nous soyons gratifiés de l’Esprit en lui. (3)

Si nous voulons appartenir à Dieu, nous devons imiter Jésus, l’Homme parfait, Fils de Dieu incarné.

Ici nous touchons à l'insondable mystère de la Trinité Sainte, qu'il est impossible d'expliquer avec nos expressions rationnelles. On en a dit ici seulement quelques mots, avec l’aide du grand saint Cyrille, en priant Dieu de pardonner et compléter la maladresse humaine.

 

*

 

Après trente années environ de vie cachée, Jésus va commencer sa mission auprès des hommes, et le "signe" que Dieu manifeste lors du baptême est là pour convaincre la foule qu'elle est bien en présence de son Sauveur. Jésus ne reçoit pas ici une sorte de révélation sur sa mission ou sur son identité ; mais c'est la foule - et nous autres, qui recevons la solennelle invitation à nous tourner résolument vers Lui et à L'écouter.

Ecouter, au sens de mettre en pratique. Peu de temps après, nous raconte l'évangéliste Jean, Jésus sera avec Marie à des noces ; et Marie nous dira : Tout ce qu'il vous dira, faites-le (Jn 2:5). C’est ce que dit la Prière du jour.

 

*

 

Ce sera avec grande reconnaissance envers le bienheureux Jean-Paul II que nous prierons désormais chaque jeudi le Mystère lumineux du Baptême de Jésus (Lettre apostolique Rosarium Virginis Mariæ, 21), en invoquant pour nous et pour tous les hommes la Lumière divine, qui nous éclairera pour faire la Volonté de Dieu.

 


1 Du moins dans le premier Lectionnaire publié ; des Lectionnaires plus récents ont diversifié ces lectures. Il faudra les reprendre dans les prochaines années.

Le texte officiel de la Vulgate désormais approuvé par l’Eglise (1979) est : Tu es Filius meus dilectus ; in te complacui mihi.

3 Commentaire sur l’Evangile de Jean.

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5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 00:00

 

Epiphanie

 

La prophétie d’Isaïe est en lien direct avec l’événement que nous relisons aujourd’hui dans l’Evangile : des rois arrivent de loin pour honorer le Roi des Juifs à Jérusalem. L’évangile ne nous dit pas qu’ils soient venus avec des foules de chameaux, mais il est évident que trois personnages de leur rang ne sont pas venus sans équipage, ne serait-ce que pour leur propre subsistance, donc avec armes et bagages, ce qui représente une certaine quantité de domestiques et donc de bêtes pour transporter tout ce monde. Un déplacement qui ne peut passer inaperçu.

Les mages représentent une énigme importante dans la vie de Jésus. Comment ont-ils pu comprendre le “sens” de cette mystérieuse étoile ? Ont-ils eu une sorte de révélation, un écho des prophéties d’Israel ? Et comment ont-ils été poussés à venir “adorer” le roi nouveau-né ? Et si l’on conçoit assez facilement qu’ils veulent offrir des présents dignes de la royauté (l’or), comment ont-ils eu l’intuition d’offrir aussi l’encens, signe de la divinité, et la myrrhe, ce parfum très fort qui annonce la sépulture de Jésus ?

A ces questions concernant les personnages, s’en ajoutent d’autres sur les faits à Jérusalem : s’ils devaient venir adorer Jésus, pourquoi l’étoile ne les a-t-elle pas guidés directement au lieu où se trouvait l’enfant (1) ? Pourquoi transiter par Hérode, et provoquer l’horrible massacre des saints Innocents ? Ces petites victimes de la haine étaient-elles nécessaires au message de Jésus ?

Le psaume 71 va nous poser d’autres problèmes : si le Roi (le Christ) apporte une telle justice, une telle paix du Fleuve jusqu’au bout de la terre, et si tous les rois se prosterneront devant lui, tous les pays le serviront, … où sont aujourd’hui cette justice, cette paix, ces rois et ces pays, dans notre monde qui sombre dans la haine et la guerre, et tout particulièrement sur la propre terre de Jésus, la Palestine ?

Poser toutes ces questions, c’est déjà trouver la solution à toutes les graves situations que nous vivons à l’échelle mondiale. Si nous voyons tant d’injustices, tant de haine et de guerres, c’est que sans doute Jésus-Christ n’est pas adoré, pas aimé, pas reconnu. Et si tous les chefs se tournaient vers Jésus, ils trouveraient bien d’autres issues aux conflits, que celle de guerroyer sans fin. Disons-le avec conviction : de même qu’ il n’y avait pas de place pour eux à l’hôtellerie (Mt 2:7), de même aujourd’hui on refuse une place à Jésus dans nos cités, dans nos gouvernements, dans nos écoles, dans nos constitutions, et jusque dans nos familles ; il est urgent d’appeler tous les hommes à retrouver la référence à l’enseignement de Jésus.

D’autre part, l’évangéliste Matthieu, ne l’oublions pas, avait aussi le souci de montrer l’accomplissement des prophéties. Hérode apprend qu’à Bethléem devait naître le pasteur d’Israël (Mi 5:1). On est surpris de constater que les prêtres et les scribes avaient une compréhension parfaitement exacte de l’Ecriture, puisqu’ils savaient que le Messie naîtrait à Bethléem. Pour autant, ils ne l’ont pas reçu.

Matthieu fait aussi remarquer que certaines situations historiques passées étaient en elles-mêmes prophétiques : Rachel (la femme de Jacob) pleurant ses enfants (c’est-à-dire ses descendants) à Rama (que l’on situait près de Bethléem) - fait allusion aux massacres et aux déportations des populations d’Ephraïm, Benjamin et Manassé par la main des Assyriens - mais aussi annonce le massacre des petits Innocents ; c’est le prophète Jérémie qui le disait (Jr 31:15).

La lettre aux Ephésiens nous apporte aussi un élément très important d’interprétation de l’Evangile, lorsque Paul fait remarquer que Ce mystère, c’est que les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus. Dans Ac 11, après la conversion du centurion Corneille, les premiers chrétiens finissent par comprendre quand même que Aux païens aussi Dieu a donné la repentance qui conduit à la vie (Ac 11:18). L’adoration des mages, venus de si loin, contraste nettement avec l’endurcissement d’Hérode et des Juifs qui n’ont pas voulu accueillir Jésus sur place en Palestine. 

Au fond, en s’adressant à Hérode, les mages lui donnaient une occasion, s’il en avait accepté la grâce, de se convertir lui-même et d’avoir lui aussi la joie d’adorer l’Enfant-Dieu. De la part de mages, aller le saluer était une marque de respect, de déférence diplomatique, surtout, comme on l’a dit plus haut, que cette caravane des rois ne pouvait pas passer inaperçue dans Jérusalem.

Si à son tour Hérode s’était joint à eux pour reconnaître le Christ, il n’aurait pas fait massacrer les petits Innocents, puis n’aurait bien probablement pas scandalisé les contemporains en répudiant sa femme pour épouser Hérodiade (cf. Mt 14:3), et n’aurait pas fait décapiter Jean-Baptiste ; sa vie politique, ses ambitions, tout aurait changé.

Enfin, les présents qu’offrent les rois mages à l’Enfant-Jésus (l’or qui symbolise la royauté, l’encens la divinité, la myrrhe la sépulture) peuvent nous laisser entrevoir que, probablement, cette lointaine prophétie de la naissance d’un Roi-Messie avait atteint d’autres contrées, et que des hommes au cœur pur et noble comme ces mages attendaient avec avidité cet événement. 

Les mages, eux, regagnèrent leur pays par un autre chemin. Cette phrase apparemment technique peut avoir une signification profonde, car quand on a rencontré Jésus, toute notre vie peut prendre une autre direction.

L’Epiphanie est la fête de l’entrée des nations non-croyantes (païennes) dans la communauté des croyants, par l’annonce de l’Evangile. Tous les peuples sont invités à entrer dans la grande famille de l’Eglise. Les rois mages sont les premiers “étrangers” à croire en Jésus-Christ, et une très ancienne tradition rapporte qu’ils furent baptisés très vite après l’Ascension, par les Apôtres eux-mêmes. Saint Grégoire de Nazianze fait aussi sur eux cette remarque fort intéressante, reprise par la récente encyclique de Benoît XVI, que le moment où les mages, guidés par l’étoile, adorèrent le nouveau roi, le Christ, marque la fin de l’astrologie, parce que désormais les étoiles tournaient selon l’orbite déterminée par le Christ (Spe Salvi, §5).

L’événement fondamental de ces rois mages, leur venue aux pieds du Christ, est une pierre milliaire dans l’Eglise en Orient, ce qui explique pourquoi nos frères orientaux, catholiques et orthodoxes, célèbrent Noël en ce jour, plutôt que le 25 décembre. Des familles chrétiennes de nos régions font d’ailleurs cette distinction, de célébrer Noël (religieusement) le 25 décembre, et d’offrir leurs cadeaux aux enfants le 6 janvier. Idée judicieuse, qui permet d’expliquer plus adéquatement l’origine de ces cadeaux qu’on offre, comme les Mages offrirent des cadeaux à l’Enfant-Dieu nouveau-né. 

Quand les traditions deviennent purement folkloriques, elles n’ont plus de sens. On “fait les fêtes” au moment de Noël, sans plus aucune référence au contenu historique de Noël ; Noël, c’est la naissance, et saint Léon nous dit que la naissance de la Tête, c’est la naissance du Corps (de l’Eglise). On ne parle pas du Sauveur, et tous les lampions qu’on allume partout à grands frais ne signifient pas grand-chose dans notre société dangereusement laïque. C’est même à se demander pourquoi on continue de souhaiter de “Joyeuses Fêtes”, sans trop se poser la question : En réalité, fêtes de quoi ?

Il ne manquera pas une association, pas un club, pas une famille, où l’on ne “tirera les rois”, dans la mesure où la fève cachée dans la galette représentera encore un roi… ou une reine ; mais quand la fève est une figurine quelconque… 

Fêtons chrétiennement l’Epiphanie, le jour où les païens ont reçu la “manifestation” de Dieu - c’est le sens du mot grec epiphania. Unissons notre prière à celle de nos frères en Orient, pour que d’une seule voix et d’un seul mouvement nous venions ensemble nous prosterner devant le Roi des Juifs qui vient de naître.

 

 

1 Matthieu ne parle pas de grotte ; il dit même deux versets plus loin : Entrant dans la maison (grec : oikian)… Il s’est donc passé un certain temps déjà depuis la naissance de Jésus dans la crèche dont parle Luc 2:7 ; d’une part les voyageurs venus pour le recensement ont libéré les auberges, d’autre part la Sainte Famille aura trouvé un petit logement sur place, pour éviter un voyage de retour difficile avec le petit Bébé. Si Hérode fait rechercher les enfants de moins de deux ans (Mt 2:16), c'est que l’Enfant-Jésus pouvait déjà avoir dix-huit mois environ.

Mieux encore : si Luc parle d’un infans (qui ne parle pas, grec : brephos), Matthieu en revanche parle d’un puer (petit enfant, grec paidion, qui peut avoir déjà presque deux ans).

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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 00:00

Sainte Famille - C

 

Il est de tradition, depuis la réforme récente du calendrier liturgique, de consacrer à la Sainte Famille ce premier dimanche après Noël. Jésus, Marie, Joseph : que de sainteté, dans ces trois personnages ! On en a dit ici quelque chose les années précédentes, et qui reste d’actualité. 

En cette année “C”, troisième du cycle liturgique, nous allons essayer d’élever notre petite méditation à des considérations plus profondes, plus essentielles, car nous vivons une période où semblent se déchaîner des tendances de plus en plus hostiles à la notion-même de famille.

Qu’est-ce qu’une famille ? Une simple réunion de personnes diverses qui se trouvent là, sous un même toit, par hasard ? Y a-t-il une famille là où vivent dans l’immoralité deux hommes ou deux femmes ? Peut-on construire une famille, y adopter un enfant, là où il n’y a pas de désir d’avoir un enfant selon les lois de Dieu et de la nature ? Une famille est-elle digne de ce nom quand on donne la mort volontairement à un enfant qui est “de trop” ? Est-ce protéger la famille, la mettre à l’honneur, quand on pratique un stupéfiant commerce de la vie, pour donner volontairement naissance à un enfant qui ne sera pas le fils de sa mère, ni même le fils de son père ? Est-ce exalter l’image de la famille, quand des époux s’unissent et se séparent, laissant des enfants complètement désorientés, qui ne savent plus qui sont leur père, leur mère ou même leurs frères et sœurs ? Un gouvernement, même laïc, peut-il raisonnablement instituer un ministère de la famille, et favoriser en même temps le divorce, l’adultère, la fornication ? Serait-ce que ces mots eux-mêmes auraient disparu de notre langage ?

A ces questions - qui auraient surpris nos parents il y a encore peu de temps - nous, Chrétiens, devons résolument répondre négativement. Dieu, dans sa création, a institué d’autres lois, que même les bêtes respectent. Sauf accident improbable, on ne voit pas deux mâles ou deux femelles vivre en couple ; on ne voit pas une mère tuer délibérément son petit ; encore moins une femelle s’approcher d’un mâle qui a déjà sa compagne. Certes, la notion de “famille” n’existe chez les bêtes que pour un temps assez bref, mais c’est là leur loi de créatures inférieures à l’homme. Pour les humains, dotés d’une intelligence et d’une conscience morale, la famille est bien autre chose.

Il est vrai qu’à la lecture de certains passages de la Sainte Ecriture, on pourra invoquer des exemples particuliers : celui d’Abraham avec son épouse Sara et la servante Agar ; ou celui de Jacob avec ses deux femmes et leurs servantes (Gn 16 et 29-30). Il est vrai que Dieu, avec miséricorde, a agi avec grande bonté envers les enfants de ces saints patriarches, mais la Bible ne dit pas que ces derniers aient bien agi en tout : avant la Loi de Moïse, il y avait diverses coutumes, des déviations, des héritages païens, que Dieu fera abolir par la Loi confiée à Moïse sur le Mont Sinaï. 

Le cas du roi David nous pose un réel problème : on ne compte pas les femmes de ce grand roi, ses concubines et ses enfants. Là aussi, la Bible n’approuve pas expressément ce comportement : simplement, la sincérité de l’auteur sacré prouve indirectement l’authenticité de l’Ecriture, car un récit historique n’est pas crédible s’il ne fait qu’exalter les hauts-faits de son héros. David avait la mission de réunir Juda et Israël, et même de préfigurer l’unique vrai Roi, le Christ, mais l’homme David eut ses chutes, ses fautes, dont il sut aussi demander pardon avec une humilité qui l’honore dans l’éternité.

On rappellera aussi le cas étrange du prophète Osée, à qui Dieu Lui-même ordonne de prendre pour épouse “une femme de prostitution”, dont les enfants porteront des noms symboliques comme Non-Aimée et Pas-mon-Peuple : ici aussi la mission prophétique d’Osée était (justement) de montrer combien Dieu réprouvait l’adultère et la prostitution, et réclamant à Israël de retourner à l’amour exclusif de Dieu (Os 1).

A ces rappels scripturaires vont maintenant s’ajouter d’autres questions concernant les textes d’aujourd’hui : la consécration du petit Samuel pour toujours, le précepte johannique de nous aimer les uns les autres, et l’apparente “fugue” de Jésus au Temple ne nous parlent pas à proprement parler de l’unité et de la solidité de la famille.

En réalité ces trois textes ramènent tous nos regards vers la source de la famille, vers l’amour de Dieu, vers l’Amour vrai, qui ne s’éteint pas et qui n’accepte pas d’altération.

La première lettre de saint Jean, reprenant le discours de Jésus à la dernière Cène (Jn 13:35), est précisément le fondement de la famille : l’amour fraternel qui, dit aussi saint Paul est «longanime», n’est pas envieux, ne fanfaronne pas, ne se rengorge pas, ne fait rien d’inconvenant, de cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas… excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout (1Co 13:4-7). C’est dans l’amour fraternel que la stabilité de la famille trouve toute son inspiration.

L’évangile présente une autre “difficulté” si on le lit bien : imagine-t-on un adolescent de douze ans tromper la vigilance de ses parents, les laisser repartir en voyage, et les obliger à marcher pendant trois jours pour le retrouver ? Est-ce là de l’obéissance, quand il est dit qu’à Nazareth l’enfant leur était soumis ? Oui l’Enfant leur était soumis, justement, à Nazareth, là où vit la famille, là où Jésus a grandi dans la soumission à sa sainte Mère et à saint Joseph. Mais à Jérusalem, il se passe autre chose : Jérusalem est la Ville du Temple, le centre de culte divin… et sera l’aboutissement de la mission du Sauveur. Quand Jésus est au Temple, il est véritablement “chez Lui”, et cela, ses saints parents terrestres l’ont un peu oublié : depuis douze ans que Jésus grandit avec eux, ils Le protègent, L’aident à grandir, à se nourrir et, ne sachant pas précisément quand viendra le temps de la “Mission”, ils s’habituent un peu à la vie quotidienne avec leur divin Enfant. 

A Jérusalem, Jésus profite de la situation pour - déjà - préparer Ses chers parents : leur mission est de Le protéger, de L’aider, mais Sa mission à Lui est divine et Il ne leur appartient pas. C’est une leçon de détachement qu’Il leur offre ; et une anticipation aussi de l’accomplissement de Sa mission : il sera “caché” trois jours dans le tombeau, avant de ressusciter.

On a parfois avancé que les saints parents de Jésus ne savaient pas encore (ou n’avaient pas encore compris) que Jésus était véritablement le Fils de Dieu. Rien de plus absurde : tous les épisodes qui ont accompagné l’avènement de Jésus étaient on ne peut plus clairs pour tous ceux qui attendaient sincèrement le Sauveur. Mais à ce moment-là, ils ne «comprennent» pas la portée prophétique de la situation : la mort de Jésus et sa résurrection.

D’ailleurs l’évangéliste ne dit pas qu’à la question de Jésus ils soient restés “bouche bée” à se demander ce que signifiait ce “Père” dans la maison de qui Jésus doit se trouver. Simplement, Jésus leur rappelle que c’est bien évidemment dans le Temple qu’ils doivent Le rechercher en priorité, comme s’Il nous disait aujourd’hui : Si vous voulez me trouver et me parler, venez près du Saint-Sacrement, où je vous attends…

Le grand saint Thomas d’Aquin nous enseigne comment il faisait pour résoudre telle ou telle difficulté théologique : il allait à l’autel et portait sa tête le plus près possible du tabernacle, comme pour “écouter” la voix du la Vérité éternelle, en La cherchant là où elle est.

L’attitude de la pieuse Anne, qui se détache de son petit garçon en l’offrant dès que possible à Dieu et en le confiant au prêtre Eli au Temple, anticipe l’attitude de Marie et Joseph qui offrent à Dieu ce Fils unique. En outre, on pourra lire le “cantique d’Anne” qui suit immédiatement le récit d’aujourd’hui : ce cantique est déjà le Magnificat de Marie. Enfin, l’Ecriture mentionne aussi quelle bénédiction Dieu accordera par la suite à Anne, qui aura cinq autres enfants (1Sa 2:21) : une belle famille !

On imagine quelle affection reconnaissante Jésus pouvait avoir envers ses parents terrestres ; durant ces trente années de vie à Nazareth, quelle harmonie pouvait régner entre eux trois chaque jour, au gré des événements de leur existence quotidienne. 

L’Ecriture ne dit pas que Marie ait eu d’autres enfants ; cela n’a jamais été dit, et toute la Tradition retient que Jésus est resté fils unique de Marie, comme Il est Fils Unique de Dieu : les “frères et sœurs” de Jésus sur terre furent sa parenté, au sens où on l’entendait à cette époque ; on dit ainsi de l’apôtre Jacques qu’il était le “frère” du Seigneur (Ga 1:19), un proche cousin.

Si Jésus avait eu d’autres frère(s) et sœur(s), très tôt on en aurait parlé, y compris dans l’Evangile, ne serait-ce que pour entourer Marie au moment de la passion, et après. Or sur la Croix, Jésus dit à Marie : Voici ton fils en montrant l’apôtre Jean (Jn 19:26) : il aurait probablement dit autre chose s’il avait eu d’autres frères selon la chair.

Les époux qui, pour une raison que parfois Dieu seul connaît, ne reçoivent pas la joie de la paternité (une joie qui, bien souvent, est surchargée de nombreux soucis…), ne sont pas pour autant privés d’une fécondité spirituelle, qu’ils peuvent exercer en se donnant à de saintes occupations, en tournant leur attention charitable vers ceux qui ont besoin d’aide. On trouvera là une réelle paternité spirituelle dont la société a bien besoin là où justement des enfants auront été privés de leurs parents, suite à un accident, à une guerre, à une maladie… L’adoption est une démarche très grave, très difficile aussi, qui exige un don total de soi, une grande abnégation, et de gros sacrifices.

Pour l’exemple, on fête le 23 février la bienheureuse Rafaela Ybarra de Arambarri de Villalonga, espagnole, mère de six enfants et mère adoptive des cinq orphelins de sa sœur et des six enfants de sa bru, toutes deux décédées ; elle fonda à Bilbao le Collège des Anges Gardiens, pour les petites filles abandonnées, et fut récemment béatifiée en 1984.

On comprendra peut-être mieux maintenant, combien les familles ont besoin de s’appuyer sur la grâce de Dieu - sur le saint mariage en premier lieu - pour maintenir cette nécessaire unité dans l’amour, ciment de la famille, et en même temps garantie d’une société meilleure. Demandons à Dieu cette grâce, qu’il nous aide à pratiquer les vertus familiales dont parle la Prière du jour.

Il arrive bien souvent que l’on s’effraie un peu de cette exigence de sainteté. Est-elle possible ? A ceux et à celles qui, comme les apôtres, se poseront la question : Mais alors qui peut être sauvé ?, rappelons-nous toujours que la réponse de Jésus fut (Mc 10:27) : Pour les hommes, c’est impossible ; mais non pour Dieu, car tout est possible pour Dieu.

 

NB. Il est certifié que cette méditation a été écrite dès 2006.

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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 07:42

Noël : Messe de la  Nuit

 

 

 

Un de nos cantiques traditionnels de Noël dit : Depuis plus de quatre mille ans nous Le promettaient les prophètes. Voici que le prophète Isaïe, huit siècles avant la naissance du Sauveur, entrevoit cet heureux événement et s'en réjouit comme s'il y assistait. Huit siècles ! Imaginons que notre roi Louis IX nous ait annoncé la deuxième guerre mondiale…

Il faut comprendre dans un sens spirituel et théologique ces termes qui décrivent les hommes : les ténèbres, le pays de l'ombre,  expriment l'héritage du péché ; la grande lumière est celle qui vient d'En-haut, celle dont parle l'évangéliste Jean à propos du Verbe éternel : C'était la vraie lumière qui illumine tout homme (Jn 1:9). De même le joug, le bâton, le fouet, font allusion à la situation des Israélites en Egypte, l'Egypte étant elle-même  restée ensuite le symbole de l'esclavage du péché.

Quand ensuite Isaïe parle de la victoire de Madiane, il fait allusion à cette fameuse victoire du Juge Gédéon avec ses trois-cents hommes qui, de nuit, sans rien faire d'autre que de crier Pour Dieu et pour Gédéon et en heurtant entre elles les lanternes qu'ils portaient, ont engendré une telle panique dans le camp adverse, que les ennemis en se réveillant brusquement se sont entretués eux-mêmes (Jg 7).

Certes Dieu n'agit pas toujours ainsi ; pour Gédéon, Dieu voulait faire comprendre que ce n'était pas le grand nombre de combattants qui allaient garantir la victoire, mais la confiance en Dieu. De fait, sur les vingt-mille hommes dont disposait Gédéon au départ, seuls trois-cents restèrent avec lui.

Ces ennemis d'Israël, guerriers orgueilleux, ont été exterminés en un instant.

La victoire, désormais, est dans les mains de ce petit Bébé qui vient de naître ; il n'a ni épée, ni arc, ni bouclier, ni richesse, ni force physique : il est dans une étable, sur la paille, près des bêtes, et c'est Lui le Sauveur. Personne ne le connaît, mais il porte déjà l'insigne du pouvoir sur son épaule, et des titres de noblesse inégalables : Merveilleux Conseiller, Dieu Fort, Père à jamais, Prince de la Paix.

Quand Isaïe écrit, il ne connaît encore ni Marie, ni Jésus, mais il apprend dans l’inspiration qui lui vient de Dieu d'une part que Marie est vierge (on va en reparler à propos de l'évangile), et qu’elle aura un Fils. C'est Dieu qui inspire à Isaïe  de donner à cet Enfant ces noms extraordinaires : Jésus est en effet Un avec Dieu Père, dont Il est le Fils unique, éternellement engendré ; avec Dieu et comme Dieu, Christ est Fort, Père à jamais et Prince de la Paix.

La Paix que Jésus nous apporte n'est pas une paix sociale ou politique. Nous ne le savons que trop, hélas ! la guerre est chaque jour d'actualité, et même là où Jésus est né... Mais Jésus-Christ nous apporte une autre paix ; ce sera par le sang de sa croix qu'Il apportera la paix, autant à ceux qui sont sur terre qu'à ceux qui sont (déjà) au ciel (Col 1:20) ; et la paix que Jésus Christ nous apporte, c'est la réconciliation entre Dieu et la Créature, cette créature blessée par le péché initial.


*         *        *


Le psaume 95 chante cette joie immense de la Créature qui se sent consolée, une joie tellement universelle que même les arbres des forêts la ressentent.



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Saint Paul explique à son disciple Tite quelle grâce immense Dieu nous a donnée par la naissance du Christ. Cette grâce concerne tous les hommes, et nous appelle à rejeter le péché, à vivre en hommes raisonnables, justes et religieux. Il dit bien "nous", car il ne s'adresse pas qu'à Tite : il pense à lui-même, à tous ceux qu'il a convertis, à toute l'Eglise, à nous tous, car chacun de nous est concerné par cet appel à combattre le péché.


 *         *         *

 

L'évangéliste Luc, le plus historien des quatre évangélistes, donne des précisions historiques sur la date de la naissance de Jésus, mais les spécialistes n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur la date précise de cette naissance, sans doute parce que nous ne connaissons pas forcément tous les détails de la vie politique d'il y a deux mille ans, et qu'il y a bien probablement des faits que l'on croit établis avec certitude et qui devraient au contraire être repensés. Mais ceci n'a désormais plus d'importance. Il est bien plus important de recevoir la Bonne Nouvelle de Jésus et de la mettre en pratique, que de préciser si Jésus ne serait pas né quelques années (quatre, ou six)  plus tôt qu'on ne l'admet en général.

En revanche, Luc signale que Marie mit au monde son fils premier-né, une expression qui a fait couler beaucoup d'encre, car certains ont voulu y voir une allusion à d'autres éventuels enfants qu'aurait eus Marie après Jésus. Ce n'est certainement pas la pensée de saint Luc.

Après avoir fait le récit de l'Annonciation, Luc rappelle par ce premier-né, d'une part que Jésus est effectivement né d'une Femme vierge, comme l'avait annoncé Isaïe (Is 7:14), mais surtout l'évangéliste affirme cette vérité fondamentale et théologique que Jésus est le Premier-né d'une nouvelle génération :  chacun de nous, par les sacrements de l'Eglise, reçoit de l'Eglise comme d'une Mère, cette nouvelle Vie divine que Jésus nous a apportée. Comme Marie a donné le jour à  Jésus, ainsi l'Eglise, nouvelle Mère, engendre en nous la vie de l'âme.
 
Jésus ne pouvait pas naître sans Marie, et sur la croix, il nous a à son tour donné Marie comme Mère : Voici ta Mère, dit-il à Jean (Jn 19:26-27). Tout ce que nous recevons de Jésus, nous vient en même temps par Marie, Mère de l'Eglise et Mère de chacun d'entre nous.

Il faut encore préciser ceci : après la naissance de Jésus, Marie est restée vierge, selon une tradition toujours répétée depuis les premiers siècles. D'ailleurs, si Jésus avait eu quelques frères et soeurs, Jésus n'aurait pas dit à sa Mère et à Jean, sur la Croix : Voici ton Fils, voici ta Mère. En outre, de même que la Tradition a eu le souci de répéter inlassablement que Marie était la « Toujours Vierge », de même elle aurait répété fidèlement et respectueusement – si ç'eût été le cas – que cette Mère aurait eu d'autres enfants, et elle nous aurait sans doute aussi conservé leurs noms. Rien de tout cela. Marie fut vierge avant la conception de Jésus, et après. Nous le répétons encore aujourd'hui, peut-être un peu machinalement, mais c'est l'expression de notre liturgie, dans le Je confesse à Dieu, dans le Canon romain, dans le Je crois en Dieu 1 ; dans tous les textes, les prières et les textes conciliaires ou pontificaux, partout où il est question de Marie, on répète constamment qu'il s'agit de la « Vierge Marie ».

Cette Mère admirable, dit Luc, emmaillota Jésus, pour bien préciser que Jésus était né comme un homme, d'une Mère, et n'était pas seulement "apparu" sous forme humaine. Ceci a son importance, car on a parfois prétendu que Jésus était seulement un ange.

L'histoire de l'apparition des anges aux bergers, elle, fait aussi partie de la Tradition. On a voulu la qualifier de "légendaire", car les bergers ne dorment pas à la belle étoile un 25 décembre, même au Moyen-Orient où il fait un temps plus doux que dans nos régions occidentales.

Or il sera bon de préciser ici que la date de Noël a été établie par l'Eglise de façon non pas historique, mais théologique : Noël se situe au moment où les jours commencent de s'allonger, où la lumière gagne en durée sur la nuit. D'ailleurs, cette fête ne fut instituée que relativement tard et fut plusieurs fois déplacée. Encore actuellement, nos frères d'Orient célèbrent la Nativité le 6 janvier au lieu du 25 décembre.

Relevons enfin le chant des Anges à Bethléem, qui a été repris dans le chant du Gloria à la Messe des dimanches et jours de fête. On ne le chante pas les dimanches qui précèdent la fête de Noël, pour le reprendre au moment où les Anges l'ont chanté la première fois, dans la nuit de Noël.

 

*         *         *

 

Parlons aussi ici de deux autres détails liturgiques, concernant l’un le rite de la goutte d’eau à l’Offertoire, l’autre le chant de la Préface à Noël.
 
A chaque messe, le prêtre mélange une goutte d’eau au vin qui va être consacré, disant 2 ces paroles : “Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’alliance, puissions-nous êtres unis à la divinité de Celui qui a pris notre humanité” 3 . Cette goutte d'eau se perd dans le vin, de même que notre nature humaine a été totalement assumée dans la divinité de Jésus-Christ.

Ecoutons attentivement, enfin, la préface de Noël : Par le mystère de l'incarnation du Verbe, la nouvelle lumière de Ta clarté a rayonné à nos yeux. Une nouvelle Lumière, la vraie Lumière dont il était question plus haut.

Mais jusqu'à il y a peu, la préface de Noël était celle-là même de la Fête-Dieu, solennité du Saint-Sacrement. Pourquoi ? Parce que, à chaque messe se renouvelle dans les mains du prêtre l'Incarnation et la Naissance du Christ parmi nous. Chaque messe est une actuation de la nuit de Noël. Le Verbe s’est fait chair et il a habité en nous, écrit l’évangéliste Jean dans son Prologue (Jn 1:14 : Verbum caro factum est, et habitavit in nobis) : en traduisant très littéralement, on se rend compte que cette phrase exprime aussi bien et l’Incarnation du Verbe, et l’Eucharistie où nous Le recevons.

 

*         *         *

 

La plus grande joie de la Vierge Marie est que son Fils naisse en chacun de nous.

A l'occasion de Noël, renouvelons notre reconnaissance envers la Mère du Sauveur, demandons-lui avec ferveur d'intercéder pour nous, maintenant et à l'heure de notre mort, pour que cette grande fête d'aujourd'hui soit une occasion de re-naissance pour nos âmes. Dans une semaine, nous célébrerons solennellement le premier janvier, la Maternité de Marie, Mère de Dieu.

Merci, mon Dieu, pour la naissance de ton Fils !
Merci Jésus, de nous avoir donné ta Mère !

   
   


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