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9 novembre 2013 6 09 /11 /novembre /2013 00:00

32e dimanche ordinaire - C

 

Le mois de novembre, depuis la fête de tous les Saints jusqu'à celle du Christ Roi, nous place dans une perspective très accentuée vers l'Au-delà, tant par la pensée de la mort et de la résurrection, que celle du jugement dernier, du retour du Christ et de la Vie éternelle avec les Anges et les Saints.

 

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Les livres des "Martyrs d'Israël" - comme on les appelle actuellement - sont les derniers des livres historiques de l'Ancien Testament et furent écrits un siècle environ avant la naissance de Jésus-Christ. Il est important de le noter, parce que nous y trouvons déjà des affirmations importantes sur la résurrection des morts, la prière pour les défunts, les mérites des martyrs, qui seront reprises et amplement développées dès l’Eglise naissante du premier siècle. 

Le récit d'aujourd'hui nous fait lire une petite partie des tortures subies par ces sept frères. Le chapitre entier est consacré à ce récit complet, qui relate d’autres détails (cf. 2M 7). Ne nous y arrêtons pas ici non plus ; ce qui compte, c'est la ferme espérance que nourrissent tous ces jeunes gens, de retrouver la Vie après cette mort terrestre. Le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle, dit l'un ; tenant de Dieu l'espoir d'être ressuscité, dit l'autre ; et un autre encore, tendant ses mains qui vont lui être coupées : Ces membres que je tiens du Ciel, j'espère par lui les retrouver.

 

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Cette certitude de la Vie éternelle existait bien avant aussi, mais par d'autres allusions. Jésus nous le rappelle dans l'évangile d’aujourd’hui : si Moïse parle du Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, c'est que ces derniers sont bien vivants près de Dieu : quel intérêt y aurait-il à invoquer un Dieu de morts ?

Dans l’évangile, les interlocuteurs de Jésus inventent une situation invraisemblable, juste pour lui poser une "colle". Imagine-t-on en effet sept frères épouser successivement la même femme ! Mais ne nous moquons pas des Sadducéens, ces juifs qui ne croyaient pas à la résurrection. Combien de fois n'entend-on pas dire dans des conversations ordinaires, et même de la bouche de chrétiens, que "la vie d'après n'existe pas, parce que jamais personne n'en est revenu pour nous le dire" ? Bien que chaque dimanche nous répétions que nous croyons à la résurrection des morts, beaucoup montrent là-dessus des doutes, des craintes, des perplexités… Pourtant, que de “signes” avons-nous reçus de la part des Défunts, et ne serait-ce que les multiples manifestations de Jésus après sa mort et sa résurrection !

 

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Or, même avant Jésus, déjà les juifs avaient coutume de lire et de commenter les psaumes. Le psaume 16 d'aujourd'hui a précisément cette finale très claire sur la résurrection : Au réveil, je me rassasierai de ton visage. On peut certainement y voir et y entendre le Christ parlant à Son Père, pendant la “nuit” de sa vie, de son agonie, de sa mort, et attendant l’heure de sa résurrection. Tout le psaume est la prière d’un Juste qui se sait innocent, mais qui, accusé de toutes parts, ne trouve son refuge qu’en Dieu. 

On pourra évoquer parallèlement le psaume 15 où s’exprimait aussi cette certitude : Ma chair reposera en sûreté ; car tu ne laisseras pas mon âme dans le shéol, ni ne laisseras ton Saint connaître la corruption ; plénitude de joie devant ta face, délices éternelles à ta droite.

Le sens de ces versets est assez clair. Peut-être que les Sadducéens lisaient ou chantaient ces psaumes sans y réfléchir, machinalement ; un peu comme nous "récitons" le Je crois en Dieu, qui s'achève précisément sur cette profession de foi en la vie éternelle.

Pour nous, chrétiens, nous avons au moins "une" attestation de la résurrection, par la résurrection tout-à-fait historique de Jésus-Christ. Saint Paul nous en a avertis : S'il n'y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n'est pas ressuscité, et vide est notre foi (2Co 15:13-14).

Il est vrai que la résurrection échappe à toutes les lois de la nature, à toutes nos expériences quotidiennes. Elle n'en demeure pas moins une réalité fondamentale.

 

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C'est le sens qu’il faut trouver dans les paroles de saint Paul aux Thessaloniciens, la deuxième lecture d’aujourd’hui, dont nous allons souligner quelques expressions fortes : 

Laissez-vous réconforter par notre Seigneur lui-même, car si Jésus n’était pas ressuscité, il ne pourrait pas nous réconforter ; 

Dieu... nous a donné réconfort et joyeuse espérance : quelle espérance “joyeuse” pourrions-nous avoir, si nous n’étions pas appelés à la résurrection, comme le Christ ?

Qu'ils affermissent votre cœur…, que le Seigneur vous conduise à la persévérance pour attendre le Christ : ne nous laissons pas décourager par ce monde qui passe, mais encourageons-nous à rejoindre le Christ. 

Ces expressions ne sont pas banales ; gardons-nous de les lire trop rapidement, de les trouver évidentes sous la plume de l'Apôtre. Elles sont précisément une exhortation pressante à raviver notre foi, à ne pas nous endormir sur nos habitudes, sur notre train-train. Quelle merveille inouïe que cette résurrection ! Que serait notre vie, sans cette perspective ?

 

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Quand nous comprenons quel sera le vrai but de notre existence, nous percevons mieux quelle valeur prend alors chaque instant de la vie : chaque minute est précieuse pour l'éternité. Mais comme c’est souvent difficile de rester fermes sur la route, nous demandons à Dieu dans la Prière du jour que, par Sa grâce, Il éloigne de nous tout ce qui nous arrête, toute entrave d’esprit et de corps. Déjà dimanche dernier, l’expression se trouvait dans la Prière : sans que rien nous arrête.

 

 

Pour l’homme, c’est impossible, mais pour Dieu tout est possible (Mt 19:26).


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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 00:00

31e dimanche ordinaire - C

 

Dans son voyage pour rejoindre Jérusalem, Jésus a successivement rencontré les dix lépreux aux confins de la Samarie et de la Galilée (Lc 17:11, évangile du 28e dimanche), puis guéri l’aveugle comme il approchait de Jéricho (Lc 18:35) ; Le voici en Jéricho, où l’attend Zachée. Le récit évangélique d'aujourd'hui va peut-être nous poser quelque difficulté, après la parabole du pharisien et du publicain de dimanche dernier, où Jésus nous invitait à ne pas nous vanter de nos bonnes actions. 

Aujourd'hui, celui qui expose à Jésus ses bonnes actions n’est pas un pharisien, mais un publicain ; qui plus est, il est le chef des collecteurs d’impôts, quelqu’un qui manipule l’argent, qui emprunte, fait du profit, en quelque sorte un “voleur”, un de ceux qui devaient traiter aussi avec les Romains pour changer leur argent, pour collecter et leur remettre les impôts : traiter ainsi avec les occupants, c’était être un “collaborateur” ; on voit bien comment on peut arriver aux amalgames, et aux accusations faciles (1). 

S’arrêter là serait mal connaître celui à qui Jésus va dire qu’il doit demeurer chez lui. Le nom-même de Zachée signifie Pur (Juste), et l’on va voir que ce “gabelou” a un cœur en or.

Voici donc que Zachée, qui est de petite taille, grimpe sur un arbre : cette attitude est touchante de prime abord, parce que ce faisant, Zachée ne peut guère passer inaperçu ; tout le monde voit notre homme se dépêtrer dans les branches, comme le font tous les enfants pour s'amuser ; mais Zachée ne s'amuse pas : sans s'inquiéter du qu'en-dira-t-on, il fait tout ce qu'il peut pour voir Jésus. Saint Jean Chrysostome commente délicieusement : Il voulait voir des yeux Celui que désirait son âme.

Jésus ne manque pas de le remarquer, bien sûr, et lui adresse la parole, l'invite à descendre "vite" (déjà il avait couru en avant pour escalader son sycomore, voilà qu'il doit redescendre encore plus vite ! Et Zachée de descendre, obéissant comme un petit enfant à l’appel de Jésus, pour Le recevoir avec joie.

Il y a eu des commentaires à propos du sycomore auquel est grimpé Zachée. Ce petit arbre, parfois appelé “faux platane”, ou même assimilé à une sorte de figuier aux fruits fades, aura suggéré la “folie de la Croix”. Contrairement aux païens qui considèrent une folie le langage de la Croix (cf. 1Co 1:18), Zachée au contraire s’est “sagement” appuyé sur ce Bois pour trouver la Vérité. 

Saint Grégoire le Grand a à ce propos une autre formule savoureuse : “Abandonnons la science vénéneuse pour apprendre la louable stupidité” (2) .

Le désir de Zachée était si fort et si pur, que Jésus s’est Lui-même présenté à lui, selon ce passage de l’Ecclésiastique (ou Siracide) : La Sagesse vient au-devant de (celui qui craint le Seigneur) comme une mère ; elle le nourrit du pain de la vie et de l’intelligence, elle lui donne à boire l’eau de la sagesse salutaire (Si 15:2-3, d’après la Vulgate) (3). 

Ecoutons notre Zachée : contrairement au pharisien de la parabole de dimanche dernier, sans vanité, sans se comparer aux autres, il expose simplement ce qu'il croit bien de faire. Personnellement, il ne connaît pas la Loi, sinon vaguement ; peut-être n’était-il pas même Juif ; mais son cœur droit lui dicte qu'il doit aider les autres, qu'il doit réparer ses torts. A strictement parler, la Loi ne demande pas de donner aux pauvres la moitié de (ses) biens : en fin de récolte, il fallait seulement laisser à la veuve la gerbe ou les grappes qui restaient (Dt 24:19sq), ou bien tous les trois ans seulement on demandait la dîme des récoltes (Dt 14:28) ; quant à restituer au quadruple, cela ne concernait que le vol de petit bétail (Ex 21:37).

Le texte de l’évangile nous permet ici une explication supplémentaire. Dans son laconisme, le verset de Luc Voyant cela, tous récriminaient… laisse bien supposer tous les attroupements de la foule devant la maison de Zachée et les conversations où chacun y va de son commentaire et de sa critique. Pendant tout ce temps, personne n’entend la conversation de Jésus et Zachée : il est plus que probable que Jésus ait pris le temps de parler, d’écouter, de conseiller, après quoi Zachée, convaincu, converti, aura cette phrase : Je fais don aux pauvres, etc, qu’on peut très bien entendre comme une sorte de décision, de promesse solennelle faite à Jésus, qui alors déclare que le salut a été accordé à cette maison, à Zachée et à tous ses proches, car le bon exemple de Zachée a convaincu toute la maisonnée (4). 

Certes, Zachée savait s'y prendre en matière de finances, et n’était pas totalement innocent. Mais Jésus voit plutôt l'intérieur de son âme, éprise de justice : à lui pourra s’appliquer la Béatitude Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, ils seront rassasiés (Mt 5:6) ; Jésus lui accorde le salut, exactement selon le mot que nous lisons dans la première lecture : Tu fermes les yeux sur leurs péchés, pour qu’il se convertissent. Ainsi se manifeste la divine miséricorde : sans contrainte, sans brusquerie, Dieu amène toute âme droite à la conversion.

 

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Toute la première lecture, extraite du Livre de la Sagesse, chante cette miséricorde divine, qui n’exclut personne. Un Père de l'Eglise a fait cette remarque merveilleuse : Dieu aime tous les êtres, parce qu'il les aime chacun en particulier (5). 

 

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Oui, vraiment, dit ensuite le psaume 144 : Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d'amour. La bonté du Seigneur est pour tous, sa tendresse, pour toutes ses œuvres.

Il n’est pas rare que tel ou tel pécheur demande lui-même à recevoir les Sacrements de l'Eglise avant de mourir. De telles conversions au moment suprême montrent comment des cœurs parfois endurcis soient touchés par la grâce, comme le Bon Larron sur la croix. Le cas est loin d’être unique. On ne peut que remercier Dieu pour cette "patience" qu'Il a envers chacun de nous.

 

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Dieu, qui n’est pas un juge impitoyable, ne veut qu’une chose : le salut de notre âme. Peu importeront les circonstances, les peines, les difficultés, les souffrances, nos chutes même (pourvu que nous les reconnaissions) ; et surtout les faux prophètes alarmistes (deuxième lecture) : si s.Paul dit ailleurs que le Seigneur est proche (Phil 4:5), c'est pour nous rappeler que le temps passe très vite, mais il nous avertit bien précisément, aujourd’hui, que la fin du monde (le jour du Seigneur) n'est pas arrivée encore. Peu importe la date des "derniers temps" dont on nous parle ici et là : l'essentiel est, dit l’apôtre, de conserver une foi active et d'accomplir tout le bien possible ; d’abord une conversion toujours plus totale en nous-mêmes, et puis un amour toujours plus grand autour de nous.

Ainsi, dit s.Paul, notre Seigneur Jésus aura sa gloire en vous (le texte grec dit plutôt que le nom de notre Seigneur Jésus (sera) glorifié en vous) : que chacune de nos actions soit un hommage à Jésus Christ, une progression vers les biens qu’(il) nous promet, dit la Prière du jour, pour que Jésus soit en quelque sorte fier de nous, quand Il reviendra, et qu'Il dise à chacun de nous : Entre dans la joie de ton Maître (Mt 25:21).

Alors, sans crainte du Jugement et de la mort, et au contraire avec la plus grande joie et totale liberté, nous invoquerons de toutes nos forces : Viens, Seigneur Jésus (Apoc 22:20).

 

 

1 Le mot hébreux pour “chef” est Gabba, d’où vient notre gabelle, le fameux impôt sur le sel.

2 “Relinquamus noxiam sapientiam, ut discamus laudabilem fatuitatem” (Moralia, XXVII).

3 On pourra chercher sur Internet des informations sur M.André Levet, un Zachée du XXe siècle, ou plutôt un Bon Larron : ce voleur voulut parler  avec le Christ, le vit effectivement, et se convertit totalement dès sa prison.

4 D’après le pape saint Clément, saint Pierre ordonna Zachée évêque de Césarée de Palestine. 

5 Très probablement s.Maxime le Confesseur, un illustre théologien de Constantinople au VIIe siècle, extrêmement prolixe et surnommé “le Confesseur”, fêté le 13 août ; sa fidélité à la doctrine de l’Eglise lui valut d’être torturé : on lui coupa la langue et la main droite, pour l’empêcher de parler et d’écrire davantage.

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25 octobre 2013 5 25 /10 /octobre /2013 23:00

30e dimanche ordinaire - C

 

Le Christ met une petite pointe d'humour dans la parabole d'aujourd'hui : le procédé est utile pour faire passer plus aisément la leçon. Nous connaissons tous la parabole du pharisien et du publicain, et tous, nous condamnons l'attitude du pharisien, mais, sincèrement, demandons-nous maintenant : suis-je un pharisien ou suis-je un publicain ?

Au fond, pourquoi le pharisien n'a-t-il pas trouvé grâce devant Dieu ? Nous allons voir que ce pharisien - celui qui se cache en chacun de nous - commet plusieurs erreurs.

 

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Sa première erreur est une des erreurs les plus répandues parmi les hommes : il se compare aux autres. Il est tout-à-fait vain de se comparer aux autres, parce que nous sommes tous pécheurs devant Dieu : nous avons tous des qualités et des défauts, aussi différents de sujet à sujet. Celui auquel nous devons chercher à ressembler, l'Unique, est le Christ. Lui seul est parfait, lui seul est notre modèle. Cette doctrine est fondamentale et l'Eglise n'a jamais cessé de nous le rappeler. 

Les Saints et les Saintes ont pratiqué les vertus à un degré héroïque, ils ont eu des attitudes étonnantes, voire mystérieuses, ou même contradictoires, liées au contexte historique de leur mission. Qui voudrait imiter le caractère fougueux d'un saint François d'Assise pourrait bien se trouver en difficulté à vouloir ensuite imiter la douceur infinie d'un saint François de Sales ; ou bien qui voudrait - à l'instar de certains grands Mystiques - ne se nourrir que de l'Eucharistie, aurait bientôt quelques problèmes avec son entourage (et son médecin !).

Mais si les Saints et les Saintes sont des "modèles", c'est parce qu'ils nous montrent comment ils ont cherché à suivre le Christ totalement, sans prendre en considération le qu'en-dira-t-on, et surtout sans se mesurer aux autres.

 

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Et voici maintenant la deuxième erreur du pharisien : toutes les bonnes œuvres qu'il accomplit pour satisfaire la Loi, lui suffisent pour s'autodéclarer "juste". Dans ses paroles, aucun amour réel de Dieu, mais une immense complaisance en lui-même. Il fait de Dieu son miroir et se félicite lui-même de ce qu'il y voit. Les Saints en revanche ne s'attribuent aucun mérite dans leurs bonnes actions. 

On lit ainsi dans la vie de saint Martial qu’après avoir fondé les Églises dans tout le sud de la Gaule, il mourut "ne cessant de regretter d'avoir si peu fait".

 

 

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En lisant l’épître de saint Paul, on pourrait, à première vue, lui reprocher d'avoir des propos un peu similaires à ceux du pharisien : Je me suis bien battu, j'ai tenu jusqu'au bout, je suis resté fidèle… Je n'ai plus qu'à recevoir la récompense. Mais lisons bien le contexte : Le Seigneur m'a assisté, il m'a rempli de force. Paul ne s’attribue aucun mérite : c’est Dieu qui a agi en se servant de son “serviteur inutile” (rappelez-vous l’évangile du 27e dimanche) ; et surtout, rappelons-nous le fameux “hymne à la Charité”, du même Apôtre Paul : Quand j'aurais le don de prophétie et que je connaîtrais tous les mystères et toute la science, quand j'aurais la plénitude de la foi, une foi à transporter les montagnes, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien (1Co 13:2). Paul se montre ici très exigeant pour son propre apostolat : sans l’amour vrai, sans la Charité, tout ce qu’il pourra faire ne comptera pour rien.

 

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Les Saints ne s'appuient que sur Dieu. Quand ils se mettent en Sa présence, leur première attitude est de s'humilier, de demander pardon pour leurs faiblesses, comme nous en donne l'exemple notre publicain. C'est pourquoi aussi, au tout début de la liturgie de la Messe, avant toute prière, avant toute lecture, nous commençons par demander pardon à Dieu. Cette action est pleinement liturgique, parce qu'elle favorise l'ouverture de notre cœur pour écouter et entendre la Parole divine.

 

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Recueillons encore une autre leçon que nous donne notre Modèle divin aujourd’hui. Le pharisien a la dent dure contre les autres hommes : voleurs, injustes, adultères ; c'est sa troisième erreur. Oui, laissons à Dieu le jugement des autres ; tout en discernant le bien du mal, ne condamnons jamais et bannissons rudement de notre cœur (et de notre bouche) toute médisance. Cette attitude nous apportera un sens profond de la Justice et de la Paix, à l'image de Christ qui dit à la pécheresse : Je ne te condamne pas, va et désormais ne pèche plus (Jn 8:11).

 

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Voilà qui nous amène au texte de Ben Sirac le Sage

 . Nous y lisons en quelques lignes l’universelle Bonté et Justice de Dieu, un “juge” absolument juste et impartial, en qui l’homme peut avoir une totale confiance.

Toutefois, après avoir lu ces lignes et celles du psaume 33 qui suit, que dira-t-on de tant et tant de “laissés pour compte” de notre monde ? Injustices, conflits sociaux, délinquance, guerres… Où est cette Bonté divine, cette Justice dont nous avons tant besoin? Quand donc Dieu nous délivrera de toutes (nos) angoisses ? 

Avec saint Pierre nous nous rappellerons que Dieu use de patience envers vous, voulant que personne ne périsse, mais que tous arrivent au repentir (2P 3:9). Dieu veut la conversion de tous les pécheurs, de tous les hommes. Voyons si nous ne sommes pas, nous les premiers, à l’origine de quelques injustices, de quelques heurts familiaux, de quelques querelles entre collègues.  Au lieu de regarder le mal ailleurs, cherchons toujours à corriger d’abord nos propres défauts à l'intérieur de nous-mêmes ; jusqu'au dernier souffle, nous aurons toujours des imperfections à nous reprocher.

 

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Le pharisien de la parabole, en réalité, ne prie pas ; il se loue lui-même.

 Le publicain, dans son humble prière de pécheur, a une attitude que l’Eglise a, depuis, reprise dans notre liturgie pour exprimer la pénitence : il se frappe la poitrine. Par ce geste, le publicain veut en quelque sorte subjuguer son cœur, le siège de la volonté humaine, la source de tous les péchés. On se frappe la poitrine à l’acte pénitentiel du début de la Messe, au chant de l’Agneau de Dieu qui précède la communion.

 

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Cette façon de demander pardon à Dieu nous conduira tout droit à cette joie du psaume 104 du chant d'entrée : Soyez dans la joie, vous qui cherchez Dieu. Cherchez le Seigneur et sa force, sans vous lasser, recherchez son visage ; c'est cette recherche qui nous fortifiera et nous consolidera sur le chemin vers la sainteté. 

Oui, Seigneur, fais-nous aimer ce que tu commandes, pour obtenir ce que tu promets (prière du jour).

 

 

1 Saint Martial venait de Palestine et fut évêque à Limoges, un des sept premiers évangélisateurs envoyés de Rome en Gaule. Sa fête est au 30 juin.

2 Le “Siracide” ou “Ecclésiastique”, un livre de la Bible très utilisé dans la liturgie ; la numérotation est un peu différente selon le texte latin de la Vulgate ou le texte hébraïque original. La Bible de Jérusalem indique les versets latins en chiffres marginaux, plus petits.

3 C’est ce que fait remarquer saint Augustin dans son “Sermo 36”, De Verbis Domini secundum Lucam.

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18 octobre 2013 5 18 /10 /octobre /2013 23:00

29e dimanche ordinaire - C

 

Je t'appelle, mon Dieu, car tu peux me répondre. Le psaume 16 ouvre ainsi la liturgie de ce dimanche. Voilà une prière confiante, une supplique intense : Dieu est notre refuge sûr. Nous allons méditer sur la prière confiante à Dieu.

 

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Moïse demande l'aide de Dieu, il s'offre lui-même pour l'obtenir, il supplie, il lève les mains, et quand il n'en peut plus il se fait aider : grâce à Aaron et Hour, Moïse garde les bras élevés. Cet homme qui intercède pour son peuple, les bras étendus, est déjà une figure du Sacrifice du Christ, qui lèvera ses bras en croix pour tout Son peuple. 

Chaque fois que nous prions pour quelqu’un, un malade, un ami, une quelconque autorité, nous sommes des Aaron qui soutiennent les bras de nos Moïse.

 

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Il s’agit aussi de la prière confiante dans le psaume 120, un des psaumes graduels que chantaient les pèlerins en marche vers Jérusalem. De la plaine, ils "levaient les yeux" vers les montagnes, vers Jérusalem, vers le Seigneur, attendant de Lui sa protection contre toutes les embûches de ce voyage, car le chemin de Jéricho à Jérusalem était infesté de voleurs, prêts à dévaliser les braves pèlerins (on se rappellera la fameuse parabole de l’homme qui descendait de Jérusalem à Jéricho (Lc 10:30) ; mais aussi protection contre les embûches spirituelles, celles qui jalonnent notre voyage terrestre.

 

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Depuis plusieurs dimanches nous parcourons les deux lettres de s.Paul à Timothée, le disciple très cher de l’Apôtre, fidèle entre tous. Le passage d'aujourd'hui est une exhortation à la lecture approfondie de l'Ecriture. Non pas que Timothée l’ignorât, puisque, dit saint Paul, il la connaît depuis (son) plus jeune âge. Mais Paul l’exhorte à ne pas l’oublier, et il nous exhorte tous, et chacun d’entre nous, à lire l’Ecriture Sainte, dont tous les passages sont inspirés par Dieu. Nous y trouverons beaucoup d’exemples de prière, ne serait-ce que La prière que nous a enseignée le Seigneur.

Il est vrai que beaucoup de passages du Texte sacré nous apparaissent obscurs, étonnants, parfois vraiment incompréhensibles… Probablement, Dieu ne veut pas que nous les comprenions tout de suite, comme le dit Jésus à ses Apôtres : J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant (Jn 16:12). Mais croyons bien que la lumière se fera peu à peu, comme l’éponge qui se laisse progressivement gonfler par l’eau qu’elle absorbe.

D’autres fois, c’est que notre cœur est fermé à la Lumière : nous voudrions faire entrer le soleil, mais nous maintenons fermés les volets ! Notre âme est trop pleine de nos pensées terrestres, humaines, et il n’y a pas de place pour le divin. Notre première pensée, en ouvrant le Livre inspiré, doit être : Quel enseignement Dieu veut-il me donner en ce moment ? 

Lisons l'Ecriture, relisons-la, méditons-la ; surtout l'Evangile, que saint Dominique savait par-cœur ! C’est l’enseignement direct de Jésus. 

Et n’oublions pas que certains autres textes de l’Ecriture sont réellement “faciles” à lire, parce qu’ils sont davantage historiques, comme les Actes des Apôtres, ou, dans l’Ancien Testament, les livres de Josué, des Juges, de Samuel, des Rois, des Chroniques. Les passages des Prophètes, ou des Psaumes, ou de l’Apocalypse, auront certes besoin d’explications, mais ne doivent pas nous rebuter, car ils nous conduiront toujours vers la Vérité. N’avons-nous pas souvent le “courage” de lire des livres véritablement rébarbatifs, pour préparer nos examens ou nos conférences ? Et nous renoncerions à approfondir l’Ecriture ?

Puisqu’il s’agit aujourd’hui de la prière, cherchons dans l'Ecriture des exemples de prière confiante, et apprenons à prier Dieu comme ces saints personnages ont prié : comme Abraham devant Sodome (Gn 18:23-33), comme Moïse dont il est question aujourd’hui, comme Esther (Est 14)

 , comme aussi le jeune Salomon pour obtenir la sagesse (Sg 9)… comme Jésus qui priait parfois toute la nuit (cf. Lc 6:12) et qui, humblement, s’effaçait devant la volonté de Son Père, à Gethsémani (Lc 22:42).

 

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L'évangile du jour revient sur l'efficacité de la prière instante. Jésus prend l’exemple un peu déconcertant d’un juge qui finit par faire justice envers cette brave femme, simplement pour qu’elle cesse de lui casser la tête. Il faut noter ce que Jésus dit de cet homme : il est tellement injuste, qu’il ne respecte ni Dieu ni même les hommes, ce qui sous-entend un état d’esprit véritablement, foncièrement mauvais. Pourtant il finit par céder. Mais Dieu n’est pas un juge humain ! Si un juge humain finit par écouter cette femme bon gré mal gré, à plus forte raison notre Père céleste, qui est bon, exaucera promptement ses enfants.

Saint Jean Chrysostome

 commente ainsi : Si la prière assidue a pu faire de ce juge cruel un homme doux, que ne sera-t-il pas du Bon Dieu ! Et de faire remarquer quelle force a la foi, quand on voit des juges injustes et même méchants devenirs bons et miséricordieux.

Le même Chrystostome ajoute ensuite : Quelle dignité de parler ainsi avec Dieu ! La prière nous unit aux Anges, dont la charge est de prier sans interruption, qui nous apprennent à oublier notre condition humaine et à remplir notre esprit d’une telle rapidité et d’une telle sainte crainte, que nous n’ayons plus de regard vers les choses présentes mais que nous nous sentions comme en présence des Anges, en train d’accomplir le même sacrifice d’action de grâce avec eux.

Saint Augustin

 , quant à lui, compare cette Veuve à l’Eglise qui attend du Christ qu’Il lui rende la justice, qu’Il intervienne enfin pour éliminer tous les maux, toutes les injustices. Mais ces maux sont multiples, et dureront malheureusement jusqu’à la fin des temps, car ils sont liés à la condition humaine. Jusqu’à la fin de notre vie nous connaîtrons les tentations les plus diverses, jusqu’à la fin des temps les hommes éprouveront des tribulations de toutes parts, des injustices sociales, des maladies, des épidémies, des accidents, des persécutions… Tout cela, l’homme ne peut l’éviter ; mais tous, nous pouvons éviter le péché, et c’est ce qui est le plus important, peut-être même le plus difficile.

Notre prière instante doit nous faire espérer et croire sans cesse qu’avec Jésus, et seulement Lui, nous serons libérés du mal. Rappelons-nous la prière qui suit le Notre Père à la Messe : c’est bien au Seigneur qu’on demande de nous délivrer de tout mal… du péché… des épreuves, dans l’espérance de l’avènement de Jésus-Christ, à qui, répond l’assemblée, appartiennent le règne, la puissance et la gloire.

L’expression de Jésus : toujours prier, ne doit pas s’entendre au sens de quelque attitude permanente, qui exclurait par exemple le travail manuel nécessaire à la vie quotidienne. Effectivement, il y eut de ce genre d’esprits tordus que saint Paul reprend vertement : Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus. Or nous entendons dire qu’il en est parmi vous qui vivent dans l’oisiveté, ne travaillant pas du tout mais se mêlant de tout. Ceux-là, nous les invitons et engageons dans le Seigneur Jésus Christ à travailler tranquilles et à manger le pain qu’ils auront eux-mêmes gagné (2Th 3:10-12). 

Toujours prier veut dire : avec persévérance, à différents intervalles, comme l’insinue le psaume de David : Sept fois le jour, je te loue pour tes justes jugements (Ps 118:164).

C’est pourquoi l’Eglise nous a habitués à «faire la prière» le matin et le soir ; ce n’est pas en soi une «obligation», mais c’est le moyen d’apprendre à rester en union avec Dieu ; il y a aussi l’Angelus, le chapelet, et mille autres dévotions parmi lesquelles on peut choisir celles qui nous conviennent le mieux.

Par la persévérance dans la prière, notre esprit s’accoutume peu à peu à l’inspiration de l’Esprit de Dieu, et se laisse plus facilement modeler par la sainte Volonté divine. Il faut croire que ce que Dieu nous accordera sera pour notre bien, et que ce ne sera pas forcément ce qu’on avait demandé au départ.

Croire, oui. Mais vient alors cette question vraiment bouleversante de Jésus : trouvera-t-il la foi à son retour sur terre ? 

Jésus a-t-il un doute sur la fidélité de l’Eglise et des Chrétiens ? Veut-Il dire que l’Eglise aura “peut-être” disparu de la société ? L’Eglise sera-t-elle à ce point persécutée, qu’on ne la verra plus apparaître visiblement dans notre société ? Les églises et la Croix auront-elles disparu de nos cités ? Il est vrai que certains esprits inquiets pourraient le penser, devant tant de persécutions, et devant la montée en force des ennemis de l’Eglise. 

Mais reprenons-nous : si la question de Jésus-Christ devait nous mettre dans cette inquiétude, elle ne serait pas de Lui. Au contraire Jésus veut par là nous alerter, nous aider à rester en éveil, à être de ces vierges sages qui savent entretenir leurs lampes avec la foi et les œuvres de charité (cf. Mt 25:1-13).

C'est à chacun de nous que Jésus pose cette question, comme pour nous inviter instamment à L'attendre ; préparons-nous à son retour, soyons de ceux qui garderont la foi et qui seront prêts à accueillir Jésus Christ.

 

*       *       * 

Jésus veut en même temps nous expliquer ici pourquoi certains d’entre nous ne sont pas toujours exaucés : c’est parce que notre foi n’est pas totale. L’homme se donne aux plaisirs, et oublie facilement le jugement qui l’attend. La Foi, celle que Dieu attend de nous, manquera chez certains, et saint Paul le dit (1Tm 4:1-2) Il y aura aussi de faux prophètes (Mt 24:24). C’est pourquoi il est urgent pour chacun de nous de ne pas s’endormir sur notre fausse justice. Ce sera le thème de la prochaine parabole du Christ, du pharisien et du publicain, que nous lirons dimanche prochain.

 

*       *       *

Notre supplique sera d'autant plus efficace qu'elle exprimera l'ouverture de notre cœur à la volonté de Dieu : que serait cet appel à l'aide, si nous maintenions fermée à clef la porte de notre cœur ? Au contraire, faisons bien nôtre la Prière du jour : Fais-nous toujours vouloir ce que tu veux.

 

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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 23:00

 

28e dimanche ordinaire - C

 

Une lecture et l’évangile de ce jour nous mettent en présence de lépreux. La lèpre, dans l’histoire d’Israël, revêt une importance singulière, au point que le Lévitique y consacre deux chapitres entiers, l’un pour la maladie elle-même - y compris la “lèpre” qui s’attaque aux vêtements, aux objets en tissus ou en cuir, et aux murs d’une maison -, l’autre pour la purification (Lv 13 et 14).

Dans la Loi de Moïse, si c’est au prêtre de reconnaître la maladie officiellement, c’est parce que cette maladie extérieure suppose une maladie intérieure grave ; être lépreux est pour ainsi dire être hérétique : la personne ou la chose en question est “impure”, c’est-à-dire qu’elle doit être exclue de tout contact, voire de la communauté. 

Le texte du Lévitique considère par “lèpre” diverses affections cutanées qui ne sont pas ce que nous appelons aujourd’hui la lèpre, mais qui requièrent de la part des personnes touchées des sacrifices particuliers grâce auxquels elles redeviendront “pures” et pourront être réadmises dans la communauté. Elles ne seront pas pour autant guéries de leur lèpre extérieure, mais le mal intérieur que représente cette affection, sera expié.

 

La lèpre est vraiment une affection très pénible ; l’altération de l’épiderme des personnes ou des murs d’une maison, fut considéré comme une altération de la beauté des créatures de Dieu, comme quelque chose qui mine de l’intérieur l’être ou l’objet et lui enlève sa belle apparence. Une sorte de corruption intérieure. Pendant des siècles, une interprétation radicale du livre du Lévitique prescrivait l’éloignement total et définitif des lépreux hors des habitations ; les malades devaient agiter une clochette pour avertir la population de s’éloigner. Une véritable malédiction pesait sur ces malheureux. 

Un jour, François d’Assise passait près d’un lépreux et en eut instinctivement quelque répulsion ; se reprenant, il alla à sa rencontre et l’embrassa fraternellement. Au XIXe siècle, le belge Damien De Veuster voulut aller sur la petite île Molokaï (Hawaï), où le gouvernement reléguait les lépreux en les abandonnant à leur sort fatal ; ce missionnaire y fit grand bien, et y finit ses jours, gagné à son tour par la contagion.

 

 

*       *       *

 

Le personnage de notre première lecture, le général Naaman, un Syrien (donc un “étranger”), ne devait pas souffrir d’un cas “contagieux” de lèpre, puisqu’il conservait sa place de militaire à la tête des armées et aussi qu’on ne l’a pas rejeté à son entrée en Israël. Ce que nous lisons aujourd’hui ne donne que l’essentiel du chapitre 5 du deuxième livre des Rois ; l’histoire de cet homme est très belle et vaut la peine d’être lue intégralement.

Après avoir d’abord refusé le conseil du prophète, ce militaire va quand même se baigner sept fois dans le Jourdain, et recouvre la peau d’un petit enfant ; guéri, il perd ainsi son “impureté” : c’est la récompense de son humilité à suivre les conseils du prophète Elisée.

 

*       *       *

 

Les dix lépreux de l’évangile sont dans une situation différente : neuf sont juifs, un est samaritain (donc aussi “étranger”) ; mais ils sont tout autant exclus de la vie communautaire : ils se tiennent à distance et supplient Jésus qui, appliquant la loi du Lévitique, leur prescrit d’aller se montrer aux prêtres. On le sait, Jésus n’est pas venu abolir la loi, mais la porter à son accomplissement (Mt 5:17). Ici, cet accomplissement se fera quand l’homme guéri viendra alors aux pieds de Jésus la face contre terre en lui rendant grâce. Encore une fois, c’est l’humble obéissance à Jésus qui vaut à cet homme la guérison totale. 

Saint Luc avait relaté précédemment (9:51) que les Samaritains n’avaient pas voulu recevoir Jésus ; aujourd’hui, Jésus guérit justement un Samaritain, rendant ainsi le bien pour le mal. On le sait, Luc aime montrer la clémence de Jésus, la miséricorde divine, comme il l’a fait avec la parabole du Fils prodigue (15:11-32).

L’évangéliste ne dit pas que les neuf autres n’aient pas conservé la grâce de la guérison au moins physique ; rien ne donne à douter qu’ils aient entendu parler de l’attitude du Samaritain et qu’ils se soient à leur tour rendus auprès de Jésus. Pourquoi pas ? Mais l’attitude de Jésus nous prouve bien que la maladie de la lèpre, souvent, cache une autre maladie, intérieure, une maladie que seul le Fils de Dieu peut guérir : Ta foi t’a sauvé, lui dit simplement Jésus.

Le général Naaman aussi exprima les sentiments d’un converti : Je ne veux plus, dit-il, offrir ni holocauste ni sacrifice à d’autres dieux qu’au Seigneur Dieu d’Israël (cf. 2R 5:17). Sa foi est déjà tellement ancrée dans son cœur, qu’il veut prélever une bonne quantité de terre de cet endroit pour l’emporter dans son pays et établir sur cette terre l’autel de ses nouveaux sacrifices. Il se dit serviteur du prophète.

Il faut aussi admirer l’attitude du prophète Elisée, qui refuse les présents apportés par Naaman. Il les refuse, pour que Naaman comprenne bien que c’est la grâce de Dieu qui a opéré dans son cœur, et non la puissance du prophète. Ici, Elisée nous rappelle qu’il n’est à son tour que le serviteur de Dieu, le serviteur inutile dont on parlait dimanche dernier. En revanche, Dieu punira très sévèrement la cupidité du serviteur personnel d’Elisée, Géhazi, qui moyennant deux gros mensonges, essaie d’accaparer pour lui un peu des présents offerts par Naaman : c’est lui qui est alors couvert de lèpre (2R 5:20-27).

L’attitude de Naaman, qui emporte de la terre d’Israël pour y bâtir chez lui le nouvel autel, inspirera plus tard sainte Hélène, quand elle eut retrouvé la Croix du Seigneur près de Jérusalem : elle emporta de la terre de Jérusalem pour y construire à Rome la basilique qui depuis s’appelle “Sainte Croix à Jérusalem”, là où se trouve un important morceau de la Croix du Christ, ainsi qu’un long morceau de celle du Bon Larron (s.Dismas).

 

*       *       *

 

La conversion de Naaman, syrien, et celle du samaritain reconnaissant de l’évangile, sont à l’origine du choix du psaume 97 : Le Seigneur (.…) a révélé sa justice aux nations… La terre tout entière a vu la victoire de notre Dieu. C’est un chant nouveau, parce que Dieu veut étendre le salut aux hommes de toutes les nations : la nation choisie d’Israël devait préparer la venue du Messie ; désormais l’Evangile doit être annoncé partout. Acclamez le Seigneur, terre entière !

 

*       *       *

 

La deuxième lecture semble ne pas avoir de rapport direct avec tout ce qui précède ; ces temps-ci, l’Eglise nous fait lire les “petites épîtres” de saint Paul, à Philémon d’abord, à Timothée ensuite. Ce dernier, ainsi que Tite, étaient parmi les meilleurs disciples de Paul, qui les exhorte paternellement à une fidélité constante, même dans les souffrances. Paul est en ce moment enchaîné à Rome et recevra bientôt la couronne du martyre - il le sait, cf. 2Tm 4:6 ; Timothée, lui, le jeune évêque à Ephèse, ne mourra pas martyr

, mais aura sa part de souffrances, d’épreuves diverses, de déceptions aussi, dans l’annonce de l’Evangile de Jésus-Christ. Saint Paul l’encourage : on n’enchaînera pas la parole de Dieu !

L’apôtre Paul rappelle cependant à Timothée l’importance des textes sacrés : par là s’acquiert la sagesse qui conduit au salut par la foi. 

Le lépreux de l’évangile a été sauvé par sa foi. Naaman a cru et il fut sauvé. Nous sommes peut-être nous aussi des Naaman : n’avons-nous pas parfois refusé de nous plonger… dans les eaux profondes et purificatrices de la miséricorde de Dieu ?

 

*       *       *

 

Admirons la force de nos frères du Moyen-Orient et de l’Orient, où la religion chrétienne est tellement frappée par la persécution ouverte et déchaînée, justement dans ces pays qui ont été le berceau de la foi judaïque et chrétienne.

De même que la parole de Dieu n’est pas enchaînée, de même Dieu est toujours près de nous par la grâce qui nous devance et nous accompagne. Même si cette grâce ne fait jamais défaut, notre désir de la recevoir nous la fait demander encore plus instamment aujourd’hui pour faire le bien sans relâche, selon les termes de la Prière. 

Il est certain nous avons besoin de cette grâce divine pour résister aux embûches. Saint Paul nous rassure : Dieu ne permettra pas que vous soyez tentés au delà de vos forces (1Co 10:13) ; et saint Pierre : Le Seigneur sait délivrer de l'épreuve les hommes pieux (2Pt 2:9). 

C’est la dernière demande de la Prière du Seigneur : Délivre-nous du mal !

 

 

 

1 C’est le norvégien Hansen qui trouva le bacille de la lèpre en 1874. Cette maladie très pénible présente des cas plus ou moins graves, pas toujours contagieux et pas non plus toujours incurables.

2 Il semble qu’il ait été contaminé après qu’un petit lépreux ait joué avec sa pipe, car le père Damien fumait la pipe, un peu par habitude, mais aussi pour éloigner les insectes par la fumée. Damien-Jozef De Veuster a été béatifié en 1995, canonisé en 2009 et sa fête est le 15 avril ; s. François d’Assise est fêté le 4 octobre.

3 Ce n’est pas absolument avéré. Actuellement, s.Timothée est fêté avec la couleur blanche des Confesseurs, en même temps que s.Tite, le 25 janvier.

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4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 23:00

27e dimanche ordinaire - C

 

Au fur et à mesure que nous approchons de la fin de l’année liturgique, les textes sacrés attirent notre attention davantage sur la fidélité et la persévérance.

Persévérer n‘est pas toujours très facile, quand on rencontre des épreuves. Il est même assez fréquent d’entendre des réflexions de ce genre, à propos de la prière, mais surtout en temps de calamité : “Est-ce que Là-haut, on s’occupe un peu de nous ?” 

Cette question assez impertinente n’est pas nouvelle, et il semble qu’elle soit aussi celle du prophète Habacuc (1) : Combien de temps vais-je t’appeler au secours ? Dieu répond au prophète : d’une part, que les Chaldéens seront bien le fléau qui punira les pécheurs, mais d’autre part aussi, oui, que Dieu lui-même va intervenir, et bientôt. 

Mais le temps de Dieu n’est pas le temps de l’homme. Avant que Cyrus permette aux Juifs de rentrer d’exil, il passera encore une soixantaine d’années. Quant au Sauveur promis, la venue du Messie adviendra… six siècles plus tard ! 

Dieu veut que l’homme apprenne à être patient, à se soumettre, à accepter la volonté de Dieu, humblement. Tandis que Le juste vivra par sa fidélité, l’insolent au contraire n’a pas l’âme droite (ou aussi, suivant les versions : ne mènera rien à terme). On aura plaisir à lire la longue prière du prophète qui clôt la prophétie (Ha 3) : une belle prière de soumission à la toute-puissance de Dieu.

 

*       *       *

 

Saint Paul reviendra plusieurs fois sur cette fidélité du juste (cf. Ro 1:17 ; Ga 3:11 ; He 10:38). Aujourd’hui, comme depuis plusieurs dimanches, c’est à Timothée qu’il adresse ces recommandations. C’est ici la deuxième lettre à Timothée, que Paul a dû lui envoyer peu de temps avant d’être mis à mort à Rome. 

Dans la première (1Tm 4:12), Paul évoquait le jeune âge de Timothée ; ici, il lui demande de réveiller le don de Dieu qu’il a reçu : sans préciser ce qui a pu “s’endormir”, Paul demande à Timothée de “ressusciter” ce don, comme s’il voulait l’exhorter à bien continuer sa marche, avec fidélité, jusqu’au bout, sans se relâcher. Rien n’exclut que Timothée, au milieu des difficultés, ait un peu perdu de sa ferveur, ou qu’au contraire il se soit laissé gagner par la fougue de son jeune âge et ait connu quelque précipitation dans ses décisions ; un peu plus bas dans le texte, Paul lui recommande bien en effet de fuir les passions de la jeunesse (2Tm 2:22).

Reste que les recommandations de Paul valent pour chacun de nous, prêtres et évêques, mais aussi laïcs : dominer la peur, garder l’esprit de la force ; rendre témoignage au Seigneur, sans honte ; accepter notre part de souffrances ; conserver pure la doctrine. 

 

*       *       *

 

L’invitation du psaume 94 qui relie ces deux lectures, est justement ce qu’on appelle chaque jour dans le Bréviaire le psaume invitatoire, qui demande instamment à chacun de bien écouter l’appel de Dieu : Ne fermez pas votre cœur ! Crions de joie pour le Seigneur ! Entrez, prosternez-vous ! Ce psaume commence la prière du matin, en nous invitant justement à laisser derrière nous la nuit, le sommeil, au propre et au figuré, tout assoupissement, et à raviver notre foi en Dieu. 

 

*       *       *

 

La foi, reprend Jésus… Le grand arbre dont Il parle est, dans le texte, un mûrier, et l’on sait bien quelle difficulté il y a à éradiquer un tel buisson ! Telle est la puissance de la foi, si nous l’appuyons fermement en la puissance de Dieu. Saint Jean Chrysostome a fait remarquer que le grain de sénevé et le buisson qui se développe ensuite, évoquent bien le grain de foi dont nous avons besoin pour développer la puissance du don de Dieu ; le Vénérable Bède dit à son tour que la foi peut être modeste, intérieure, mais doit être aussi très ardente.

Il faut relever que Luc reprend ici une expression de Matthieu (Mt 17:20), où Jésus cependant parlait de commander à une montagne de se jeter dans la mer ; l’image est la même que le mûrier. Mais il est intéressant aussi de relier cette réponse à ce qui précède : en Matthieu, les disciples demandent à Jésus pourquoi ils n’ont pas pu chasser le démon épileptique et c’est là que Jésus leur reproche leur peu de foi. Ils faisaient leur apprentissage ; plus tard, ils accompliront à leur tour des miracles ; et même de plus grands (Jn 14:12b).

Les Saints ont eu cette foi, cette confiance absolue en la puissance de Dieu, avec une soumission totale à Sa volonté divine, et en furent récompensés. Deux exemples entre mille : 

Sainte Scholastique avait reçu son frère saint Benoît un soir ; l'heure passait et Benoît voulait regagner son monastère ; mais Scholastique, qui connaissait l’heure de sa mort prochaine, le prie de rester encore un peu ; lui de protester ; sans rien dire, elle se recueille quelques instants, et voici des cataractes d'eau qui empêchent Benoît de s'en aller. Puisque tu n'as pas voulu, lui explique-t-elle, je me suis adressée à Dieu, et il m'a exaucée. Ils purent ainsi continuer de parler de Dieu toute la nuit, et elle mourut en effet le lendemain (2). 

Et cet autre miracle, bien moins connu, d'un malade gravement atteint qui, avant d'aller à Lourdes, annonçait à tous ses amis qu'il reviendrait guéri. Lors de la procession du Saint Sacrement, il ne compte que les secondes qui le séparent de la guérison… mais le Saint Sacrement passe sans le guérir. Alors, plein de foi, il s'adresse à Jésus présent dans l'Hostie : "Tu n'as pas voulu me guérir ? Je vais le dire à ta Mère !" Le prélat qui porte le Saint Sacrement l'entend, s'arrête une seconde (on imagine sa stupeur !), se retourne et bénit derechef le malade. Qui guérit aussitôt. On ne connaît rien d’autre sur la “sainteté” de cet homme, mais on peut affirmer avec certitude que sa foi a été entière.

 

Revenant donc à notre mûrier, on l’a aussi comparé à la passion du Christ : de même que ces ronces produisent un fruit rouge, de même les coups, les épines, les clous, feront jaillir le Sang rédempteur. 

Quant à “arracher” ce mûrier et le jeter en mer, certains y ont vu la mission des apôtres consistant à “retirer” le message évangélique du milieu des Juifs qui ne l’acceptaient pas, pour le jeter dans la “mer” des païens ; ou encore à chasser le diable et le précipiter dans l’abîme. 

Quoi qu’il en soit, après avoir suggéré aux Apôtres quelle force, quelle autorité les animeront grâce à la foi, Jésus leur recommande immédiatement après de rester modestes, humbles. 

Ainsi aussi, à saint Augustin de Cantorbury, qui convertissait beaucoup d’Anglais grâce à ses miracles, le pape Grégoire le Grand recommanda d’éviter toute tentation de présomption. 

On aurait pu supposer, ensuite, que l’enseignement de Jésus sur les serviteurs quelconques fût sans rapport avec ce qui précède. Mais le docte évangéliste qu’est Luc n’a pas accumulé des réflexions et des enseignements épars, qu’il a réunis au hasard dans son évangile. Tâchons humblement de comprendre.

Au début de l’exemple que donne Jésus, on pourrait rester dubitatif sur la conduite de ce maître apparemment égoïste, sans cœur pour son serviteur fatigué. Mais Jésus ne fait que prendre un exemple de la vie courante de son époque, où sévissait l’esclavage (encore que même de nos jours, cette conduite soit plus fréquente qu’on ne le dise…), mais sans la justifier pour autant. Il veut nous dire ceci : si vous êtes capables de vous soumettre à un tel maître, sachez à plus forte raison reconnaître devant Dieu que vous n’êtes que des serviteurs quelconques (le texte latin dit : inutiles). 

C’est simplement une pressante invitation à persévérer humblement dans l’accomplissement de notre travail, conscients de coopérer au champ immense de l’Eglise, sous le regard de Dieu, qui nous réserve notre juste récompense dans le monde à venir.

Avant d’être glorifié dans la victoire de la résurrection, Jésus a pratiqué l’humilité à son degré absolu : en s’abaissant à l’indignité d’un scélérat, il s’est vraiment fait un serviteur quelconque, considérant qu'il ne faisait que son devoir

De la foi qui transporte les montagnes, Jésus a dit ailleurs :  

En vérité, oui, je vous le dis : si vous demandez quelque chose au Père en mon nom, il vous le donnera. Jusqu'à présent vous n'avez rien demandé en mon nom, demandez et vous recevrez, pour que votre joie soit pleine (Jn 16:23-24).

Que demandons-nous justement aujourd’hui dans la Prière ? 

D’abord nous exprimons un acte de foi en Dieu : Il nous comble bien au-delà de nos désirs ! Ensuite, eh bien, nous comptons sur sa miséricorde - car nous sommes pécheurs - et même si notre culpabilité ou notre modestie nous empêche de parler, du moins notre confiance nous aidera à demander la grâce divine : qu’Il augmente en nous la Foi !

 

 

1 Le prophète Habacuc, dont le nom devrait être plus exactement Ambakoum, écrivait aux alentours de 600 avant Jésus-Christ.

2 Sainte Scholastique est fêtée le 10 février ; s.Benoît, le 11 juillet.

 

 

 

 

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4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 14:53

26e dimanche ordinaire - C

 

Il n'est pas difficile aujourd'hui de faire la synthèse des trois lectures : tandis que le prophète Amos reproche à ses contemporains de vivre dans le plaisir, l'apôtre Paul encourage son cher Timothée (et ceux qui lui sont confiés) à toujours se souvenir de Dieu, de Jésus-Christ, de la vie éternelle ; cet antagonisme est illustré dans l'Evangile par le bon-vivant égoïste et le pauvre Lazare.

 

*       *       *

 

Comme on l’a relevé dimanche dernier, le prophète Amos dénonce le bien-être de son époque, durant une longue accalmie politique. Les richesses abondent, le farniente s’installe, on aime manger et boire abondamment… on ne se tourmente guère du désastre d’Israël… ils vont être déportés, effectivement, en 721, après la prise de Samarie par Sargon II (cf. 2R 17:5sq).

Amos, comme plus tard Jésus, ne condamne pas la richesse en tant que telle ; il faut bien être un peu riche pour aider les pauvres. L'objet des reproches d'Amos et de Jésus, c'est l'usage égoïste de ces richesses, uniquement pour son propre plaisir, sans le moindre souci de ceux - parfois proches - qui sont dans le besoin.

 

*       *       *

 

L’histoire-parabole de Jésus fait partie du même chapitre que la parabole de l'intendant malhonnête de dimanche dernier, traitant du juste usage des richesses. Exceptionnellement, ce pauvre reçoit un nom : Lazare (en hébreux : "Dieu aide") - à distinguer de l'ami de Jésus - pourrait très bien avoir été un de ces pauvres connus à Jérusalem, ou à Capharnaüm ; discrètement, au contraire, le riche n'est pas nommé. Ce sont peut-être là les seuls éléments "historiques" de notre parabole, qui donnent à Jésus l'occasion de développer son enseignement.

Jésus dit que les chiens venaient lécher les plaies du pauvre, un détail médical qui convient bien au médecin qu’était l’évangéliste saint Luc. En effet, on dit que la langue des chiens et leur salive ont un effet antibiotique, curateur ; par la présence de ces braves bêtes fidèles, Jésus veut montrer le bienfait qu'apportera la langue des prédicateurs contre les plaies de nos âmes malades, si elles sont ouvertes à la voix de la Vérité.

Et voilà qu’après sa mort le riche souffre terriblement dans cette fournaise ; c’est une des multiples allusions que Jésus fait dans l’évangile à la peine éternelle de l’enfer. Si l’enfer n’existait pas, ou s’il n’était pas éternel, Jésus nous aurait parlé différemment. Comment sera cet enfer, ce feu qui ne s’éteint pas ? Nous avons peut-être lu les descriptions qu’en ont faites les Voyants de Fatima (1). Mais, loin des représentations trop imagées des marmites bouillantes et des tridents pointus de diablotins cornus, il faut retenir principalement qu’en enfer, on est loin de Dieu, loin de la miséricorde, loin de l’amour, et cela définitivement. C’est une souffrance atroce, comparable à un feu brûlant. 

Ce malheureux riche souffre, appelle Abraham et Lazare à son secours et donne l'impression de se préoccuper aussi de ses frères… La situation est très imagée, car on ne dialogue pas ainsi entre le ciel et l’enfer ! A travers cet apparent dialogue de sourds, Jésus veut nous enseigner qu'à notre mort, nous ne pourrons plus ajouter ou retrancher quelque chose à notre vie, ce que nous aurons voulu être sera comme figé ; il en fut de même des anges fidèles et des anges déchus : leur choix irrévocable les a fixés pour l'éternité en compagnie de Dieu ou loin de Lui.

Le grand abîme dont parle Abraham, rappelle ainsi que notre sort final sera définitif. Et cette prophétie concernant ceux qui ne seront pas convaincus même si quelqu'un ressuscite, s'adresse bien évidemment à ceux qui, prochainement, ne voudront pas accepter la réalité de la résurrection de Jésus : les chefs de la synagogue en tout premier lieu, mais aussi tous ceux qui, jusqu’à nous, s’obstineront dans le rejet de la vérité, même s’ils connaissent Moïse et les prophètes.

Connaître vraiment Moïse et les prophètes, conduit indubitablement à reconnaître Jésus, le Fils de Dieu, Sauveur des hommes. C’est bien ce qu’expliquera Jésus ressuscité aux pèlerins d’Emmaüs (Lc 24:27). C’est le commandement du Seigneur que Paul recommande à Timothée de garder fidèlement.

 

*       *       *

 

Ce Timothée est, avec Tite, un des plus intimes collaborateurs de Paul, que ce dernier a établis à la tête des premières communautés en Asie Mineure et en Crète. Leur rôle est d’organiser, de conduire, d’enseigner, au nom des Apôtres, d’abord par le témoignage de leur propre conduite (la foi et l’amour, la persévérance et la douceur). Ces “sur-veillants” (epi-scopes) deviendront nos évêques, les successeurs des Apôtres par l’imposition des mains.

A ce même Timothée, Paul dit à la fin de sa lettre de recommander aux riches de ce monde de ne pas juger de haut, de ne pas placer leur confiance en des richesses précaires, mais en Dieu qui nous pourvoit largement de tout, afin que nous en jouissions. Qu’ils fassent le bien, s’enrichissent de bonnes œuvres, donnent de bon cœur, sachent partager ; de cette manière ils s’amassent pour l’avenir un solide capital, avec lequel ils pourront acquérir la vie véritable (1Tm 6:17-19).

Saint Paul aurait bien pu en rester à cet hymne d’acclamation au Roi des Rois, que nous lisons à la fin de la lecture. Il y a ajouté cette recommandation concernant les riches parce qu’il observait combien l’attachement aux biens empêchait la vraie adhésion à Dieu. 

Notre vie parfois insouciante ignore certaines réalités qui pourtant crient d’elles-mêmes. Chaque jour, des millions de tonnes de pain passent directement du four à la poubelle ; quelques fortunes mondiales suffiraient à donner à manger aux affamés, à enseigner aux populations pauvres à créer des canalisations d’eau potable… Il est à craindre que nous payions durement notre indolence.

 

*       *       *

 

Mais, objectera-t-on, où est ce Dieu dont parle le psaume, qui fait justice aux opprimés, donne le pain aux affamés, délie les enchaînés, ouvre les yeux des aveugles, protège l’étranger, soutient la veuve et l’orphelin ? 

Dieu, lui, garde à jamais sa fidélité. Il n’oublie personne et saura récompenser avec justice, mais dans l’autre monde. Dans ce monde, il y a beaucoup d’injustices à cause des hommes. Dieu fait patience, pour donner à tous le temps de se convertir : si nous étions tous parfaits dès maintenant, nous n’aurions pas de mérites à prétendre la Récompense finale.

Mais les épreuves de cette vie sont finalement de brève durée. Nous y avons juste le temps de faire les bons choix. Chaque fois que nous remettons à plus tard notre effort de conversion, chaque fois nous courons le danger de perdre cette fidélité totale à Dieu. 

 On pourrait rapprocher le psaume 145 d'aujourd'hui des Béatitudes : Heureux les pauvres… Heureux ceux qui ont faim et soif de justice… Heureux les miséricordieux… (Mt 5:3,6,7). On pourrait aussi y faire correspondre nos Sacrements : le Pain de l'Eucharistie pour les affamés, la Lumière du Baptême et de la grâce qui ouvre les yeux aveugles de l'âme, la Réconciliation qui nous déliera du péché, l'Onction des Malades pour redonner de la force aux affligés et aux souffrants.

En ces dimanches de fin d'année, l'Eglise nous fait lire les textes qui nous orientent vers nos fins dernières : non pas la réincarnation, mais la mort et la résurrection, pour nous aider à ne pas perdre de vue le but de notre existence. Que verrons-nous alors ? Nous verrons Dieu tel qu'il est, dit s.Jean (1Jn:3,2), Dieu, le Souverain unique et bienheureux, le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs, le seul qui possède l'immortalité, qui habite la lumière inaccessible,  dit à son tour s.Paul. 

Paul ajoute que personne ne peut le voir,  sous-entendu : en ce monde, parce que cela dépasse nos possibilités. Ainsi Moïse parla "face à face" avec Dieu, mais sans “voir” cette face et sa Gloire (cf. Ex 33:18-23). Mais quelle sera notre joie alors, au ciel, de nous trouver aux côtés des Anges et des Saints, et de chanter avec eux, dans l'éternité : Honneur et Puissance éternelle. Amen.

Notre Dieu tout-puissant est infiniment patient et inlassablement rempli de pitié : que nos attachements temporels ne nous empêchent pas de courir vers Lui et vers les réalités du ciel. C’est en substance ce que nous disons dans la Prière du jour.

Avec une telle espérance, pourrons-nous encore un moment oublier le pauvre Lazare ?

 

 

1 Francisco Marto (1908-1919) et sa petite sœur Jacinta (1910-1920), béatifiés en 2000, sont fêtés respectivement les 4 avril et 20 février.

 

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20 septembre 2013 5 20 /09 /septembre /2013 23:00

25e dimanche ordinaire - C

 

Le prophète Amos n'est pas tendre envers la société ; en ce lointain VIIIe siècle avant Jésus-Christ, Israël traverse une période sans guerres, la prospérité s'installe, la richesse aussi bien sûr… et les inévitables injustices sociales.

Plus on a, et plus on désire augmenter ses richesses, par tous les moyens, même illégaux. Au temps d'Amos, la nouvelle lune et le sabbat suspendaient les activités commerciales, et les commerçants attendaient avec impatience la fin des "festivités" pour reprendre leurs activités. Diminuer les mesures, augmenter les prix, fausser les balances ont été de tous les temps.

Saint Louis, captif en Egypte se comporta bien autrement : ayant su que, pour payer plus aisément la rançon, ses chevaliers avaient tenté de diminuer un peu le poids des pièces en or, il exigea d’eux une honnêteté absolue, ce qui édifia beaucoup le sultan musulman. Cette honnêteté est le fruit d'une réelle piété ; celle de s.Louis est légendaire : autant qu'il le pouvait il se levait tôt le matin pour assister à l'office des moines, ou bien encore il lavait lui-même les pieds des pauvres qu’il recevait à sa table.

 

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Le psaume qui suit nous fait louer le Dieu tout puissant, à qui rien n’est caché, puisque Dieu siège là-haut, mais il abaisse son regard vers le ciel et vers la terre, jusqu’à relever le faible de la poussière, le pauvre de la cendre. Comprenons par là que Dieu ne considère pas le rang social de l’homme, mais récompense celui qui est juste, honnête, loyal, désintéressé, celui dont l’âme est droite.

 

*       *       *

 

Plus on occupe une place élevée avec d’importantes responsabilités, plus on est en danger, car la moindre erreur sera lourde de conséquences. Aussi saint Paul recommande qu’on prie pour les chefs d’Etat et tous ceux qui ont des responsabilités.

A cette première recommandation, l'apôtre Paul aujourd'hui ajoute que les hommes (viri, les messieurs), prient en tout lieu, élevant les mains vers le ciel, saintement, sans colère ni dispute.

L’apôtre remarquait sans doute que les messieurs ont souvent un peu plus de respect humain pour ce qui concerne les manifestations pieuses. Rien de plus noble, pourtant, que de tracer sur soi un grand signe de croix bien fait, de s’agenouiller ou de s’incliner profondément devant le Saint Sacrement, d'égrener un chapelet, ou encore, comme dit l'apôtre aujourd'hui, d'élever des mains pures (c’est le terme original) - durant le Notre Père, par exemple. Bien compris, ce geste liturgique est d'une grande expression, pourvu que l'espace s'y prête et qu'on ne gêne pas ses voisins.

Ces attitudes, toutefois, ne sont toujours que des attitudes extérieures ; elles doivent refléter une attitude intérieure correspondante, comme le mentionne ensuite s.Paul : sans colère ni dispute, car toute dispute nous coupe littéralement de l’amour de Dieu et du prochain. Or, un des fréquents motifs de dispute, est justement l’argent, qui nous amène à la parabole d’aujourd’hui.

 

*       *       *

 

L'homme riche de la parabole est en litige avec son gérant ; histoire d'argent encore une fois : détournement, fausses factures, blanchiment… ; notre vie quotidienne est tristement remplie de ces incidents qui troublent la paix, divisent les familles, brouillent les meilleurs amis. 

Comme dans toute parabole, les détails fournis par Jésus ont leur importance.  En l'occurence, le gérant fait ici le contraire de ce que ferait tout banquier : au lieu de chercher à récupérer de l'argent, il distribue ce qu'il n'a pas ; c'est que Jésus, comme dans la parabole des talents (Mt 25), nous invite à donner, car tout ce que nous avons, nous l'avons reçu pour le faire fructifier en faisant du bien aux autres. Ici, l’intendant agit comme s’il était le maître lui-même : il remet une partie des dettes des autres, un peu comme Jésus qui se chargera de la Croix pour nous la rendre moins lourde.

Dans la vie des Saints, on lit qu’ils continuaient de "donner" sans rien avoir : s.Jean Bosco se lançait dans des entreprises très coûteuses, sans un sou en poche, persuadé que Dieu allait se charger du financement, ce qui arrivait effectivement ; s.Joseph Cottolengo faisait encore "mieux" : il ne tenait pas de livre de comptabilité, ne vivait que des dons des bienfaiteurs, et distribuait le soir ce qui lui restait en poche ; et il faisait vivre ainsi plusieurs communautés, une véritable ville à l'intérieur de Turin.

 

L'argent est une conséquence du péché… et Jésus le qualifie de trompeur ; dans le texte : malhonnête, parce qu'à l'origine de toute richesse il y a, disons, quelque "tour de passe-passe", voire quelque malignité. En réalité, on ne peut dire que Jésus approuve vraiment la conduite de notre gérant ; il dit seulement que son maître l'a trouvé habile. Mqais ce que Jésus nous demande, en revanche, c'est d'utiliser nos "richesses" pour entretenir l'amitié : être charitable,  rendre visite aux malades, avoir un jugement miséricordieux envers les autres, aider quelqu’un à se tirer d’affaire, faire célébrer des messes pour les défunts… 

Quand nous viendrons à manquer (notre traduction est différente, mais c'est bien l’expression de Jésus, c'est-à-dire : quand nous serons morts), nos amis (au ciel) nous accueilleront volontiers dans les demeures éternelles : l'enjeu est de taille, et l'on ne peut que s'empresser de servir le prochain, par amour de Dieu avant tout et plus que tout. 

Lisons et retenons bien la suite. Jésus insiste bien clairement : Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent. La traduction française a mis une majuscule à Argent, pour rendre mieux le mot de Jésus, Mammon, la personnification païenne de l’argent dans ce qu’il a de mauvais. Saint Paul dit bien, ailleurs, que tout avare est un esclave des idoles (Ep 5:5). Cela ne signifie pas qu’on ne puisse être plus riche qu’un autre, car s’il n’y avait pas de riches, il n’y aurait pas de pauvres ! Mais nous devons être “pauvres” dans l’usage de nos petites richesses, par l’amour de Dieu et du prochain.

 

*       *       *


Tous les auditeurs de Jésus n’acceptaient pas volontiers cet enseignement. A la parabole d’aujourd’hui font suite, dans le texte de Luc, deux versets où Jésus s’en prend alors directement à certains pharisiens riches qui aimaient l’argent et se moquaient de lui : Vous êtes, vous, ceux qui se donnent pour justes aux yeux des hommes, mais Dieu connaît vos cœurs. Car ce qui est élevé pour les hommes est objet de dégoût aux yeux de Dieu (Lc 16:14-15).


Serions-nous des pharisiens, nous aussi ? Peut-être. Mais il n’est pas trop tard : hâtons-nous de nous convertir, de nous faire des amis.

Nous le savons bien, et la Prière le répète : Toute la loi consiste à aimer (Dieu) et son prochain.

 

 

 

 

 

 

 

 

1 Saint Giovanni Bosco est fêté le 31 janvier ; saint Giuseppe Cottolengo, le 30 avril ; tous deux vivaient en Italie au XIXe siècle.

 

 

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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 10:57

24e dimanche ordinaire - C

 

La première lecture d'aujourd'hui, extraite de l'Exode, fait immédiatement suite au triste épisode de la fabrication du veau d'or : Moïse était sur la montagne depuis à peine quarante jours, et le peuple, déjà impatient, demande à Aaron de lui faire "des dieux" : en quarante jours, tout un peuple (ils étaient six-cent mille à la sortie d'Egypte), devient idolâtre et polythéiste, au moment-même où Dieu remet à Moïse les Dix Commandements.

Les propos de Dieu à ce moment nous montrent, en des termes très humains, combien Dieu est offensé par le péché, combien Sa justice est exigeante, mais aussi combien Sa miséricorde est grande.

La "colère" de Dieu ne doit pas nous apparaître comme la justification de toutes nos colères quotidiennes ; il n'est pas question que Dieu soit "en colère", mais il faut admettre simplement que l'Infinité divine de la Bonté ne peut pas coexister avec la moindre tache du mal ; sinon Dieu ne serait plus infiniment juste. C'est pourquoi Dieu dit d'abord à Moïse : Je vais les engloutir (v.10 ; le texte hébreu dit : je les écraserai).

En même temps, Dieu est prêt à pardonner. C'est ce même Dieu infiniment miséricordieux qui dit aussi au prophète Ezéchiel : Je suis la vie, moi ; je ne veux pas la mort de l'impie, mais bien que l'impie se convertisse de sa voie et qu'il soit en vie (Ez 33:11). 

Cette vérité peut nous aider à interpréter le Laisse-moi que Dieu dit à Moïse. Non pas dans le sens de "Laisse-moi faire", mais au contraire au sens de : A toi d’agir, maintenant, accomplis ta mission en intercédant pour ton peuple. Justement, Moïse ne se retire pas, il reste là, devant la face de Dieu, et le supplie de pardonner.

Il y a là un conflit sacré entre l'infinie justice de Dieu et la puissante intercession de la prière du juste ; ici, le juste est Moïse, plus tard ce sera Jésus : Père, pardonne-leur, (puisqu') ils ne savent pas ce qu'ils font (Lc 23:34). Celui qui intercède accepte de prendre sur lui le fardeau du péché, pour obtenir que le pécheur en soit exonéré. C'est en acceptant ce sacrifice que Jésus obtient le pardon total de nos fautes.

C’est aussi là le fondement des œuvres de miséricorde, qui peuvent nous mériter les indulgences de l’Eglise.

 

*       *       *

 

Dans sa lettre à Timothée, Paul rappelle comment le Christ lui a pardonné, et avec quelle humilité : Moi, le premier, je suis pécheur, mais aussi avec profonde gratitude : Je devais être le premier exemple de ceux qui croiraient en lui pour la vie éternelle.

 

*       *       *

 

L'évangéliste Luc, on le sait, est l'évangéliste du pardon ; il s'attache à montrer l'attitude miséricordieuse de Jésus : envers la pécheresse, envers le fils prodigue, envers le bon larron. Si l’on conçoit bien, d’un côté, la joie de ceux qui retrouvent une brebis ou une pièce d’argent perdues, il reste tout de même en revanche un peu surprenant de voir quelle joie ressent ce père devant son fils tout en guenilles et amaigri : c’est que les yeux de ce père vont à l’intérieur, à l’état d’âme de ce garçon converti, plus qu’à son aspect extérieur.

Demandez maintenant à un juriste quels seraient les "droits" d'un tel garçon, aujourd'hui. Notre "justice" pourra tout au plus exiger de son père qu'il l'héberge quelques jours, pour faire face à l'émergence, le temps qu'il trouve une autre solution. Et dans bien des familles, même chrétiennes, on entendra des réflexions qui ressembleront beaucoup à la réaction du frère de ce garçon : Tu as eu ta part, assume, maintenant ! Ou bien : Donne-nous d'abord des garanties, après on verra ; ou encore : Rembourse-nous tout ce que tu as dilapidé.

Notre société est dure. Malgré tant de "droits", l'homme peut difficilement compter sur la miséricorde de ses concitoyens. Jésus, le bon Samaritain, nous donne d'autres critères. Dans sa douceur infinie, il prend sur lui la Croix de nos péchés et accueille le pécheur.

Dans la parabole d'aujourd'hui, le Père reconnaît de loin son cher fils ; il va à son devant ; il ne lui laisse pas le temps de dire tout ce qu'il veut dire ; il l'embrasse, l'habille de neuf, ordonne la fête.

Pardonner, c'est vraiment renoncer à toute restitution (per-donare, donner intégralement). C’est aussi le cas de rappeler ici le conseil du Maître que le même évangéliste Luc nous rapporte : A qui t'enlève le manteau, ne refuse pas ta tunique (Lc 6:29). Pardonner exclut toute attitude de colère ou de vengeance.

C'est ce pardon total qui doit inspirer le "signe de paix" que nous échangeons juste avant de recevoir le Corps du Christ à la Messe ; c’est trop facile de dire au voisin La paix du Christ, quand on sait qu’on est en litige avec quelqu’un d’autre de l’assemblée. Ne disons pas La paix du Christ, si dans notre cœur nous n’avons pas encore pardonné. Souvenons-nous du conseil de Notre Seigneur : Quand tu présentes ton offrande à l’autel, si là tu te souviens d’un grief que ton frère a contre toi, laisse là ton offrande, devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère ; puis reviens, et alors présente ton offrande (Mt 5:23-24). 

D’excellents chrétiens n’appliquent jamais ce bon conseil du Christ, parce qu’ils n’ont pas encore compris ce que signifie vraiment pardonner. Le rite de la paix, à la messe, comporte ce pardon total que Christ donne à tout pécheur repenti et que nous nous devons les uns aux autres, ainsi que nous le chantons dans l’Agnus Dei qui suit ce rite de la paix : Agneau de Dieu, qui enlèves le péché du monde, donne-nous la paix. Je ne peux donner la paix qu’en prenant sur moi le péché de mon frère.

C'est ce pardon total qui, entre mille autres exemples de vie chrétienne, a réuni sur un même banc la maman et l'assassin, désormais converti, de sainte Marietta Goretti au jour de la canonisation de cette dernière. Ce malheureux garçon, repoussé par la jeune Marietta qui voulait conserver son innocence, la poignarda violemment ; avant de mourir, cette petite fille de douze ans offrit sa vie pour lui, et il fut touché par la grâce. Repenti, converti, il fut présent aux côtés de la Maman Goretti, au jour de la canonisation de Marietta.

 

 

*       *       *

 

Les trois strophes du psalmiste que nous lisons entre les deux lectures, sont du psaume 50 (le Miserere, d’après le premier mot du texte latin). L’auteur de ce psaume, le roi David repenti de son péché, après que le prophète Natân lui ait reproché son adultère avec Bethsabée, exprime des sentiments de profond repentir : Lave-moi tout entier… purifie-moi… Crée en moi un cœur pur… Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un cœur brisé. 

Dans un premier temps, l’enfant de cet adultère mourut. Mais ensuite le pardon de Dieu pour David fut vraiment total, car c’est le second fils de la même Bethsabée, Salomon, qui sera choisi par Dieu pour succéder à David (cf. 2S 11 et 12). Dieu, dit l’Ecriture, l’aima et le fit savoir par le prophète Natân. Celui-ci lui donna le nom de Yedidya

 , suivant la parole de Yahwé. 

Ajoutons encore ici que la Louange des Heures, cette prière que l’Eglise élève chaque jour à Dieu par la bouche de tous les consacrés, diacres, prêtres, évêques, moines et moniales, commence justement par ce verset qu’on vient de lire : Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche annoncera ta louange, la prière-même de David repenti.

 

*       *       *

 

Il n’y a pas de paix sans pardon. Nous avons entendu le premier mot de la liturgie d’aujourd’hui : Donne la paix, Seigneur. La paix du Christ exige de nous une adhérence totale à Dieu, et en exclut du même coup toute duplicité. Ou l’on est avec Dieu, ou on ne l’est pas. Ou l’on pardonne, ou l’on ne pardonne pas. Quand la Prière du jour nous fait demander de servir Dieu avec un cœur sans partage, c’est qu’ainsi notre amour pour Dieu sera total, et aussi que notre pardon sera total, comme le fait Dieu pour nous. 

Avant de recevoir l’Eucharistie, avant d’échanger le signe de paix, prenons conscience de ce que le Christ nous fait dire dans la prière qu’Il nous a enseignée : 

Père, pardonne-nous, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés.

1 Marietta Goretti (1890-1902) fut canonisée à Rome en 1950 ; sa fête est le 6 juillet.

2 Ce nom signifie “aimé de Yahwé”.

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7 septembre 2013 6 07 /09 /septembre /2013 17:05

 

23e dimanche ordinaire - C

 

Dimanche dernier Jésus nous enseignait l’éminence de l’humilité : Qui s'élève, sera abaissé ; qui s'abaisse sera élevé (Lc 14:14). Divers exemples de l’Ecriture et de la vie des Saints nous ont un peu montré que l'humilité est une vertu à mille facettes.

 

*       *       *

 

Le livre de la Sagesse nous invite aujourd'hui à une humilité particulière : reconnaître que Dieu est bien au-dessus, bien au-delà de nos découvertes, de nos progrès techniques.

L'homme essaie de prévoir le temps météorologique, une tempête, une éruption volcanique ; il envoie des engins infiniment complexes sur la Lune, sur Mars et va explorer des zones immensément lointaines, il découvre des centaines, des milliers de galaxies… Il SAIT !

En même temps, il se rend bien compte qu’il ne sait rien. Ce qu'il sait ne lui donne toujours pas la réponse ultime : pourquoi ? comment ? quel dessein a précédé cela ? Où est Dieu ? Qui est Dieu ? Le verrons-nous ?

Sans jamais arriver à trouver une réponse complète à ces questions fondamentales, nous recevrons certainement quelque lumière de l'Esprit de Dieu, qui habite en nous, si nous voulons bien l'écouter.

En effet, l’Esprit Saint parle au cœur de chacun de nous, cet Esprit d’Amour et de Vérité. Pour peu que nous ouvrions les oreilles de notre cœur, prêts à recevoir la lumière d’En-haut, nous en recevrons certainement de grands enseignements.

Il faut invoquer l’Esprit, l’appeler, le supplier : non pas parce qu’il fait la sourde oreille, mais parce qu’en l’appelant avec foi et persévérance, nous apprenons à nous ouvrir peu à peu à lui en faisant taire autour de nous et en nous le bruit du monde qui nous assourdit : Un corps périssable appesantit notre âme, et cette enveloppe d’argile alourdit notre esprit aux mille pensées, nous dit aujourd’hui le livre de la Sagesse. C’est de cette Sagesse, incarnée dans le Christ, et de l’Esprit Saint, que les hommes ont appris ce qui plaît à Dieu, pour marcher ainsi sur le chemin du salut.

 

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On entend à l’envi nos scientifiques manipuler les millions d’années un peu comme s’ils y avaient été, et le psaume nous ramène à un peu plus de modestie et de prudence : Mille ans sont comme hier, un jour qui s’en va, une heure dans la nuit. Tu les as balayés, ce n’est qu’un songe…  La vraie mesure de nos jours, c’est de nous soumettre à la Sagesse de Dieu ; et si le psaume demande à Dieu de “revenir”, c’est surtout parce que l’homme est sans cesse enclin à s’en éloigner ; qu’il se reprenne et regarde vers Dieu, et il sentira Dieu plus proche de lui, comme le fait un bon père plein de sollicitude pour son enfant.

 

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Saint Paul nous parle aujourd’hui d’un de ses “enfants” dans la foi. C’est par ce même Esprit divin que l’apôtre écrit ici des lignes sublimes au sujet d'un jeune esclave. Onésime était en effet esclave chez Philémon, à Colosses. Il s'est enfui, on ne sait pourquoi, et a rejoint Paul qui est prisonnier à Rome : Paul va le baptiser. Dans la bouche de Paul, ce néophyte n'a plus le nom d'esclave : maintenant, il est son enfant, une partie de lui-même. Et il demande à Philémon de le recevoir désormais comme un frère bien-aimé, et de l'accueillir comme il aurait accueilli Paul lui-même.

Dans une société où les maîtres avaient droit de vie et de mort sur leurs esclaves, surtout fugitifs, les lignes de Paul nous montrent quelle condescendance remplit son cœur d'apôtre pour les petites gens, à l'image du Maître qui, de condition divine, s'humilia comme un esclave, se faisant semblable aux hommes (Ph 2:7). En même temps, Paul donne ici une profonde leçon de comportement social chrétien, en invitant un patron à recevoir son “esclave” comme un égal, en frère, car ils sont tous deux baptisés en Christ. Voilà la grande révolution sociale que le christianisme imposa bientôt à tout l’empire romain : une révolution sans violence, qui aboutira à la suppression de l’esclavagisme par l’amour fraternel entre supérieurs et inférieurs.

Saint Paul montre ici encore qu’il est divinement inspiré ; son intervention en faveur d’un esclave n’est pas un simple petit conseil occasionnel ; il est une invitation pressante à appliquer l’exemple et l’enseignement de Jésus-Christ. En effet, porter sa croix, qu’est-ce donc sinon accepter les humiliations ? Quand Jésus nous demande de marcher derrière lui, en portant la croix, il faut l’écouter et ne pas nous contenter de le regarder tomber à terre ou être cloué comme le dernier des brigands. Il faut accepter d’être plus bas que les autres, même si nous avons un rang supérieur. Cette humilité est une richesse spirituelle : Philémon est un maître, donc sans doute un propriétaire, un homme assez riche et qui a (au moins) un esclave à son service, Onésime, le fugitif. Mais sa vraie richesse consistera surtout à s’abaisser devant Onésime, nouveau converti et baptisé, à le reconnaître non plus comme un esclave, mais comme un frère bien-aimé.

 

*       *       *

 

Quand Jésus portait sa croix, jamais il n'est sorti de sa bouche la moindre protestation, jamais un reproche à Pierre qui le trahissait, jamais une plainte envers ceux qui l'ont frappé, jamais une réponse dure à ceux qui se moquaient de lui. Apprenons, à sa suite, à bannir de notre vie la révolte, la haine, la colère.

Pour en arriver à cette douceur, Jésus a renoncé à toutes ses prérogatives : sa condition divine, sa puissance, son autorité. Sa "richesse" pour entrer dans la gloire du Père, c'est son humilité. On comprendra très facilement ainsi l'apparente digression du passage évangélique d'aujourd'hui : d'un côté Jésus demande qu'on renonce à tout pour Le suivre, de l'autre Il recommande de bien prévoir tout ce qu'il faut pour construire la maison ou pour partir en guerre. Pour gagner le Royaume, il faut s' "enrichir" de la Croix en s'appauvrissant de la terre.

Jean-Baptiste disait : Il faut qu'il grandisse, et que je diminue (Jn 3:30).

Oh oui, comme il est nécessaire de renoncer aux choses, aux personnes, aux amitiés, à tous les liens humains, même les plus légitimes, pour aimer et pour suivre vraiment Jésus.

Jésus, certainement, adresse son invitation à tous, car de grandes foules faisaient route avec Lui. Mais lisons bien ce qu’il dit quand il invite à Le préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, etc. Jésus le répétera plus tard, répondant à Pierre (Lc 18:29). Jésus est bien clair : celui qui veut le suivre doit le préférer à tous ses proches, entre autres “à sa femme” ; sans doute que dans cette foule innombrable bien des jeunes hommes l’écoutaient et désiraient être de ceux qui l’entouraient comme les apôtres : on est si bien, tout près de Jésus ! Et voilà comment Jésus appelle ses apôtres, ses disciples, et tout homme qui veut se consacrer : il faudra que cet apôtre préfère Jésus à tout autre, même à tous ses plus proches.

 

*       *       *

 

Ceux qui le voudront bien, trouveront ici un argument de plus sur l'exigence du célibat sacerdotal. Contrairement à tant et tant de réflexions mal informées qu’on répand à notre époque, le célibat sacerdotal existe depuis les temps apostoliques et l’Eglise a toujours répété que telle était l’exigence du Christ qui, lui-même, est resté chaste toute sa vie, rompant là aussi avec une habitude ancestrale judaïque. Les hommes mariés, appelés au diaconat, l’épiscopat, ont toujours rompu les liens du mariage, en plein accord avec leur épouse, pour accéder à leur fonction sacrée sacerdotale. Des exemples de ce genre fourmillent dans l’histoire de l’Eglise (On se reportera à la note ci-dessous).

Ceci ne signifie pas que l’Eglise aura dissout le lien sacré du mariage pour appeler des hommes au service de l’autel. Les hommes mariés peuvent être ordonnés diacres, prêtres ou évêques à la condition expresse que leur épouse y consente librement et que cesse tout rapport conjugal, mais aussi à condition que ces époux n’aient plus d’enfants à charge. Les liens du mariage ne demeurent que pour la mission de ce sacrement ; lorsque cette mission est accomplie, Dieu peut très bien appeler l’époux ou l’épouse, ou les deux époux, à une autre mission, plus transcendentale, plus sacerdotale, qui comporte justement cette consécration totale à Dieu dans la chasteté. C’est ainsi que dans la vie de saint Jean Berchmans, on lit qu’après la mort de ce dernier ainsi que de sa mère, son père devint prêtre

.

Et il ne faut pas non plus arguer que l’Eglise orientale admet les prêtres mariés, ainsi que la luthérienne ou l’anglicane. Ces Eglises se sont précisément démarquées de l’Eglise romaine, entre autres, par le rejet de la discipline du célibat. Il ne faut pas oublier non plus que, dans l’Eglise orientale, seuls les moines célibataires peuvent accéder à l’épiscopat.

Enfin, pour être complet, il faudra aussi reconnaître que, parmi le clergé oriental non célibataire, maints prêtres et diacres ont été fidèles au Christ jusqu’à leur mort, parfois en mourant martyrs. Là aussi, on reconnaîtra que ces prêtres auront été fidèles au Christ, auront porté leur croix à sa suite, en Le préférant à leur femme et à leurs enfants.

 

Cette fidélité totale par le renoncement parfois douloureux à des amitiés chères, procure une profonde liberté intérieure : on se sent totalement uni à Dieu, à Jésus-Christ, à l’Eglise. L’amour pour telle ou telle personne s’étend, égal à lui-même, à toutes les personnes ; d’époux charnel, le prêtre devient - comme saint Joseph et comme Jésus - le chaste époux de toutes les vierges ; de père naturel de quelques enfants, il devient le père de tous les enfants. Il s’agit là de liens spirituels et mystiques au sein de l’immense famille des enfants de Dieu, dont les liens naturels ne sont qu’une pâle image.

 

 

*       *       *

 

Prions maintenant, pour demander à Dieu cette liberté intérieure qui nous libérera des liens trop terrestres. Voici donc la Prière du jour, qui vient à point nommé ; lisons-la lentement, laissant le texte s’imprégner profondément en nous :  

Dieu qui as envoyé ton Fils pour nous sauver et pour faire de nous tes enfants d’adoption, regarde avec bonté ceux que tu aimes comme un père ; puisque nous croyons au Christ (c’est-à-dire que nous portons notre croix à sa suite), accorde-nous la vraie liberté et la vie éternelle. 

 

Note.

Il n’est que de feuilleter le Martyrologe Romain pour trouver tant d’exemples de Saints qui choisirent librement une vie chaste après leur mariage :

  • au IVe siècle :
  • s.Ammon (Amoun), moine égyptien ; marié contre son gré, il garda la virginité avec son épouse (fêté le 4 octobre).
  • s.Pélage, choisi comme évêque, à Laodicée, parce qu’il vivait dans la continence parfaite avec son épouse (fêté le 25 mars).
  • l’évêque d’Autun, s.Simplice, vécut dans la continence avec son épouse avant et après son épiscopat (fêté le 24 juin).
  • au Ve siècle :
  • le pape s.Innocent Ier réaffirme l’exigence du célibat ecclésiastique (fêté le 12 mars).
  • l’illustre évêque d’Auxerre, s.Germain, vécut avec son épouse comme frère et sœur (fêté le 31 juillet).
  • l’évêque de Narni, s.Cassius, époux de Fausta avec laquelle il vécut comme un frère ; il célébrait déjà la messe chaque jour (fêté le 29 juin).
  • au VIe siècle :
  • s.Léonce le Jeune, entré dans la carrière militaire au service du roi Childebert, puis époux de Placidine (fille du sénateur Arcadius) ;  ordonné prêtre et élu évêque à Bordeaux après Léonce l'Ancien, il traita son épouse comme sa sœur (fêté le 11 juillet). 
  • le premier évêque de Laon, s.Génébaud, est un cas “exemplaire” : lui et son épouse vivaient séparés, consacrés à Dieu ; sacré évêque par s.Remi, Génébaud rencontra plusieurs fois son épouse et finit par en avoir deux enfants (qu’il appela Larron et Vulpecula, petite renarde) ; Génébaud fut alors enfermé sept années dans une cellule avec un lit en forme de cercueil ; puis s.Remi reçut l’avertissement du Ciel d’aller le remettre dans ses fonctions. Génébaud mourut en paix… et son digne fils lui succéda sur le siège épiscopal (fêté le 5 septembre).
  • l’évêque de Rennes, s.Melanius, rappela à deux prêtres la loi sur le célibat (fête le 6 novembre). 
  • au VIIe siècle :
  • s.Wandrille, avant de fonder le fameux monastère qui prit son nom, se retira ainsi que son épouse pour se consacrer dans la vie monastique (fêté le 22 juillet).
  • l’évêque d’Evreux, s.Aquilin et son épouse s'étaient voués à la continence (fêté le 19 octobre).
  • l’évêque de Meaux, s.Faron, dont l’épouse avait pris le voile des religieuses (fêté le 28 octobre), vécut évidemment dans la complète chasteté.
  • au Xe siècle :
  • s.Oswald, anglais d’origine danoise, moine à Fleury-sur-Loire, évêque à Worcester et York, réformateur et fondateur d’abbayes, remplaça le clergé marié par des moines (mort un 29 février, il est habituellement fêté le 28, sauf aux années bissextiles).
  • au XIe siècle, le siècle de la réforme du clergé : 
  • l’inlassable s.Pierre Damien, d’abord prieur à Fonte Avellana, puis cardinal, dénonça les désordres de l’Eglise (en particulier la simonie et l’incontinence : il faisait l’amère constatation que des curés célébraient solennellement dans leur propre paroisse les noces de leurs enfants) ; fêté le 21 février.
  • le pape s.Léon IX (1049-1054), évêque à Toul et pape à quarante-sept ans, combattit l'hérésie, la simonie, le concubinage des clercs, les investitures laïques, etc., avec Hildebrand, futur Grégoire VII (v. ci-après).
  • le b.Etienne X, pape (1057-1058), ancien moine au Mont Cassin, combattit l’incontinence des clercs (fêté le 29 mars).
  • le pape s.Grégoire VII (1073-1085), bénédictin, grand réformateur de l'Eglise (et illustre dans la "querelle des investitures" (cf. l’épisode de Canossa avec l’empereur germanique Henri IV), poursuivi l’œuvre de réforme de Léon IX (fêté le 25 mai).
  • au XIVe siècle : 
  • le b.Nicolas Hermansson, évêque en Suède, fut un ardent défenseur du célibat des clercs.

 

1 Saint Jean Berchmans, jésuite flamand, mourut à Rome au XVIIe siècle et sa fête est au 13 août.

2 Ainsi au XVIIIe siècle le b. Gomidas Keumurgian, fils d'un prêtre arménien de Constantinople, lui-même père de sept enfants, fut prêtre et ardent défenseur du concile de Chalcédoine ; mais persécuté par des coreligionnaires monophysites, il subit le martyre, soutenu et encouragé par sa fidèle épouse ; on le fête le 5 novembre.

 

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  • : Plus de 9000 notices de Bienheureux et Saints. Ont été successivement illustrés : - Les personnages bibliques de l'ancien et du nouveau Testaments. - Tous les Saints et Bienheureux reconnus, depuis les débuts de l'Eglise jusqu'aux derniers récemment proclamés. En outre, des commentaires pour tous les dimanches et grandes fêtes (certains devant être très améliorés). Sur demande, nous pourrons vous faire parvenir en plusieurs fichiers pdf l'intégralité du Bréviaire romain latin, "LITURGIA HORARUM", qui vous permettront d'éviter beaucoup de renvois fastidieux, notamment pour les périodes de Noël et Pâques. Les textes sont maintenant mis à jour selon le nouveau texte de la Nova Vulgata (ed. 2005). Nous avons aussi le Lectionnaire latin pour toutes les fêtes du Sanctoral, sans renvois, également mis à jour selon le texte de la Nova Vulgata. Bienvenue à nos Lecteurs, à nos abonnés, avec lesquels nous entamerons volontiers des échanges. Bonne visite !
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