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12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 00:00

 

Baptême de Notre-Seigneur - C

 

Les lectures de cette fête du Baptême de Jésus sont les mêmes chaque année (1). L’évangile de Luc, en cette année C, comporte quelques petites différences par rapport à Matthieu et à Marc, que nous lisons les années A et B.

 

*

 

La première question qui nous vient à l'esprit à propos du baptême de Jésus est celle ci : puisque Jésus est Dieu, pourquoi se fait-il baptiser ?

Pour répondre, il ne faut pas oublier que Jésus, parfaitement Dieu, est aussi parfaitement homme : en Lui sont unies les deux conditions divine et humaine, comme l’ont précisé les grands conciles œcuméniques de Nicée (325), Constantinople (381) et Chalcédoine (451). 

Homme, Jésus épouse notre condition humaine. Quand Jean-Baptiste verse l'eau sur la personne de Jésus, c'est l'humanité de Jésus, c'est notre humanité qui reçoit cette eau ; notre humanité est désormais baptisée en Jésus. De plus, quand Jésus est baptisé, c'est une nouvelle ère qui s'ouvre : l’eau que versait Jean-Baptiste symbolisait, seulement, la conversion intérieure ; maintenant, l'eau, sanctifiée par la divinité de Jésus, reçoit le pouvoir de purifier nos âmes.

Quand Jésus enverra ses Apôtres en mission, il leur dira de baptiser au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit (Mt 28:19), ces trois Personnes qui font une seule et indivisible Divinité. La Trinité se manifeste au baptême de Jésus par la présence de la voix du Père, du corps du Fils et de la colombe de l'Esprit.

 

*

 

Notre texte dit que le peuple était dans l’attente, et que Jésus fut baptisé une fois que tout le peuple fut baptisé, ce qui laisse supposer qu’il y avait une grande foule présente à cet endroit-là, au même moment, et que tous purent entendre cette parole mystérieuse du ciel : C’est toi mon Fils bien-aimé : moi, aujourd’hui, je t’ai engendré.

Cette phrase de notre Lectionnaire fait écho au verset 7 du psaume 2 : Le Seigneur m’a dit : Tu es mon Fils ; aujourd’hui, je t’ai engendré (chant d’entrée de la messe de minuit à Noël). C’est une variante du texte sacré. En général, le texte retenu est C’est toi mon Fils bien-aimé : en toi j’ai toute ma complaisance (ou tout mon amour ou toute ma faveur). (2)

 

*

 

Il sera bon de noter aussi avec quelle humilité Jean-Baptiste reçoit Jésus. Encore une fois imaginons la scène. Il y a là plusieurs dizaines de personnes au moins ; Jean-Baptiste est assailli de tous côtés, on le questionne : C’est toi, le Messie ? Jésus se présente : une réaction bien humaine, de la part du Baptiste, aurait pu être une certaine complaisance intérieure, à la pensée d'avoir côtoyé de si près le Seigneur, devant toute la foule - et de Le baptiser. Tout au contraire, Jean proteste et s'efface : Je ne suis même pas digne de défaire la courroie de ses sandales.

Autre question ici, très pertinente :  Au fait, qui a baptisé Jean ? 

Souvenons-nous de la rencontre des futures mamans, Marie et Elisabeth (Lc 1:40-44). Saint Luc note qu’à ce moment-là l’enfant d’Elisabeth tressaillit dans le ventre de sa mère. La Tradition patristique affirme que Jean-Baptiste fut alors purifié par la seule présence du Christ. Un ou deux ans après le baptême du Christ, lorsqu'Hérode fera décapiter Jean, celui-ci recevra ce que l’Eglise appelle le baptême de sang, par la grâce du martyre.

 

*

 

A la lumière de l'évangile, lisons maintenant la lecture d'Isaïe. Le chapitre 42 est le premier des quatre Chants du Serviteur de Yahwé. Ces quatre Chants nous parlent d'un Serviteur chargé d'une grande mission salvifique, et dont tous les traits se réaliseront pleinement en Jésus-Christ. 

On notera tout de suite l'expression mon élu en qui j'ai mis toute ma joie, semblable à celle que nous avons relevée dans l'évangile ; d'autres expressions sont marquantes : 

- Il ne criera pas - il ne haussera pas le ton - on n'entendra pas sa voix sur la place publique : Jésus parlera beaucoup, mais sans s'imposer, sans faire de "publicité".

- Il n'écrasera pas le roseau froissé - il n'éteindra pas la mèche qui faiblit : Jésus ne brimera pas le pécheur car il sait discerner en toute âme pécheresse quelque chose de bon qu'il encourage.

- Lui ne faiblira pas, lui ne sera pas écrasé : sans contredire l'autre chant (Is 52-53) où est annoncée la passion de ce Serviteur, ce verset annonce que la Croix sera désormais le signe de la victoire (rappelons-nous le vieux cantique : Victoire, tu régneras, ô Croix, tu nous sauveras).

 

*

 

Le Psaume 28 à son tour chante le Seigneur. Ici, la voix du Seigneur domine les eaux, ce qui semble contredire la lecture où il ne haussera pas le ton. En réalité la voix du Seigneur domine les eaux parce qu’il fait taire le tumulte de nos petits murmures, qui sont comme des eaux bourbeuses et bruyantes. Mettons un frein aux plaintes, aux critiques, aux médisances, aux mensonges, aux conversations inutiles, et nous serons tout surpris d'entendre cette autre Voix, pleine de douceur, celle de Jésus qui est toujours là pour nous apporter la paix, la consolation, la lumière.

 

*

 

C’est vrai que nous murmurons, à tout moment, à tout propos. Dieu n’aime pas ces murmures. Il aime les hommes qui l’adorent et font ce qui est juste. C’est une parole exigeante pour nous, mais fondamentalement libératrice. La solution de nos problèmes n’est pas d’être à droite ou à gauche, mais de monter vers Dieu, en L’écoutant dans Son Fils. C’est saint Pierre qui nous le rappelle, dans cet extrait des Actes des Apôtres.

Peu de temps après la Pentecôte, Pierre a l’occasion de parler à des païens. Il revient sur le baptême de Jésus. 

Si Pierre dit que Dieu l'a consacré par l'Esprit, il ne veut certainement pas dire que Jésus ait été investi de la divinité au moment précis de ce baptême, car nous savons très bien que Jésus est Dieu de toute éternité. Pierre veut rappeler ici la conception virginale de Jésus. 

Dans le verset du psaume 2 qu’on citait plus haut, aujourd’hui exprime un «maintenant» divin, l’éternité.  Jésus est éternellement Fils de Dieu, engendré de Lui, et Son image. De même il est éternellement "oint" (christos) de l'Esprit qui est Un dans le Père et le Fils. Un psaume le chante : Dieu, ton Dieu, t'a oint de l'huile de la joie (Ps 44:8, cf. He 1:9). 

A cette considération, il faut ajouter une exégèse beaucoup plus autorisée, signée de saint Cyrille d’Alexandrie. Celui-ci explique que «aujourd’hui» signifie que, dans le Christ c’est toute la nature humaine qui reçoit l’Esprit de Dieu, la nouvelle génération :

Le Père dit qu’il est engendré aujourd’hui : cela signifie qu’il nous accueille en lui comme des fils adoptifs, car toute l’humanité était contenue dans le Christ en tant qu’il était homme. En ce sens, on dit que le Père, alors que son Fils possédait déjà son Esprit, le lui donne de nouveau de telle sorte que nous soyons gratifiés de l’Esprit en lui. (3)

Si nous voulons appartenir à Dieu, nous devons imiter Jésus, l’Homme parfait, Fils de Dieu incarné.

Ici nous touchons à l'insondable mystère de la Trinité Sainte, qu'il est impossible d'expliquer avec nos expressions rationnelles. On en a dit ici seulement quelques mots, avec l’aide du grand saint Cyrille, en priant Dieu de pardonner et compléter la maladresse humaine.

 

*

 

Après trente années environ de vie cachée, Jésus va commencer sa mission auprès des hommes, et le "signe" que Dieu manifeste lors du baptême est là pour convaincre la foule qu'elle est bien en présence de son Sauveur. Jésus ne reçoit pas ici une sorte de révélation sur sa mission ou sur son identité ; mais c'est la foule - et nous autres, qui recevons la solennelle invitation à nous tourner résolument vers Lui et à L'écouter.

Ecouter, au sens de mettre en pratique. Peu de temps après, nous raconte l'évangéliste Jean, Jésus sera avec Marie à des noces ; et Marie nous dira : Tout ce qu'il vous dira, faites-le (Jn 2:5). C’est ce que dit la Prière du jour.

 

*

 

Ce sera avec grande reconnaissance envers le bienheureux Jean-Paul II que nous prierons désormais chaque jeudi le Mystère lumineux du Baptême de Jésus (Lettre apostolique Rosarium Virginis Mariæ, 21), en invoquant pour nous et pour tous les hommes la Lumière divine, qui nous éclairera pour faire la Volonté de Dieu.

 


1 Du moins dans le premier Lectionnaire publié ; des Lectionnaires plus récents ont diversifié ces lectures. Il faudra les reprendre dans les prochaines années.

Le texte officiel de la Vulgate désormais approuvé par l’Eglise (1979) est : Tu es Filius meus dilectus ; in te complacui mihi.

3 Commentaire sur l’Evangile de Jean.

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5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 00:00

 

Epiphanie

 

La prophétie d’Isaïe est en lien direct avec l’événement que nous relisons aujourd’hui dans l’Evangile : des rois arrivent de loin pour honorer le Roi des Juifs à Jérusalem. L’évangile ne nous dit pas qu’ils soient venus avec des foules de chameaux, mais il est évident que trois personnages de leur rang ne sont pas venus sans équipage, ne serait-ce que pour leur propre subsistance, donc avec armes et bagages, ce qui représente une certaine quantité de domestiques et donc de bêtes pour transporter tout ce monde. Un déplacement qui ne peut passer inaperçu.

Les mages représentent une énigme importante dans la vie de Jésus. Comment ont-ils pu comprendre le “sens” de cette mystérieuse étoile ? Ont-ils eu une sorte de révélation, un écho des prophéties d’Israel ? Et comment ont-ils été poussés à venir “adorer” le roi nouveau-né ? Et si l’on conçoit assez facilement qu’ils veulent offrir des présents dignes de la royauté (l’or), comment ont-ils eu l’intuition d’offrir aussi l’encens, signe de la divinité, et la myrrhe, ce parfum très fort qui annonce la sépulture de Jésus ?

A ces questions concernant les personnages, s’en ajoutent d’autres sur les faits à Jérusalem : s’ils devaient venir adorer Jésus, pourquoi l’étoile ne les a-t-elle pas guidés directement au lieu où se trouvait l’enfant (1) ? Pourquoi transiter par Hérode, et provoquer l’horrible massacre des saints Innocents ? Ces petites victimes de la haine étaient-elles nécessaires au message de Jésus ?

Le psaume 71 va nous poser d’autres problèmes : si le Roi (le Christ) apporte une telle justice, une telle paix du Fleuve jusqu’au bout de la terre, et si tous les rois se prosterneront devant lui, tous les pays le serviront, … où sont aujourd’hui cette justice, cette paix, ces rois et ces pays, dans notre monde qui sombre dans la haine et la guerre, et tout particulièrement sur la propre terre de Jésus, la Palestine ?

Poser toutes ces questions, c’est déjà trouver la solution à toutes les graves situations que nous vivons à l’échelle mondiale. Si nous voyons tant d’injustices, tant de haine et de guerres, c’est que sans doute Jésus-Christ n’est pas adoré, pas aimé, pas reconnu. Et si tous les chefs se tournaient vers Jésus, ils trouveraient bien d’autres issues aux conflits, que celle de guerroyer sans fin. Disons-le avec conviction : de même qu’ il n’y avait pas de place pour eux à l’hôtellerie (Mt 2:7), de même aujourd’hui on refuse une place à Jésus dans nos cités, dans nos gouvernements, dans nos écoles, dans nos constitutions, et jusque dans nos familles ; il est urgent d’appeler tous les hommes à retrouver la référence à l’enseignement de Jésus.

D’autre part, l’évangéliste Matthieu, ne l’oublions pas, avait aussi le souci de montrer l’accomplissement des prophéties. Hérode apprend qu’à Bethléem devait naître le pasteur d’Israël (Mi 5:1). On est surpris de constater que les prêtres et les scribes avaient une compréhension parfaitement exacte de l’Ecriture, puisqu’ils savaient que le Messie naîtrait à Bethléem. Pour autant, ils ne l’ont pas reçu.

Matthieu fait aussi remarquer que certaines situations historiques passées étaient en elles-mêmes prophétiques : Rachel (la femme de Jacob) pleurant ses enfants (c’est-à-dire ses descendants) à Rama (que l’on situait près de Bethléem) - fait allusion aux massacres et aux déportations des populations d’Ephraïm, Benjamin et Manassé par la main des Assyriens - mais aussi annonce le massacre des petits Innocents ; c’est le prophète Jérémie qui le disait (Jr 31:15).

La lettre aux Ephésiens nous apporte aussi un élément très important d’interprétation de l’Evangile, lorsque Paul fait remarquer que Ce mystère, c’est que les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus. Dans Ac 11, après la conversion du centurion Corneille, les premiers chrétiens finissent par comprendre quand même que Aux païens aussi Dieu a donné la repentance qui conduit à la vie (Ac 11:18). L’adoration des mages, venus de si loin, contraste nettement avec l’endurcissement d’Hérode et des Juifs qui n’ont pas voulu accueillir Jésus sur place en Palestine. 

Au fond, en s’adressant à Hérode, les mages lui donnaient une occasion, s’il en avait accepté la grâce, de se convertir lui-même et d’avoir lui aussi la joie d’adorer l’Enfant-Dieu. De la part de mages, aller le saluer était une marque de respect, de déférence diplomatique, surtout, comme on l’a dit plus haut, que cette caravane des rois ne pouvait pas passer inaperçue dans Jérusalem.

Si à son tour Hérode s’était joint à eux pour reconnaître le Christ, il n’aurait pas fait massacrer les petits Innocents, puis n’aurait bien probablement pas scandalisé les contemporains en répudiant sa femme pour épouser Hérodiade (cf. Mt 14:3), et n’aurait pas fait décapiter Jean-Baptiste ; sa vie politique, ses ambitions, tout aurait changé.

Enfin, les présents qu’offrent les rois mages à l’Enfant-Jésus (l’or qui symbolise la royauté, l’encens la divinité, la myrrhe la sépulture) peuvent nous laisser entrevoir que, probablement, cette lointaine prophétie de la naissance d’un Roi-Messie avait atteint d’autres contrées, et que des hommes au cœur pur et noble comme ces mages attendaient avec avidité cet événement. 

Les mages, eux, regagnèrent leur pays par un autre chemin. Cette phrase apparemment technique peut avoir une signification profonde, car quand on a rencontré Jésus, toute notre vie peut prendre une autre direction.

L’Epiphanie est la fête de l’entrée des nations non-croyantes (païennes) dans la communauté des croyants, par l’annonce de l’Evangile. Tous les peuples sont invités à entrer dans la grande famille de l’Eglise. Les rois mages sont les premiers “étrangers” à croire en Jésus-Christ, et une très ancienne tradition rapporte qu’ils furent baptisés très vite après l’Ascension, par les Apôtres eux-mêmes. Saint Grégoire de Nazianze fait aussi sur eux cette remarque fort intéressante, reprise par la récente encyclique de Benoît XVI, que le moment où les mages, guidés par l’étoile, adorèrent le nouveau roi, le Christ, marque la fin de l’astrologie, parce que désormais les étoiles tournaient selon l’orbite déterminée par le Christ (Spe Salvi, §5).

L’événement fondamental de ces rois mages, leur venue aux pieds du Christ, est une pierre milliaire dans l’Eglise en Orient, ce qui explique pourquoi nos frères orientaux, catholiques et orthodoxes, célèbrent Noël en ce jour, plutôt que le 25 décembre. Des familles chrétiennes de nos régions font d’ailleurs cette distinction, de célébrer Noël (religieusement) le 25 décembre, et d’offrir leurs cadeaux aux enfants le 6 janvier. Idée judicieuse, qui permet d’expliquer plus adéquatement l’origine de ces cadeaux qu’on offre, comme les Mages offrirent des cadeaux à l’Enfant-Dieu nouveau-né. 

Quand les traditions deviennent purement folkloriques, elles n’ont plus de sens. On “fait les fêtes” au moment de Noël, sans plus aucune référence au contenu historique de Noël ; Noël, c’est la naissance, et saint Léon nous dit que la naissance de la Tête, c’est la naissance du Corps (de l’Eglise). On ne parle pas du Sauveur, et tous les lampions qu’on allume partout à grands frais ne signifient pas grand-chose dans notre société dangereusement laïque. C’est même à se demander pourquoi on continue de souhaiter de “Joyeuses Fêtes”, sans trop se poser la question : En réalité, fêtes de quoi ?

Il ne manquera pas une association, pas un club, pas une famille, où l’on ne “tirera les rois”, dans la mesure où la fève cachée dans la galette représentera encore un roi… ou une reine ; mais quand la fève est une figurine quelconque… 

Fêtons chrétiennement l’Epiphanie, le jour où les païens ont reçu la “manifestation” de Dieu - c’est le sens du mot grec epiphania. Unissons notre prière à celle de nos frères en Orient, pour que d’une seule voix et d’un seul mouvement nous venions ensemble nous prosterner devant le Roi des Juifs qui vient de naître.

 

 

1 Matthieu ne parle pas de grotte ; il dit même deux versets plus loin : Entrant dans la maison (grec : oikian)… Il s’est donc passé un certain temps déjà depuis la naissance de Jésus dans la crèche dont parle Luc 2:7 ; d’une part les voyageurs venus pour le recensement ont libéré les auberges, d’autre part la Sainte Famille aura trouvé un petit logement sur place, pour éviter un voyage de retour difficile avec le petit Bébé. Si Hérode fait rechercher les enfants de moins de deux ans (Mt 2:16), c'est que l’Enfant-Jésus pouvait déjà avoir dix-huit mois environ.

Mieux encore : si Luc parle d’un infans (qui ne parle pas, grec : brephos), Matthieu en revanche parle d’un puer (petit enfant, grec paidion, qui peut avoir déjà presque deux ans).

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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 00:00

Sainte Famille - C

 

Il est de tradition, depuis la réforme récente du calendrier liturgique, de consacrer à la Sainte Famille ce premier dimanche après Noël. Jésus, Marie, Joseph : que de sainteté, dans ces trois personnages ! On en a dit ici quelque chose les années précédentes, et qui reste d’actualité. 

En cette année “C”, troisième du cycle liturgique, nous allons essayer d’élever notre petite méditation à des considérations plus profondes, plus essentielles, car nous vivons une période où semblent se déchaîner des tendances de plus en plus hostiles à la notion-même de famille.

Qu’est-ce qu’une famille ? Une simple réunion de personnes diverses qui se trouvent là, sous un même toit, par hasard ? Y a-t-il une famille là où vivent dans l’immoralité deux hommes ou deux femmes ? Peut-on construire une famille, y adopter un enfant, là où il n’y a pas de désir d’avoir un enfant selon les lois de Dieu et de la nature ? Une famille est-elle digne de ce nom quand on donne la mort volontairement à un enfant qui est “de trop” ? Est-ce protéger la famille, la mettre à l’honneur, quand on pratique un stupéfiant commerce de la vie, pour donner volontairement naissance à un enfant qui ne sera pas le fils de sa mère, ni même le fils de son père ? Est-ce exalter l’image de la famille, quand des époux s’unissent et se séparent, laissant des enfants complètement désorientés, qui ne savent plus qui sont leur père, leur mère ou même leurs frères et sœurs ? Un gouvernement, même laïc, peut-il raisonnablement instituer un ministère de la famille, et favoriser en même temps le divorce, l’adultère, la fornication ? Serait-ce que ces mots eux-mêmes auraient disparu de notre langage ?

A ces questions - qui auraient surpris nos parents il y a encore peu de temps - nous, Chrétiens, devons résolument répondre négativement. Dieu, dans sa création, a institué d’autres lois, que même les bêtes respectent. Sauf accident improbable, on ne voit pas deux mâles ou deux femelles vivre en couple ; on ne voit pas une mère tuer délibérément son petit ; encore moins une femelle s’approcher d’un mâle qui a déjà sa compagne. Certes, la notion de “famille” n’existe chez les bêtes que pour un temps assez bref, mais c’est là leur loi de créatures inférieures à l’homme. Pour les humains, dotés d’une intelligence et d’une conscience morale, la famille est bien autre chose.

Il est vrai qu’à la lecture de certains passages de la Sainte Ecriture, on pourra invoquer des exemples particuliers : celui d’Abraham avec son épouse Sara et la servante Agar ; ou celui de Jacob avec ses deux femmes et leurs servantes (Gn 16 et 29-30). Il est vrai que Dieu, avec miséricorde, a agi avec grande bonté envers les enfants de ces saints patriarches, mais la Bible ne dit pas que ces derniers aient bien agi en tout : avant la Loi de Moïse, il y avait diverses coutumes, des déviations, des héritages païens, que Dieu fera abolir par la Loi confiée à Moïse sur le Mont Sinaï. 

Le cas du roi David nous pose un réel problème : on ne compte pas les femmes de ce grand roi, ses concubines et ses enfants. Là aussi, la Bible n’approuve pas expressément ce comportement : simplement, la sincérité de l’auteur sacré prouve indirectement l’authenticité de l’Ecriture, car un récit historique n’est pas crédible s’il ne fait qu’exalter les hauts-faits de son héros. David avait la mission de réunir Juda et Israël, et même de préfigurer l’unique vrai Roi, le Christ, mais l’homme David eut ses chutes, ses fautes, dont il sut aussi demander pardon avec une humilité qui l’honore dans l’éternité.

On rappellera aussi le cas étrange du prophète Osée, à qui Dieu Lui-même ordonne de prendre pour épouse “une femme de prostitution”, dont les enfants porteront des noms symboliques comme Non-Aimée et Pas-mon-Peuple : ici aussi la mission prophétique d’Osée était (justement) de montrer combien Dieu réprouvait l’adultère et la prostitution, et réclamant à Israël de retourner à l’amour exclusif de Dieu (Os 1).

A ces rappels scripturaires vont maintenant s’ajouter d’autres questions concernant les textes d’aujourd’hui : la consécration du petit Samuel pour toujours, le précepte johannique de nous aimer les uns les autres, et l’apparente “fugue” de Jésus au Temple ne nous parlent pas à proprement parler de l’unité et de la solidité de la famille.

En réalité ces trois textes ramènent tous nos regards vers la source de la famille, vers l’amour de Dieu, vers l’Amour vrai, qui ne s’éteint pas et qui n’accepte pas d’altération.

La première lettre de saint Jean, reprenant le discours de Jésus à la dernière Cène (Jn 13:35), est précisément le fondement de la famille : l’amour fraternel qui, dit aussi saint Paul est «longanime», n’est pas envieux, ne fanfaronne pas, ne se rengorge pas, ne fait rien d’inconvenant, de cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas… excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout (1Co 13:4-7). C’est dans l’amour fraternel que la stabilité de la famille trouve toute son inspiration.

L’évangile présente une autre “difficulté” si on le lit bien : imagine-t-on un adolescent de douze ans tromper la vigilance de ses parents, les laisser repartir en voyage, et les obliger à marcher pendant trois jours pour le retrouver ? Est-ce là de l’obéissance, quand il est dit qu’à Nazareth l’enfant leur était soumis ? Oui l’Enfant leur était soumis, justement, à Nazareth, là où vit la famille, là où Jésus a grandi dans la soumission à sa sainte Mère et à saint Joseph. Mais à Jérusalem, il se passe autre chose : Jérusalem est la Ville du Temple, le centre de culte divin… et sera l’aboutissement de la mission du Sauveur. Quand Jésus est au Temple, il est véritablement “chez Lui”, et cela, ses saints parents terrestres l’ont un peu oublié : depuis douze ans que Jésus grandit avec eux, ils Le protègent, L’aident à grandir, à se nourrir et, ne sachant pas précisément quand viendra le temps de la “Mission”, ils s’habituent un peu à la vie quotidienne avec leur divin Enfant. 

A Jérusalem, Jésus profite de la situation pour - déjà - préparer Ses chers parents : leur mission est de Le protéger, de L’aider, mais Sa mission à Lui est divine et Il ne leur appartient pas. C’est une leçon de détachement qu’Il leur offre ; et une anticipation aussi de l’accomplissement de Sa mission : il sera “caché” trois jours dans le tombeau, avant de ressusciter.

On a parfois avancé que les saints parents de Jésus ne savaient pas encore (ou n’avaient pas encore compris) que Jésus était véritablement le Fils de Dieu. Rien de plus absurde : tous les épisodes qui ont accompagné l’avènement de Jésus étaient on ne peut plus clairs pour tous ceux qui attendaient sincèrement le Sauveur. Mais à ce moment-là, ils ne «comprennent» pas la portée prophétique de la situation : la mort de Jésus et sa résurrection.

D’ailleurs l’évangéliste ne dit pas qu’à la question de Jésus ils soient restés “bouche bée” à se demander ce que signifiait ce “Père” dans la maison de qui Jésus doit se trouver. Simplement, Jésus leur rappelle que c’est bien évidemment dans le Temple qu’ils doivent Le rechercher en priorité, comme s’Il nous disait aujourd’hui : Si vous voulez me trouver et me parler, venez près du Saint-Sacrement, où je vous attends…

Le grand saint Thomas d’Aquin nous enseigne comment il faisait pour résoudre telle ou telle difficulté théologique : il allait à l’autel et portait sa tête le plus près possible du tabernacle, comme pour “écouter” la voix du la Vérité éternelle, en La cherchant là où elle est.

L’attitude de la pieuse Anne, qui se détache de son petit garçon en l’offrant dès que possible à Dieu et en le confiant au prêtre Eli au Temple, anticipe l’attitude de Marie et Joseph qui offrent à Dieu ce Fils unique. En outre, on pourra lire le “cantique d’Anne” qui suit immédiatement le récit d’aujourd’hui : ce cantique est déjà le Magnificat de Marie. Enfin, l’Ecriture mentionne aussi quelle bénédiction Dieu accordera par la suite à Anne, qui aura cinq autres enfants (1Sa 2:21) : une belle famille !

On imagine quelle affection reconnaissante Jésus pouvait avoir envers ses parents terrestres ; durant ces trente années de vie à Nazareth, quelle harmonie pouvait régner entre eux trois chaque jour, au gré des événements de leur existence quotidienne. 

L’Ecriture ne dit pas que Marie ait eu d’autres enfants ; cela n’a jamais été dit, et toute la Tradition retient que Jésus est resté fils unique de Marie, comme Il est Fils Unique de Dieu : les “frères et sœurs” de Jésus sur terre furent sa parenté, au sens où on l’entendait à cette époque ; on dit ainsi de l’apôtre Jacques qu’il était le “frère” du Seigneur (Ga 1:19), un proche cousin.

Si Jésus avait eu d’autres frère(s) et sœur(s), très tôt on en aurait parlé, y compris dans l’Evangile, ne serait-ce que pour entourer Marie au moment de la passion, et après. Or sur la Croix, Jésus dit à Marie : Voici ton fils en montrant l’apôtre Jean (Jn 19:26) : il aurait probablement dit autre chose s’il avait eu d’autres frères selon la chair.

Les époux qui, pour une raison que parfois Dieu seul connaît, ne reçoivent pas la joie de la paternité (une joie qui, bien souvent, est surchargée de nombreux soucis…), ne sont pas pour autant privés d’une fécondité spirituelle, qu’ils peuvent exercer en se donnant à de saintes occupations, en tournant leur attention charitable vers ceux qui ont besoin d’aide. On trouvera là une réelle paternité spirituelle dont la société a bien besoin là où justement des enfants auront été privés de leurs parents, suite à un accident, à une guerre, à une maladie… L’adoption est une démarche très grave, très difficile aussi, qui exige un don total de soi, une grande abnégation, et de gros sacrifices.

Pour l’exemple, on fête le 23 février la bienheureuse Rafaela Ybarra de Arambarri de Villalonga, espagnole, mère de six enfants et mère adoptive des cinq orphelins de sa sœur et des six enfants de sa bru, toutes deux décédées ; elle fonda à Bilbao le Collège des Anges Gardiens, pour les petites filles abandonnées, et fut récemment béatifiée en 1984.

On comprendra peut-être mieux maintenant, combien les familles ont besoin de s’appuyer sur la grâce de Dieu - sur le saint mariage en premier lieu - pour maintenir cette nécessaire unité dans l’amour, ciment de la famille, et en même temps garantie d’une société meilleure. Demandons à Dieu cette grâce, qu’il nous aide à pratiquer les vertus familiales dont parle la Prière du jour.

Il arrive bien souvent que l’on s’effraie un peu de cette exigence de sainteté. Est-elle possible ? A ceux et à celles qui, comme les apôtres, se poseront la question : Mais alors qui peut être sauvé ?, rappelons-nous toujours que la réponse de Jésus fut (Mc 10:27) : Pour les hommes, c’est impossible ; mais non pour Dieu, car tout est possible pour Dieu.

 

NB. Il est certifié que cette méditation a été écrite dès 2006.

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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 07:42

Noël : Messe de la  Nuit

 

 

 

Un de nos cantiques traditionnels de Noël dit : Depuis plus de quatre mille ans nous Le promettaient les prophètes. Voici que le prophète Isaïe, huit siècles avant la naissance du Sauveur, entrevoit cet heureux événement et s'en réjouit comme s'il y assistait. Huit siècles ! Imaginons que notre roi Louis IX nous ait annoncé la deuxième guerre mondiale…

Il faut comprendre dans un sens spirituel et théologique ces termes qui décrivent les hommes : les ténèbres, le pays de l'ombre,  expriment l'héritage du péché ; la grande lumière est celle qui vient d'En-haut, celle dont parle l'évangéliste Jean à propos du Verbe éternel : C'était la vraie lumière qui illumine tout homme (Jn 1:9). De même le joug, le bâton, le fouet, font allusion à la situation des Israélites en Egypte, l'Egypte étant elle-même  restée ensuite le symbole de l'esclavage du péché.

Quand ensuite Isaïe parle de la victoire de Madiane, il fait allusion à cette fameuse victoire du Juge Gédéon avec ses trois-cents hommes qui, de nuit, sans rien faire d'autre que de crier Pour Dieu et pour Gédéon et en heurtant entre elles les lanternes qu'ils portaient, ont engendré une telle panique dans le camp adverse, que les ennemis en se réveillant brusquement se sont entretués eux-mêmes (Jg 7).

Certes Dieu n'agit pas toujours ainsi ; pour Gédéon, Dieu voulait faire comprendre que ce n'était pas le grand nombre de combattants qui allaient garantir la victoire, mais la confiance en Dieu. De fait, sur les vingt-mille hommes dont disposait Gédéon au départ, seuls trois-cents restèrent avec lui.

Ces ennemis d'Israël, guerriers orgueilleux, ont été exterminés en un instant.

La victoire, désormais, est dans les mains de ce petit Bébé qui vient de naître ; il n'a ni épée, ni arc, ni bouclier, ni richesse, ni force physique : il est dans une étable, sur la paille, près des bêtes, et c'est Lui le Sauveur. Personne ne le connaît, mais il porte déjà l'insigne du pouvoir sur son épaule, et des titres de noblesse inégalables : Merveilleux Conseiller, Dieu Fort, Père à jamais, Prince de la Paix.

Quand Isaïe écrit, il ne connaît encore ni Marie, ni Jésus, mais il apprend dans l’inspiration qui lui vient de Dieu d'une part que Marie est vierge (on va en reparler à propos de l'évangile), et qu’elle aura un Fils. C'est Dieu qui inspire à Isaïe  de donner à cet Enfant ces noms extraordinaires : Jésus est en effet Un avec Dieu Père, dont Il est le Fils unique, éternellement engendré ; avec Dieu et comme Dieu, Christ est Fort, Père à jamais et Prince de la Paix.

La Paix que Jésus nous apporte n'est pas une paix sociale ou politique. Nous ne le savons que trop, hélas ! la guerre est chaque jour d'actualité, et même là où Jésus est né... Mais Jésus-Christ nous apporte une autre paix ; ce sera par le sang de sa croix qu'Il apportera la paix, autant à ceux qui sont sur terre qu'à ceux qui sont (déjà) au ciel (Col 1:20) ; et la paix que Jésus Christ nous apporte, c'est la réconciliation entre Dieu et la Créature, cette créature blessée par le péché initial.


*         *        *


Le psaume 95 chante cette joie immense de la Créature qui se sent consolée, une joie tellement universelle que même les arbres des forêts la ressentent.



*         *         *

 

Saint Paul explique à son disciple Tite quelle grâce immense Dieu nous a donnée par la naissance du Christ. Cette grâce concerne tous les hommes, et nous appelle à rejeter le péché, à vivre en hommes raisonnables, justes et religieux. Il dit bien "nous", car il ne s'adresse pas qu'à Tite : il pense à lui-même, à tous ceux qu'il a convertis, à toute l'Eglise, à nous tous, car chacun de nous est concerné par cet appel à combattre le péché.


 *         *         *

 

L'évangéliste Luc, le plus historien des quatre évangélistes, donne des précisions historiques sur la date de la naissance de Jésus, mais les spécialistes n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur la date précise de cette naissance, sans doute parce que nous ne connaissons pas forcément tous les détails de la vie politique d'il y a deux mille ans, et qu'il y a bien probablement des faits que l'on croit établis avec certitude et qui devraient au contraire être repensés. Mais ceci n'a désormais plus d'importance. Il est bien plus important de recevoir la Bonne Nouvelle de Jésus et de la mettre en pratique, que de préciser si Jésus ne serait pas né quelques années (quatre, ou six)  plus tôt qu'on ne l'admet en général.

En revanche, Luc signale que Marie mit au monde son fils premier-né, une expression qui a fait couler beaucoup d'encre, car certains ont voulu y voir une allusion à d'autres éventuels enfants qu'aurait eus Marie après Jésus. Ce n'est certainement pas la pensée de saint Luc.

Après avoir fait le récit de l'Annonciation, Luc rappelle par ce premier-né, d'une part que Jésus est effectivement né d'une Femme vierge, comme l'avait annoncé Isaïe (Is 7:14), mais surtout l'évangéliste affirme cette vérité fondamentale et théologique que Jésus est le Premier-né d'une nouvelle génération :  chacun de nous, par les sacrements de l'Eglise, reçoit de l'Eglise comme d'une Mère, cette nouvelle Vie divine que Jésus nous a apportée. Comme Marie a donné le jour à  Jésus, ainsi l'Eglise, nouvelle Mère, engendre en nous la vie de l'âme.
 
Jésus ne pouvait pas naître sans Marie, et sur la croix, il nous a à son tour donné Marie comme Mère : Voici ta Mère, dit-il à Jean (Jn 19:26-27). Tout ce que nous recevons de Jésus, nous vient en même temps par Marie, Mère de l'Eglise et Mère de chacun d'entre nous.

Il faut encore préciser ceci : après la naissance de Jésus, Marie est restée vierge, selon une tradition toujours répétée depuis les premiers siècles. D'ailleurs, si Jésus avait eu quelques frères et soeurs, Jésus n'aurait pas dit à sa Mère et à Jean, sur la Croix : Voici ton Fils, voici ta Mère. En outre, de même que la Tradition a eu le souci de répéter inlassablement que Marie était la « Toujours Vierge », de même elle aurait répété fidèlement et respectueusement – si ç'eût été le cas – que cette Mère aurait eu d'autres enfants, et elle nous aurait sans doute aussi conservé leurs noms. Rien de tout cela. Marie fut vierge avant la conception de Jésus, et après. Nous le répétons encore aujourd'hui, peut-être un peu machinalement, mais c'est l'expression de notre liturgie, dans le Je confesse à Dieu, dans le Canon romain, dans le Je crois en Dieu 1 ; dans tous les textes, les prières et les textes conciliaires ou pontificaux, partout où il est question de Marie, on répète constamment qu'il s'agit de la « Vierge Marie ».

Cette Mère admirable, dit Luc, emmaillota Jésus, pour bien préciser que Jésus était né comme un homme, d'une Mère, et n'était pas seulement "apparu" sous forme humaine. Ceci a son importance, car on a parfois prétendu que Jésus était seulement un ange.

L'histoire de l'apparition des anges aux bergers, elle, fait aussi partie de la Tradition. On a voulu la qualifier de "légendaire", car les bergers ne dorment pas à la belle étoile un 25 décembre, même au Moyen-Orient où il fait un temps plus doux que dans nos régions occidentales.

Or il sera bon de préciser ici que la date de Noël a été établie par l'Eglise de façon non pas historique, mais théologique : Noël se situe au moment où les jours commencent de s'allonger, où la lumière gagne en durée sur la nuit. D'ailleurs, cette fête ne fut instituée que relativement tard et fut plusieurs fois déplacée. Encore actuellement, nos frères d'Orient célèbrent la Nativité le 6 janvier au lieu du 25 décembre.

Relevons enfin le chant des Anges à Bethléem, qui a été repris dans le chant du Gloria à la Messe des dimanches et jours de fête. On ne le chante pas les dimanches qui précèdent la fête de Noël, pour le reprendre au moment où les Anges l'ont chanté la première fois, dans la nuit de Noël.

 

*         *         *

 

Parlons aussi ici de deux autres détails liturgiques, concernant l’un le rite de la goutte d’eau à l’Offertoire, l’autre le chant de la Préface à Noël.
 
A chaque messe, le prêtre mélange une goutte d’eau au vin qui va être consacré, disant 2 ces paroles : “Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’alliance, puissions-nous êtres unis à la divinité de Celui qui a pris notre humanité” 3 . Cette goutte d'eau se perd dans le vin, de même que notre nature humaine a été totalement assumée dans la divinité de Jésus-Christ.

Ecoutons attentivement, enfin, la préface de Noël : Par le mystère de l'incarnation du Verbe, la nouvelle lumière de Ta clarté a rayonné à nos yeux. Une nouvelle Lumière, la vraie Lumière dont il était question plus haut.

Mais jusqu'à il y a peu, la préface de Noël était celle-là même de la Fête-Dieu, solennité du Saint-Sacrement. Pourquoi ? Parce que, à chaque messe se renouvelle dans les mains du prêtre l'Incarnation et la Naissance du Christ parmi nous. Chaque messe est une actuation de la nuit de Noël. Le Verbe s’est fait chair et il a habité en nous, écrit l’évangéliste Jean dans son Prologue (Jn 1:14 : Verbum caro factum est, et habitavit in nobis) : en traduisant très littéralement, on se rend compte que cette phrase exprime aussi bien et l’Incarnation du Verbe, et l’Eucharistie où nous Le recevons.

 

*         *         *

 

La plus grande joie de la Vierge Marie est que son Fils naisse en chacun de nous.

A l'occasion de Noël, renouvelons notre reconnaissance envers la Mère du Sauveur, demandons-lui avec ferveur d'intercéder pour nous, maintenant et à l'heure de notre mort, pour que cette grande fête d'aujourd'hui soit une occasion de re-naissance pour nos âmes. Dans une semaine, nous célébrerons solennellement le premier janvier, la Maternité de Marie, Mère de Dieu.

Merci, mon Dieu, pour la naissance de ton Fils !
Merci Jésus, de nous avoir donné ta Mère !

   
   


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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 00:00

 

 

Naissance de Jésus-Christ

 

 

Il est de tradition que le Martyrologe Romain annonce la naissance de Jésus-Christ à la date du 25 décembre.

En voici le texte de l’actuelle édition.

 

 

Bien des siècles après la création du monde, quand Dieu au commencement créa le ciel et la terre et forma l’homme à son image ; 

bien des siècles aussi après que le Très-Haut, au terme du déluge, mit dans les nuées l’arc-en-ciel, signe d’alliance et de paix ; 

vingt-et-un siècles après qu’Abraham, notre père dans la foi, ait migré de Ur en Chaldée ;

treize-cents ans après que, sous la conduite de Moyse, le peuple d’Israël sortit d’Egypte ; 

mille ans environ après l’onction de David, roi ; 

en la soixante-cinquième semaine d’années, selon la prophétie de Daniel ;

dans la cent quatre-vingt quatorzième Olympiade ; 

sept-cent cinquante-deux années après la fondation de la Ville ; 

la quarante-deuxième année de l’empereur César Octavien Auguste ; 

tout l’orbe de la terre étant en paix ; 

Jésus-Christ, Dieu éternel, Fils du Père éternel, voulant consacrer le monde par sa très sainte venue, conçu du Saint-Esprit, et neuf mois après sa conception, 

naît à Bethléem de Judée, de la Vierge Marie, s’étant fait homme.

C’est la naissance de notre Seigneur Jésus-Christ selon la chair.

 

 

Une mélodie particulière est prévue pour chanter cette annonce si émouvante. Tout le début se chante sur la mélodie d’une lecture de la Messe, mais aux paroles naît à Bethléem…, le chantre élève la voix une quinte plus haut, tandis que l’assistance, jusque là debout, s’agenouille, se prosterne pour saluer l’arrivée parmi les hommes du Fils de Dieu, notre Sauveur.

A la Messe de Noël, tant à la vigile que la nuit et le jour, l’assemblée est également invitée à s’agenouiller quelques instants aux mots du Credo

Et incarnátus est de Spíritu Sancto ex María Vírgine, et Homo fáctus est.

Certains croiront relever un petit mystère dans cette sainte annonce : la quarante-deuxième année de l’empereur Auguste, qui régnait depuis environ trente ans. Un Lecteur nous a justement fait observer que les Anciens et la Tradition comptèrent les années d'Auguste à partir de son triumvirat, en 42 avant Jésus-Christ.

D’autres considérations accompagneront aussi notre réflexion en ce jour saint.

Il est très vraisemblable que la naissance du Christ n’ait pas eu lieu un 25 décembre, en plein hiver, puisque les bergers, nous dit l’évangéliste saint Luc, veillaient et faisaient la garde de leurs troupeaux (vigilantes et custodientes vigilias noctis supra gregem suum) (Lc 2:8) : même s’ils n’étaient pas tous éveillés et faisaient la garde à tour de rôle, leurs troupeaux n’étaient pas au-dehors à cette date. En Palestine vers le 3e siècle, on fêtait d’ailleurs la naissance du Christ au 20 mai : cette date palestinienne pourrait bien reposer sur une tradition locale bien ancrée.

La fête de Noël a pu être instituée au moment où les jours s’allongent, quand la Lumière commence de gagner sur la Nuit. De conséquence fut instituée la fête de l’Annonciation, neuf mois auparavant, le 25 mars.

En Orient, si la fête de Noël existe au 25 décembre, la fête principale est au 6 janvier, jour de l’Epiphanie, quand vinrent les Mages d’Orient adorer le Roi des Juifs qui vient de naître (Mt 2:2). Cette fête est appelée chez eux Théophanie, ou manifestation de Dieu.

La date du 25 décembre serait donc venue, pour une fois, de l’Occident avant de gagner peu à peu l’Orient.

Noël vient de natalis, jour de la naissance, dont est dérivé le prénom Nathalie qu’on devrait écrire sans h.

Rappelons pour finir la très belle Prière du Jour de cette fête de Noël : 

Père, toi qui as merveilleusement créé l’homme et plus merveilleusement encore rétabli sa dignité, fais-nous participer à la divinité de ton Fils, puisqu’il a voulu prendre notre humanité.

 

 

Christus natus est nobis !

Venite, adoremus !

 

 

 

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24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 00:00

 

Christ Roi - B

 

La lecture de l'Apocalypse d'aujourd'hui ne laisse pas de nous surprendre par sa douceur infinie, alors que l'on a malheureusement coutume de prendre le terme d'Apocalypse pour quelque chose de terriblement catastrophique. Il faut se rappeler qu'une Apocalypse est simplement une Révélation. Par la vision de Jean, l'Ancien, Dieu nous « révèle » des choses mystérieuses et importantes ; certaines concernaient la chute de Jérusalem, d'autres les diverses épreuves de l'Eglise au cours des persécutions, d'autres encore plus précisément la fin des temps ; mais en filigrane de toute cette Révélation apparaît toujours un enseignement extrêmement important pour chacun de nous.

 

Ainsi, notre texte se trouve au tout début de l'Apocalypse, et commence par cette salutation pleine de douceur : Grâce et Paix vous soient données de la part de Jésus Christ. On ne peut que tomber à genoux de reconnaissance pour le don de la grâce et de la paix que nous apporte le Sauveur.

 

Recevoir la grâce de Dieu, la conserver en nous, vivre de la grâce, c'est là toute notre force pour notre quotidien. Saint Paul, qui avait par trois fois demandé d'être libéré d'une épreuve qui l'affligeait beaucoup, s'entendit répondre de Dieu : “Ma grâce te suffit” (2Co 11:7-9).

 

La grâce, donc, n'empêche pas les tribulations, les troubles, les tentations. Aussi Dieu nous comble-t-Il aussi du don de la Paix, qui enlève de nous toute crainte, toute agitation. Plusieurs grandes âmes, assaillies de doutes sur leur vocation ou leur mission, ne sachant si leurs inspirations venaient de Dieu ou de l'Ennemi, renouvelaient alors l'offrande totale de leur personne à Dieu, et très vite disparaissait l'agitation intérieure. La Paix n'est pas simplement l'absence de guerre : la paix est d'abord une union avec Dieu, une soumission entière à Sa volonté, un amour inconditionnel pour l'Auteur de tout bien.

 

Il y a bien loin entre la soumission à Dieu, qui élève l'âme et la rend forte, et la soumission aux autorités de la terre, qui entraîne tant de contraintes, et même parfois aussi tant d'injustices. Il est très difficile, peut-être même impossible, aux chefs de la terre, de gouverner avec une justice parfaite. C'est pourquoi la solennité du Christ-Roi fut instituée par Pie XI (1925) pour rappeler que tout l'effort de la société doit au moins chercher à s'inspirer du Royaume du Christ.

 

Toute sa vie, Jésus a parlé du Royaume des Cieux, et d'après l'Evangile, les païens eux-même ont entendu parler de son identité royale : “Où est le roi des Juifs qui vient de naître”, demandent les Mages (Mt 2:2) ; jusqu'à Pilate qui lui demande : “Toi, tu es le roi des Juifs ?”

 

Dans sa prédication, Jésus ne s'est pas présenté comme roi ; mais il a agi comme tel, et se faisant serviteur de tous, ce qui est la marque de la royauté authentique. Mais son Royaume n'a rien d'un gouvernement civil : Ma royauté ne vient pas de ce monde, répond-il à Pilate éberlué. Le Royaume du Christ est un “Règne de vie et de vérité, règne de grâce et de sainteté, règne de justice, d'amour et de paix” ; c’est le chant de la Préface.

 

Vie, vérité, grâce, sainteté, justice, amour, paix : des mots riches d'exigence, et emplis de tout un idéal de perfection. La perfection est difficile à atteindre, mais tous peuvent et doivent y tendre. C'est pourquoi le Royaume du Christ n'est pas encore pleinement instauré : il le sera quand tout mal cessera.

 

En le voyant, dit Jean, toutes les tribus de la terre se lamenteront : car alors il ne sera plus temps d'attendre à plus tard pour se convertir et conduire la société à Christ. Il y aura les non-convertis, et les convertis.

 

Ces derniers auront entendu l'appel de Christ, particulièrement dans la première et la dernière béatitudes, qui parlent du Royaume des Cieux : “Heureux les pauvres en esprit... heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des Cieux est à eux” (Mt 5:3;10) ; les pauvres, ceux qui auront tout laissé pour suivre Christ ; les persécutés, qui auront été fidèles jusqu'à la mort.

 

Quoi dire de plus, puisque les textes sont si clairs ?

 

 

La deuxième lecture nous donnait le début de l'Apocalypse de Jean. Ce même écrit termine aussi par une salutation de même teneur : “Que la grâce du Seigneur Jésus soit avec vous ! Amen”, précédée par cette supplique instante : 

“O oui, viens, Seigneur Jésus !” (Ap 22:20,21).

 

Notre Père, qui es aux cieux, QUE TON RÈGNE vienne !

Coeur Sacré de Jésus, QUE TON RÈGNE ARRIVE !

 

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15 août 2012 3 15 /08 /août /2012 00:22

 

Fête de l’Assomption

 

 

La solennité de l’Assomption de Marie “trône” au milieu de nos vacances d’été, et cette fête a même le rang de fête d’obligation. La fête elle-même remonte au VIIe siècle, en France le pieux roi Louis XIII en fit la fête nationale, reprise par la Restauration, après une éphémère fête de “s.Napoléon, martyr”, instituée durant le premier Empire, aux fins que chacun peut deviner. 

 

Mais le dogme est le plus récent de tous : ce n’est qu’en 1950 que Pie XII le proclama par la bulle Munificentissimus Deus, reprise par le Concile de Vatican II. En réalité, un mouvement universel des épiscopats avait exprimé au Pape leur désir que fût solennellement définie cette vérité.

 

Que nous demande donc de croire la Sainte Eglise ? - que “la Vierge immaculée fut élevée corps et âme à la gloire du ciel, et exaltée par le Seigneur comme la Reine de l'univers”, à quoi certains ont parfois rétorqué : Marie est-elle donc morte, ou pas ? Car certains esprits voudraient que Marie ait été exempte de ce douloureux moment de la mort.

 

On ne va pas ici reproduire les volumes entiers qui ont été écrits sur ce sujet théologique. Une étude synthétique paraîtra probablement un jour sur notre site à ce sujet. Un des arguments les plus forts à propos de cette “vérité” est tout simplement celui-ci : si Marie a suivi Jésus si fidèlement, si elle a voulu participer si intimement à Sa passion et à Sa mort (au point qu’elle ait reçu le titre de Co-rédemptrice et de Reine des Martyrs), on ne voit pas pourquoi elle aurait été exemptée de mourir comme son Fils, pour “ressusciter” comme Lui immédiatement après et être ainsi “assumée”, portée au ciel où elle retrouve son divin Fils glorieux.

 

Le vœu que fit Louis XIII était d’honorer notre Mère dans tout le royaume de France, par une procession organisée dans chacune des paroisses. Mais de même qu’un jour “le combat cessa faute de combattants”, nos processions ont cessé faute de croyants. 

 

Rien ne nous empêche de prendre notre voiture et d’aller faire un petit pélerinage en quelque lieu marial pour y prier la Mère de Dieu : pour notre pays, pour nos “dirigeants”, pour tous les diocèses consacrés à Marie glorifiée en son Assomption, pour toutes les Marie qui portent ce doux nom.

 

On pourra ici relever deux “détails historiques” qui ont marqué la proclamation du dogme de l’Assomption.

 

1. Il y avait à Rome, dans les années quarante, un homme de religion adventiste, mais athée fanatique et convaincu, dont l’unique rêve était de tuer ce pape marial qu’était Pie XII et qui avait cette “vilaine” intention de proclamer le dogme de l’Assomption ; la décision était bien arrêtée, le couteau prêt, rien ne manquait, que l’occasion. Mais voilà qu’un beau soir d’avril 1947, notre homme se trouve comme “terrassé” par une vision de la Madonne ; depuis, ce “voyant” se convertit, alla remettre humblement au pape son couteau et se fit le héraut de la Vierge Marie. Ces apparitions des “Trois Fontaines” à Rome ont donné naissance à un pélerinage, pour lequel l’Eglise a concédé la permission de célébrer sur place la sainte Messe.

 

2. L’autre fait, non moins historique que le précédent, remonte à la veille de la proclamation du même dogme, donc le 31 octobre 1950. Ce que vit alors Pie XII, celui-ci le révéla lui-même quelques jours après à tous les cardinaux romains réunis : regardant le soleil couchant depuis sa fenêtre, il vit alors le soleil se déplacer, “danser” dans le ciel comme au jour de l’apparition de Marie à Fatima le 13 octobre 1917. Très lié personnellement à Fatima, Pie XII comprit que Marie voulait lui manifester ce “signe” privilégié juste au moment où il s’apprêtait à proclamer le dogme de l’Assomption, comme pour illustrer le mot de l’Apocalypse : “Un grand signe parut dans le ciel : une femme enveloppée du soleil, la lune sous ses pieds, et une couronne de douze étoiles sur sa tête” (Ap 12:1).

 

Le Mystère de l’Assomption est le quatrième de nos mystères glorieux du traditionnel chapelet. Prenons quelques minutes de notre journée pour repenser à la douce mort de Marie entourée des Apôtres, à la délicate présence des Anges autour d’elle pour la porter triomphalement vers son Fils Jésus, dans la gloire céleste, où elle règne près de Lui, et continue de coopérer avec Lui pour l’Eglise et pour le salut de chacun d’entre nous.

 

 

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28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 23:00

 

Saints Pierre et Paul

 

La liturgie donne la préséance à la solennité des saints Pierre et Paul, lorsque celle-ci tombe un dimanche après la Fête-Dieu.

 

Saint Pierre : le prince des apôtres. Saint Paul : l’apôtre des nations.

 

Dans les Actes des Apôtres, il est question d’Hérode. Il ne s’agit pas d’Hérode Ier qui fit massacrer les Saints Innocents à la naissance de Jésus, ni d’Hérode Antipas qui fit décapiter Jean-Baptiste peu avant la mort de Jésus-Christ, mais d’Hérode Agrippa, petit-fils du premier.

 

Hérode Agrippa fait décapiter s.Jacques (le Majeur), premier évêque à Jérusalem, mesure “bien vue des Juifs” qui, on le voit, dix ans environ après le sacrifice de Jésus, s’obstinent dans leur aveuglement. Mais pas tous : un témoignage de Clément d’Alexandrie (IIe siècle) raconte que le gardien de Jacques fut saisi de son courage et lui demanda pardon, et Jacques de lui répondre “La paix soit avec toi”, en l’embrassant. C’est ce même Jacques qui selon certaines traditions concordantes, aurait eu le temps d’évangéliser l’Espagne avant de revenir en Palestine et serait ainsi à l’origine du pèlerinage de Compostelle.

 

Ajoutant à sa perfidie, Hérode s’en prend maintenant à s.Pierre, car ce dernier est encore à Jérusalem (nous sommes dans les premières années 40) et le fait enfermer. Mais l’heure de Dieu n’est pas arrivée et tandis que “l’Eglise priait pour (Pierre) devant Dieu avec insistance”, le chef de l’Eglise est miraculeusement délivré et rendu à la communauté. Saint Pierre sera encore à Jérusalem vers 49-50, au moment du premier concile et successivement installera son ministère à Rome, où il sera martyrisé vers 64 ou 67. On le sait, c’est lui qui demanda à être crucifié la tête en bas, trop humble pour oser recevoir la même mort que son Maître.

 

Saint Paul, l’apôtre des Nations, voyagea beaucoup, depuis sa conversion à Damas ; toute l’Asie mineure (l’actuelle Turquie) reçut la Bonne Nouvelle de sa bouche, puis la Grèce, puis probablement aussi l’Espagne et le sud de la Gaule, avant qu’il rejoigne la communauté romaine, où il sera à son tour décapité (67). Sa deuxième épître à Timothée, brève, intense, est comme son testament ; il y apparaît lucide, très fatigué, il sait qu’il va au-devant du martyre, et montre sa compréhensible affliction pour ceux qui l’ont abandonné, mais il reste plein de confiance envers Dieu. Malgré toutes ses peines, il chante à Dieu : A lui la gloire pour les siècles des siècles.

 

On lira avec attention ces expressions de Paul : Je me suis bien battu, j’ai tenu jusqu’au bout de la course, je suis resté fidèle, je n’ai plus qu’à recevoir la récompense du vainqueur. Paul ne se vante pas de lui-même, il ne se dit pas à l’abri de quelque faute, de quelque erreur ; simplement, il a tout fait pour rester fidèle à l’appel de Dieu. En cela réside la sainteté : être fidèle quoi qu’il arrive, persévérer malgré tous les obstacles, continuer la marche malgré toutes nos chutes, fidèles à notre divin Maître qui, sur le chemin du Calvaire, se relevait après chaque chute pour grimper jusqu’au bout de la montée : montée vers la mort, mais vers la résurrection surtout.

 

C’est cette confiance totale que chante le psaume 33 : Je bénirai le Seigneur en tout temps… Je cherche le Seigneur, il me répond… Le Seigneur (me) sauve de toutes (mes) angoisses… Le Seigneur est bon ; heureux qui trouve en lui son refuge.

 

En 1967-1968, le pape Paul VI avait proclamé l’Année de la Foi, pour célébrer le dix-neuvième centenaire du martyre des saints Pierre et Paul. L’année 2008 fut à son tour célébrée en l’honneur de saint Paul, pour le deuxième millénaire de la naissance de l’Apôtre. A cette occasion, les chrétiens étaient invités à s’associer aux célébrations romaines, particulièrement en la basilique “Saint-Paul-hors-les-murs”, construite non loin du lieu où saint Paul fut décapité : la petite église qui y avait été construite abrite les “Trois Fontaines” qui auraient jailli là où retomba sa tête.

 

Que demanderons-nous à Dieu, par l’intercession de saint Paul ? Des grâces; beaucoup de grâces ; en tout premier lieu la grâce de la fidélité : la Nouvelle Evangélisation a besoin de chacun de nous, où qu’il soit et quoi qu’il fasse ; notre devoir de chrétiens fidèles est de consacrer toutes nos actions, toutes nos prières, tous nos efforts, pour être fidèles à notre vocation, pour être, ou devenir, ou re-devenir des “pierres vivantes” de l’Eglise, du Corps Mystique de Jésus-Christ, dont nous sommes les membres ; en second lieu, nous demanderons aussi de nous garder dans le droit chemin de la Vérité, à lui qui est le Docteur des Nations, gardien de la Doctrine qu’il a si savamment exposée et enseignée.

 

Saint-Pierre, chef des apôtres, garde-nous dans la foi en Jésus, Fils de Dieu, mort et ressuscité.

 

Saint-Paul, apôtre des nations, aide-nous à être fidèles dans l’apostolat quotidien, jusqu’à la mort. 

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23 juin 2012 6 23 /06 /juin /2012 23:00

 

Saint Jean-Baptiste

 

 

La naissance de saint Jean Baptiste est un événement que l'Eglise fête comme une solennité : lorsque celle-ci tombe un dimanche "ordinaire" après la Fête-Dieu, on la célèbre de préférence au dimanche (c'était le cas en 2007). 

 

Jean Baptiste est le seul Saint, à part Marie, dont l'Eglise fête et la naissance et la mort, celle-ci le 29 août. Il tient en effet un rôle très important dans l'Histoire du Salut, car sa vie et son message sont intimement liés à ceux du Christ. 

 

L'Eglise fête cette naissance le 24 juin, juste trois mois après l'Annonciation, quand l'Ange avait annoncé à Marie que Elisabeth en était "à son sixième mois", et Jésus naîtra six mois après, le 25 décembre. Rappelons aussi que la fête de la Visitation a été ramenée au 31 mai, pour être fêtée justement entre l'Annonciation et la naissance de Jean.

 

Comme celle de Jésus, la naissance de Jean tient du miracle. La particularité des parents de Jean est qu'ils sont âgés, ils étaient tristes, voire mortifiés (Luc 1,25) de n'avoir point d'enfants. Cette situation reflète la "vieillesse" de l'Ancien Testament qui ne pouvait plus produire de fruit, et qui attendait ardemment la "nouveauté" du Sauveur.

Marie avait posé une question à l'Ange : "Comment cela adviendra-t-il ?", un peu dans le sens de : Je suis toute disponible, mais comment faire ? ; Zacharie aussi a posé une question, mais avec doute : Ma femme et moi, on est trop vieux, c'est impossible ! Marie s'ouvre totalement à Dieu, elle qui dira à Cana : "Tout ce qu'il vous dira, faites-le". Zacharie est plus rationnel, et son petit raisonnement l'empêche de s'ouvrir à la lumière divine.  Là aussi, il figure le "vieux" Testament qui ne peut plus parler, dont l'enseignement est muet, dans l'attente du Verbe.

 

Comme l'avait dit l'ange, l'enfant fut rempli de l'Esprit Saint dès le sein de sa mère (Luc 1,15) : il tressaillira en effet en la présence de Marie, inspirant à sa mère ces mots que nous répétons chaque jour : "Tu es bénie entre toutes les femmes et le fruit de ton sein est béni" (Luc 1,42).

 

Grande joie à la naissance de Jean ! Zacharie retrouve la parole : par ce signe Dieu montrait que Jean était né pour annoncer la venue du Verbe. Cet enfant reçoit un nom "nouveau", que personne ne portait dans sa famille.

 

L'Evangile est très sobre sur l'enfance de Jean. "Il demeura dans les solitudes" (Luc 1,80) ; il se prépare à sa mission dans le silence du désert, comme Jésus avant sa vie publique, mais peut-être bien que Zacharie et Elisabeth cachèrent très tôt leur enfant, sinon il aurait été rejoint par la fureur d'Hérode lors du massacre des saints Innocents.

 

Jean, ensuite, a prêché, invité à la conversion, s'efforçant de "secouer" la foule : "Produisez donc des fruits dignes du repentir" (Luc 3,8) ; "Celui qui a deux tuniques, qu'il partage avec celui qui n'en a pas, et celui qui a de quoi manger, de même" (Luc 3,11) ; "N'exigez rien au-delà de ce qui vous est fixé" (ibid, v.13) ; "Ne molestez personne… contentez-vous de votre solde" (ibid, v.14).

 

Préfigurant le Christ et la vie consacrée, Jean a vécu dans le don total de sa personne à Dieu, dans la chasteté parfaite, chose exceptionnelle à cette époque. Et son message annonçait celui que Jésus allait proclamer : conversion, générosité, miséricorde, pauvreté joyeuse, humilité.

 

Comme il était humble, Jean ! Il aurait très bien pu céder à quelque sentiment de vanité en voyant toute la foule qui l'écoutait, mais il resta très effacé : "Je ne suis pas digne de délier la courroie de ses sandales (Luc 3,16)".

 

Jean a fait plus encore. Ce n'est pas pour rien qu'on l'appelle "Précurseur", au sens propre de "qui court devant (pour annoncer)" : il a voulu témoigner jusqu'au bout de la Vérité, sans craindre d'élever des reproches à Hérode pour sa conduite ; il versa son sang pour la Vérité.

 

Charnière entre l'Ancien Testament et le Nouveau, dernier des prophètes et premier témoin du Christ, Jean a été le premier à dire : "Voici l'Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde" ; on pourrait dire ainsi qu'il fut le premier prêtre de la nouvelle Alliance, non pas sacramentellement, mais par son message, son exemple, son attitude, en un mot par toute sa vie.

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15 juin 2012 5 15 /06 /juin /2012 23:00

 

Cœur Immaculé de Marie

 

 

 

Le Christ avait un jour lancé cet appel (Lc 12:49) : C’est un feu que je suis venu répandre sur terre, et quelle est ma volonté ? S’il avait déjà été allumé ! (1) 

Quel cœur humain a-t-il plus été embrasé d’amour que celui de la Mère de Jésus, Marie Immaculée ?

 

Si l’on peut dire que l’appel de Jésus-Christ était une invitation à l’Amour, on peut dire en même temps que Marie est celle qui répondit le mieux et le plus complètement à cet Amour, par son adhésion totale, inconditionnelle, à l’appel de son Fils.

 

Nous fêtions hier la fête du Cœur Sacré et nous écoutions son appel. Nous fêtons aujourd’hui la réponse à cet appel, la réponse la plus sainte, la plus pure, la plus aimante, celle du Cœur Immaculé de Marie.

 

Le Cœur immaculé de Marie, symbole de sainteté, d’amour de Dieu et du Christ, de bonté envers les hommes sauvés par le divin Sacrifice, nous aidera à nous modeler sur le Cœur de Jésus.

 

La lecture de cette fête nous fait chanter avec Marie la joie qu’Isaïe exprimait pour le peuple d’Israël revenu à son Seigneur. Le nouvel Israël est l’épouse mystique et pure de Dieu ; c’est toute l’Eglise qui est annoncée ici, l’Epouse de l’Agneau, comme Marie est l’épouse mystique de l’Esprit Saint, par Lequel elle enfanta Jésus.

 

Le chant de méditation est le cantique d’Anne, la mère du petit Samuel, qui rend grâce à Dieu pour le don de la maternité. C’est de ce chant, bien connu de Marie, que celle-ci s’inspira lorsqu’elle improvisa son Magnificat.

 

L’évangile de l’Enfant-Jésus retrouvé au Temple a été lu au lendemain de Noël, lors de la fête de la Sainte Famille (année C). Cet épisode douloureux pour les parents de Jésus s’achève par cette remarque de l’évangéliste Luc : Sa mère conservait toutes (ses) paroles dans son cœur (Lc 2:40).

 

Comme il avait déjà été bien éprouvé, ce cœur de Marie ! La naissance dans l’étable froide, la fuite en Égypte, et maintenant trois jours d’angoisse avant de retrouver son Fils ! Quelle maman aurait conservé la paix de l’âme dans ces épreuves ? 

 

Or, voilà la sainteté de Marie : elle accepte généreusement les épreuves, sans se plaindre, sans se départir de sa mission. Elle est fidèle. Marie a répondu Fiat au moment de l’annonciation ; ce Fiat continue dans les épreuves, dans l’accompagnement de Jésus sur sa route, jusqu’au Golgotha.

 

Autrefois, cette fête du Cœur Immaculé de Marie avait été mise au jour octave de l’Assomption, au moment où Marie se trouvait pleinement unie au Christ glorifié. Mais cette fête a trouvé sa juste place maintenant au lendemain de la fête du Sacré-Cœur, en signe de la réponse totale de Marie à son Fils divin.

 

Avec Marie, répondons généreusement à l’appel de Jésus, et n’hésitons pas à nous accrocher à Elle pour être conduits plus sûrement à la Vérité et à la Sainteté. 

 

(1)  D’après le texte de la Nova Vulgata, éditions 1979-1986.

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