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14e dimanche ordinaire-C

 

Nous voyons aujourd’hui Jésus choisir soixante-douze disciples, en plus des Apôtres. Les Pères de l’Eglise ont donné diverses interprétations à ce nombre, mais surtout ils ont expliqué que la mission de ces disciples était d’aider les Apôtres dans l’œuvre de l’évangélisation de toute la Judée, tandis que les Apôtres restaient auprès de Jésus pour en recevoir d’autres consignes importantes, avant que ne sonnât l’heure de la Passion. Certains ont ainsi compris que si les Apôtres étaient les premiers évêques de l’Eglise, les disciples pouvaient être considérés comme leur presbyterium, c’est-à-dire l’ensemble des prêtres qui œuvrent sous les directives de l’Evêque local.

Saint Augustin (1) nous fait admirer la sagesse de Jésus, qui envoie ces disciples deux à deux. Seul,  l’homme peut facilement tomber soit dans le découragement, soit dans la vanité en se rapportant tout le mérite de son travail. A deux, les ouvriers du Christ se soutiennent mutuellement, s’encouragent constamment à la vertu, et enfin confirment réciproquement leurs paroles par leur double témoignage. 

Viennent donc ensuite les consignes du Seigneur :

Ces disciples doivent aller là où Jésus devait aller à son tour. Cette mission est “prophétique” au sens propre du mot, selon ce que proclamait Jean-Baptiste juste avant l’arrivée du Christ : Préparez la voie du Seigneur (Mt 3:3 citant Is 40:3).

Si Jésus les envoie comme des agneaux au milieu des loups, ce n’est pas qu’Il cherche à les décourager d’avance, mais c’est pour leur rappeler que si la prédication est chose difficile, toutefois ils ne doivent pas oublier que c’est Jésus Lui-même, l’Agneau divin, qui œuvre à travers eux, et qu’avec eux Il sera toujours vainqueur.

En plus, ils ne doivent prendre ni argent, ni sac, ni sandales c’est la même recommandation que Jésus avait faite aux Apôtres précédemment (Mt 10:9-10), le disciple n’étant pas au-dessus de son maître (Jn 13:16). 

Il faut noter aussi que, dans un troupeau, c’est le berger qui porte la besace, non les brebis qui le suivent, et les disciples sont eux-mêmes des brebis parmi d’autres, dans le grand Troupeau de l’Eglise. 

Il ne faudrait pas y voir là une sorte d’imprudence, comme si les missionnaires devaient partir en voyage sans provision aucune. Au temps de Jésus, les disciples ne partent pas en pays inconnu, ni pour très longtemps : simplement, ils doivent apprendre à vivre parfois uniquement de ce qu’on leur donnera (…ou de ce qu’on ne leur donnera pas). Sainte Pauvreté, qui est toujours joyeuse en toute circonstance. Mais sainte invitation à tous les Chrétiens, à aider leurs pasteurs par leur générosité.

Si les disciples ne doivent saluer personne en chemin, c’est que Jésus veut exciter leur zèle en les invitant à ne pas s’attarder en conversations inutiles. D’abord, évangéliser, et en premier lieu souhaiter Paix à cette maison. Jésus a ce souci d’apporter d’abord la Paix, non seulement extérieure qui élimine les hostilités, mais encore et surtout la paix du cœur, la grâce de l’amitié avec Dieu, comme l’ont annoncée les anges lors de la Nativité : Paix aux hommes de bonne volonté (Lc 2:14).

Et si les disciples ne sont pas reçus, ils feront ce geste très expressif de secouer la poussière de leurs sandales, rejetant ainsi même le peu qu’ils auront pu avoir en commun avec ces gens. 

Ici, le Seigneur fait un curieux rapprochement : même Sodome sera traitée moins sévèrement qu’une ville qui refusera d’accueillir les disciples. En premier lieu Jésus nous montre quelle grave responsabilité nous aurons si, en voyant tant de miracles, en entendant tant de saintes exhortations, nous ne voulons pas encore nous convertir sincèrement ; si grave que fût le péché contre nature des habitants de Sodome (Gn 18-19), ils n’ont pas vu tous ces miracles, et sont donc moins coupables. Indirectement, en second lieu, Jésus montre combien grande est la miséricorde divine, qui est prête à pardonner les péchés les plus graves, pourvu que l’homme implore son pardon.

Ce passage complète l’évangile de dimanche dernier, où les Samaritains refusèrent de recevoir Jésus. Jacques et Jean auraient voulu faire descendre le feu du ciel sur cette bourgade - comme lors de la destruction de Sodome, mais Jésus les en dissuada : s’ils s’obstinent dans le refus, plus tard, et plus tard seulement, ils seront plus gravement traités que les habitants de Sodome, mais Jésus nous enseigne d’abord à être, comme lui, patients avec tous les hommes et à leur laisser le temps de recevoir Sa grâce.

Le psaume 65 rappelle deux de ces éclatants miracles de l’Ancien Testament : le passage de la Mer Rouge (Ex 14), et celui du Jourdain (Jos 3), à pied sec. Il y en eut bien d’autres, mais il y en eut plus encore accomplis par le Seigneur Lui-même ; Jean dit que le monde entier ne pourrait contenir les livres qui les raconteraient (Jn 21:25). 

Apparemment, les disciples furent fidèles aux consignes du Maître, puisqu’ils reviennent bientôt, tout joyeux d’avoir même soumis les esprits mauvais. On notera qu’ils ne s’attribuent pas le mérite de ces guérisons, car ils disent bien l’avoir fait en ton nom, mais il se glisse en eux une petite satisfaction personnelle, que Jésus corrige bien vite : qu’ils se réjouissent d’avoir gagné des âmes à Dieu, et de mériter leur récompense au Ciel. 

La vraie joie du chrétien, est de ressembler toujours plus au Seigneur, qui nous a appris comment être humbles, obéissants, doux, patients… Quand Jésus-Christ nous “donne sa paix”, sa consolation, Il ne nous installe pas dans une pieuse béatitude, un pieux farniente, qui nous dispense de la lutte quotidienne contre le mal ; la paix du Christ s’acquiert et se conserve par un combat incessant contre le vieil homme pour laisser toujours plus la place à l'Homme nouveau.

Bientôt Saint Paul racontera (2Co 12) ses visions et les dons extraordinaires qu'il a reçus ; il pouvait humainement s'en vanter. Non ! Humblement, il reconnaît que toute sa joie, toute sa fierté, c'est d'avoir partagé les souffrances du Christ, d'avoir subi des persécutions, des insultes, des injustices pour le Christ. Dans le Corps mystique dont Jésus est le Chef, chaque membre est appelé à participer, chacun à sa mesure, aux souffrances du Christ Sauveur, avant de participer ensuite à Sa Résurrection. 

C’est la “fierté” de Paul. Fierté, oui, plutôt que “l’orgueil” de notre traduction car, soit dit en passant, il faut bien rappeler ici que l'orgueil est un vice, peut-être même l'obstacle le plus grand sur notre chemin vers la sainteté. Dans le texte d'aujourd'hui, cet "orgueil" est à comprendre dans un sens très atténué : si Paul peut se "vanter" ou "être fier" de quelque chose, c'est d'avoir souffert à l'image du Seigneur. C'est beaucoup plus important - et exigeant, que d’appliquer les rites extérieurs judaïques.  

Les soixante-douze disciples, comme les Apôtres et comme plus tard saint Paul et tous les prêtres et missionnaires, ont pu faire passer le Message de l’Evangile, d'abord parce qu'ils ont suivi les consignes de Jésus. Il faut une grâce spéciale de Dieu pour partir en telle mission. Par milliers, prêtres et missionnaires sont ainsi partis, rencontrant très souvent beaucoup de difficultés humaines, beaucoup de souffrances, mais ils avaient toujours la paix intérieure de savoir qu'au bout de ces croix, il y a la vraie joie : gagner des âmes à Dieu.

La Prière du jour nous offre la synthèse de tout cela : par les abaissements du Christ (humiliation dans le texte), le monde a été relevé ; et notre joie, est d’avoir été tirés de l’esclavage du péché.

Il sera tout-à-fait indiqué aujourd’hui de prier Dieu de susciter beaucoup de vocations pour marcher à la suite des soixante-douze disciples et des Apôtres, pour apporter à notre monde si païen, si matérialiste, la joie de se relever dans le Christ ressuscité.

1 Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (actuelle Tunisie), Docteur de l’Eglise, fêté le 27 août.

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