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16e dimanche ordinaire - C

 

 

La période estivale est un moment de rencontres, programmées ou inattendues. Dimanche dernier, Jésus nous invitait à être comme Lui le Bon Samaritain de toute personne en difficulté ; aujourd'hui, l'Ecriture nous invite à ouvrir notre porte à Dieu lorsqu'Il nous rend visite.

 

*   *   *

 

La rencontre sous le chêne de Mambré fournit à notre réflexion beaucoup d'éléments mystérieux.

Tandis que le texte parle d'une apparition du Seigneur, Abraham voit devant lui trois personnes ; étonnante, sa réaction de se lever le premier et d'aller au-devant de ces trois inconnus, avant même qu'eux se présentent à lui ; étonnante, son attitude de se prosterner à terre ; étonnante sa salutation au singulier (Mon Seigneur) et au pluriel juste après (on va vous apporter un peu d'eau, vous reprendrez des forces). 

Ces éléments ont été souvent repris et diversement interprétés. Bien sûr, notre foi voudrait d'emblée identifier ces trois-en-Un comme une expression de la Sainte Trinité et une fameuse icône orientale exprime en effet ces trois êtres dans un cercle parfait qui les unit dans une seule Réalité, la Divinité. Saint Cyrille d'Alexandrie va dans ce sens.

Mais tous les exégètes n'ont pas senti cette présence trinitaire. Certains y ont vu la présence du Verbe de Dieu, entouré de deux anges (saint Justin), ou comme trois anges simplement (Origène). C'est que le Mystère trinitaire n'avait pas encore été révélé tel qu'il l'est dans l'Evangile. Abraham le connaissait-il ? en eut-il une intuition ce jour-là ? Le texte n'est pas explicite, mais l'interprétation n'en est pas interdite.

On peut légitimement supposer que, dans ses contacts intimes et solennels avec Yahwé lui-même, il ait pu en recevoir des révélations extraordinaires sur de grands mystères. Jésus ne dit-il pas aux Juifs qu’Abraham avait vu son jour et s’en était réjoui ? (cf. Jn 8:56).

Reste que le patriarche Abraham montre envers ces hôtes mystérieux une hospitalité des plus empressées, en donnant des ordres à chacun pour qu'on s'occupe bien d'eux. Origène fait remarquer que cette scène est annontiatrice de l'attitude de Jésus le Jeudi Saint, où Jésus lavera lui-même les pieds des Apôtres avant de leur donner lui-même à manger.

Mais pour ne pas nous disperser dans trop de détails, il semble que l'importance à accorder aujourd'hui à ce récit soit primordialement l'hospitalité. Et l'Evangile nous fait assister à ce touchant épisode de la réception de Jésus chez Marthe et Marie. 

 

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On imagine bien cette chère Marthe, perdue dans ses marmites, tout essoufflée de passer de la cuisine à la salle à manger et, excessivement angoissée de bien recevoir le Seigneur, l'apostrophe tout de go en réclamant l’aide de Marie.

Chère Marthe ! Si inquiète pour préparer le repas de trois personnes ! Et pour cette préparation, prétendre que sa sœur Marie vienne l'aider : et qui aurait entretenu Jésus en attendant ? Fallait-il Le laisser attendre tout seul ? 

On a dit aussi que le Seigneur, avec "l'unique nécessaire", voulait suggérer à Marthe qu'il suffisait d'un seul plat pour bien manger, et qu'elle se donnait trop de mal. Ce n'est apparemment pas vraiment le sens du texte, car Jésus aurait dit bien plus clairement “un seul plat” au lieu de dire “une seule chose”. 

Marthe a une de ces réactions humaines bien compréhensibles dans la relativité de cette terre ; mais Jésus ne lui répond pas de façon humiliante ; il élève le discours : l'important n'est pas l'activité ou la méditation, mais d'être à l'écoute de Dieu quoi qu'on fasse.

Cette “unique chose nécessaire” peut très bien nous rappeler la parole du psalmiste : Je n’ai demandé qu’une chose au Seigneur, celle que je rechercherai : d’habiter dans la maison du Seigneur tous les jours de ma vie (Ps 26:4), étant bien entendu que nous pouvons toujours habiter «dans» la maison du Seigneur en nous tenant sans cesse à son écoute, même si nous ne sommes pas à chaque instant dans un monastère ou dans un lieu de prière.

A cette “unique chose nécessaire” fera aussi écho saint Paul lorsque, évoquant ses nombreux travaux et ses pénibles souffrances, il écrit humblement aux Philippiens : Je ne me flatte point d’avoir déjà réussi ; je dis seulement ceci : oubliant le chemin parcouru, je vais droit de l’avant, je cours vers le but… (Ph 3:13-14), vers le Christ.

Commentant l’extrait évangélique d’aujourd’hui, s. Augustin écrit très justement : Que Marie ait choisi la meilleure part, ne signifie pas que Marthe en ait choisi une mauvaise, une moins bonne. Les Marie (entendez : les âmes contemplatives), ne sont jamais inactives ; ce serait méconnaître la vie des monastères. Les Marthe donnent l'impression d'être plus efficaces parce qu'on les voit à l'œuvre : enseignement, visites, soins, déplacements divers ; mais cette activité serait morte, sans une intense activité méditative parallèle : c'est le danger de l'activisme, où l'on oublie que tout ce que vous ferez au moindre de mes frères, c'est à moi que vous l'aurez fait (cf. Mt 25:40). En quelque sorte, il faut rester à chaque instant en compagnie de Jésus-Christ.

 

*   *   *

 

De cette visite que fait le Seigneur à Marthe et Marie, comme de celle de ces trois Personnages à Abraham à Mambré, saint Paul se fait aussi l’écho quand il rappelle que le Christ est au milieu de vous, lui, l’espérance de la gloire

Mais Paul dit plus, car la présence de Christ, qui lui donne toute sa joie, se fait dans les souffrances : je trouve la joie dans les souffrances que je supporte pour vous, ajoute-t-il, et nous lisons ensuite cette phrase aussi étonnante que mystérieuse : j’accomplis dans ma propre chair ce qu’il reste à souffrir des épreuves du Christ.

La joie dans la souffrance ? Paul préconiserait-il une sorte de dolorisme, de masochisme avant la lettre ? Faut-il rechercher volontairement des souffrances, pour souffrir à tout prix, pour ne jamais jouir un peu de notre bonne santé, de notre vie calme ? Dieu veut-Il que nous souffrions sans cesse ?

Et que manque-t-il aux souffrances du Christ ? Le Sacrifice de la Croix serait-il incomplet ? imparfait ? 

Il est vrai que la vie des Saints nous offre plus d’un exemple de ces “pénitences” que s’imposaient certains moines du désert, dans leurs jeûnes, sur leurs colonnes ouvertes à toutes les intempéries, jusqu’aux Marguerite-Marie Alacoque

  ou Germaine de Pibrac

  ou encore aux pastoureaux de Fatima, les bienheureux Francisco et Jacinta Marto

 , et encore tout récemment à la bienheureuse Alexandrina da Costa

  ? Sans parler des innombrables Martyrs de tous les temps, depuis saint Etienne, le premier Martyr, jusqu’aux victimes des régimes totalitaires récents, ou des révoltes locales en de si nombreuses contrées d’Afrique ou d’Asie.

Ces deux questions appellent une réponse, cherchons-la, du moins tâchons de nous en approcher. 

En ce qui concerne la recherche des souffrances, sauf dans le cas d’une mission toute particulière qui fut demandée du Ciel à tels ou tels Saints, il n’est jamais requis de chercher la souffrance pour elle-même, mais nous sommes expressément invités à accepter avec paix au moins celles qui se présentent à chaque moment de notre vie et qui sont nombreuses : maladies, tristesses, déceptions, privations, injustices, humiliations diverses, mille occasions se répètent tout au long de notre courte existence terrestre. 

Le Christ nous invite à les accepter avec douceur, en pensant à tout ce qu’Il souffrit Lui-même, sans jamais se plaindre, pour tous les hommes et chacun de nous. La révolte qui nous tente souvent n’apporte jamais de solution à la souffrance, souvent elle ne fait que l’augmenter. Prenez donc, dit-Il, mon joug sur vous-mêmes, et apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur (Mt 11:29).

Depuis le premier péché adamique, la souffrance est le lot de tout être vivant. Elle existait avant le Christ, elle existe après Lui ; Il n’est pas venu pour l’enlever, mais pour l’assumer et la porter à sa perfection : être soi-même un Sacrifice vivant. A ce prix, les pécheurs peuvent rouvrir les portes du Ciel. Et comme nous sommes tous des membres du Corps du Christ, comme Lui et avec Lui, nous avons notre part de souffrances. Chacune de nos peines, acceptée avec paix et esprit de sacrifice, est une richesse pour obtenir le pardon de nos fautes et aussi, éventuellement, de celles de nos frères, vivants et défunts.

 

Souffrir est douloureux, Dieu le sait mais Il ne permettra pas que vous soyez tentés au delà de vos forces. Avec la tentation, il vous donnera le moyen d’en sortir et la force de la supporter (1 Co 10:13). Une prière, extraite des Confessions de Saint Augustin, reprend la même doctrine : Dans ta fidélité, tu ne permets pas que nous soyons tentés au-delà de ce que nous pouvons supporter, mais avec la tentation, tu nous montres aussi par quel moyen nous puissions résister.

 

*   *   *

 

Le Christ est là, Il vient à notre rencontre ; à chaque instant nous pouvons Le reconnaître si notre cœur est ouvert. Chaque être, chaque situation de vie, est une rencontre avec Lui. C'est vers Lui que nous devons nous hâter. Paul nous le rappelle avec enthousiasme : Christ est au milieu de vous, l’espérance de la gloire !

Les trois personnages de Mambré ont fait l’honneur à Abraham de venir “sous sa tente” ; logiquement il aurait été plus normal qu’Abraham fût reçu sous la tente de ces hôtes mystérieux, s’ils en avaient eu une ; humblement encore, ils se sont abaissés à la condition humaine, comme fera le Christ qui habitera sous la tente de l’homme, pour qu’à notre tour nous puissions habiter sous la tente divine de la perfection. 

Le psaume 14 évoque cette tente et interroge : Qui habitera sous ta tente, Seigneur ? - Celui qui se conduit parfaitement, agit avec justice, dit la vérité, ne fait pas tort à son frère, n’outrage pas le prochain, prête sans intérêt. 

Oui, celui qui peut vivre ainsi sera vraiment dans une grande perfection. La Prière du jour - faisons-la nôtre - nous fait demander à Dieu la foi, l’espérance et la charité, les trois vertus théologales, celles qui principalement nous insèrent dans la Vie divine et nous conduisent sous la tente de Dieu, celles principalement qu’on examine avant toute béatification ou canonisation. 

Ne l’oublions jamais : nous sommes tous appelés à être des Saints.

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