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23e dimanche ordinaire - C

 

Dimanche dernier Jésus nous enseignait l’éminence de l’humilité : Qui s'élève, sera abaissé ; qui s'abaisse sera élevé (Lc 14:14). Divers exemples de l’Ecriture et de la vie des Saints nous ont un peu montré que l'humilité est une vertu à mille facettes.

 

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Le livre de la Sagesse nous invite aujourd'hui à une humilité particulière : reconnaître que Dieu est bien au-dessus, bien au-delà de nos découvertes, de nos progrès techniques.

L'homme essaie de prévoir le temps météorologique, une tempête, une éruption volcanique ; il envoie des engins infiniment complexes sur la Lune, sur Mars et va explorer des zones immensément lointaines, il découvre des centaines, des milliers de galaxies… Il SAIT !

En même temps, il se rend bien compte qu’il ne sait rien. Ce qu'il sait ne lui donne toujours pas la réponse ultime : pourquoi ? comment ? quel dessein a précédé cela ? Où est Dieu ? Qui est Dieu ? Le verrons-nous ?

Sans jamais arriver à trouver une réponse complète à ces questions fondamentales, nous recevrons certainement quelque lumière de l'Esprit de Dieu, qui habite en nous, si nous voulons bien l'écouter.

En effet, l’Esprit Saint parle au cœur de chacun de nous, cet Esprit d’Amour et de Vérité. Pour peu que nous ouvrions les oreilles de notre cœur, prêts à recevoir la lumière d’En-haut, nous en recevrons certainement de grands enseignements.

Il faut invoquer l’Esprit, l’appeler, le supplier : non pas parce qu’il fait la sourde oreille, mais parce qu’en l’appelant avec foi et persévérance, nous apprenons à nous ouvrir peu à peu à lui en faisant taire autour de nous et en nous le bruit du monde qui nous assourdit : Un corps périssable appesantit notre âme, et cette enveloppe d’argile alourdit notre esprit aux mille pensées, nous dit aujourd’hui le livre de la Sagesse. C’est de cette Sagesse, incarnée dans le Christ, et de l’Esprit Saint, que les hommes ont appris ce qui plaît à Dieu, pour marcher ainsi sur le chemin du salut.

 

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On entend à l’envi nos scientifiques manipuler les millions d’années un peu comme s’ils y avaient été, et le psaume nous ramène à un peu plus de modestie et de prudence : Mille ans sont comme hier, un jour qui s’en va, une heure dans la nuit. Tu les as balayés, ce n’est qu’un songe…  La vraie mesure de nos jours, c’est de nous soumettre à la Sagesse de Dieu ; et si le psaume demande à Dieu de “revenir”, c’est surtout parce que l’homme est sans cesse enclin à s’en éloigner ; qu’il se reprenne et regarde vers Dieu, et il sentira Dieu plus proche de lui, comme le fait un bon père plein de sollicitude pour son enfant.

 

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Saint Paul nous parle aujourd’hui d’un de ses “enfants” dans la foi. C’est par ce même Esprit divin que l’apôtre écrit ici des lignes sublimes au sujet d'un jeune esclave. Onésime était en effet esclave chez Philémon, à Colosses. Il s'est enfui, on ne sait pourquoi, et a rejoint Paul qui est prisonnier à Rome : Paul va le baptiser. Dans la bouche de Paul, ce néophyte n'a plus le nom d'esclave : maintenant, il est son enfant, une partie de lui-même. Et il demande à Philémon de le recevoir désormais comme un frère bien-aimé, et de l'accueillir comme il aurait accueilli Paul lui-même.

Dans une société où les maîtres avaient droit de vie et de mort sur leurs esclaves, surtout fugitifs, les lignes de Paul nous montrent quelle condescendance remplit son cœur d'apôtre pour les petites gens, à l'image du Maître qui, de condition divine, s'humilia comme un esclave, se faisant semblable aux hommes (Ph 2:7). En même temps, Paul donne ici une profonde leçon de comportement social chrétien, en invitant un patron à recevoir son “esclave” comme un égal, en frère, car ils sont tous deux baptisés en Christ. Voilà la grande révolution sociale que le christianisme imposa bientôt à tout l’empire romain : une révolution sans violence, qui aboutira à la suppression de l’esclavagisme par l’amour fraternel entre supérieurs et inférieurs.

Saint Paul montre ici encore qu’il est divinement inspiré ; son intervention en faveur d’un esclave n’est pas un simple petit conseil occasionnel ; il est une invitation pressante à appliquer l’exemple et l’enseignement de Jésus-Christ. En effet, porter sa croix, qu’est-ce donc sinon accepter les humiliations ? Quand Jésus nous demande de marcher derrière lui, en portant la croix, il faut l’écouter et ne pas nous contenter de le regarder tomber à terre ou être cloué comme le dernier des brigands. Il faut accepter d’être plus bas que les autres, même si nous avons un rang supérieur. Cette humilité est une richesse spirituelle : Philémon est un maître, donc sans doute un propriétaire, un homme assez riche et qui a (au moins) un esclave à son service, Onésime, le fugitif. Mais sa vraie richesse consistera surtout à s’abaisser devant Onésime, nouveau converti et baptisé, à le reconnaître non plus comme un esclave, mais comme un frère bien-aimé.

 

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Quand Jésus portait sa croix, jamais il n'est sorti de sa bouche la moindre protestation, jamais un reproche à Pierre qui le trahissait, jamais une plainte envers ceux qui l'ont frappé, jamais une réponse dure à ceux qui se moquaient de lui. Apprenons, à sa suite, à bannir de notre vie la révolte, la haine, la colère.

Pour en arriver à cette douceur, Jésus a renoncé à toutes ses prérogatives : sa condition divine, sa puissance, son autorité. Sa "richesse" pour entrer dans la gloire du Père, c'est son humilité. On comprendra très facilement ainsi l'apparente digression du passage évangélique d'aujourd'hui : d'un côté Jésus demande qu'on renonce à tout pour Le suivre, de l'autre Il recommande de bien prévoir tout ce qu'il faut pour construire la maison ou pour partir en guerre. Pour gagner le Royaume, il faut s' "enrichir" de la Croix en s'appauvrissant de la terre.

Jean-Baptiste disait : Il faut qu'il grandisse, et que je diminue (Jn 3:30).

Oh oui, comme il est nécessaire de renoncer aux choses, aux personnes, aux amitiés, à tous les liens humains, même les plus légitimes, pour aimer et pour suivre vraiment Jésus.

Jésus, certainement, adresse son invitation à tous, car de grandes foules faisaient route avec Lui. Mais lisons bien ce qu’il dit quand il invite à Le préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, etc. Jésus le répétera plus tard, répondant à Pierre (Lc 18:29). Jésus est bien clair : celui qui veut le suivre doit le préférer à tous ses proches, entre autres “à sa femme” ; sans doute que dans cette foule innombrable bien des jeunes hommes l’écoutaient et désiraient être de ceux qui l’entouraient comme les apôtres : on est si bien, tout près de Jésus ! Et voilà comment Jésus appelle ses apôtres, ses disciples, et tout homme qui veut se consacrer : il faudra que cet apôtre préfère Jésus à tout autre, même à tous ses plus proches.

 

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Ceux qui le voudront bien, trouveront ici un argument de plus sur l'exigence du célibat sacerdotal. Contrairement à tant et tant de réflexions mal informées qu’on répand à notre époque, le célibat sacerdotal existe depuis les temps apostoliques et l’Eglise a toujours répété que telle était l’exigence du Christ qui, lui-même, est resté chaste toute sa vie, rompant là aussi avec une habitude ancestrale judaïque. Les hommes mariés, appelés au diaconat, l’épiscopat, ont toujours rompu les liens du mariage, en plein accord avec leur épouse, pour accéder à leur fonction sacrée sacerdotale. Des exemples de ce genre fourmillent dans l’histoire de l’Eglise (On se reportera à la note ci-dessous).

Ceci ne signifie pas que l’Eglise aura dissout le lien sacré du mariage pour appeler des hommes au service de l’autel. Les hommes mariés peuvent être ordonnés diacres, prêtres ou évêques à la condition expresse que leur épouse y consente librement et que cesse tout rapport conjugal, mais aussi à condition que ces époux n’aient plus d’enfants à charge. Les liens du mariage ne demeurent que pour la mission de ce sacrement ; lorsque cette mission est accomplie, Dieu peut très bien appeler l’époux ou l’épouse, ou les deux époux, à une autre mission, plus transcendentale, plus sacerdotale, qui comporte justement cette consécration totale à Dieu dans la chasteté. C’est ainsi que dans la vie de saint Jean Berchmans, on lit qu’après la mort de ce dernier ainsi que de sa mère, son père devint prêtre

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Et il ne faut pas non plus arguer que l’Eglise orientale admet les prêtres mariés, ainsi que la luthérienne ou l’anglicane. Ces Eglises se sont précisément démarquées de l’Eglise romaine, entre autres, par le rejet de la discipline du célibat. Il ne faut pas oublier non plus que, dans l’Eglise orientale, seuls les moines célibataires peuvent accéder à l’épiscopat.

Enfin, pour être complet, il faudra aussi reconnaître que, parmi le clergé oriental non célibataire, maints prêtres et diacres ont été fidèles au Christ jusqu’à leur mort, parfois en mourant martyrs. Là aussi, on reconnaîtra que ces prêtres auront été fidèles au Christ, auront porté leur croix à sa suite, en Le préférant à leur femme et à leurs enfants.

 

Cette fidélité totale par le renoncement parfois douloureux à des amitiés chères, procure une profonde liberté intérieure : on se sent totalement uni à Dieu, à Jésus-Christ, à l’Eglise. L’amour pour telle ou telle personne s’étend, égal à lui-même, à toutes les personnes ; d’époux charnel, le prêtre devient - comme saint Joseph et comme Jésus - le chaste époux de toutes les vierges ; de père naturel de quelques enfants, il devient le père de tous les enfants. Il s’agit là de liens spirituels et mystiques au sein de l’immense famille des enfants de Dieu, dont les liens naturels ne sont qu’une pâle image.

 

 

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Prions maintenant, pour demander à Dieu cette liberté intérieure qui nous libérera des liens trop terrestres. Voici donc la Prière du jour, qui vient à point nommé ; lisons-la lentement, laissant le texte s’imprégner profondément en nous :  

Dieu qui as envoyé ton Fils pour nous sauver et pour faire de nous tes enfants d’adoption, regarde avec bonté ceux que tu aimes comme un père ; puisque nous croyons au Christ (c’est-à-dire que nous portons notre croix à sa suite), accorde-nous la vraie liberté et la vie éternelle. 

 

Note.

Il n’est que de feuilleter le Martyrologe Romain pour trouver tant d’exemples de Saints qui choisirent librement une vie chaste après leur mariage :

  • au IVe siècle :
  • s.Ammon (Amoun), moine égyptien ; marié contre son gré, il garda la virginité avec son épouse (fêté le 4 octobre).
  • s.Pélage, choisi comme évêque, à Laodicée, parce qu’il vivait dans la continence parfaite avec son épouse (fêté le 25 mars).
  • l’évêque d’Autun, s.Simplice, vécut dans la continence avec son épouse avant et après son épiscopat (fêté le 24 juin).
  • au Ve siècle :
  • le pape s.Innocent Ier réaffirme l’exigence du célibat ecclésiastique (fêté le 12 mars).
  • l’illustre évêque d’Auxerre, s.Germain, vécut avec son épouse comme frère et sœur (fêté le 31 juillet).
  • l’évêque de Narni, s.Cassius, époux de Fausta avec laquelle il vécut comme un frère ; il célébrait déjà la messe chaque jour (fêté le 29 juin).
  • au VIe siècle :
  • s.Léonce le Jeune, entré dans la carrière militaire au service du roi Childebert, puis époux de Placidine (fille du sénateur Arcadius) ;  ordonné prêtre et élu évêque à Bordeaux après Léonce l'Ancien, il traita son épouse comme sa sœur (fêté le 11 juillet). 
  • le premier évêque de Laon, s.Génébaud, est un cas “exemplaire” : lui et son épouse vivaient séparés, consacrés à Dieu ; sacré évêque par s.Remi, Génébaud rencontra plusieurs fois son épouse et finit par en avoir deux enfants (qu’il appela Larron et Vulpecula, petite renarde) ; Génébaud fut alors enfermé sept années dans une cellule avec un lit en forme de cercueil ; puis s.Remi reçut l’avertissement du Ciel d’aller le remettre dans ses fonctions. Génébaud mourut en paix… et son digne fils lui succéda sur le siège épiscopal (fêté le 5 septembre).
  • l’évêque de Rennes, s.Melanius, rappela à deux prêtres la loi sur le célibat (fête le 6 novembre). 
  • au VIIe siècle :
  • s.Wandrille, avant de fonder le fameux monastère qui prit son nom, se retira ainsi que son épouse pour se consacrer dans la vie monastique (fêté le 22 juillet).
  • l’évêque d’Evreux, s.Aquilin et son épouse s'étaient voués à la continence (fêté le 19 octobre).
  • l’évêque de Meaux, s.Faron, dont l’épouse avait pris le voile des religieuses (fêté le 28 octobre), vécut évidemment dans la complète chasteté.
  • au Xe siècle :
  • s.Oswald, anglais d’origine danoise, moine à Fleury-sur-Loire, évêque à Worcester et York, réformateur et fondateur d’abbayes, remplaça le clergé marié par des moines (mort un 29 février, il est habituellement fêté le 28, sauf aux années bissextiles).
  • au XIe siècle, le siècle de la réforme du clergé : 
  • l’inlassable s.Pierre Damien, d’abord prieur à Fonte Avellana, puis cardinal, dénonça les désordres de l’Eglise (en particulier la simonie et l’incontinence : il faisait l’amère constatation que des curés célébraient solennellement dans leur propre paroisse les noces de leurs enfants) ; fêté le 21 février.
  • le pape s.Léon IX (1049-1054), évêque à Toul et pape à quarante-sept ans, combattit l'hérésie, la simonie, le concubinage des clercs, les investitures laïques, etc., avec Hildebrand, futur Grégoire VII (v. ci-après).
  • le b.Etienne X, pape (1057-1058), ancien moine au Mont Cassin, combattit l’incontinence des clercs (fêté le 29 mars).
  • le pape s.Grégoire VII (1073-1085), bénédictin, grand réformateur de l'Eglise (et illustre dans la "querelle des investitures" (cf. l’épisode de Canossa avec l’empereur germanique Henri IV), poursuivi l’œuvre de réforme de Léon IX (fêté le 25 mai).
  • au XIVe siècle : 
  • le b.Nicolas Hermansson, évêque en Suède, fut un ardent défenseur du célibat des clercs.

 

1 Saint Jean Berchmans, jésuite flamand, mourut à Rome au XVIIe siècle et sa fête est au 13 août.

2 Ainsi au XVIIIe siècle le b. Gomidas Keumurgian, fils d'un prêtre arménien de Constantinople, lui-même père de sept enfants, fut prêtre et ardent défenseur du concile de Chalcédoine ; mais persécuté par des coreligionnaires monophysites, il subit le martyre, soutenu et encouragé par sa fidèle épouse ; on le fête le 5 novembre.

 

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