Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog
/ / /

24e dimanche ordinaire - C

 

La première lecture d'aujourd'hui, extraite de l'Exode, fait immédiatement suite au triste épisode de la fabrication du veau d'or : Moïse était sur la montagne depuis à peine quarante jours, et le peuple, déjà impatient, demande à Aaron de lui faire "des dieux" : en quarante jours, tout un peuple (ils étaient six-cent mille à la sortie d'Egypte), devient idolâtre et polythéiste, au moment-même où Dieu remet à Moïse les Dix Commandements.

Les propos de Dieu à ce moment nous montrent, en des termes très humains, combien Dieu est offensé par le péché, combien Sa justice est exigeante, mais aussi combien Sa miséricorde est grande.

La "colère" de Dieu ne doit pas nous apparaître comme la justification de toutes nos colères quotidiennes ; il n'est pas question que Dieu soit "en colère", mais il faut admettre simplement que l'Infinité divine de la Bonté ne peut pas coexister avec la moindre tache du mal ; sinon Dieu ne serait plus infiniment juste. C'est pourquoi Dieu dit d'abord à Moïse : Je vais les engloutir (v.10 ; le texte hébreu dit : je les écraserai).

En même temps, Dieu est prêt à pardonner. C'est ce même Dieu infiniment miséricordieux qui dit aussi au prophète Ezéchiel : Je suis la vie, moi ; je ne veux pas la mort de l'impie, mais bien que l'impie se convertisse de sa voie et qu'il soit en vie (Ez 33:11). 

Cette vérité peut nous aider à interpréter le Laisse-moi que Dieu dit à Moïse. Non pas dans le sens de "Laisse-moi faire", mais au contraire au sens de : A toi d’agir, maintenant, accomplis ta mission en intercédant pour ton peuple. Justement, Moïse ne se retire pas, il reste là, devant la face de Dieu, et le supplie de pardonner.

Il y a là un conflit sacré entre l'infinie justice de Dieu et la puissante intercession de la prière du juste ; ici, le juste est Moïse, plus tard ce sera Jésus : Père, pardonne-leur, (puisqu') ils ne savent pas ce qu'ils font (Lc 23:34). Celui qui intercède accepte de prendre sur lui le fardeau du péché, pour obtenir que le pécheur en soit exonéré. C'est en acceptant ce sacrifice que Jésus obtient le pardon total de nos fautes.

C’est aussi là le fondement des œuvres de miséricorde, qui peuvent nous mériter les indulgences de l’Eglise.

 

*       *       *

 

Dans sa lettre à Timothée, Paul rappelle comment le Christ lui a pardonné, et avec quelle humilité : Moi, le premier, je suis pécheur, mais aussi avec profonde gratitude : Je devais être le premier exemple de ceux qui croiraient en lui pour la vie éternelle.

 

*       *       *

 

L'évangéliste Luc, on le sait, est l'évangéliste du pardon ; il s'attache à montrer l'attitude miséricordieuse de Jésus : envers la pécheresse, envers le fils prodigue, envers le bon larron. Si l’on conçoit bien, d’un côté, la joie de ceux qui retrouvent une brebis ou une pièce d’argent perdues, il reste tout de même en revanche un peu surprenant de voir quelle joie ressent ce père devant son fils tout en guenilles et amaigri : c’est que les yeux de ce père vont à l’intérieur, à l’état d’âme de ce garçon converti, plus qu’à son aspect extérieur.

Demandez maintenant à un juriste quels seraient les "droits" d'un tel garçon, aujourd'hui. Notre "justice" pourra tout au plus exiger de son père qu'il l'héberge quelques jours, pour faire face à l'émergence, le temps qu'il trouve une autre solution. Et dans bien des familles, même chrétiennes, on entendra des réflexions qui ressembleront beaucoup à la réaction du frère de ce garçon : Tu as eu ta part, assume, maintenant ! Ou bien : Donne-nous d'abord des garanties, après on verra ; ou encore : Rembourse-nous tout ce que tu as dilapidé.

Notre société est dure. Malgré tant de "droits", l'homme peut difficilement compter sur la miséricorde de ses concitoyens. Jésus, le bon Samaritain, nous donne d'autres critères. Dans sa douceur infinie, il prend sur lui la Croix de nos péchés et accueille le pécheur.

Dans la parabole d'aujourd'hui, le Père reconnaît de loin son cher fils ; il va à son devant ; il ne lui laisse pas le temps de dire tout ce qu'il veut dire ; il l'embrasse, l'habille de neuf, ordonne la fête.

Pardonner, c'est vraiment renoncer à toute restitution (per-donare, donner intégralement). C’est aussi le cas de rappeler ici le conseil du Maître que le même évangéliste Luc nous rapporte : A qui t'enlève le manteau, ne refuse pas ta tunique (Lc 6:29). Pardonner exclut toute attitude de colère ou de vengeance.

C'est ce pardon total qui doit inspirer le "signe de paix" que nous échangeons juste avant de recevoir le Corps du Christ à la Messe ; c’est trop facile de dire au voisin La paix du Christ, quand on sait qu’on est en litige avec quelqu’un d’autre de l’assemblée. Ne disons pas La paix du Christ, si dans notre cœur nous n’avons pas encore pardonné. Souvenons-nous du conseil de Notre Seigneur : Quand tu présentes ton offrande à l’autel, si là tu te souviens d’un grief que ton frère a contre toi, laisse là ton offrande, devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère ; puis reviens, et alors présente ton offrande (Mt 5:23-24). 

D’excellents chrétiens n’appliquent jamais ce bon conseil du Christ, parce qu’ils n’ont pas encore compris ce que signifie vraiment pardonner. Le rite de la paix, à la messe, comporte ce pardon total que Christ donne à tout pécheur repenti et que nous nous devons les uns aux autres, ainsi que nous le chantons dans l’Agnus Dei qui suit ce rite de la paix : Agneau de Dieu, qui enlèves le péché du monde, donne-nous la paix. Je ne peux donner la paix qu’en prenant sur moi le péché de mon frère.

C'est ce pardon total qui, entre mille autres exemples de vie chrétienne, a réuni sur un même banc la maman et l'assassin, désormais converti, de sainte Marietta Goretti au jour de la canonisation de cette dernière. Ce malheureux garçon, repoussé par la jeune Marietta qui voulait conserver son innocence, la poignarda violemment ; avant de mourir, cette petite fille de douze ans offrit sa vie pour lui, et il fut touché par la grâce. Repenti, converti, il fut présent aux côtés de la Maman Goretti, au jour de la canonisation de Marietta.

 

 

*       *       *

 

Les trois strophes du psalmiste que nous lisons entre les deux lectures, sont du psaume 50 (le Miserere, d’après le premier mot du texte latin). L’auteur de ce psaume, le roi David repenti de son péché, après que le prophète Natân lui ait reproché son adultère avec Bethsabée, exprime des sentiments de profond repentir : Lave-moi tout entier… purifie-moi… Crée en moi un cœur pur… Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un cœur brisé. 

Dans un premier temps, l’enfant de cet adultère mourut. Mais ensuite le pardon de Dieu pour David fut vraiment total, car c’est le second fils de la même Bethsabée, Salomon, qui sera choisi par Dieu pour succéder à David (cf. 2S 11 et 12). Dieu, dit l’Ecriture, l’aima et le fit savoir par le prophète Natân. Celui-ci lui donna le nom de Yedidya

 , suivant la parole de Yahwé. 

Ajoutons encore ici que la Louange des Heures, cette prière que l’Eglise élève chaque jour à Dieu par la bouche de tous les consacrés, diacres, prêtres, évêques, moines et moniales, commence justement par ce verset qu’on vient de lire : Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche annoncera ta louange, la prière-même de David repenti.

 

*       *       *

 

Il n’y a pas de paix sans pardon. Nous avons entendu le premier mot de la liturgie d’aujourd’hui : Donne la paix, Seigneur. La paix du Christ exige de nous une adhérence totale à Dieu, et en exclut du même coup toute duplicité. Ou l’on est avec Dieu, ou on ne l’est pas. Ou l’on pardonne, ou l’on ne pardonne pas. Quand la Prière du jour nous fait demander de servir Dieu avec un cœur sans partage, c’est qu’ainsi notre amour pour Dieu sera total, et aussi que notre pardon sera total, comme le fait Dieu pour nous. 

Avant de recevoir l’Eucharistie, avant d’échanger le signe de paix, prenons conscience de ce que le Christ nous fait dire dans la prière qu’Il nous a enseignée : 

Père, pardonne-nous, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés.

1 Marietta Goretti (1890-1902) fut canonisée à Rome en 1950 ; sa fête est le 6 juillet.

2 Ce nom signifie “aimé de Yahwé”.

Partager cette page

Repost 0
Published by

Présentation

  • : Le blog de samuelephrem
  • Le blog de samuelephrem
  • : Plus de 8000 notices de Bienheureux et Saints. Déjà traités : 1.Personnages bibliques (AT et NT). 2.Papes. 3.Saints du Calendrier Romain. 4. Reconnus aux siècles XII-XXI. 5. Siècles VI-XI. 6 (en cours) : siècles II-V. En outre, des commentaires pour tous les dimanches et grandes fêtes (certains devant être très améliorés). Sur demande, nous pourrons vous faire parvenir en plusieurs fichiers pdf l'intégralité du Bréviaire romain latin, "LITURGIA HORARUM", qui vous permettront d'éviter beaucoup de renvois fastidieux, notamment pour les périodes de Noël et Pâques. Bonne visite !
  • Contact

Recherche

Pages

Liens