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26e dimanche ordinaire - C

 

Il n'est pas difficile aujourd'hui de faire la synthèse des trois lectures : tandis que le prophète Amos reproche à ses contemporains de vivre dans le plaisir, l'apôtre Paul encourage son cher Timothée (et ceux qui lui sont confiés) à toujours se souvenir de Dieu, de Jésus-Christ, de la vie éternelle ; cet antagonisme est illustré dans l'Evangile par le bon-vivant égoïste et le pauvre Lazare.

 

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Comme on l’a relevé dimanche dernier, le prophète Amos dénonce le bien-être de son époque, durant une longue accalmie politique. Les richesses abondent, le farniente s’installe, on aime manger et boire abondamment… on ne se tourmente guère du désastre d’Israël… ils vont être déportés, effectivement, en 721, après la prise de Samarie par Sargon II (cf. 2R 17:5sq).

Amos, comme plus tard Jésus, ne condamne pas la richesse en tant que telle ; il faut bien être un peu riche pour aider les pauvres. L'objet des reproches d'Amos et de Jésus, c'est l'usage égoïste de ces richesses, uniquement pour son propre plaisir, sans le moindre souci de ceux - parfois proches - qui sont dans le besoin.

 

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L’histoire-parabole de Jésus fait partie du même chapitre que la parabole de l'intendant malhonnête de dimanche dernier, traitant du juste usage des richesses. Exceptionnellement, ce pauvre reçoit un nom : Lazare (en hébreux : "Dieu aide") - à distinguer de l'ami de Jésus - pourrait très bien avoir été un de ces pauvres connus à Jérusalem, ou à Capharnaüm ; discrètement, au contraire, le riche n'est pas nommé. Ce sont peut-être là les seuls éléments "historiques" de notre parabole, qui donnent à Jésus l'occasion de développer son enseignement.

Jésus dit que les chiens venaient lécher les plaies du pauvre, un détail médical qui convient bien au médecin qu’était l’évangéliste saint Luc. En effet, on dit que la langue des chiens et leur salive ont un effet antibiotique, curateur ; par la présence de ces braves bêtes fidèles, Jésus veut montrer le bienfait qu'apportera la langue des prédicateurs contre les plaies de nos âmes malades, si elles sont ouvertes à la voix de la Vérité.

Et voilà qu’après sa mort le riche souffre terriblement dans cette fournaise ; c’est une des multiples allusions que Jésus fait dans l’évangile à la peine éternelle de l’enfer. Si l’enfer n’existait pas, ou s’il n’était pas éternel, Jésus nous aurait parlé différemment. Comment sera cet enfer, ce feu qui ne s’éteint pas ? Nous avons peut-être lu les descriptions qu’en ont faites les Voyants de Fatima (1). Mais, loin des représentations trop imagées des marmites bouillantes et des tridents pointus de diablotins cornus, il faut retenir principalement qu’en enfer, on est loin de Dieu, loin de la miséricorde, loin de l’amour, et cela définitivement. C’est une souffrance atroce, comparable à un feu brûlant. 

Ce malheureux riche souffre, appelle Abraham et Lazare à son secours et donne l'impression de se préoccuper aussi de ses frères… La situation est très imagée, car on ne dialogue pas ainsi entre le ciel et l’enfer ! A travers cet apparent dialogue de sourds, Jésus veut nous enseigner qu'à notre mort, nous ne pourrons plus ajouter ou retrancher quelque chose à notre vie, ce que nous aurons voulu être sera comme figé ; il en fut de même des anges fidèles et des anges déchus : leur choix irrévocable les a fixés pour l'éternité en compagnie de Dieu ou loin de Lui.

Le grand abîme dont parle Abraham, rappelle ainsi que notre sort final sera définitif. Et cette prophétie concernant ceux qui ne seront pas convaincus même si quelqu'un ressuscite, s'adresse bien évidemment à ceux qui, prochainement, ne voudront pas accepter la réalité de la résurrection de Jésus : les chefs de la synagogue en tout premier lieu, mais aussi tous ceux qui, jusqu’à nous, s’obstineront dans le rejet de la vérité, même s’ils connaissent Moïse et les prophètes.

Connaître vraiment Moïse et les prophètes, conduit indubitablement à reconnaître Jésus, le Fils de Dieu, Sauveur des hommes. C’est bien ce qu’expliquera Jésus ressuscité aux pèlerins d’Emmaüs (Lc 24:27). C’est le commandement du Seigneur que Paul recommande à Timothée de garder fidèlement.

 

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Ce Timothée est, avec Tite, un des plus intimes collaborateurs de Paul, que ce dernier a établis à la tête des premières communautés en Asie Mineure et en Crète. Leur rôle est d’organiser, de conduire, d’enseigner, au nom des Apôtres, d’abord par le témoignage de leur propre conduite (la foi et l’amour, la persévérance et la douceur). Ces “sur-veillants” (epi-scopes) deviendront nos évêques, les successeurs des Apôtres par l’imposition des mains.

A ce même Timothée, Paul dit à la fin de sa lettre de recommander aux riches de ce monde de ne pas juger de haut, de ne pas placer leur confiance en des richesses précaires, mais en Dieu qui nous pourvoit largement de tout, afin que nous en jouissions. Qu’ils fassent le bien, s’enrichissent de bonnes œuvres, donnent de bon cœur, sachent partager ; de cette manière ils s’amassent pour l’avenir un solide capital, avec lequel ils pourront acquérir la vie véritable (1Tm 6:17-19).

Saint Paul aurait bien pu en rester à cet hymne d’acclamation au Roi des Rois, que nous lisons à la fin de la lecture. Il y a ajouté cette recommandation concernant les riches parce qu’il observait combien l’attachement aux biens empêchait la vraie adhésion à Dieu. 

Notre vie parfois insouciante ignore certaines réalités qui pourtant crient d’elles-mêmes. Chaque jour, des millions de tonnes de pain passent directement du four à la poubelle ; quelques fortunes mondiales suffiraient à donner à manger aux affamés, à enseigner aux populations pauvres à créer des canalisations d’eau potable… Il est à craindre que nous payions durement notre indolence.

 

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Mais, objectera-t-on, où est ce Dieu dont parle le psaume, qui fait justice aux opprimés, donne le pain aux affamés, délie les enchaînés, ouvre les yeux des aveugles, protège l’étranger, soutient la veuve et l’orphelin ? 

Dieu, lui, garde à jamais sa fidélité. Il n’oublie personne et saura récompenser avec justice, mais dans l’autre monde. Dans ce monde, il y a beaucoup d’injustices à cause des hommes. Dieu fait patience, pour donner à tous le temps de se convertir : si nous étions tous parfaits dès maintenant, nous n’aurions pas de mérites à prétendre la Récompense finale.

Mais les épreuves de cette vie sont finalement de brève durée. Nous y avons juste le temps de faire les bons choix. Chaque fois que nous remettons à plus tard notre effort de conversion, chaque fois nous courons le danger de perdre cette fidélité totale à Dieu. 

 On pourrait rapprocher le psaume 145 d'aujourd'hui des Béatitudes : Heureux les pauvres… Heureux ceux qui ont faim et soif de justice… Heureux les miséricordieux… (Mt 5:3,6,7). On pourrait aussi y faire correspondre nos Sacrements : le Pain de l'Eucharistie pour les affamés, la Lumière du Baptême et de la grâce qui ouvre les yeux aveugles de l'âme, la Réconciliation qui nous déliera du péché, l'Onction des Malades pour redonner de la force aux affligés et aux souffrants.

En ces dimanches de fin d'année, l'Eglise nous fait lire les textes qui nous orientent vers nos fins dernières : non pas la réincarnation, mais la mort et la résurrection, pour nous aider à ne pas perdre de vue le but de notre existence. Que verrons-nous alors ? Nous verrons Dieu tel qu'il est, dit s.Jean (1Jn:3,2), Dieu, le Souverain unique et bienheureux, le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs, le seul qui possède l'immortalité, qui habite la lumière inaccessible,  dit à son tour s.Paul. 

Paul ajoute que personne ne peut le voir,  sous-entendu : en ce monde, parce que cela dépasse nos possibilités. Ainsi Moïse parla "face à face" avec Dieu, mais sans “voir” cette face et sa Gloire (cf. Ex 33:18-23). Mais quelle sera notre joie alors, au ciel, de nous trouver aux côtés des Anges et des Saints, et de chanter avec eux, dans l'éternité : Honneur et Puissance éternelle. Amen.

Notre Dieu tout-puissant est infiniment patient et inlassablement rempli de pitié : que nos attachements temporels ne nous empêchent pas de courir vers Lui et vers les réalités du ciel. C’est en substance ce que nous disons dans la Prière du jour.

Avec une telle espérance, pourrons-nous encore un moment oublier le pauvre Lazare ?

 

 

 

1 Francisco Marto (1908-1919) et sa petite sœur Jacinta (1910-1920), béatifiés en 2000, sont fêtés respectivement les 4 avril et 20 février.

 

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