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27e dimanche ordinaire - C

 

Au fur et à mesure que nous approchons de la fin de l’année liturgique, les textes sacrés attirent notre attention davantage sur la fidélité et la persévérance.

Persévérer n‘est pas toujours très facile, quand on rencontre des épreuves. Il est même assez fréquent d’entendre des réflexions de ce genre, à propos de la prière, mais surtout en temps de calamité : “Est-ce que Là-haut, on s’occupe un peu de nous ?” 

Cette question assez impertinente n’est pas nouvelle, et il semble qu’elle soit aussi celle du prophète Habacuc (1) : Combien de temps vais-je t’appeler au secours ? Dieu répond au prophète : d’une part, que les Chaldéens seront bien le fléau qui punira les pécheurs, mais d’autre part aussi, oui, que Dieu lui-même va intervenir, et bientôt. 

Mais le temps de Dieu n’est pas le temps de l’homme. Avant que Cyrus permette aux Juifs de rentrer d’exil, il passera encore une soixantaine d’années. Quant au Sauveur promis, la venue du Messie adviendra… six siècles plus tard ! 

Dieu veut que l’homme apprenne à être patient, à se soumettre, à accepter la volonté de Dieu, humblement. Tandis que Le juste vivra par sa fidélité, l’insolent au contraire n’a pas l’âme droite (ou aussi, suivant les versions : ne mènera rien à terme). On aura plaisir à lire la longue prière du prophète qui clôt la prophétie (Ha 3) : une belle prière de soumission à la toute-puissance de Dieu.

 

*       *       *

 

Saint Paul reviendra plusieurs fois sur cette fidélité du juste (cf. Ro 1:17 ; Ga 3:11 ; He 10:38). Aujourd’hui, comme depuis plusieurs dimanches, c’est à Timothée qu’il adresse ces recommandations. C’est ici la deuxième lettre à Timothée, que Paul a dû lui envoyer peu de temps avant d’être mis à mort à Rome. 

Dans la première (1Tm 4:12), Paul évoquait le jeune âge de Timothée ; ici, il lui demande de réveiller le don de Dieu qu’il a reçu : sans préciser ce qui a pu “s’endormir”, Paul demande à Timothée de “ressusciter” ce don, comme s’il voulait l’exhorter à bien continuer sa marche, avec fidélité, jusqu’au bout, sans se relâcher. Rien n’exclut que Timothée, au milieu des difficultés, ait un peu perdu de sa ferveur, ou qu’au contraire il se soit laissé gagner par la fougue de son jeune âge et ait connu quelque précipitation dans ses décisions ; un peu plus bas dans le texte, Paul lui recommande bien en effet de fuir les passions de la jeunesse (2Tm 2:22).

Reste que les recommandations de Paul valent pour chacun de nous, prêtres et évêques, mais aussi laïcs : dominer la peur, garder l’esprit de la force ; rendre témoignage au Seigneur, sans honte ; accepter notre part de souffrances ; conserver pure la doctrine. 

 

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L’invitation du psaume 94 qui relie ces deux lectures, est justement ce qu’on appelle chaque jour dans le Bréviaire le psaume invitatoire, qui demande instamment à chacun de bien écouter l’appel de Dieu : Ne fermez pas votre cœur ! Crions de joie pour le Seigneur ! Entrez, prosternez-vous ! Ce psaume commence la prière du matin, en nous invitant justement à laisser derrière nous la nuit, le sommeil, au propre et au figuré, tout assoupissement, et à raviver notre foi en Dieu. 

 

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La foi, reprend Jésus… Le grand arbre dont Il parle est, dans le texte, un mûrier, et l’on sait bien quelle difficulté il y a à éradiquer un tel buisson ! Telle est la puissance de la foi, si nous l’appuyons fermement en la puissance de Dieu. Saint Jean Chrysostome a fait remarquer que le grain de sénevé et le buisson qui se développe ensuite, évoquent bien le grain de foi dont nous avons besoin pour développer la puissance du don de Dieu ; le Vénérable Bède dit à son tour que la foi peut être modeste, intérieure, mais doit être aussi très ardente.

Il faut relever que Luc reprend ici une expression de Matthieu (Mt 17:20), où Jésus cependant parlait de commander à une montagne de se jeter dans la mer ; l’image est la même que le mûrier. Mais il est intéressant aussi de relier cette réponse à ce qui précède : en Matthieu, les disciples demandent à Jésus pourquoi ils n’ont pas pu chasser le démon épileptique et c’est là que Jésus leur reproche leur peu de foi. Ils faisaient leur apprentissage ; plus tard, ils accompliront à leur tour des miracles ; et même de plus grands (Jn 14:12b).

Les Saints ont eu cette foi, cette confiance absolue en la puissance de Dieu, avec une soumission totale à Sa volonté divine, et en furent récompensés. Deux exemples entre mille : 

Sainte Scholastique avait reçu son frère saint Benoît un soir ; l'heure passait et Benoît voulait regagner son monastère ; mais Scholastique, qui connaissait l’heure de sa mort prochaine, le prie de rester encore un peu ; lui de protester ; sans rien dire, elle se recueille quelques instants, et voici des cataractes d'eau qui empêchent Benoît de s'en aller. Puisque tu n'as pas voulu, lui explique-t-elle, je me suis adressée à Dieu, et il m'a exaucée. Ils purent ainsi continuer de parler de Dieu toute la nuit, et elle mourut en effet le lendemain (2). 

Et cet autre miracle, bien moins connu, d'un malade gravement atteint qui, avant d'aller à Lourdes, annonçait à tous ses amis qu'il reviendrait guéri. Lors de la procession du Saint Sacrement, il ne compte que les secondes qui le séparent de la guérison… mais le Saint Sacrement passe sans le guérir. Alors, plein de foi, il s'adresse à Jésus présent dans l'Hostie : "Tu n'as pas voulu me guérir ? Je vais le dire à ta Mère !" Le prélat qui porte le Saint Sacrement l'entend, s'arrête une seconde (on imagine sa stupeur !), se retourne et bénit derechef le malade. Qui guérit aussitôt. On ne connaît rien d’autre sur la “sainteté” de cet homme, mais on peut affirmer avec certitude que sa foi a été entière.

 

Revenant donc à notre mûrier, on l’a aussi comparé à la passion du Christ : de même que ces ronces produisent un fruit rouge, de même les coups, les épines, les clous, feront jaillir le Sang rédempteur. 

Quant à “arracher” ce mûrier et le jeter en mer, certains y ont vu la mission des apôtres consistant à “retirer” le message évangélique du milieu des Juifs qui ne l’acceptaient pas, pour le jeter dans la “mer” des païens ; ou encore à chasser le diable et le précipiter dans l’abîme. 

Quoi qu’il en soit, après avoir suggéré aux Apôtres quelle force, quelle autorité les animeront grâce à la foi, Jésus leur recommande immédiatement après de rester modestes, humbles. 

Ainsi aussi, à saint Augustin de Cantorbury, qui convertissait beaucoup d’Anglais grâce à ses miracles, le pape Grégoire le Grand recommanda d’éviter toute tentation de présomption. 

On aurait pu supposer, ensuite, que l’enseignement de Jésus sur les serviteurs quelconques fût sans rapport avec ce qui précède. Mais le docte évangéliste qu’est Luc n’a pas accumulé des réflexions et des enseignements épars, qu’il a réunis au hasard dans son évangile. Tâchons humblement de comprendre.

Au début de l’exemple que donne Jésus, on pourrait rester dubitatif sur la conduite de ce maître apparemment égoïste, sans cœur pour son serviteur fatigué. Mais Jésus ne fait que prendre un exemple de la vie courante de son époque, où sévissait l’esclavage (encore que même de nos jours, cette conduite soit plus fréquente qu’on ne le dise…), mais sans la justifier pour autant. Il veut nous dire ceci : si vous êtes capables de vous soumettre à un tel maître, sachez à plus forte raison reconnaître devant Dieu que vous n’êtes que des serviteurs quelconques (le texte latin dit : inutiles). 

C’est simplement une pressante invitation à persévérer humblement dans l’accomplissement de notre travail, conscients de coopérer au champ immense de l’Eglise, sous le regard de Dieu, qui nous réserve notre juste récompense dans le monde à venir.

Avant d’être glorifié dans la victoire de la résurrection, Jésus a pratiqué l’humilité à son degré absolu : en s’abaissant à l’indignité d’un scélérat, il s’est vraiment fait un serviteur quelconque, considérant qu'il ne faisait que son devoir

De la foi qui transporte les montagnes, Jésus a dit ailleurs :  

En vérité, oui, je vous le dis : si vous demandez quelque chose au Père en mon nom, il vous le donnera. Jusqu'à présent vous n'avez rien demandé en mon nom, demandez et vous recevrez, pour que votre joie soit pleine (Jn 16:23-24).

Que demandons-nous justement aujourd’hui dans la Prière ? 

D’abord nous exprimons un acte de foi en Dieu : Il nous comble bien au-delà de nos désirs ! Ensuite, eh bien, nous comptons sur sa miséricorde - car nous sommes pécheurs - et même si notre culpabilité ou notre modestie nous empêche de parler, du moins notre confiance nous aidera à demander la grâce divine : qu’Il augmente en nous la Foi !

 

 

1 Le prophète Habacuc, dont le nom devrait être plus exactement Ambakoum, écrivait aux alentours de 600 avant Jésus-Christ.

2 Sainte Scholastique est fêtée le 10 février ; s.Benoît, le 11 juillet.

 

 

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