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28e dimanche ordinaire - C

 

Une lecture et l’évangile de ce jour nous mettent en présence de lépreux. La lèpre, dans l’histoire d’Israël, revêt une importancve singulière, au point que le Lévitique y consacre deux chapitres entiers, l’un pour la maladie elle-même - y compris la “lèpre” qui s’attaque aux vêtements, aux objets en tissus ou en cuir, et aux murs d’une maison -, l’autre pour la purification (Lv 13 et 14).

Dans la Loi de Moïse, si c’est au prêtre de reconnaître la maladie officiellement, c’est parce que cette maladie extérieure suppose une maladie intérieure grave ; être lépreux est pour ainsi dire être hérétique : la personne ou la chose en question est “impure”, c’est-à-dire qu’elle doit être exclue de tout contact, voire de la communauté. 

Le texte du Lévitique considère par “lèpre” diverses affections cutanées qui ne sont pas ce que nous appelons aujourd’hui la lèpre, mais qui requièrent de la part des personnes touchées des sacrifices particuliers grâce auxquels elles redeviendront “pures” et pourront être réadmises dans la communauté. Elles ne seront pas pour autant guéries de leur lèpre extérieure, mais le mal intérieur que représente cette affection, sera expié.

 

La lèpre est vraiment une affection très pénible ; l’altération de l’épiderme des personnes ou des murs d’une maison, fut considéré comme une altération de la beauté des créatures de Dieu, comme quelque chose qui mine de l’intérieur l’être ou l’objet et lui enlève sa belle apparence. Une sorte de corruption intérieure. Pendant des siècles, une interprétation radicale du livre du Lévitique prescrivait l’éloignement total et définitif des lépreux hors des habitations ; les malades devaient agiter une clochette pour avertir la population de s’éloigner. Une véritable malédiction pesait sur ces malheureux. 

Un jour, François d’Assise passait près d’un lépreux et en eut instinctivement quelque répulsion ; se reprenant, il alla à sa rencontre et l’embrassa fraternellement. Au XIXe siècle, le belge Damien De Veuster voulut aller sur la petite île Molokaï (Hawaï), où le gouvernement reléguait les lépreux en les abandonnant à leur sort fatal ; ce missionnaire y fit grand bien, et y finit ses jours, gagné à son tour par la contagion.

 

 

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Le personnage de notre première lecture, le général Naaman, un Syrien (donc un “étranger”), ne devait pas souffrir d’un cas “contagieux” de lèpre, puisqu’il conservait sa place de militaire à la tête des armées et aussi qu’on ne l’a pas rejeté à son entrée en Israël. Ce que nous lisons aujourd’hui ne donne que l’essentiel du chapitre 5 du deuxième livre des Rois ; l’histoire de cet homme est très belle et vaut la peine d’être lue intégralement.

Après avoir d’abord refusé le conseil du prophète, ce militaire va quand même se baigner sept fois dans le Jourdain, et recouvre la peau d’un petit enfant ; guéri, il perd ainsi son “impureté” : c’est la récompense de son humilité à suivre les conseils du prophète Elisée.

 

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Les dix lépreux de l’évangile sont dans une situation différente : neuf sont juifs, un est samaritain (donc aussi “étranger”) ; mais ils sont tout autant exclus de la vie communautaire : ils se tiennent à distance et supplient Jésus qui, appliquant la loi du Lévitique, leur prescrit d’aller se montrer aux prêtres. On le sait, Jésus n’est pas venu abolir la loi, mais la porter à son accomplissement (Mt 5:17). Ici, cet accomplissement se fera quand l’homme guéri viendra alors aux pieds de Jésus la face contre terre en lui rendant grâce. Encore une fois, c’est l’humble obéissance à Jésus qui vaut à cet homme la guérison totale. 

Saint Luc avait relaté précédemment (9:51) que les Samaritains n’avaient pas voulu recevoir Jésus ; aujourd’hui, Jésus guérit justement un Samaritain, rendant ainsi le bien pour le mal. On le sait, Luc aime montrer la clémence de Jésus, la miséricorde divine, comme il l’a fait avec la parabole du Fils prodigue (15:11-32).

L’évangéliste ne dit pas que les neuf autres n’aient pas conservé la grâce de la guérison au moins physique ; rien ne donne à douter qu’ils aient entendu parler de l’attitude du Samaritain et qu’ils se soient à leur tour rendus auprès de Jésus. Pourquoi pas ? Mais l’attitude de Jésus nous prouve bien que la maladie de la lèpre, souvent, cache une autre maladie, intérieure, une maladie que seul le Fils de Dieu peut guérir : Ta foi t’a sauvé, lui dit simplement Jésus.

Le général Naaman aussi exprima les sentiments d’un converti : Je ne veux plus, dit-il, offrir ni holocauste ni sacrifice à d’autres dieux qu’au Seigneur Dieu d’Israël (cf. 2R 5:17). Sa foi est déjà tellement ancrée dans son cœur, qu’il veut prélever une bonne quantité de terre de cet endroit pour l’emporter dans son pays et établir sur cette terre l’autel de ses nouveaux sacrifices. Il se dit serviteur du prophète.

Il faut aussi admirer l’attitude du prophète Elisée, qui refuse les présents apportés par Naaman. Il les refuse, pour que Naaman comprenne bien que c’est la grâce de Dieu qui a opéré dans son cœur, et non la puissance du prophète. Ici, Elisée nous rappelle qu’il n’est à son tour que le serviteur de Dieu, le serviteur inutile dont on parlait dimanche dernier. En revanche, Dieu punira très sévèrement la cupidité du serviteur personnel d’Elisée, Géhazi, qui moyennant deux gros mensonges, essaie d’accaparer pour lui un peu des présents offerts par Naaman : c’est lui qui est alors couvert de lèpre (2R 5:20-27).

L’attitude de Naaman, qui emporte de la terre d’Israël pour y bâtir chez lui le nouvel autel, inspirera plus tard sainte Hélène, quand elle eut retrouvé la Croix du Seigneur près de Jérusalem : elle emporta de la terre de Jérusalem pour y construire à Rome la basilique qui depuis s’appelle “Sainte Croix à Jérusalem”, là où se trouve un important morceau de la Croix du Christ, ainsi qu’un long morceau de celle du Bon Larron (s.Dismas).

 

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La conversion de Naaman, syrien, et celle du samaritain reconnaissant de l’évangile, sont à l’origine du choix du psaume 97 : Le Seigneur (.…) a révélé sa justice aux nations… La terre tout entière a vu la victoire de notre Dieu. C’est un chant nouveau, parce que Dieu veut étendre le salut aux hommes de toutes les nations : la nation choisie d’Israël devait préparer la venue du Messie ; désormais l’Evangile doit être annoncé partout. Acclamez le Seigneur, terre entière !

 

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La deuxième lecture semble ne pas avoir de rapport direct avec tout ce qui précède ; ces temps-ci, l’Eglise nous fait lire les “petites épîtres” de saint Paul, à Philémon d’abord, à Timothée ensuite. Ce dernier, ainsi que Tite, étaient parmi les meilleurs disciples de Paul, qui les exhorte paternellement à une fidélité constante, même dans les souffrances. Paul est en ce moment enchaîné à Rome et recevra bientôt la couronne du martyre - il le sait, cf. 2Tm 4:6 ; Timothée, lui, le jeune évêque à Ephèse, ne mourra pas martyr

, mais aura sa part de souffrances, d’épreuves diverses, de déceptions aussi, dans l’annonce de l’Evangile de Jésus-Christ. Saint Paul l’encourage : on n’enchaînera pas la parole de Dieu !

L’apôtre Paul rappelle cependant à Timothée l’importance des textes sacrés : par là s’acquiert la sagesse qui conduit au salut par la foi. 

Le lépreux de l’évangile a été sauvé par sa foi. Naaman a cru et il fut sauvé. Nous sommes peut-être nous aussi des Naaman : n’avons-nous pas parfois refusé de nous plonger… dans les eaux profondes et purificatrices de la miséricorde de Dieu ?

 

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Admirons la force de nos frères du Moyen-Orient et de l’Orient, où la religion chrétienne est tellement frappée par la persécution ouverte et déchaînée, justement dans ces pays qui ont été le berceau de la foi judaïque et chrétienne.

De même que la parole de Dieu n’est pas enchaînée, de même Dieu est toujours près de nous par la grâce qui nous devance et nous accompagne. Même si cette grâce ne fait jamais défaut, notre désir de la recevoir nous la fait demander encore plus instamment aujourd’hui pour faire le bien sans relâche, selon les termes de la Prière. 

Il est certain nous avons besoin de cette grâce divine pour résister aux embûches. Saint Paul nous rassure : Dieu ne permettra pas que vous soyez tentés au delà de vos forces (1Co 10:13) ; et saint Pierre : Le Seigneur sait délivrer de l'épreuve les hommes pieux (2Pt 2:9). 

C’est la dernière demande de la Prière du Seigneur : Délivre-nous du mal !

 

 

1 C’est le norvégien Hansen qui trouva le bacille de la lèpre en 1874. Cette maladie très pénible présente des cas plus ou moins graves, pas toujours contagieux et pas non plus toujours incurables.

2 Il semble qu’il ait été contaminé après qu’un petit lépreux ait joué avec sa pipe, car le père Damien fumait la pipe, un peu par habitude, mais aussi pour éloigner les insectes par la fumée. Damien-Jozef De Veuster a été béatifié en 1995, canonisé en 2009 et sa fête est le 15 avril ; s. François d’Assise est fêté le 4 octobre.

3 Ce n’est pas absolument avéré. Actuellement, s.Timothée est fêté avec la couleur blanche des Confesseurs, en même temps que s.Tite, le 25 janvier.

 

 

 

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