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30e dimanche ordinaire - C

 

Le Christ met une petite pointe d'humour dans la parabole d'aujourd'hui : le procédé est utile pour faire passer plus aisément la leçon. Nous connaissons tous la parabole du pharisien et du publicain, et tous, nous condamnons l'attitude du pharisien, mais, sincèrement, demandons-nous maintenant : suis-je un pharisien ou suis-je un publicain ?

Au fond, pourquoi le pharisien n'a-t-il pas trouvé grâce devant Dieu ? Nous allons voir que ce pharisien - celui qui se cache en chacun de nous - commet plusieurs erreurs.

 

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Sa première erreur est une des erreurs les plus répandues parmi les hommes : il se compare aux autres. Il est tout-à-fait vain de se comparer aux autres, parce que nous sommes tous pécheurs devant Dieu : nous avons tous des qualités et des défauts, aussi différents de sujet à sujet. Celui auquel nous devons chercher à ressembler, l'Unique, est le Christ. Lui seul est parfait, lui seul est notre modèle. Cette doctrine est fondamentale et l'Eglise n'a jamais cessé de nous le rappeler. 

Les Saints et les Saintes ont pratiqué les vertus à un degré héroïque, ils ont eu des attitudes étonnantes, voire mystérieuses, ou même contradictoires, liées au contexte historique de leur mission. Qui voudrait imiter le caractère fougueux d'un saint François d'Assise pourrait bien se trouver en difficulté à vouloir ensuite imiter la douceur infinie d'un saint François de Sales ; ou bien qui voudrait - à l'instar de certains grands Mystiques - ne se nourrir que de l'Eucharistie, aurait bientôt quelques problèmes avec son entourage (et son médecin !).

Mais si les Saints et les Saintes sont des "modèles", c'est parce qu'ils nous montrent comment ils ont cherché à suivre le Christ totalement, sans prendre en considération le qu'en-dira-t-on, et surtout sans se mesurer aux autres.

 

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Et voici maintenant la deuxième erreur du pharisien : toutes les bonnes œuvres qu'il accomplit pour satisfaire la Loi, lui suffisent pour s'autodéclarer "juste". Dans ses paroles, aucun amour réel de Dieu, mais une immense complaisance en lui-même. Il fait de Dieu son miroir et se félicite lui-même de ce qu'il y voit. Les Saints en revanche ne s'attribuent aucun mérite dans leurs bonnes actions. 

On lit ainsi dans la vie de saint Martial qu’après avoir fondé les Églises dans tout le sud de la Gaule, il mourut "ne cessant de regretter d'avoir si peu fait".

 

 

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En lisant l’épître de saint Paul, on pourrait, à première vue, lui reprocher d'avoir des propos un peu similaires à ceux du pharisien : Je me suis bien battu, j'ai tenu jusqu'au bout, je suis resté fidèle… Je n'ai plus qu'à recevoir la récompense. Mais lisons bien le contexte : Le Seigneur m'a assisté, il m'a rempli de force. Paul ne s’attribue aucun mérite : c’est Dieu qui a agi en se servant de son “serviteur inutile” (rappelez-vous l’évangile du 27e dimanche) ; et surtout, rappelons-nous le fameux “hymne à la Charité”, du même Apôtre Paul : Quand j'aurais le don de prophétie et que je connaîtrais tous les mystères et toute la science, quand j'aurais la plénitude de la foi, une foi à transporter les montagnes, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien (1Co 13:2). Paul se montre ici très exigeant pour son propre apostolat : sans l’amour vrai, sans la Charité, tout ce qu’il pourra faire ne comptera pour rien.

 

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Les Saints ne s'appuient que sur Dieu. Quand ils se mettent en Sa présence, leur première attitude est de s'humilier, de demander pardon pour leurs faiblesses, comme nous en donne l'exemple notre publicain. C'est pourquoi aussi, au tout début de la liturgie de la Messe, avant toute prière, avant toute lecture, nous commençons par demander pardon à Dieu. Cette action est pleinement liturgique, parce qu'elle favorise l'ouverture de notre cœur pour écouter et entendre la Parole divine.

 

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Recueillons encore une autre leçon que nous donne notre Modèle divin aujourd’hui. Le pharisien a la dent dure contre les autres hommes : voleurs, injustes, adultères ; c'est sa troisième erreur. Oui, laissons à Dieu le jugement des autres ; tout en discernant le bien du mal, ne condamnons jamais et bannissons rudement de notre cœur (et de notre bouche) toute médisance. Cette attitude nous apportera un sens profond de la Justice et de la Paix, à l'image de Christ qui dit à la pécheresse : Je ne te condamne pas, va et désormais ne pèche plus (Jn 8:11).

 

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Voilà qui nous amène au texte de Ben Sirac le Sage

 . Nous y lisons en quelques lignes l’universelle Bonté et Justice de Dieu, un “juge” absolument juste et impartial, en qui l’homme peut avoir une totale confiance.

Toutefois, après avoir lu ces lignes et celles du psaume 33 qui suit, que dira-t-on de tant et tant de “laissés pour compte” de notre monde ? Injustices, conflits sociaux, délinquance, guerres… Où est cette Bonté divine, cette Justice dont nous avons tant besoin? Quand donc Dieu nous délivrera de toutes (nos) angoisses ? 

Avec saint Pierre nous nous rappellerons que Dieu use de patience envers vous, voulant que personne ne périsse, mais que tous arrivent au repentir (2P 3:9). Dieu veut la conversion de tous les pécheurs, de tous les hommes. Voyons si nous ne sommes pas, nous les premiers, à l’origine de quelques injustices, de quelques heurts familiaux, de quelques querelles entre collègues.  Au lieu de regarder le mal ailleurs, cherchons toujours à corriger d’abord nos propres défauts à l'intérieur de nous-mêmes ; jusqu'au dernier souffle, nous aurons toujours des imperfections à nous reprocher.

 

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Le pharisien de la parabole, en réalité, ne prie pas ; il se loue lui-même.

 Le publicain, dans son humble prière de pécheur, a une attitude que l’Eglise a, depuis, reprise dans notre liturgie pour exprimer la pénitence : il se frappe la poitrine. Par ce geste, le publicain veut en quelque sorte subjuguer son cœur, le siège de la volonté humaine, la source de tous les péchés. On se frappe la poitrine à l’acte pénitentiel du début de la Messe, au chant de l’Agneau de Dieu qui précède la communion.

 

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Cette façon de demander pardon à Dieu nous conduira tout droit à cette joie du psaume 104 du chant d'entrée : Soyez dans la joie, vous qui cherchez Dieu. Cherchez le Seigneur et sa force, sans vous lasser, recherchez son visage ; c'est cette recherche qui nous fortifiera et nous consolidera sur le chemin vers la sainteté. 

Oui, Seigneur, fais-nous aimer ce que tu commandes, pour obtenir ce que tu promets (prière du jour).

 

 

1 Saint Martial venait de Palestine et fut évêque à Limoges, un des sept premiers évangélisateurs envoyés de Rome en Gaule. Sa fête est au 30 juin.

2 Le “Siracide” ou “Ecclésiastique”, un livre de la Bible très utilisé dans la liturgie ; la numérotation est un peu différente selon le texte latin de la Vulgate ou le texte hébraïque original. La Bible de Jérusalem indique les versets latins en chiffres marginaux, plus petits.

 

3 C’est ce que fait remarquer saint Augustin dans son “Sermo 36”, De Verbis Domini secundum Lucam.

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