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31e dimanche ordinaire - C

 

Dans son voyage pour rejoindre Jérusalem, Jésus a successivement rencontré les dix lépreux aux confins de la Samarie et de la Galilée (Lc 17:11, évangile du 28e dimanche), puis guéri l’aveugle comme il approchait de Jéricho (Lc 18:35) ; Le voici en Jéricho, où l’attend Zachée. Le récit évangélique d'aujourd'hui va peut-être nous poser quelque difficulté, après la parabole du pharisien et du publicain de dimanche dernier, où Jésus nous invitait à ne pas nous vanter de nos bonnes actions. 

Aujourd'hui, celui qui expose à Jésus ses bonnes actions n’est pas un pharisien, mais un publicain ; qui plus est, il est le chef des collecteurs d’impôts, quelqu’un qui manipule l’argent, qui emprunte, fait du profit, en quelque sorte un “voleur”, un de ceux qui devaient traiter aussi avec les Romains pour changer leur argent, pour collecter et leur remettre les impôts : traiter ainsi avec les occupants, c’était être un “collaborateur” ; on voit bien comment on peut arriver aux amalgames, et aux accusations faciles (1). 

S’arrêter là serait mal connaître celui à qui Jésus va dire qu’il doit demeurer chez lui. Le nom-même de Zachée signifie Pur (Juste), et l’on va voir que ce “gabelou” a un cœur en or.

Voici donc que Zachée, qui est de petite taille, grimpe sur un arbre : cette attitude est touchante de prime abord, parce que ce faisant, Zachée ne peut guère passer inaperçu ; tout le monde voit notre homme se dépêtrer dans les branches, comme le font tous les enfants pour s'amuser ; mais Zachée ne s'amuse pas : sans s'inquiéter du qu'en-dira-t-on, il fait tout ce qu'il peut pour voir Jésus. Saint Jean Chrysostome commente délicieusement : Il voulait voir des yeux Celui que désirait son âme.

Jésus ne manque pas de le remarquer, bien sûr, et lui adresse la parole, l'invite à descendre "vite" (déjà il avait couru en avant pour escalader son sycomore, voilà qu'il doit redescendre encore plus vite ! Et Zachée de descendre, obéissant comme un petit enfant à l’appel de Jésus, pour Le recevoir avec joie.

Il y a eu des commentaires à propos du sycomore auquel est grimpé Zachée. Ce petit arbre, parfois appelé “faux platane”, ou même assimilé à une sorte de figuier aux fruits fades, aura suggéré la “folie de la Croix”. Contrairement aux païens qui considèrent une folie le langage de la Croix (cf. 1Co 1:18), Zachée au contraire s’est “sagement” appuyé sur ce Bois pour trouver la Vérité. 

Saint Grégoire le Grand a à ce propos une autre formule savoureuse : “Abandonnons la science vénéneuse pour apprendre la louable stupidité” (2) .

Le désir de Zachée était si fort et si pur, que Jésus s’est Lui-même présenté à lui, selon ce passage de l’Ecclésiastique (ou Siracide) : La Sagesse vient au-devant de (celui qui craint le Seigneur) comme une mère ; elle le nourrit du pain de la vie et de l’intelligence, elle lui donne à boire l’eau de la sagesse salutaire (Si 15:2-3, d’après la Vulgate) (3). 

Ecoutons notre Zachée : contrairement au pharisien de la parabole de dimanche dernier, sans vanité, sans se comparer aux autres, il expose simplement ce qu'il croit bien de faire. Personnellement, il ne connaît pas la Loi, sinon vaguement ; peut-être n’était-il pas même Juif ; mais son cœur droit lui dicte qu'il doit aider les autres, qu'il doit réparer ses torts. A strictement parler, la Loi ne demande pas de donner aux pauvres la moitié de (ses) biens : en fin de récolte, il fallait seulement laisser à la veuve la gerbe ou les grappes qui restaient (Dt 24:19sq), ou bien tous les trois ans seulement on demandait la dîme des récoltes (Dt 14:28) ; quant à restituer au quadruple, cela ne concernait que le vol de petit bétail (Ex 21:37).

Le texte de l’évangile nous permet ici une explication supplémentaire. Dans son laconisme, le verset de Luc Voyant cela, tous récriminaient… laisse bien supposer tous les attroupements de la foule devant la maison de Zachée et les conversations où chacun y va de son commentaire et de sa critique. Pendant tout ce temps, personne n’entend la conversation de Jésus et Zachée : il est plus que probable que Jésus ait pris le temps de parler, d’écouter, de conseiller, après quoi Zachée, convaincu, converti, aura cette phrase : Je fais don aux pauvres, etc, qu’on peut très bien entendre comme une sorte de décision, de promesse solennelle faite à Jésus, qui alors déclare que le salut a été accordé à cette maison, à Zachée et à tous ses proches, car le bon exemple de Zachée a convaincu toute la maisonnée (4). 

Certes, Zachée savait s'y prendre en matière de finances, et n’était pas totalement innocent. Mais Jésus voit plutôt l'intérieur de son âme, éprise de justice : à lui pourra s’appliquer la Béatitude Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, ils seront rassasiés (Mt 5:6) ; Jésus lui accorde le salut, exactement selon le mot que nous lisons dans la première lecture : Tu fermes les yeux sur leurs péchés, pour qu’il se convertissent. Ainsi se manifeste la divine miséricorde : sans contrainte, sans brusquerie, Dieu amène toute âme droite à la conversion.

 

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Toute la première lecture, extraite du Livre de la Sagesse, chante cette miséricorde divine, qui n’exclut personne. Un Père de l'Eglise a fait cette remarque merveilleuse : Dieu aime tous les êtres, parce qu'il les aime chacun en particulier (5). 

 

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Oui, vraiment, dit ensuite le psaume 144 : Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d'amour. La bonté du Seigneur est pour tous, sa tendresse, pour toutes ses œuvres.

Il n’est pas rare que tel ou tel pécheur demande lui-même à recevoir les Sacrements de l'Eglise avant de mourir. De telles conversions au moment suprême montrent comment des cœurs parfois endurcis soient touchés par la grâce, comme le Bon Larron sur la croix. Le cas est loin d’être unique. On ne peut que remercier Dieu pour cette "patience" qu'Il a envers chacun de nous.

 

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Dieu, qui n’est pas un juge impitoyable, ne veut qu’une chose : le salut de notre âme. Peu importeront les circonstances, les peines, les difficultés, les souffrances, nos chutes même (pourvu que nous les reconnaissions) ; et surtout les faux prophètes alarmistes (deuxième lecture) : si s.Paul dit ailleurs que le Seigneur est proche (Phil 4:5), c'est pour nous rappeler que le temps passe très vite, mais il nous avertit bien précisément, aujourd’hui, que la fin du monde (le jour du Seigneur) n'est pas arrivée encore. Peu importe la date des "derniers temps" dont on nous parle ici et là : l'essentiel est, dit l’apôtre, de conserver une foi active et d'accomplir tout le bien possible ; d’abord une conversion toujours plus totale en nous-mêmes, et puis un amour toujours plus grand autour de nous.

Ainsi, dit s.Paul, notre Seigneur Jésus aura sa gloire en vous (le texte grec dit plutôt que le nom de notre Seigneur Jésus (sera) glorifié en vous) : que chacune de nos actions soit un hommage à Jésus Christ, une progression vers les biens qu’(il) nous promet, dit la Prière du jour, pour que Jésus soit en quelque sorte fier de nous, quand Il reviendra, et qu'Il dise à chacun de nous : Entre dans la joie de ton Maître (Mt 25:21).

Alors, sans crainte du Jugement et de la mort, et au contraire avec la plus grande joie et totale liberté, nous invoquerons de toutes nos forces : Viens, Seigneur Jésus (Apoc 22:20).

 

 

1 Le mot hébreux pour “chef” est Gabba, d’où vient notre gabelle, le fameux impôt sur le sel.

2 “Relinquamus noxiam sapientiam, ut discamus laudabilem fatuitatem” (Moralia, XXVII).

3 On pourra chercher sur Internet des informations sur M.André Levet, un Zachée du XXe siècle, ou plutôt un Bon Larron : ce voleur voulut parler  avec le Christ, le vit effectivement, et se convertit totalement dès sa prison.

4 D’après le pape saint Clément, saint Pierre ordonna Zachée évêque de Césarée de Palestine. 

5 Très probablement s.Maxime le Confesseur, un illustre théologien de Constantinople au VIIe siècle, extrêmement prolixe et surnommé “le Confesseur”, fêté le 13 août ; sa fidélité à la doctrine de l’Eglise lui valut d’être torturé : on lui coupa la langue et la main droite, pour l’empêcher de parler et d’écrire davantage.

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