Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog
/ / /

34e dimanche ordinaire - C

Solennité du Christ Roi

 

Une tendance assez généralisée de nos jours est de considérer le “roi” et la “royauté” comme des réalités désormais désuètes, dépassées, et en voie de totale disparition : nous préférons les “présidents” (1). On conviendra pourtant que, si le terme change, la réalité reste immuable : rois ou présidents, les hommes sont les hommes, ils ont leurs faiblesses et leurs valeurs, leurs erreurs et leurs mérites, leurs caprices et leurs vertus. 

Par définition un “président” est assis à la première place (præ-sedere), nécessairement pour prendre les bonnes directives qu’il fait voter. Le “roi” marche en tête de son peuple pour le conduire (regere) ; le mot grec “basileus” évoque plutôt celui qui est la «base» de la cité, sur lequel on peut s’appuyer pour être rassuré, protégé.

Il reste que la notion de roi évoque un degré absolu, en bonne ou en mauvaise part : le roi de la générosité, le roi de la sottise… Quoi qu’il en soit, on a toujours besoin d’un chef, d’une autorité, à qui se référer ; cela vaut dans tous les groupes, dans tous les milieux, dans tous les pays.

Quand le pape Pie XI institua la fête du Christ-Roi en 1925, il n’avait pas d’idée politique préconçue ; il n'avait qu'un souci paternel et pastoral : inviter tous les hommes à regarder vers le Christ, comme idéal vrai et fondamental pour l’édification de notre société. Au lendemain de la Première Guerre Mondiale, différents courants s’affrontaient dans toute l’Europe, partisans de nouveauté, de restauration, d’alliances diverses ou de divisions : le Pape voulait donner à tous un seul et même Exemple pour reconstruire cette pauvre Europe déchirée par la haine et les ambitions. Il espérait qu’en regardant vers l’unique Pasteur et Chef de tous les Chrétiens, tous - catholiques, orthodoxes, protestants, anglicans - sauraient faire abstraction de leurs propres intérêts au profit d’une nouvelle Europe chrétienne où l’on éliminerait tout conflit. On ne l’a malheureusement pas écouté, et l’on sait ce qu’il en advint.

Dans l’histoire, il y a eu des rois despotes, injustes, pécheurs ; il y en eut de bons, aussi, et le Martyrologe Romain ne recense pas moins de quarante-huit rois et reines, sans compter les non moins nombreux proches, frères et sœurs, fils et filles de rois, qui ont illustré l’histoire de l’Eglise par leur vie exemplaire tout inspirée de l’amour de Dieu et du prochain.

On a souvent critiqué les rois pour leurs "richesses" ; peut-être est-ce parfois la jalousie qui nous a fait parler, mais peu sont ceux qui "jalousent" Louis IX de France pour avoir lavé les pieds à ses pauvres ou participé à l'office des moines à cinq heures du matin ; lui-même répondit un jour à ses proches, qui le taquinaient pour ses dévotions jugées excessives : Si j'étais allé à la chasse avec vous, vous ne me reprocheriez pas d'avoir délaissé les affaires de l'État !

Etre roi n’est pas une charge véritablement enviable ; malheureux, plutôt, serait toute personne qui ambitionnerait cette place. Quelle responsabilité, devant Dieu et devant les hommes !

Mais être royal, pratiquer les vertus en cherchant la perfection, voilà l’idéal que nous propose le Christ Avec la grâce de Dieu, nous pouvons tous le faire. 

 

*       *       *

 

L’histoire de David nous est un peu connue, surtout pour l’épisode de Goliath, par les deux Livres de Samuel (1S 16-31 et 2S) (2), mais d’autres épisodes illustrent la vie du roi David.

Mystérieusement, dès sa jeunesse, David a reçu l’onction royale de Samuel (1S 16:14), que confirmèrent plus tard les anciens de Juda (2S 2:4), puis ceux d’Israël (2S 5:3, notre récit d’aujourd’hui). 

Quand Saül, dans un accès de jalousie, voulut tuer David, ce dernier cependant pardonna et se montra royal envers Saül, refusant de porter la main sur lui parce qu’il avait reçu l’onction de Dieu (2S 24 et 26). C’est au nom de Dieu qu’il mena beaucoup de combats victorieux contre les ennemis du Peuple de Dieu. 

Après avoir fait reporter l’Arche de l’Alliance à Jérusalem, il eut l’humilité de remarquer qu’il habitait dans une maison de cèdre, et l’arche de Dieu sous une tente (2S 7:2) : c’est alors que le prophète Natân lui annonça que ce serait son descendant qui construirait ce fameux Temple (2S 7:13). C’est à partir de ce moment que Jérusalem fut vraiment ce que signifie son nom (Cité de la paix), la ville de Dieu, le siège du droit, que chante le psaume 121 aujourd’hui.

Or, le descendant de David qui devait construire le Temple de Jérusalem, n’en était pas le premier-né, loin de là (3). Salomon naquit de l’adultère de David avec Bethsabée, dont le roi David avait fait tuer le mari à la guerre. Natân vint reprocher très sévèrement son péché à David et le premier enfant de cette union mourut. Dans son repentir si sincère, David se montra encore une fois royal, il s’inclina devant le reproche du prophète, reconnut son péché et composa alors ce sublime psaume 50, le Miserere. Ensuite naquit Salomon qui, malgré cet adultère, reçut une bénédiction toute spéciale de Dieu et hérita de David la royauté.

En ces circonstances, Dieu montra envers David et Salomon ce que signifie être royalement miséricordieux. David à son tour, montra comment même un roi doit rester humble devant Dieu, en se reconnaissant pécheur : il n’y a peut-être rien de plus exaltant que de reconnaître son péché. Plusieurs siècles après, le Fils de Dieu nous montra comment il voulait être humble, en prenant notre nature pécheresse, et en naissant de la lignée de David, le pécheur royal.

 

*       *       *

 

Nous voyons aujourd’hui Jésus, notre Roi doux et humble de cœur, crucifié, entre deux bandits. Ces deux bandits, disait l’évangéliste Matthieu, l’outrageaient de la sorte, comme le faisaient les Juifs autour de la croix (Mt 27:44). Le passage d’aujourd’hui, en saint Luc, pourrait laisser entendre que le “Bon Larron” fut peu à peu touché par la grâce (et sans doute aussi par l’intercession de Marie, co-Rédemptrice) : voyant comment Jésus mourait sans se plaindre et en pardonnant, il rentra en lui-même, comprit son péché et, cessant d’outrager Jésus, lui demanda humblement pardon, comme le roi David après son péché. 

On pourra remarquer ici que l’évangéliste utilise l’imparfait (il disait…), comme pour indiquer une répétition : il se pourrait bien que le Bon Larron ait en effet répété plusieurs fois son “acte de contrition”. 

Une précision encore : quelqu’un pourrait objecter que, au moment des ténèbres qui suivirent la mort de Jésus, le Bon Larron aura pu être saisi de frayeur et donc un peu forcé de demander pardon. Mais l’objection ne tient pas car la conversion du Bon Larron précéda ces ténèbres de midi. Ce fut donc bien un acte personnel, libre et conscient, du Larron. On ne peut que regretter que l’autre ne l’ait pas imité.

D’après la Tradition, le Bon Larron s’appelait Dismas. Sans le nommer, le Martyrologe commémore le Bon Larron au 25 mars. Saint Dismas ne fut peut-être pas un “martyr” qui versa son sang pour le Christ, mais on peut sans aucun doute affirmer qu’il fut un “témoin” authentique - c’est le sens du mot grec martyr - par ses vertus de foi, d’espérance et de charité : foi au Christ Rédempteur et Sauveur, espérance de l’Eternité, charité à vouloir convertir son compagnon d’infortune, avant-même de demander la grâce pour lui-même.

Ainsi, sur le Calvaire, on pourra dire qu’il y a deux rois : Jésus, et saint Dismas. L’un est Roi par nature, par l’onction qu’Il a reçue de Dieu, l’autre est roi par son humilité, et par sa “nouvelle naissance” dans la vie du Christ ; sans doute sans le savoir, il accomplit ce mot du Christ, prenant en exemple un petit enfant : Qui donc se fera petit comme cet enfant-là, voilà le plus grand dans le Royaume des Cieux (Mt 18:4).

 

*       *       *

 

Jésus est Fils de Dieu, consacré Prêtre éternel et Roi, selon ces versets des psaumes, souvent repris dans la Liturgie : 

Tu es prêtre pour l’éternité, selon l’ordre de Melchisédech (Ps 109:4)

Ton Dieu t’a donné l’onction d’une huile d’allégresse comme à nul de tes rivaux (Ps 44:8).

A ce Roi divin saint Paul élève cette hymne magnifique dans l’épître aux Chrétiens de Colosses (4), en des termes qui mériteraient beaucoup d’heureux commentaires : Jésus est l’image du Dieu invisible, avant tous les êtres (en grec : le premier-né de toute créature)tête du Corps, de l'Église, le commencement, premier-né d'entre les morts. Et pour accomplir cette plénitude, ajoute Paul, Dieu a voulu tout réconcilier, en faisant la paix par le sang de sa croix, c’est-à-dire en nous laissant le miracle sublime et extraordinaire du Pain et du Vin de l'Eucharistie. Un don royal.

Le Bon Larron, lui, est le premier que Dieu a fait entrer dans son royaume, derrière son Fils, par qui nous sommes rachetés et nos péchés pardonnés, le premier aussi de ceux que Dieu a rendus capables d'avoir part à l'héritage du peuple saint, et qu’Il aarrachés au pouvoir des ténèbres

A la suite du Bon Larron qui fut baptisé dans son sang et par sa foi, nous avons reçu, au Baptême et à la Confirmation, l’onction sacrée du Chrême, qui nous a rendus participants de cette royauté divine. Nous sommes des rois ! Quelle dignité ! Mais aussi quelle tristesse quand cette dignité est blessée, tachée, bafouée, par nos péchés.

 

*       *       *

 

Apprenons à être rois de nous-mêmes, à nous gouverner saintement en conquérant les vertus que Jésus Roi nous a données en exemple : le pardon, l’humilité, la douceur. 

La béatitude Heureux les doux, ils posséderont la terre (Mt 5:4), devrait sans doute être interprétée ainsi : Donne-nous la grâce de dominer la terre par notre douceur royale.

C’est sans doute aussi ce que veut nous faire dire le Christ dans sa Prière. En effet, quand nous disons Que ton Règne vienne,ce Règne ne va pas tout d’un coup s’imposer à nous sans notre participation. Chacun est appelé à apporter sa propre pierre pour construire ce Royaume, en cherchant à devenir toujours plus “royal”. 

Si nous ne le voulons pas, nous n’empêcherons pas Jésus d’être Roi, puisqu’Il l’est, puisque déjà il possède le règne, la puissance et la gloire, comme nous le chantons à la Messe. Mais Jésus veut nous faire entrer dans ce Royaume, pour que nous soyons avec lui dans l’Eternité. 

Prions notre Roi d’Amour avec cette totale conviction : 

 Fais que toute la création, libérée de la servitude (du péché), reconnaisse ta puissance et te glorifie sans fin.

 

 

(1) Et une publicité très inconvenante, présentant une sorte de Bon Dieu dans les nuages, prétend qu’ “il n’y a rien au-dessus du Président”.

(2) Dans la Vulgate, ce sont les deux premiers Livres des Rois.

(3) Voir 1Ch 3:1-9.

(4) Les ruines de Colosses se trouvent près de l’actuelle Honaz en Turquie occidentale.

Partager cette page

Repost 0
Published by

Présentation

  • : Le blog de samuelephrem
  • Le blog de samuelephrem
  • : Plus de 8000 notices de Bienheureux et Saints. Déjà traités : 1.Personnages bibliques (AT et NT). 2.Papes. 3.Saints du Calendrier Romain. 4. Reconnus aux siècles XII-XXI. 5. Siècles VI-XI. 6 (en cours) : siècles II-V. En outre, des commentaires pour tous les dimanches et grandes fêtes (certains devant être très améliorés). Sur demande, nous pourrons vous faire parvenir en plusieurs fichiers pdf l'intégralité du Bréviaire romain latin, "LITURGIA HORARUM", qui vous permettront d'éviter beaucoup de renvois fastidieux, notamment pour les périodes de Noël et Pâques. Bonne visite !
  • Contact

Recherche

Pages

Liens