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7e dimanche per annum - A

 

Le troisième livre de la Bible, le Lévitique ou Livre des Lévites dont nous lisons un petit extrait aujourd’hui, contient presque uniquement des prescriptions rituelles. Ici il s’agit de la “loi de sainteté”, prescrivant à toute l’assemblée des fils d’Israël un ensemble de dispositions très exigeantes pour que ce petit peuple sache se conserver dans l’état de sainteté. 

Il est impossible d’éviter cette évidente question : Comment puis-je, moi, pauvre homme pécheur, être saint, comme le Seigneur Dieu est saint lui-même ? Cette phrase du chapitre 19 reprend une phrase semblable du chapitre 11 : Vous serez donc saints parce que je suis saint (Lv 11:45). 

Puis-je être comme Dieu ? N’est-ce pas justement la tentation qui trompa Adam et Eve : devenir comme Dieu ? (cf. Gn 3:5).

Le problème est la signification du mot saint, kadosh en hébreux. Être kadosh, c’est littéralement être “séparé”, différent. Dieu est totalement différent de la création, par son invisibilité, sa toute-puissance, sa perfection dans le Bien, son complet détachement du Mal ; à l’image de Dieu, le fidèle doit être différent du monde païen qui l’entoure, se démarquer des habitudes mauvaises du milieu où il vit, en témoignage de son appartenance au Peuple de Dieu. Ainsi vivait Noé, ainsi vivait Lot (le neveu d’Abraham) dans cette triste ville de Sodome, ainsi se sont efforcés de vivre les premiers Chrétiens, dont parle la Lettre à Diognète, cette lettre d’un auteur anonyme du deuxième siècle, un des monuments de la première littérature chrétienne : 

Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les coutumes… Ils habitent les cités grecques et les cités barbares suivant le destin de chacun ; ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et le reste de l’existence, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur manière de vivre… Ils s’acquittent de tous leurs devoirs de citoyens… Toute terre étrangère leur est une patrie, et toute patrie leur est une terre étrangère. Ils se marient comme tout le monde, ils ont des enfants, mais ils n’abandonnent pas leurs nouveau-nés. Ils sont dans la chair, mais ils ne vivent pas selon la chair… Ils obéissent aux lois établies, et leur manière de vivre est plus parfaite que les lois. Ils aiment tout le monde, et tout le monde les persécute… On les méprise et, dans ce mépris, ils trouvent leur gloire… On les insulte, et ils bénissent. On les outrage, et ils honorent. Alors qu’ils font le bien, on les punit comme des malfaiteurs… En un mot, ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde… L’âme habite dans le corps, et pourtant elle n’appartient pas au corps, comme les chrétiens habitent dans le monde, mais n’appartiennent pas au monde.

Le texte du Lévitique lu aujourd’hui nous montre la “différence” de Dieu : il n’a aucune haine, il ne se venge pas, il ne garde pas de rancune, et fondamentalement, essentiellement, il aime le prochain comme lui-même

Oui, Dieu s’aime lui-même, parce qu’il est le Bien absolu, et qu’il aime le Bien. C’est un Docteur de l’Eglise, John Duns Scott, qui écrivit cette phrase si forte de sens : D’abord, Dieu s’aime lui-même (Primum Deus diligit se). Dieu veut que nous lui ressemblions en tout cela.

Ceci nous aide à nous rappeler que la sainteté ne consiste pas à faire des choses extraordinaires, des miracles. Saint Bernard ou saint Antoine de Padoue ont fait beaucoup de miracles, mais pas saint François d’Assise. La mission d’un Saint diffère parfois beaucoup de celle d’un autre. Mais ce qui les rapproche tous, c’est ce combat intérieur fidèle et constant qui les a fait ressembler toujours plus à la Perfection divine, dans l’Amour sans limite.

On sait comment saint Martin partagea son manteau avec un pauvre, comment saint François domina la répugnance naturelle pour embrasser un malheureux lépreux, comment le roi saint Louis lavait les pieds aux pauvres, comment saint Vincent de Paul prit la place d’un galérien qui n’en pouvait plus et qu’on battait sans pitié, comment saint Maximilien s’offrit pour remplacer un condamné à mort dans le bunker de la faim… Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, au fond de son monastère de Lisieux, n’a fait aucun miracle avant sa mort, vivant dans l’effacement le plus total, et voilà qu’après sa mort, c’est une pluie de grâces qui retomba dans le monde entier, au point qu’elle devint la Patronne des Missions.

 

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La sainteté de Dieu, sa “différence” est à son tour chantée dans le psaume 102 : il pardonne toutes tes offenses et te guérit de toute maladie ; il te couronne d’amour et de tendresse… Il ne nous rend pas selon nos offenses. Et notons cette comparaison bien typique du psalmiste : Aussi loin qu’est l’Orient de l’Occident, il met loin de nous nos péchés.

Quand nous aurons renoncé à toute vengeance, à toute rancune, nous arriverons nous aussi à éloigner notre mémoire des péchés des autres, autant que l’Orient est loin de l’Occident.

 

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Pardonner, renoncer à toute vengeance, sont des attitudes que le monde alentour souvent ne comprend pas, et même refuse. On prétextera qu’il faut venger l’honneur bafoué, qu’il faut relever un défi, qu’il faut prendre sa revanche, mais saint Paul appelle cela une fausse sagesse, une sagesse à la manière d’ici-bas et nous propose une sagesse bien meilleure, mystérieuse et ô combien plus réconfortante.

Rappelons-nous une des Béatitudes que nous lisions il y a trois dimanches : Heureux les doux, ils posséderont la terre !, c’est-à-dire qu’ils la domineront, car ce sont eux les véritables maîtres de la terre, ayant appris à se maîtriser eux-mêmes. Ceux-là sont sans sagesse aux yeux du monde, mais ils ressemblent à Dieu.

A la fin de notre extrait, saint Paul “taquine” les Corinthiens : puisque vous vous jugez si sages et si savants, soit, vous êtes les maîtres, les plus forts… mais par votre baptême, vous avez droit à une sagesse bien supérieure, car vous appartenez au Christ, ce même Christ qui est Fils de Dieu et Dieu lui-même !

 

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Dans l’évangile le Christ va justement nous dire quelque chose de plus. 

S’il semble que Jésus s’oppose au précepte Œil pour œil, dent pour dent, c’est, comme Il l’a dit Lui-même, non pas pour l’abolir, mais pour le porter à sa juste application.

Dans le contexte de la Loi donnée à Moïse, ce précepte signifiait de la part de Dieu que chaque faute méritait une expiation juste, un sacrifice, en attendant la venue du Christ. Cette loi fut interprétée par les scribes comme une loi morale impitoyable.

Avec Jésus, qui va donner sa propre vie en sacrifice, nous apprenons un précepte supérieur : Prendre sur soi-même ! Pardonner ! Tendre la joue gauche après avoir reçu une gifle sur la joue droite ! Pas si facile, peut-être, mais attitude autrement noble que celle de se venger. Ici aussi l’exemple héroïque d’une grande Sainte nous aidera.

On a parlé souvent de sainte Rita, “la Sainte des impossibles”, mais on ignore l’un des détails de sa vie. Son mari avait été assassiné, dans une de ces rixes habituelles de cette époque, la laissant seule avec ses deux petits garçons ; pensant à leur salut par-dessus tout, elle pria Dieu de leur enlever la vie, plutôt qu’ils ne soient un jour pris par quelque désir de vengeance. Or en grandissant, inévitablement ces garçons fréquentèrent les gens du pays, finirent par apprendre la vérité et commencèrent à parler de “sauver l’honneur de leur père”. Maman Rita pria plus que jamais, renouvelant son saint propos, et voilà que coup sur coup ses deux garçons devinrent malades et moururent en peu de temps avant de céder à leur tentation. Rita était bien éprouvée, certes, mais elle était en paix et heureuse que ses garçons n’avaient pas été homicides à leur tour. Merci, Seigneur, pour cet exemple héroïque ! Comme l’Eglise a bien fait d’inscrire sainte Rita au calendrier des fêtes (le 22 mai). 

Les conseils que Jésus nous donne ensuite, sont d’autres exemples d’application de la charité et du pardon, qui doivent nous guider dans notre vie.

Donner son manteau en plus de la tunique qu’on nous demande, accompagner un ami deux fois plus loin qu’il ne l’a demandé, c’est peut-être problématique, mais avec la lumière de l’Esprit Saint que nous demanderons dans la prière, nous recevrons des «idées» pour venir vraiment en aide à qui nous demandera. Il appartient à chacun d’y réfléchir et de trouver des réponses dignes de notre vocation chrétienne.

Aimer l’ennemi, prier pour les persécuteurs… est-ce possible ? Oui, les Martyrs nous en ont donné beaucoup d’exemples ; maintes fois, par exemple, ils ont remis de l’argent à leur bourreau,  leur disant explicitement qu’ils pardonnaient aux responsables de leur mort. Dans certains pays dévastés par la guerre civile et fratricide, ce qui permet de reconstruire une société agonisante, c’est justement ce message de pardon que proclame l’Eglise à tous ses enfants, et qui porte de vrais fruits.

 

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Tout ceci est difficile, et même parfois très difficile. Mais Dieu sait ce qu’Il nous demande ; Il n’attend pas de nous la perfection pour aujourd’hui, mais l’effort vers cette perfection, un combat persévérant. Voyons comment l’exprime la Prière du jour : Accorde-nous de conformer à ta volonté nos paroles et nos actes, dans une inlassable recherche des biens spirituels.

Saint Paul écrit (1Co 10:13) : Dieu ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces. Avec la tentation, il vous donnera le moyen d’en sortir et la force de la supporter. 

Il faudra combattre, la grâce nous aidera à remporter la victoire sur notre moi égoïste, et cette victoire nous procurera une telle paix que nous en concevrons ensuite une immense joie, telle que la chante l’antienne de Communion : 

De toute mon âme je rendrai grâce… j’exulterai, je danserai auprès de toi (Ps 9).

 

 

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