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6e dimanche de Pâques - B

 

Un grand théologien a écrit ces mots pleins de vérité :

Le Christ n’a pas confié la transmission du dépôt sacré à la relativité et à l’instabilité de l’homme historique. C’est pour le libérer de cette relativité et instabilité qu’Il s’est incarné, qu’Il a subi la Passion et fondé l’Eglise pour la Rédemption (…) Ce ne sont pas les secousses, plus ou moins violentes et profondes, dans le corps des successeurs des Apôtres qui pourront prévaloir sur cette garantie à propos de vérité, que le Christ a donnée à l’Eglise (Cardinal G.Siri, Gethsémani, Téqui, 1981, pp.37-38).

 

*       *       *

 

La première lecture nous montre Pierre dans l’exercice de ses fonctions. L’auteur des Actes, Luc, au début du même chapitre 10, a fait un portrait rapide du centurion romain que Pierre va rencontrer : c’est un païen pieux et craignant Dieu, ainsi que toute sa maison, (faisant) de larges aumônes au peuple juif et (priant) Dieu sans cesse (Ac 10:2). Il est même dit que toute la nation des Juifs rend un bon témoignage à cet homme (ibid. 22). 

L’attitude de ce centurion et celle de Pierre sont édifiantes. 

Le centurion, qui d’habitude donne des ordres, se jette humblement aux pieds de celui qui préside l’Eglise naissante ; d’après Luc, il ne prend pas la parole, tant qu’il n’y est pas invité par Pierre. Il est prêt, avec toute sa maison, à entendre ce qui a été prescrit par Dieu à Pierre.

Pierre, quant à lui, relève aussitôt le centurion avec des mots tout simples : Je ne suis qu’un homme, moi aussi !, toujours conscient de sa faiblesse, de ses chutes, de sa trahison momentanée, de ses gaffes humaines. En toute simplicité aussi, il reconnaît son hésitation : il est défendu à un Juif de se lier avec un étranger ; mais Dieu m’a appris à ne regarder aucun homme comme souillé et impur” (ibid. 28).

C’est une grande grâce d’être humble comme le centurion Corneille, mais c’en est aussi une de savoir rester simple et humble quand on est investi de l’autorité.

Et voilà que tout ce monde païen se met à dire des paroles mystérieuses. Le teste original utilise l’expression parler en langues, le don que les Apôtres reçurent le jour de la Pentecôte. Pour certains, «parler en langues» consiste à émettre des sons inarticulés, qui voudraient remplacer un chant de louange, une prière. Si c’était le cas, Luc aurait certainement utilisé d’autres termes. Contrairement au phénomène de la Tour de Babel, «parler en langues» devrait plutôt signifier une situation où l’on se comprend, car le don de l’Esprit est l’Amour, et là où il y l’Amour, les cœurs se comprennent.

Apparemment, cet Esprit Saint a fait une «erreur» chez le centurion : il descend sur tous ceux qui sont là, alors qu’ils ne sont pas encore baptisés ! C’est que, par leur ouverture de cœur, ils avaient le désir du baptême, et que Dieu leur avait déjà accordé ce que nous appelons le baptême de désir. 

L’ouverture de cœur du centurion lui a permis de recevoir pleinement la parole de Dieu, annoncée par la bouche de Pierre. Au même moment, lui et sa famille ont reçu les deux Sacrements de l’initiation chrétienne : le Baptême et la Confirmation.

Que devint donc ensuite le centurion Corneille ? Des informations qui se complètent indiquent qu’il aurait fondé à Césarée-même une Eglise composée de païens convertis, qu’il serait ensuite devenu le deuxième évêque de cette même ville, après Zachée, puis aussi qu’il serait allé en Mésie pour évangéliser ; il est fêté le 20 octobre. 

Ce qui est beau aussi dans cet épisode, c’est l’amitié qui lie immédiatement ces nouveaux baptisés de Césarée avec Pierre et l’Eglise : Ils lui demandèrent de rester quelques jours avec eux. On imagine sans peine la joie que partagèrent ces Chrétiens, leur prière, leur action de grâce.

 

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Le psaume 97 pourrait tout-à-fait exprimer cette joie : Chantez au Seigneur un chant nouveau.

De même que les convertis de la maison de Corneille, a dit Luc, se mirent à chanter la grandeur de Dieu, le psalmiste évoque ici les merveilles et la victoire de Dieu.

L’épisode du centurion est effectivement une avancée importante dans l’épanouissement de l’Eglise : Pierre et les Apôtres se rendent compte que les païens, tous les païens, sont appelés au salut ; après avoir entendu le récit que leur fera Pierre, ils comprirent qu’aux païens aussi Dieu a donné la repentance qui conduit à la vie (Ac 11:18).

C’est un chant nouveau, parce que la première communauté va comprendre que les païens n’ont pas à assimiler d’abord les rites juifs avant d’être baptisés.

C’est une victoire de la Vérité et de l’Amour universel de Dieu.

Le psaume chante l’amour de Dieu en faveur de la maison d’Israël, le nouvel Israël, l’Eglise du Christ. 

Nous y voyons aussi comment le psalmiste attribue à Dieu la paternité de cette victoire. Pierre, quand il racontera l’événement à la communauté de Jérusalem, n’aura pas l’idée de s’approprier quoi que ce soit dans l’épisode, bien au contraire : Si Dieu leur a accordé le même don qu’à nous, qui étais-je, moi, pour faire obstacle à Dieu ? (Ac 10:17). 

En cela, il persévère dans cette attitude humble qui lui fait tout attribuer à la puissance du Christ ressuscité. Quand le boîteux de Jérusalem fut guéri, il protesta solennellement : Qu’avez-vous à nous regarder, comme si c’était par notre propre puissance ou grâce à notre piété que nous avons fait marcher cet homme ? (Ac 3:12).

Heureusement, Pierre ne s’exprime pas en paroles mystérieuses.

 

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Tout aussi explicite est la lettre de Jean. 

Dans la première communauté, même s’il y avait une sainte hiérarchie, même si Pierre devait décider, tous se sentaient frères dans l’unique Amour de Dieu. Pierre ne s’imposait pas, mais les autres apôtres le respectaient ; lors du concile de Jérusalem, il sera le premier à prendre la parole, non pour s’imposer, mais rappelant simplement les signes de Dieu (cf. Ac 15:7-11).

On l’a vu dans d’autres passages des Actes des Apôtres : Tous les croyants mettaient tout en commun (Ac 2:44), Nul ne disait sien ce qui lui appartenait, mais entre eux tout était commun (Ac 4:32). 

L’apôtre Jean résume parfaitement cette atmosphère fraternelle : Aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour vient de Dieu… Celui qui n’aime pas, ne connaît pas Dieu.

Ce qu’il écrit dans le paragraphe suivant explicite ce commandement de l’Amour : à l’image de Dieu qui donne son Fils, et du Fils qui donne sa vie, l’Amour donne ce qu’il a de plus cher ; à l’image de l’Amour gratuit de Dieu et du Christ, l’Amour s’offre de lui-même : Dieu aime le pécheur et lui offre sa grâce. Nos plus graves désobéissances, si nous les reconnaissaons, disparaissent dans l’océan de l’Amour divin.

 

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Jésus l’a dit aux apôtres, juste avant de mourir : Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. L’évangile d’aujourd’hui est la suite de celui de dimanche dernier, tous deux extraits du 15e chapitre de s.Jean. Il s’agit du dernier entretien de Jésus avec les Apôtres, lors de la Dernière Cène.

Dans une heure ou deux, commencera la douloureuse Passion du Seigneur ; Jésus sait qu’il va mourir, demain après-midi. Il vit les dernières heures d’un condamné à mort, et pourtant toutes ses paroles ne parlent que d’amour fraternel, que d’union avec le Père, que de fidélité, d’amitié, de paix.

Et même de joie : Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que vous soyez comblés de joie. Jésus va mourir, et il donne «sa» joie ! 

Jésus leur rappelle en même temps leur vocation : C’est moi qui vous ai choisis, et leur mission : …que vous partiez, que vous donniez du fruit, et que votre fruit demeure. Un fruit qui demeure, qui ne pourrit pas, est sûrement un fruit spirituel, mystique : la mission des apôtres, après celle du Christ, est de transmettre la Vie du Christ, de conduire toutes les âmes à la Vie éternelle.

En vérité, les Apôtres sont pleinement les amis de Jésus, et Jésus les traite en égaux de lui-même, et ce, malgré tous les à-côtés humains, malgré toutes les faiblesses, malgré tous les défauts. Le jour de sa résurrection, il va leur donner le pouvoir et l’ordre de baptiser, de remettre les péchés, d’invoquer l’Esprit.

 

*       *       *

L’histoire de l’Eglise est ainsi faite : Jésus confie son œuvre à des hommes qui ont des défauts, pour bien montrer que cette œuvre est toute spirituelle, mystique, et qu’elle se transmet d’âge en âge, de siècle en siècle, malgré les travers de tous ces hommes. C’est pourquoi nous ne devons pas nous laisser capter par les accidents de l’histoire.

Il faut sortir de l’histoire et toujours voir devant nous l’éternité. Demandons pour cela à Dieu que le mystère de Pâques reste présent dans notre vie et la transforme.

 

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Published by samuelephrem - dans Homélies - année B

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