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Pâques - 7 B

 

 

Jeudi dernier nous avons célébré la solennelle Ascension du Seigneur, son retour au Père, avec l’envoi en mission des Apôtres.

 

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Au moment de l’Ascension, les Apôtres sont toujours au nombre de onze, mais le premier souci de Pierre, après ces jours de prière qui précédaient la Pentecôte, est de rétablir le saint nombre des Douze, établi par Jésus-Christ.

Dans l’ancienne Loi, Dieu avait établi les douze tribus d’Israël, héritées des douze fils de Jacob. Pour mémoire, ces douze fils étaient : Ruben, Siméon, Lévi, Juda, Issacar, Zabulon, Dan, Nephthali, Gad, Aser, Joseph, Benjamin, dont les douze tribus d’Israel porteront les noms, quand Israël reprit possession des terres de la Palestine, après l’Exode d’Egypte (cf. Jos 13-19). Toutefois, la tribu de Joseph fut scindée en deux autres (Manassé et Ephraïm), et celle de Lévi ne reçut pas de terre propre, les “lévites” devant avoir une autre “constitution”.

Dans la nouvelle Loi, le Christ fonde son Eglise non plus sur ces douze tribus, mais sur les douze Apôtres, non pas pour effacer les tribus judaïques, qui sont aussi appelées au Salut, mais pour établir que ce Salut vient du Christ, mort et ressuscité, et non pas de la Loi ancienne, qui n’avait été établie que pour préparer la venue du Christ.

Pierre donc, citant le psaume 108, propose alors qu’un autre prenne sa charge ; le psaume 108 en effet évoque toute la trahison dont fut victime Jésus, l’exclusion du traître, la souffrance du Sauveur, et le remplacement de ce traître.

Quelles qualités doivent avoir les candidats présentés : aucune performance humaine ! Mais principalement avoir accompagné avec fidélité Jésus depuis son baptême par Jean-Baptiste jusqu’à l’Ascension : en un mot, dit Pierre, qu’il soit témoin de la Résurrection comme les autres. Si, le jour de Pâques, les Apôtres eurent des difficultés à admettre la réalité de la Résurrection, ils en ont maintenant fait le point central de leur Foi ; plus tard, s.Paul le proclamera : Si le Christ n’est pas ressuscité, vaine est notre foi (1Co 15:17).

L’élu, le “treizième apôtre”, fut Matthias ; fêté le 14 mai, il aurait évangélisé l’Ethiopie, d’après une tradition fort ancienne, ou bien aussi la Judée. 

Joseph Barsabbas, lui, est humblement rentré dans le silence : un des soixante-dix disciples de Jésus, comme Matthias, il aurait bien pu être choisi ; c’est vraiment parce que l’on ne pouvait discerner le meilleur des deux qu’on tira au sort. Il reste que ce Joseph est commémoré le 20 juillet ; Eusèbe de Césarée (4e siècle), évêque et grand historien, rapporte qu’il aurait bu un poison mortel sans en éprouver aucun mal (cf. Mc 16:18). 

 

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Essayons d’imaginer Matthias après cette élection. Les Diacres, les Prêtres, les Evêques qui ont reçu l’ordination sacramentelle, n’ont pas de mots humains pour décrire ce qui se passe en eux au moment de leur prostration devant l’Evêque et de l’imposition des mains qu’ils reçoivent ensuite. Ils sont tellement nouveaux, qu’on dit en théologie qu’ils reçoivent un nouveau caractère.

Matthias, qui était un humble disciple parmi la première communauté, a reçu cette ordination. Loin de s’en vanter, il pria. Dans son cœur, pouvaient bien passer les sentiments qu’exprime le psaume 102 : Bénis le Seigneur, ô mon âme, bénis son nom très saint, tout mon être… N’oublie aucun de ses bienfaits !

On croit entendre le Magnificat de Marie : Mon âme exalte le Seigneur, et mon esprit tressaille de joie en Dieu, parce qu’il a jeté les yeux sur son humble servante (Lc 1:47sq).

Si la dernière strophe du psaume, citée en ce jour, évoque le trône du Seigneur, rappelant l’Ascension et le Règne du Christ, la deuxième (il y en a sept dans le psaume intégral) rappelle l’amour infini, éternel, de Dieu, avec cette image suggestive : Aussi loin qu’est l’orient de l’occident, il met loin de nous nos péchés.

Matthias devait bien avoir présent à l’esprit ce psaume exaltant la miséricorde de Dieu. En devenant Apôtre, il recevait le pouvoir que les autres avaient reçu au soir de la Résurrection : remettre les péchés (cf. Jn 20:23). Ce n’est pas un honneur, c’est une charge. Remettre les péchés ne consiste pas seulement à lever la main pour faire un signe de croix en prononçant une formule ; le prêtre qui donne l’absolution sacramentelle, comme le Christ, en quelque sorte se charge des péchés de son Prochain et les efface dans le Cœur du Christ. Après, il ne sait plus ce qu’il a entendu, comme le Christ aussi.

 

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Voilà l’amour de Dieu, dont nous parle avec tant d’effusion l’apôtre Jean. On vient de rappeler que c’est dans l’évangile de Jean que se trouve cette effusion de l’Esprit, grâce à laquelle les Apôtres remettront les péchés. Dans son épître, Jean parle abondamment de cet amour.

Dieu, personne ne l’a jamais vu, dit-il, mais nous le rendrons visible par notre amour fraternel. Celui qui demeure dans l’Amour, demeure en Dieu, et Dieu est en lui.

Avoir l’amour en nous, ne nous vient pas toujours spontanément ; ce n’est en tout cas pas le résultat d’un raisonnement intellectuel. Ce n’est pas par un syllogisme que je pardonne une insulte, une calomnie ; c’est un «je ne sais quoi» intérieur, qui me pousse à oublier, à ne pas me venger : c’est le signe de la présence de l’Esprit de Dieu, l’Esprit d’Amour.

Cette présence de l’Esprit est la preuve que nous sommes en Dieu ; c’est pourquoi, Jean atteste ici que le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde : l’Apôtre témoigne ici de l’amour infini de Jésus pour les pécheurs, signe qu’Il était Un avec le Père.

 

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A la fin du discours de la Dernière Cène, dit Jean (Jn 17:1), Jésus s’adressa directement au Père, dans une grande prière d’oblation et d’intercession, priant pour ses Apôtres, pour leur fidélité, pour leur mission, pour leur unité fraternelle.

Jésus parle aussi de celui qui s’en va à sa perte, alludant au psaume : Même le confident sur qui je faisais fond et mangeait mon pain, se hausse à mes dépens (Ps 41:10).

Quand Jésus dit qu’ ils ne sont pas du monde, comme lui-même, il rappelle aux Apôtres qu’ils ne peuvent adopter les façons du monde où germent la jalousie, la haine, l’orgueil, l’amour du luxe et du plaisir…

Si les paroles de Jésus concernent directement les Apôtres, elles nous concernent à notre tour aussi, car chacun doit être, là où il est, un apôtre.

Le Christ ne nous a jamais promis que nous serions majoritaires dans le monde, ni que nous y serions en paix et loin des difficultés (cf. Jn 16:33). Le Christ nous a comparés à un petit troupeau (Lc 12:32), au sel de la terre (Mt 5:13)à la lumière du monde (Mt 5:14). Sans imposer une loi différente, nous devons simplement «être là».

Dans la “Lettre à Diognète” longtemps attribuée au philosophe saint Justin (Ier siècle), on trouve cette belle description des chrétiens qui, vivant dans le monde, ne sont pas du monde : 

Les Chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les vêtements. Ils n’habitent pas de villes qui leur soient propres, ils ne se servent pas de quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n’a rien de singulier (…) Ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et la manière de vivre, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur république spirituelle. Il résident chacun dans sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Ils s’acquittent de tous leurs devoirs de citoyens, et supportent toutes les charges comme des étrangers. Toute terre étrangère leur est une patrie et toute patrie une terre étrangère. Ils se marient comme tout le monde, ils ont des enfants, mais ils n’abandonnent pas leurs nouveau-nés. Ils partagent tous la même table, mais non la même couche. Ils sont dans la chair, mais ne vivent pas selon la chair. Ils passent leur vie sur la terre, mais sont citoyens du ciel. Ils obéissent aux lois établies et leur manière de vivre l’emporte en perfection sur les lois. Ils aiment tous les hommes et tous les persécutent. On les méconnaît, on les condamne ; on les tue et par là ils gagnent la vie. Ils sont pauvres et enrichissent un grand nombre (…) On les insulte et ils bénissent (…) En un mot, ce que l’âme est dans le corps, les Chrétiens le sont dans le monde (A Diognète, Cerf, 1997, pp.63-65).

 

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Discrètement enfermés dans le Cénacle, les Apôtres font leur “récollection” : ils méditent sur l’amour fraternel, avec Marie, la mère de Jésus. Ils prient et se préparent ainsi à recevoir, au prochain jour de la Pentecôte, la plénitude de l’Esprit, l’Esprit d’Amour et d’Unité. 

Avec eux, disons de tout notre cœur :

Veni, Sáncte Spíritus, reple tuórum corda fidélium. 

Viens, Esprit Saint, remplis le cœur de tes fidèles.

 

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Published by samuelephrem - dans Homélies - année B

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