Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog
/ / /

13e dimanche per annum - B

 

Une des questions les plus fondamentales que se pose l’homme dans son existence est celle-ci : Qu’est-ce que la mort ? Et une des difficultés métaphysiques est précisément celle-ci : Comment se fait-il qu’il faille mourir, alors que Dieu est l’Auteur de la Vie ? D’où vient donc la mort ? 

 

*       *       *

 

Dieu n’a pas fait la mort, répond ici le Livre de la Sagesse. La mort est entrée dans le monde par la jalousie du démon. 

Donc, en toute logique, le démon, prince des ténèbres et ennemi de Dieu, existait avant-même la création de l’homme.

Dans la Genèse, il est écrit que Dieu prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Eden pour le cultiver et le garder (Gn 1:15). Le cultiver, cela devait se faire bien autrement que maintenant, car l’homme ne connaissait pas encore le travail pénible ; comme Dieu, dont il était l’image (cf. Gn 1:27), il devait imposer à la nature sa seule parole créatrice, selon sa volonté qui ne voulait que le Bien.

Mais le garder de quoi ? Le mot garder nous suggère ici beaucoup de choses. L’homme n’avait pas encore péché à ce moment-là, mais il devait se protéger d’un ennemi qui existait déjà ; cela veut dire que Satan s’était déjà révolté et avait déjà été exclu de la présence de Dieu avec les autres anges qu’il avait entraînés dans sa rébellion. D’après la Tradition, c’est alors que Lucifer, le «porteur de la lumière”, devint Satan, prince du Mal, ennemi du Bien, de l’Harmonie et de la Paix.

Satan, le Révolté, ne pouvait demeurer en face de Dieu qu’il refusait d’adorer. Extraordinairement intelligent, il était désormais extraordinairement jaloux du Bien, jaloux de l’Homme qui était si beau et si parfait : il ne pouvait supporter qu’une autre créature fût supérieure à lui, et il chercha à perdre l’homme.

C’est donc Satan l’auteur du mal, de la haine, du péché, du poison qui fait mourir. 

Quand l’Ecriture nous dit que la puissance de la mort ne règne pas sur la terre, ce n’est pas pour nous forcer à ignorer ce que nous voyons bien tous les jours : souffrance, maladie, mort. L’Auteur sacré nous rappelle par là que ce mal ne vient pas de Dieu, mais de l’Esprit du Mal, qui fait tout pour nous éloigner de Dieu.

En réalité, nous savons que Dieu nous attend, que nous sommes faits pour la Vie ; et nous sentons cet appel au-dedans de nous. 

Au terme de son existence terrestre, sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus disait, toute joyeuse : Je ne meurs pas, j’entre dans la Vie.

Ce que nous appelons maintenant «la vie», n’est qu’une fausse vie, une apparence de vie ; c’est seulement une existence qui doit s’achever bientôt. Notre existence n’a de signification que si nous tendons de toute notre énergie vers la Vie, la vraie, pour laquelle Dieu nous a créés.

Il y a dans l’Apocalypse (ou Révélation) de Jean, un verset très significatif : Heureux et saint celui qui participe à la première résurrection. La seconde mort n’a point pouvoir sur ceux-là (Ap 20:6). La première résurrection advient après notre mort physique ; ceux qui sont prêts à entrer dans le Royaume, sont pour toujours dans la Vie ; mais ceux qui ont refusé la Vérité dans leur vie, vont vers la Mort éternelle : c’est là la seconde mort.

Ô bienheureuse mort ! Notre fabuliste La Fontaine a bien touché du doigt ce que serait notre condition, si la mort n’existait pas : nous continuerions de vivre dans un monde d’imperfection et dans une perpétuelle désespérance. Cette première mort est donc un passage bien salutaire pour atteindre l’autre monde.

 

*       *       *

 

Le psaume qui suit cette première lecture est le psaume 29 (et non 20, noté par erreur dans certains missels), une prière d’action de grâces.

Jean Cassien (Ioannes Cassianus, auteur latin du 4e siècle) explique qu’il s’agit de l’action de grâces de Jésus à son Père, après la résurrection. Ce psaume est justement placé dans la prière de la Louange des Heures du Samedi Saint, lorsque désormais le Christ, libre de la mort, célèbre sa résurrection avec tous ceux qui l’attendaient, depuis Adam jusqu’au Bon Larron, à qui il disait la veille, sur la Croix : Aujourd’hui tu seras avec moi en Paradis (Lc 23:43).

Les mots abîme, fosse, étaient la façon dont l’Ancien Testament exprimait l’attente des âmes après l’existence humaine. Puis Jésus est «remonté», a surgi de son tombeau, est ressuscité.

Au soir de la passion du Christ, Marie et tous les amis de Jésus versaient des larmes ; au matin, après l’étonnement, vint la joie : Christ Jésus est Vivant !

 

*       *       *

 

Sans lien direct avec ce qui précède, nous poursuivons aujourd’hui la lecture de l’épître aux Corinthiens, où Paul invite ces derniers à être généreux envers leurs frères plus pauvres de Jérusalem, à l’image de Christ qui s’est humilié, acceptant la mort, pour nous “enrichir” de la vie.

En clair, Paul fait la quête aux Chrétiens de Corinthe en faveur de ceux de Jérusalem. 

A nous qui sommes sollicités sans cesse par courrier ou par téléphone, qui voyons à la télévision des manifestations généreuses pour telle ou telle œuvre, le fait que Paul sollicite la charité des Corinthiens ne nous étonne pas beaucoup, mais mettons-nous en pensée dans l’ambiance du premier siècle : on connaît dans l’antiquité la démarche des Athéniens qui vinrent un jour demander aux Spartiates du blé, car ils avaient faim, mais le fait était vraiment insolite en ces temps-là.

Des mendiants aux coins des rues, il y en avait de toute évidence, et Jésus l’avait dit à ses Apôtres : Des pauvres, vous en aurez toujours parmi vous (Jn 12:8). Mais Paul innove ici : non seulement il organise une collecte pour toute une communauté, mais en plus il s’engage à en assumer le transfert jusqu’à destination : Corinthe-Jérusalem, ce n’était pas un voyage de vingt-quatre heures ; le bateau pouvait être pris d’assaut par des pirates, ou simplement faire naufrage… Cette démarche de Paul est extrêmement novatrice et courageuse. 

On voit ici aussi l’Esprit Saint à l’œuvre, qui suscite dans le cœur des Apôtres des initiatives charitables et efficaces, montrant ainsi au monde romain la vie active et fraternelle de cette Eglise naissante.

Paul invite les Chrétiens nouvellement baptisés à pratiquer ce partage des richesses, qui caractérisa les premiers disciples : Nul n’était dans le besoin ; car tous ceux qui possédaient des terres ou des maisons les vendaient, apportaient le prix de la vente et le déposaient aux pieds des apôtres. On distribuait alors à chacun suivant ses besoins (Ac 4:34-35).

 

*       *       *

 

Le récit évangélique va couronner ce qui a été dit dans la première lecture.

On y voit deux miracles imbriqués l’un dans l’autre. Le cas est unique.

Jaïre n’est pas un païen, mais un chef de synagogue. On sait combien les Pharisiens ont été hostiles à l’enseignement de Jésus, au point que l’attitude de ce Jaïre est remarquable : contre les Pharisiens, il a le courage de demander une faveur à Jésus, et humblement se prosterne pour exprimer cette demande.

Marc aurait très bien pu terminer le récit concernant Jaïre, puis ajouter quelque chose comme : “Pendant son déplacement, Jésus fit aussi cet autre miracle…” Non, Marc a tenu a maintenir dans son récit l’irruption de la guérison de cette femme, pour revenir ensuite à la résurrection de la petite fille de Jaïre : c’est que sans doute Jésus aura fait exprès de s’arrêter en chemin, laissant passer un peu de temps, pour pouvoir réellement ramener la petite morte à la vie. 

Par ce signe, Jésus pouvait déjà annoncer sa propre mort et sa résurrection.

Il faut noter combien est édifiante la conduite de cette femme si malheureuse : juste toucher le vêtement de Jésus ! Pas même lui parler, pas même le regarder en face, mais par derrière ! Cette pauvre femme savait que, d’après la Loi, sa maladie la rendait “impure”, et fidèlement à la Loi elle se comportait comme une indigne, sans adresser la parole à Jésus, ni le regarder, osant seulement toucher le pan de son vêtement. 

Comme Jésus récompense l’humilité de cette femme ! Lui-même se tourne de façon qu’elle puisse le voir en face, Lui-même l’invite à s’exprimer ; on dirait, avant la lettre, le prêtre qui cherche à mettre à l’aise le pénitent ; en effet, dit Marc, elle lui dit toute la vérité. 

Elle devait avoir beaucoup de remords cachés et voulait, en quelque sorte, se confesser. Sa sincérité et son humilité sont récompensées : Ta foi t’a sauvée, lui dit Jésus.

Entre temps, la petite fille est morte ; Jésus rassure son papa : Ne crains pas ! Une parole pleine de paix qu’on trouve tant de fois dans l’Evangile, tout particulièrement lors des apparitions après la Résurrection. On pourrait dire que c’est Jaïre, le premier témoin de la Résurrection. 

Puis Jésus ne garde avec lui que Pierre, Jacques et Jean, ceux-là mêmes qui seront témoins de la Transfiguration et de l’Agonie à Gethsémani. Plus tard, c’est donc Pierre qui aura raconté ce que Jésus dit à cette petite fille, et son disciple Marc, qui l’écoutait, l’a transcrit fidèlement ici, dans la langue-même de Jésus, en araméen : Talitha koum !

Stupéfiante, cette recommandation de Jésus que personne ne le sache : comment taire un fait aussi exceptionnel ? 

Jésus aime la discrétion, la vraie conversion, celle du cœur, et non la publicité. Comme nous sommes loin ici de toute la presse qui inonde nos kiosques et Internet ! Comme il est urgent que les Chrétiens s’efforcent d’utiliser ces moyens de communications pour le bien, pour la Charité, et non pour le bavardage et l’indiscrétion.

Enfin, Jésus demande de donner à manger à la petite fille, de la même façon qu’après sa résurrection, il mangera devant ses Apôtres stupéfaits, pour leur démontrer qu’il était bien vivant, et pas un fantôme qui ne peut pas manger (cf. Lc 24:37-43).

 

*       *       *

 

Nous, Chrétiens, restons dans la lumière ! Ne nous égarons pas dans les apparences de la fausse vie. Prions avec conviction la Prière du jour : Ne permets pas que l’erreur nous plonge dans la nuit ! 

La nuit du monde, la nuit de l’erreur, la nuit du Mal… Marchons vers la Vie !

Partager cette page

Repost 0
Published by samuelephrem - dans Homélies - année B

Présentation

  • : Le blog de samuelephrem
  • Le blog de samuelephrem
  • : Plus de 8000 notices de Bienheureux et Saints. Déjà traités : 1.Personnages bibliques (AT et NT). 2.Papes. 3.Saints du Calendrier Romain. 4. Reconnus aux siècles XII-XXI. 5. Siècles VI-XI. 6 (en cours) : siècles II-V. En outre, des commentaires pour tous les dimanches et grandes fêtes (certains devant être très améliorés). Sur demande, nous pourrons vous faire parvenir en plusieurs fichiers pdf l'intégralité du Bréviaire romain latin, "LITURGIA HORARUM", qui vous permettront d'éviter beaucoup de renvois fastidieux, notamment pour les périodes de Noël et Pâques. Bonne visite !
  • Contact

Recherche

Pages

Liens