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17e dimanche per annum - B

 

 

La première lecture de ce dimanche nous fait vivre un épisode qui se produisit neuf siècles avant Jésus-Christ.

Puisqu’on était en période de famine (2R 4:38), on peut se demander d’où venait ce quelqu’un qui vint apporter à Elisée vingt pains d’orge et du grain frais ; le texte sacré précise que c’est un homme de Baal-Shalisha, une localité du royaume de Juda, aujourd’hui encore mal indentifiée. Heureux cet homme qui eut la générosité d’offrir au Prophète ce qu’il avait, pour le partager.

Le serviteur d’Elisée est étonné de devoir distribuer vingt pains à cent personnes ; ça ne fait pas beaucoup pour des gens affamés. Et le Prophète doit lui donner son ordre par deux fois, ajoutant même une promesse du Seigneur : on mangera et il en restera.

Ce miracle annonce celui que nous allons lire dans l’évangile.

 

*       *       *

Le psaume 144 se fait l’écho de ce miracle : Tu leur donnes la nourriture, au temps voulu… Tu rassasies avec bonté.

Ce long psaume est de David, il chante la grandeur, la fidélité et la bonté du Créateur, en vingt-deux distiques qui commencent chacun par une des lettres de l’alphabet hébreux.

Il nous invite à bénir le Seigneur pour sa gloire, ses exploits, la nourriture, sa bonté, sa justice, sa fidélité… 

Est-ce que nous savons remercier Dieu chaque jour pour tout ce que nous recevons ? Est-ce que nous réalisons que tout nous vient en définitive de Lui et de Lui-seul.

Est-ce que nous réfléchissons que même les revers, les privations, sont toujours des grâces que Dieu nous envoie pour nous aider à nous confier à Lui, pour nous aider au détachement de la terre et nous faire penser aux biens du Ciel ?

Est-ce que nous pensons en outre que le Pain eucharistique est bien supérieur au pain que nous avons sur notre table chaque jour ? L’évangile va nous donner l’occasion d’y revenir.

 

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Apparemment, la lettre aux Ephésiens n’est pas directement liée à ce thème ; sur six dimanches, nous allons la lire dans son intégralité. Mais comme la Parole de Dieu est unique dans sa multiplicité, nous pouvons rattacher aussi la lecture d’aujourd’hui au thème de la nourriture divine.

Montrant le Primat du Christ dans toute la création, saint Paul rappelle notre vocation à être unis à Lui.

Adhérer à Jésus n’est pas seulement une démarche extérieure, une signature au bas d’un certificat, une vague promesse fugitive. Vivre de la vie de Jésus, c’est faire converger toutes nos forces vers la sainteté. Une sainteté qui engage d’abord notre propre intime, et nous dirige vers notre prochain. 

Avoir une “vie chrétienne” avec de belles prières, mais sans être emplis de charité envers chacun de nos frères, serait une double vie absolument contraire à la vie chrétienne authentique. C’est pourquoi Paul recommande expressément que nous ayons l’humilité, la douceur, la patience ; de se supporter les uns les autres avec amour. 

Notons cette expression : se supporter avec amour, attitude bien différente de la “tolérance” dont on parle parfois ; tolérer, c’est supporter négativement, comme le chat qui fait le gros dos ; supporter avec amour veut dire rester bon avec celui qui vous frappe, sourire quand on est tenté par la colère, pardonner de bon cœur quand on a subi un tort quelconque. 

C’est parfois très difficile, il faut même se faire violence quelquefois, mais c’est comme cela qu’on se rapproche de la sainte perfection : Le Royaume des Cieux souffre violence, et des violents le prennent de force (Mt 11,12).

Accepter de se sanctifier ainsi, c’est imiter parfaitement le Christ : Je me sanctifie moi-même pour eux, afin qu’eux aussi soient sanctifiés par la vérité (Jn 17:19, trad. Segond).

Participer ensemble, fraternellement, à l’Eucharistie, suppose cet effort intérieur et cet amour fraternel réel auxquels nous invite l’apôtre Paul, pour que la Nourriture eucharistique nous unisse vraiment et nous identifie au Christ.

 

*       *       *

Dimanche dernier, nous avons vu les foules converger vers le Christ, qui en eut pitié parce que ces gens étaient comme des brebis sans berger. Après les avoir longuement exhortés, le soir arrive et… il faut bien manger !

Nos liturgistes ont préféré nous faire lire aujourd’hui le récit de l’évangéliste Jean, qui donne les mêmes détails que Marc, mais en ajoute aussi quelques-uns, et surtout enchaîne avec le discours sur le Pain de Vie, que nous lirons fragment par fragment pendant plusieurs dimanches.

L’occasion de ce discours est donc ici la première multiplication des pains. Cinq pains d’orge, et deux poissons, vont nourrir cinq mille hommes, donc plus que cinq mille, puisqu’on ne compte pas les femmes et les enfants (mais sans exagérer ce nombre, car nous sommes dans le désert, donc loin des zones habitées, et les personnes plus faibles, femmes et enfants, ne sont pas forcément venues jusque là).

Au passage, notons le “privilège” de ces populations, qui peuvent suspendre toutes leurs activités quotidiennes pour aller écouter des heures durant Quelqu’un qui leur parle de la Vérité et de la Vie éternelle. Un état d’esprit que nous ne connaissons pas beaucoup aujourd’hui…

Jésus rend grâce. C’est la signification de Eucharistie. Par cette prière, Jésus remercie son Père pour le Don qu’Il fait aux hommes, pour cette multiplication qu’il va opérer, et pour le bien que vont en recevoir les gens. En même temps, il anticipe le geste qu’il fera à la Dernière Cène pour l’institution de l’Eucharistie.

On pourrait appliquer à cette situation le Croissez et multipliez que Dieu adresse à Adam et Eve (Gn 1:28), ainsi que la multiplication infinie de l’Eucharistie, depuis la Dernière Cène jusqu’à aujourd’hui, où le Christ ne cesse de nous donner son Corps.

Que nous enseigne encore ce miracle ? Notons ces détails : cinq pains nourrissent une foule immense et il en reste douze corbeilles ; les deux poissons aussi sont multipliés, mais il n’en reste pas.

Cinq pains seulement pour cinq mille (ou plus) personnes - Elisée en avait vingt pour cent personnes affamées : le miracle est encore plus spectaculaire ici.

Les cinq pains pourraient bien être comparés aux cinq livres de la Loi - Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome -, la Torah hébraïque, l’Ancienne Alliance, qui a “nourri” tout le peuple avant Jésus-Christ, mais qui aujourd’hui ne suffit plus à apporter la vraie nourriture au Peuple de Dieu. Jésus-Christ doit lui redonner une nouvelle force vitale - en attendant l’institution de l’Eucharistie, qui ne tardera plus - et cette nouvelle nourriture sera désormais distribuée par les douze Apôtres : les douze corbeilles restantes montrent que cette nouvelle nourriture ne s’épuise pas, et l’Eglise continuera de la multiplier dans l’Eucharistie.

Les poissons ont ici une autre signification : ils pourraient exprimer les deux Testaments, au terme desquels toute la Révélation est achevée et à laquelle il n’y a rien à ajouter (cf. Ap 22:18). 

Rappelons-nous ici que les lettres composant le mot poisson en grec - i-ch-th-u-s - ont servi à la première communauté chrétienne à exprimer sa foi en Christ ; ces lettres expriment en effet les cinq mots : Iesus Christos Theou Uios Soter (Jésus Christ, Fils de Dieu, Sauveur). C’est ce qui explique que si souvent le poisson est représenté dans les mosaïques ou les peintures chrétiennes des premiers siècles, comme symbole christique.

Les gens présents auront tout de suite fait le rapprochement entre le miracle d’Elisée et celui de Jésus : vraiment, Jésus fait beaucoup mieux !

Evidemment, la première réaction de la foule est d’un ordre très terre-à-terre : proclamer roi Jésus. Il va certainement aussi les libérer des Romains qui occupent le territoire ! Mais Jésus s’éclipse pour aller passer la nuit en prière dans la solitude. 

Quelle pouvait être sa méditation, cette nuit-là ? Heureux d’avoir rassasié la foule, il pouvait certainement penser à son propre sacrifice, où il allait donner son Corps pour nourrir tous les hommes. Il devait certainement penser aussi à tous les prêtres, en premier les Apôtres, auxquels il allait donner le pouvoir de consacrer le Pain et le Vin.

Le lendemain, il ira retrouver cette foule et, en vrai Roi, il va leur indiquer quelle Nourriture réelle il va leur donner. C’est ce discours que nous lirons les prochains dimanches.

 

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Dans la Prière, l’Eglise nous fait reconnaître que sans (le Christ) rien n’est fort, rien n’est saint. Le terme multiplie pourra évoquer encore la multiplication de l’évangile. 

Dans la Prière sur les offrandes, nous demandons à Dieu de sanctifier notre vie de tous les jours, par l’Eucharistie.

Ne laissons pas le prêtre prononcer tout seul ces paroles. Prions avec lui, et cherchons à nous sanctifier vraiment de la vie du Christ.

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Published by samuelephrem - dans Homélies - année B

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