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 32e dimanche per annum - B

 

Par la puissance de Dieu, le prophète Elie pouvait très bien multiplier lui-même la farine de cette brave veuve, mais il suscite en elle un désir de recevoir cette grâce. On le lit régulièrement dans l’Evangile : le Christ ne fait pas de miracles sans mettre à l’épreuve la foi des gens.

L'ordre d’Elie est étonnant et semble égoïste : fais d'abord un petit pain pour moi, après pour toi ! Mais la veuve sait bien que le prophète parle au nom de Dieu, et si Dieu lui demande ce sacrifice, elle ne va pas le Lui refuser. 

Il y a dans la vie des Saints d'autres exemples de cette générosité. Un moine du désert gagnait sa vie en tressant des paniers qu'il vendait ; quand il avait de quoi manger, il donnait le reste aux pauvres. Saint Giuseppe Cottolengo (v. 30 avril) à Turin avait organisé une véritable ville pour soigner toutes sortes de malades ; il ne recevait que des aumônes, ne faisait aucun compte, et jetait par le fenêtre ce qui restait le soir des aumônes de la journée ! Plus récemment encore, dans une prison communiste, un mourant qui avait reçu en cachette un morceau de sucre pour se remonter un peu, le fit donner à son voisin «qui en avait plus besoin», et le sucre fit ainsi le tour de la chambre pendant très longtemps : le miracle qui s’ensuivit fut que le mourant survécut, retrouva la liberté et passa encore de longues années en Occident, où il donna encore de nombreux témoignages de ce qu’il appelait ses prisons avec Dieu (Richard Wurmbrand, 1909-2001).

Plus on se détache, plus on est libre pour écouter ce que Dieu nous suggère.

 

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Le psaume 145 qui est proposé à notre méditation fait partie de la prière du matin des Juifs. Celui qui l’a composé exprime sa confiance totale en Dieu.

C’est une disposition d’esprit très bonne de se remettre totalement dans les bras de la Providence, comme la veuve qui a suivi le conseil d’Elie. 

Il n’est pas dit que cette confiance absolue signifie qu’on n’ait pas à se préoccuper de notre travail et de notre nourriture, puisque Dieu a dit à Adam qu’il gagnerait son pain à la sueur de son front. 

Mais en même temps que nous accomplissons là notre devoir, nous ferons bien de nous en remettre à la sainte volonté divine, Créateur de toutes choses et notre Père.

C’est bien le Christ qui nous a appris à prier : Donne-nous aujourd’hui notre pain (Mt 6:11) et qui nous a aussi enseigné à ne pas (nous) inquiéter du lendemain (Mt 6:34).

Dieu, notre Père, ne fait rien sans nous, de même que sans (lui) nous ne pouvons rien faire (Jn 15:5). Même si Dieu ne veut que le Bien pour nous, il ne nous impose rien par la force. Et c’est pourquoi il a besoin que nous élevions notre volonté vers la sienne : Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

 

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Arrêtons-nous maintenant sur l'épître aux Hébreux, l'épître sacerdotale par excellence.

On pourrait trouver une difficulté à comprendre ce que veut vraiment dire son auteur : d'un côté Jésus s'est offert une seule fois en sacrifice, et ce sacrifice est unique et définitif ; de l'autre côté, l'habitude s'est tôt installée dans l'Eglise de célébrer fréquemment le Mystère eucharistique : au moins le dimanche, puis chaque jour de la semaine. Pourquoi cette répétition d'un Sacrifice qui, étant parfait, n'a pas besoin d'être répété ?

Ce qui n'a pas besoin d'être répété est le Sacrifice lui-même de Jésus, qui est mort et ressuscité une seule fois. Jésus ne reviendra pas sur terre pour mourir et ressusciter une deuxième fois (et Il n'ira pas non plus s'incarner une deuxième fois sur une autre planète, pour aller sauver d'hypothétiques êtres qui habiteraient quelque part ailleurs dans on ne sait quelle galaxie ; c'est bien là la preuve à avancer pour détruire les hypothèses d'autres êtres vivants en-dehors de la terre). Le Sacrifice du Christ est bien définitif, unique dans l'histoire et dans le cosmos.

C'est cette sublimité du Saint Sacrifice qu'il faut envisager ici. Avant de mourir, Jésus veut que les Siens puissent goûter à leur tour, et faire goûter ensuite à toute l'Eglise, à tous les siècles, la sublimité de Son Sacrifice ; c'est pourquoi Il leur dit : Faites ceci en mémoire de moi. Ce corps qui va s'offrir à l'agonie, aux coups, à la croix, au sacrifice total, et qui va ressusciter, il va d'abord habiter ce Pain eucharistique ; et chaque fois que l'Eglise commémorera la Mort et la Résurrection du Christ, ce Pain sera à nouveau habité par le Corps et le Sang de Jésus Sauveur.

Quand le Christ dit Faites ceci en mémoire de moi, il ne nous demande pas d’évoquer une sorte de souvenir pieux, comme on le fait devant un Monument aux Morts. Ces Morts sont morts, et la guerre durant laquelle ils ont donné leur vie, n’aura plus lieu ; s’il se déclenche une nouvelle guerre, elle sera différente de la précédente.

L’expression en mémoire de moi a un sens beaucoup plus vivant : In mei memoriam facietis, où l’accusatif memoriam exprime un mouvement, une réalité vivante, qu’il faudrait pouvoir exprimer en termes beaucoup plus réalistes ; on pourrait tenter par exemple : Faites ceci (toujours) pour me rendre présent (au milieu de vous).

Si donc nos yeux de chair ne peuvent pas voir le Corps de Jésus sur la Croix avec toutes ses plaies, la sublimité de ce Sacrifice s'actue tout de même à l'autel sous nos yeux, pour raviver à chaque fois notre vie intérieure, nous éblouir par la solennité de la Résurrection, nous combler de grâces en présence du Christ-Pain eucharistique. Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! (Jn 20:29).

Les prêtres eux-mêmes le savent : on ne peut expliquer ce qui se passe sur l'autel, à chaque Sacrifice eucharistique. Mais ce qui est bien réel, c'est que le Prêtre prononce les paroles-mêmes de Jésus-Christ pour bien en actuer la présence : Ceci est mon Corps. Ceci est mon Sang. Faites ceci en mémoire de moi !  Le prêtre ne dit pas : Ceci est le corps du Christ, mais bien : Ceci est mon Corps. A ce moment-là, le prêtre n'est plus lui-même ; c'est le Christ qui parle en lui. Il n'y a pas de mots pour expliquer cette métamorphose sacrée, mais c'est la réalité. 

On pourrait dire que cette situation refait le mystère de l’Incarnation. Comme Jésus était Dieu et Homme, à la consécration le prêtre est Dieu et homme, Dieu en répétant les paroles-mêmes du Christ, homme parce que la nature humaine est bien présente.

Oh, combien de Chrétiens essaient-ils de s'introduire dans ce Mystère eucharistique, dans cet Amour de Dieu ?... Comme Dieu serait honoré et consolé, si tous les fidèles s'approchaient de l'Eucharistie pour la fêter, pour la vénérer, pour la célébrer, la chanter, la recevoir !

 

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L’évangile nous parle encore de veuves par deux fois.

Jésus nous avertit de nous méfier des scribes qui dévorent les biens des veuves. Puis il fait l’éloge de cette pieuse veuve qui a tout donné au Temple.

Une veuve est une personne qui n’a plus son soutien ; son mari n’est pas là pour l’aider. Si certaines se remarient, d’autres demeurent en cet état et consacrent leur temps, leur personne à de bonnes œuvres. Certaines tombent dans des pièges et perdent tout : le Christ y fait allusion.

Celle de l’évangile a donné tout ce qu'elle avait pour vivre, soit deux piécettes. En somme : deux centimes ou vingt centimes. Elle ne joue pas au Loto, ni au Tiercé, elle ne connaît pas ces frivolités et ces jeux de hasard ; simplement, elle donne. Elle est convaincue que ce qu’elle donne au Temple, elle le donne à Dieu. 

Elle pourrait être aussi prise de scrupule, de honte, mais là aussi elle ne s'occupe pas du qu'en-dira-t-on : elle ne sait même pas si d'autres donnent plus ou moins qu'elle ; elle donne. 

On pourra suggérer : mais n'est-elle pas imprudente ? Jésus ne parle pas de cela ; la prudence est une vertu fondamentale, certes, mais cette veuve a sans doute déjà réfléchi à sa situation : si elle est veuve, âgée, elle n'a plus de famille à nourrir, elle se contente de peu et donne ce qu'elle a.

Comme son geste est sublime devant Dieu ! Seul Dieu en estime la valeur. Les hommes regardent les chiffres, mais Dieu ne compte pas comme les hommes. Un psaume est là-dessus très éloquent : L'homme verra les sages en train de mourir ; l'insensé autant que le sot périront, et laisseront à des étrangers leurs richesses. Leurs sépulcres seront leurs maisons pour l'éternité ; leurs tentes de génération en génération, même s'ils ont donné leurs noms à leurs terres (Ps. 48:11-12).

*       *       *

Comme toujours à cet endroit, la Prière du jour prend une couleur particulière à la lumière de ce que les lectures nous ont enseigné. Aujourd'hui cette expression en apparence banale prend maintenant toute sa valeur : Que nous soyons libres pour accomplir Ta volonté.

Voyons aussi si la Prière sur les Offrandes ne reflète pas la Lettre aux hébreux : Qu’en célébrant la passion (du Christ), nous entrions de tout cœur dans son mystère.

 

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Published by samuelephrem - dans Homélies - année B

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