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14 novembre 2015 6 14 /11 /novembre /2015 06:40

33e dimanche per annum - B

 

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L'avant-dernier dimanche « ordinaire », précédant la belle fête du Christ-Roi, est toujours illustré par des lectures concernant la fin des temps ou la fin du monde.

 

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On date le livre du prophète Daniel du IIe siècle avant Jésus-Christ. 

Il y a trois passages où l’Ecriture mentionne l’archange Michel : outre la lecture d’aujourd’hui, l’épître de Jude (v.9) et l’Apocalypse (12:7).

C’est le Seigneur lui-même qui dit à Daniel que Michel veille sur (son) peuple. Nous avons souvent entendu dire que l’Archange Michel combat contre le Démon et pendant très longtemps les prêtres l’ont invoqué, à la fin de la Messe, contre les embûches du Démon.

Dieu dit aussi au prophète qu’il y aura un temps de détresse, qui semble désigner le grand désarroi des peuples, égarés dans l’erreur, dans l’ignorance de la Vérité ou dans le péché. Mais ce temps sera aussi celui du salut. 

Il ne faudrait donc pas que nous restions dans l’angoisse au sujet de ce temps de détresse, ne sachant ce qui pourrait nous arriver : si notre nom est écrit dans le livre de Dieu, si nous sommes au nombre des sages ou des maîtres de justice, nous avons cette certitude que nous nous éveillerons pour la vie éternelle et que nous brillerons comme les étoiles.

C’est là un texte fondamental de l’Ecriture concernant la résurrection finale. Mais, demanderons-nous, comment prétendre être parmi les sages ou les maîtres du justice ?

Avoir la vraie sagesse, c’est «aimer Dieu de tout notre cœur et le prochain comme nous-mêmes» (cf. Mt 22:37 et 39). Etre juste, c’est pratiquer la quatrième béatitude que nous a enseignée le Christ : Heureux les affamés et assoiffés de justice (Mt 5:6), ceux qui mangent et boivent dignement le Sacrement eucharistique, qui se nourrissent et s’imprègnent de la parole du Christ, et qui en vivent chaque jour.

 

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Le psaume 15 est un chant de confiance du Christ, le Juste, le Saint, qui ne restera pas dans les liens de la mort. 

Les Juifs savaient que ce psaume de David ne concernait pas David lui-même. Saint Pierre y fait allusion dans son premier discours de la Pentecôte : Le patriarche David est mort et a été enseveli, et son tombeau est encore aujourd’hui parmi nous.… Il a vu d’avance et annoncé la résurrection du Christ qui, en effet, n’a pas été abandonné à l’Hadès, et dont la chair n’a pas vu la corruption (Ac 2:29 et 31).

Tous ceux qui vivent de la Vie du Christ connaîtront cette résurrection, éternité de délices.

 

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Nous lisons ensuite un dernier passage de l’épître aux Hébreux, concernant toujours le sacerdoce nouveau.

Le Christ est notre Prêtre, éternel et souverain Sacrificateur. Son Sacrifice unique et parfait a obtenu pour toujours, dit saint Paul, le pardon aux hommes pécheurs. 

Ce qui est un peu difficile à comprendre, comme on l'a dit dimanche dernier, c'est qu'il soit inutile d'offrir d'autres sacrifices après celui du Christ, alors que chaque jour les prêtres offrent fidèlement le Saint Sacrifice, prenant ainsi la relève des prêtres du Temple juif, qui étaient debout dans le Temple pour célébrer une liturgie quotidienne.

La différence fondamentale est que ces prêtres offraient chaque jour de nouvelles victimes, des agneaux, des veaux, des bœufs, des genisses, des colombes, en grande quantité ; le Christ, Homme parfait et sans tache, s'est au contraire offert lui-même ; à sa suite, les prêtres de l'Eglise n'offrent pas un autre Sacrifice que celui du Christ : en vertu de leur sacerdoce, ils actuent l'unique Sacrifice du Christ. En offrant chaque jour le Saint Sacrifice, ils appliquent les mérites divins du Christ à telle intention, à telle âme, vivante ou défunte, et nous permettent de nous associer présentement à ce Sacrifice unique, consommé solennellement il y a plus de deux-mille ans. 

 

 

 

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Le “retour” de Jésus Christ à la fin des temps semble, d'après l'évangile d'aujourd'hui, devoir s'accompagner de signes vraiment catastrophiques. En cette année B, où nous lisons l'évangile de saint Marc, nous ne lisons pas l'entier chapitre 13, qui commence par un long avertissement de Jésus sur la fin de Jérusalem, sur des persécutions à venir, sur les faux christs et les faux prophètes. 

Comment comprendre que le soleil s'obscurcisse, que la lune perde son éclat, que les étoiles tombent du ciel ? Et qui sont ces puissances célestes qui seront ébranlées ?  

Les guerres atroces du siècle précédent et les actuelles pourraient être déjà une image du soleil obscurci par les explosions. Les guerres, les attentats horribles, les accidents d'avion ou des vols spatiaux seraient comme l’image d’une guerre au-dessus de nos têtes... Imaginons que la folie s'empare de certains terroristes et que, non pas deux tours mais dix, mais vingt, mais cent tours soient anéanties et s'effondrent dans un immense nuage de poussière et de cendres : le soleil ne serait-il pas obscurci, et la lune aussi ? On a bien vu un pilote malade faire volontairement crasher son avion avec tous les passagers…

Bien sûr, ces situations font trembler. Mais ces atrocités ne dépassent pas forcément les souffrances de certains malades incurables, ou la détresse de tant et tant de foyers abandonnés dans une misère inhumaine, de tant de réfugiés qu'on a obligés à quitter maison, terre, troupeaux, pays, et qui meurent de faim et de maladies. 

Ce qui est beaucoup plus préoccupant, c'est de penser à notre état d'âme, au moment de rencontrer le Christ. La mort de chaque homme est l'occasion de rencontrer le Christ ressuscité : sommes-nous prêts à cette rencontre ? Quand nous fermerons les yeux à cette vie, nous ne verrons plus l'éclat du soleil ou de la lune. Aurons-nous peur de voir le Fils de Dieu nous tendre les bras et nous accueillir avec douceur dans Son Royaume ? Ou préférerons-nous nous en détourner pour rejoindre les ténèbres ? 

D'autres expressions de l'évangile doivent nous interpeller. Ainsi, pourquoi le Christ parle-t-il du figuier plutôt que des plantes en général, puisque toutes les plantes reprennent vie au printemps et annoncent le prochain été ? 

C'est que le figuier est un arbre “particulier” ; on a déjà lu qu’Adam et Eve se couvrirent de feuilles de figuier (Gn 3:7) : ils se firent là le premier “cilice”, en signe de pénitence, car les feuilles de figuier sont extrêmement rêches sur un côté. Mais le figuier a aussi d'autres particularités : on dit que s'endormir sous un figuier provoque un très violent mal de tête. Curieusement aussi, le figuier ne montre pas de fleur au printemps : on dit que sa “fleur” est interne au fruit, qui d'ailleurs est extrêmement doux, comme chacun sait. Ainsi donc, Jésus fait observer qu'après ces feuilles rèches, arrivera bientôt le fruit qui est si doux. C'est une invitation à rester dans l'espérance, mais aussi dans la pénitence, en acceptant de bon gré les difficultés de la vie.

Et de quelle génération parle le Christ ? Evoque-t-il toujours et seulement la chute de Jérusalem et la fin du royaume d'Israël ? Ou plutôt quelque chose qui nous concerne nous aussi ? Comment comprendre cette génération ? Certainement : si le ciel et la terre passeront, c'est qu'un jour finira la génération humaine. Ce qui ne finira pas, seront les saintes Paroles du Christ, sa promesse de Vie éternelle.

Mais pourquoi le Christ dit-il un “petit mensonge”, affirmant que même le Fils ne connaît pas le jour ni l'heure de ces événements ? Nous savons bien que le Fils de Dieu connaît tout ce que fait son Père, après qu'il ait dit à la dernière Cène : Je suis dans le Père et le Père est en moi. Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; le Père qui demeure en moi accomplit les oeuvres (Jn 14:10). 

En réalité, bien évidemment le Christ ne nous révèlera jamais le moment précis où ce monde finira, ni même particulièrement l'heure précise de notre mort. S'il le faisait, nous serions trop tentés de remettre à plus tard le moment de nous préparer vraiment à Le rencontrer, alors que le Christ nous conseille instamment de veiller et prier sans cesse, pour être toujours prêts quand Il reviendra (Mt 24:44 ; 25:13).

 

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Que deviendra le Sacerdoce dans la Vie éternelle ? 

Il restera un éternel Sacrifice de louange et d'action de grâces, une prière solennelle à Dieu tout-puissant : la Rédemption sera désormais consommée et achevée : Les sages, dit Daniel, brilleront comme la splendeur du firmament, et les justes resplendiront comme les étoiles.

Quand le prêtre achève l’offrande des Dons aujourd’hui, il nous invite à prier avec lui : Que cette offrande… nous donne l’éternité bienheureuse.

Vivre dans le Christ aujourd’hui, c’est déjà posséder l’Eternité.

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Published by samuelephrem - dans Homélies - année B
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7 novembre 2015 6 07 /11 /novembre /2015 00:28

 32e dimanche per annum - B

 

Par la puissance de Dieu, le prophète Elie pouvait très bien multiplier lui-même la farine de cette brave veuve, mais il suscite en elle un désir de recevoir cette grâce. On le lit régulièrement dans l’Evangile : le Christ ne fait pas de miracles sans mettre à l’épreuve la foi des gens.

L'ordre d’Elie est étonnant et semble égoïste : fais d'abord un petit pain pour moi, après pour toi ! Mais la veuve sait bien que le prophète parle au nom de Dieu, et si Dieu lui demande ce sacrifice, elle ne va pas le Lui refuser. 

Il y a dans la vie des Saints d'autres exemples de cette générosité. Un moine du désert gagnait sa vie en tressant des paniers qu'il vendait ; quand il avait de quoi manger, il donnait le reste aux pauvres. Saint Giuseppe Cottolengo (v. 30 avril) à Turin avait organisé une véritable ville pour soigner toutes sortes de malades ; il ne recevait que des aumônes, ne faisait aucun compte, et jetait par le fenêtre ce qui restait le soir des aumônes de la journée ! Plus récemment encore, dans une prison communiste, un mourant qui avait reçu en cachette un morceau de sucre pour se remonter un peu, le fit donner à son voisin «qui en avait plus besoin», et le sucre fit ainsi le tour de la chambre pendant très longtemps : le miracle qui s’ensuivit fut que le mourant survécut, retrouva la liberté et passa encore de longues années en Occident, où il donna encore de nombreux témoignages de ce qu’il appelait ses prisons avec Dieu (Richard Wurmbrand, 1909-2001).

Plus on se détache, plus on est libre pour écouter ce que Dieu nous suggère.

 

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Le psaume 145 qui est proposé à notre méditation fait partie de la prière du matin des Juifs. Celui qui l’a composé exprime sa confiance totale en Dieu.

C’est une disposition d’esprit très bonne de se remettre totalement dans les bras de la Providence, comme la veuve qui a suivi le conseil d’Elie. 

Il n’est pas dit que cette confiance absolue signifie qu’on n’ait pas à se préoccuper de notre travail et de notre nourriture, puisque Dieu a dit à Adam qu’il gagnerait son pain à la sueur de son front. 

Mais en même temps que nous accomplissons là notre devoir, nous ferons bien de nous en remettre à la sainte volonté divine, Créateur de toutes choses et notre Père.

C’est bien le Christ qui nous a appris à prier : Donne-nous aujourd’hui notre pain (Mt 6:11) et qui nous a aussi enseigné à ne pas (nous) inquiéter du lendemain (Mt 6:34).

Dieu, notre Père, ne fait rien sans nous, de même que sans (lui) nous ne pouvons rien faire (Jn 15:5). Même si Dieu ne veut que le Bien pour nous, il ne nous impose rien par la force. Et c’est pourquoi il a besoin que nous élevions notre volonté vers la sienne : Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

 

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Arrêtons-nous maintenant sur l'épître aux Hébreux, l'épître sacerdotale par excellence.

On pourrait trouver une difficulté à comprendre ce que veut vraiment dire son auteur : d'un côté Jésus s'est offert une seule fois en sacrifice, et ce sacrifice est unique et définitif ; de l'autre côté, l'habitude s'est tôt installée dans l'Eglise de célébrer fréquemment le Mystère eucharistique : au moins le dimanche, puis chaque jour de la semaine. Pourquoi cette répétition d'un Sacrifice qui, étant parfait, n'a pas besoin d'être répété ?

Ce qui n'a pas besoin d'être répété est le Sacrifice lui-même de Jésus, qui est mort et ressuscité une seule fois. Jésus ne reviendra pas sur terre pour mourir et ressusciter une deuxième fois (et Il n'ira pas non plus s'incarner une deuxième fois sur une autre planète, pour aller sauver d'hypothétiques êtres qui habiteraient quelque part ailleurs dans on ne sait quelle galaxie ; c'est bien là la preuve à avancer pour détruire les hypothèses d'autres êtres vivants en-dehors de la terre). Le Sacrifice du Christ est bien définitif, unique dans l'histoire et dans le cosmos.

C'est cette sublimité du Saint Sacrifice qu'il faut envisager ici. Avant de mourir, Jésus veut que les Siens puissent goûter à leur tour, et faire goûter ensuite à toute l'Eglise, à tous les siècles, la sublimité de Son Sacrifice ; c'est pourquoi Il leur dit : Faites ceci en mémoire de moi. Ce corps qui va s'offrir à l'agonie, aux coups, à la croix, au sacrifice total, et qui va ressusciter, il va d'abord habiter ce Pain eucharistique ; et chaque fois que l'Eglise commémorera la Mort et la Résurrection du Christ, ce Pain sera à nouveau habité par le Corps et le Sang de Jésus Sauveur.

Quand le Christ dit Faites ceci en mémoire de moi, il ne nous demande pas d’évoquer une sorte de souvenir pieux, comme on le fait devant un Monument aux Morts. Ces Morts sont morts, et la guerre durant laquelle ils ont donné leur vie, n’aura plus lieu ; s’il se déclenche une nouvelle guerre, elle sera différente de la précédente.

L’expression en mémoire de moi a un sens beaucoup plus vivant : In mei memoriam facietis, où l’accusatif memoriam exprime un mouvement, une réalité vivante, qu’il faudrait pouvoir exprimer en termes beaucoup plus réalistes ; on pourrait tenter par exemple : Faites ceci (toujours) pour me rendre présent (au milieu de vous).

Si donc nos yeux de chair ne peuvent pas voir le Corps de Jésus sur la Croix avec toutes ses plaies, la sublimité de ce Sacrifice s'actue tout de même à l'autel sous nos yeux, pour raviver à chaque fois notre vie intérieure, nous éblouir par la solennité de la Résurrection, nous combler de grâces en présence du Christ-Pain eucharistique. Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! (Jn 20:29).

Les prêtres eux-mêmes le savent : on ne peut expliquer ce qui se passe sur l'autel, à chaque Sacrifice eucharistique. Mais ce qui est bien réel, c'est que le Prêtre prononce les paroles-mêmes de Jésus-Christ pour bien en actuer la présence : Ceci est mon Corps. Ceci est mon Sang. Faites ceci en mémoire de moi !  Le prêtre ne dit pas : Ceci est le corps du Christ, mais bien : Ceci est mon Corps. A ce moment-là, le prêtre n'est plus lui-même ; c'est le Christ qui parle en lui. Il n'y a pas de mots pour expliquer cette métamorphose sacrée, mais c'est la réalité. 

On pourrait dire que cette situation refait le mystère de l’Incarnation. Comme Jésus était Dieu et Homme, à la consécration le prêtre est Dieu et homme, Dieu en répétant les paroles-mêmes du Christ, homme parce que la nature humaine est bien présente.

Oh, combien de Chrétiens essaient-ils de s'introduire dans ce Mystère eucharistique, dans cet Amour de Dieu ?... Comme Dieu serait honoré et consolé, si tous les fidèles s'approchaient de l'Eucharistie pour la fêter, pour la vénérer, pour la célébrer, la chanter, la recevoir !

 

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L’évangile nous parle encore de veuves par deux fois.

Jésus nous avertit de nous méfier des scribes qui dévorent les biens des veuves. Puis il fait l’éloge de cette pieuse veuve qui a tout donné au Temple.

Une veuve est une personne qui n’a plus son soutien ; son mari n’est pas là pour l’aider. Si certaines se remarient, d’autres demeurent en cet état et consacrent leur temps, leur personne à de bonnes œuvres. Certaines tombent dans des pièges et perdent tout : le Christ y fait allusion.

Celle de l’évangile a donné tout ce qu'elle avait pour vivre, soit deux piécettes. En somme : deux centimes ou vingt centimes. Elle ne joue pas au Loto, ni au Tiercé, elle ne connaît pas ces frivolités et ces jeux de hasard ; simplement, elle donne. Elle est convaincue que ce qu’elle donne au Temple, elle le donne à Dieu. 

Elle pourrait être aussi prise de scrupule, de honte, mais là aussi elle ne s'occupe pas du qu'en-dira-t-on : elle ne sait même pas si d'autres donnent plus ou moins qu'elle ; elle donne. 

On pourra suggérer : mais n'est-elle pas imprudente ? Jésus ne parle pas de cela ; la prudence est une vertu fondamentale, certes, mais cette veuve a sans doute déjà réfléchi à sa situation : si elle est veuve, âgée, elle n'a plus de famille à nourrir, elle se contente de peu et donne ce qu'elle a.

Comme son geste est sublime devant Dieu ! Seul Dieu en estime la valeur. Les hommes regardent les chiffres, mais Dieu ne compte pas comme les hommes. Un psaume est là-dessus très éloquent : L'homme verra les sages en train de mourir ; l'insensé autant que le sot périront, et laisseront à des étrangers leurs richesses. Leurs sépulcres seront leurs maisons pour l'éternité ; leurs tentes de génération en génération, même s'ils ont donné leurs noms à leurs terres (Ps. 48:11-12).

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Comme toujours à cet endroit, la Prière du jour prend une couleur particulière à la lumière de ce que les lectures nous ont enseigné. Aujourd'hui cette expression en apparence banale prend maintenant toute sa valeur : Que nous soyons libres pour accomplir Ta volonté.

Voyons aussi si la Prière sur les Offrandes ne reflète pas la Lettre aux hébreux : Qu’en célébrant la passion (du Christ), nous entrions de tout cœur dans son mystère.

 
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Published by samuelephrem - dans Homélies - année B
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6 novembre 2015 5 06 /11 /novembre /2015 22:32

31e dimanche per annum - B

 

Le livre du Deutéronome (la «deuxième Loi», la Loi nouvelle) pourrait être appelé le «testament» de Moïse, car il expose les ultimes enseignements et recommandations que Moïse donna à tout le peuple d’Israël à la veille d’entrer dans la Terre Promise. Moïse sait en effet qu’il n’entrera pas dans cette Terre (cf. Nb 20:12). Avant de mourir, il s’adresse une dernière fois au peuple choisi.

Cette cinquième partie de la Loi, de la «Torah», n’est pas vraiment une deuxième Loi, supprimant la précédente, mais reprend la quintessence de la première révélation reçue par Moïse au Mont Horeb pour la nouvelle génération du peuple, la génération qui n’a pas connu toutes les vicissitudes de la traversée du désert : maintenant, elle s’apprête à arracher aux païens cette Terre Promise.

L’extrait d’aujourd’hui commence par le mot «craindre», qu’il faut bien comprendre dans son sens positif. La crainte de Dieu n’est jamais une «peur» quelconque devant un Etre tout-puissant et implacable dans ses décisions ; ce serait vraiment là construire une image du Créateur incompatible avec sa Bonté et sa Miséricorde.

La Crainte de Dieu est une vertu qui comporte à la fois un amour inconditionné pour notre Père céleste, un immense respect pour cet Etre parfait, un désir profond d’être en communion avec Lui. La peur est quelque chose de naturel, que nous inspire un danger quelconque ; la Crainte de Dieu doit nous inspirer bien au contraire l’attirance vers la Perfection divine, comme un aimant attire à lui tout objet en fer ; Dieu est notre Aimant, et qui, mieux que Lui, peut porter ce nom ?

C’est par amour pour Dieu que les enfants d’Israël doivent mettre en pratique tous les commandements de la Loi, et Moïse assure à ses auditeurs que, tant qu’ils y seront fidèles, ils recevront la bénédiction de Dieu.

Dans un style très solennel, liturgique même, Moïse adresse cette sublime recommandation : 

«Ecoute, Israël…», en hébreu : SHEMA, ISRAËL…

D’abord, Moïse rappelle l’essence-même du judaïsme, le monothéisme :  Yahwe est le Dieu unique ; il n’y en a pas d’autre. Et ce Dieu unique, il faut L’aimer de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force

Le «Shema» est resté encore aujourd’hui «la» prière fondamentale de tout juif pieux. C’est la pierre d’angle de sa foi en un Dieu unique, un Dieu d’amour qui veut notre amour. C’est aussi le commandement fondamental que Jésus nous a rappelé : Voilà le plus grand et le premier commandement. Le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. A ces deux commandements se rattache toute la Loi, ainsi que les Prophètes (Mt 22:38-40). Et c’est également ce qu’écrit l’évangéliste Marc, que nous allons lire.

 

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Il y a apparemment une erreur dans le choix du psaume d’aujourd’hui : si le titre indique bien Psaume 17 , le texte provient en réalité du psaume 118, de contenu analogue (cf. Ps 118:97-106). C’est une louange à Dieu, notre Lumière, qui nous conduit au salut.

Mais dans le psaume 17, il y a cette acclamation au Rocher, qui personnalise la force de Dieu. C’est de ce Rocher que jaillit l’Eau vive dans le désert (Ex 17:1-7), et c’est à ce Rocher que nous nous accrocherons pour rester forts contre l’Ennemi.

En introduction à ce psaume, David rappelle qu’il l’écrivit en action de grâces à Dieu, pour l’avoir arraché à la main vengeresse de Saül. 

Ce n’est pas sans référence à ce Rocher, que Jésus a surnommé Simon Pierre, et que sur cette Pierre il a fondé l’Eglise (Mt 16:18).

Le psalmiste, qui s’attache à la Loi de Dieu, ne se montre pas contraint d’adhérer à cette Loi par la force, contre sa volonté : il aime la Loi de Dieu, qui lui donne la force intérieure de l’âme. 

Cette Loi d’amour n’a pas changé avec le Nouveau Testament. Ce qui était propre à l’Ancien Testament, dans l’attente du Messie, a été porté à accomplissement par Jésus-Christ. C’est ainsi que le Sacerdoce d’Aaron reçut sa pleine maturation dans le Sacerdoce du Christ.

 

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Dans l’ancienne Alliance, dit l’auteur sacré, un grand nombre de prêtres se sont succédé, qui devaient offrir chaque jour des sacrifices. Nous pourrons objecter : mais les prêtres de l’Eglise catholique, eux aussi, meurent, et doivent être remplacés ; et eux aussi doivent chaque jour célébrer le Saint Sacrifice de la Messe.

Tous ces sacrifices sont de nature différente. Dans l’ancienne Alliance, il fallait offrir un sacrifice nouveau pour chaque occasion, pour chaque péché, pour chaque impureté ; il fallait une quantité de prêtres pour offrir tant de sacrifices, c’était toute une tribu, la tribu sacerdotale de Levi, sans territoire précis en Israël, mais présente en plusieurs villes, et qui était exclusivement attachée au service du Temple.

Le Sacrifice de Jésus, en revanche, est unique, et définitif. Jésus, victime parfaite et sans tache, s’est offert une fois pour toutes sur la Croix. Ce Sacrifice marque la victoire totale sur le péché de toute l’humanité. Quand les prêtres offrent le Sacrifice de la Messe, ils répètent, mystérieusement mais réellement, ce même et unique Sacrifice, qui retombe en grâces sur chacun de nous, permettant ainsi aux fidèles, à leur tour, de recevoir l’Eucharistie en nourriture.

Quand un prêtre ne célèbre pas la sainte Messe, quelle qu’en soit la raison - car les prêtres aussi ont le droit d’être malades ou fatigués, parfois même à bout de forces… -, il ne retire rien au Sacrifice unique du Christ ; certes, il prive lui-même et les fidèles de grâces intérieures précieuses, auxquelles cependant l’Eglise rappelle qu’ils peuvent suppléer par une «communion de désir», en s’unissant aux autres Messes qui se célèbrent ailleurs dans le monde entier et en appelant de tout leur cœur la présence de Dieu en eux.

L’Eglise a besoin de prêtres, de nombreux prêtres ! Il y en a beaucoup dans les pays dits du Tiers-Monde, et il en vient souvent dans nos régions. Notre société occidentale a besoin de se réveiller, d’aimer Dieu de tout son cœur, pour que nombreux soient ceux qui acceptent de répondre à l’appel de Dieu, de se consacrer à Lui pour annoncer l’Evangile et célébrer les Sacrements.

 

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Le scribe qui s’est adressé à Jésus fait une remarque que nous ne devons pas oublier : tous les sacrifices du Temple demeureront peu de choses, s’il n’y a pas d’abord, et avant tout, l’amour de Dieu et du prochain. Ce scribe avait compris que les choses extérieures sont trop facilement rituelles et mécaniques, s’il n’y a pas au-dedans de nous une vraie vie spirituelle, une vraie écoute de Dieu, une vraie disposition du cœur à appliquer la Parole divine.

Beaucoup de chrétiens reprochent aux fidèles de ne pas être cohérents entre leur pratique à l’Eglise et leur vie de chaque jour… Mais personne ne les empêche, eux, de donner le bon exemple, en accordant leur vie à l’Evangile ; grâce à eux, nos églises se rempliraient à nouveau de chrétiens authentiques, exemplaires, fervents, et nos célébrations y gagneraient !

Il reste que Jésus ajoute encore une réflexion : Tu n’es pas loin du royaume de Dieu. Le bon scribe avait déjà beaucoup cheminé intérieurement, son cœur aimait la Vérité, il lui restait à adhérer au Christ, à Le reconnaître comme le Messie, contrairement aux autres scribes qui ne cessaient de critiquer Jésus. Peut-être l’a-t-il fait : seul Dieu le sait.

Et nous ? Où en sommes-nous ? Sommes-nous comme ce scribe anonyme ? Aimons-nous Dieu de tout notre cœur, et notre prochain comme nous-mêmes ? Les sacrements que nous demandons, baptême, communion, mariage, sont-ils vraiment des démarches chrétiennes, ou seulement l’occasion de faire de belles photographies ? 

 

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Que nous manque-t-il ? Qu’est-ce qui entrave notre route ? Nous manque-t-il de l’élan, de la force, de la persévérance ? Relisons la Prière du jour, et disons-la avec conviction : 

Accorde-nous de progresser sans que rien nous arrête.

Et quelle sera notre force ? Nous le disons dans la dernière Prière : fortifiés par tes sacrements, par l’Eucharistie.

Béni soit Jésus au Très Saint Sacrement de l’autel !

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23 octobre 2015 5 23 /10 /octobre /2015 23:17

30e dimanche per annum - B

 

Le passage du prophète Jérémie se trouve dans le Livre de la Consolation du même Prophète (30-31). Jérémie a dû le rédiger vers 622 avant Jésus-Christ. Depuis un siècle que des Juifs avaient été déportés à Babylone, on vivait en Israël loin de Dieu, on adorait des dieux païens jusque dans le Temple. Et voilà que sous le roi Josias, on retrouva le texte de la Loi, qu’on avait complètement oublié et égaré. Le roi Josias avait alors provoqué une profonde réforme religieuse. Allait-on voir revenir les exilés ?

Le retour ne sera pas immédiat ; trois autres déportations vont encore frapper les Juifs et le Temple sera détruit (587). Ce ne sera qu’en 538 que Cyrus proclamera la libération des Juifs et leur retour en terre d’Israël : presque deux siècles d’oppression, d’exil, loin de la Terre promise, loin de Jérusalem.

Jérémie, qui avait annoncé cette longue période d’affliction (ch. 29), ajoute maintenant cette consolation : l’épreuve prendra fin, Dieu sauvera son peuple, car Il l’aime encore. Lui-même ramènera les exilés, Juda et Israël seront rassemblés.

On comprend le motif de cette joie exubérante : Poussez des cris de joie !

L’aveugle et le boîteux qui reviennent sont en même temps tous ceux qui, enfin, voient la Lumière et marchent dans le droit chemin. Ce verset peut évoquer la phrase du Christ faisant répondre à Jean-Baptiste : Rapportez à Jean-Baptiste… : les aveugles voient, les boiteux marchent… (Lc 7:22). La femme enceinte et la jeune accouchée font ici allusion à la Vie qui continue malgré toutes les épreuves.

Plutôt que les eaux courantes auxquelles Dieu va conduire cette foule en liesse, il faudrait lire le texte original qui dit : des torrents d’eau, non pas des torrents dangereux et redoutables, mais emplis de cette eau vivifiante qui sera présente sans cesse, abondante, pour le rafraîchissement, pour la purification. Par opposition aux eaux stagnantes qui engendrent la pourriture, l’eau qui coule en abondance évoque le renouvellement. C’est toute une symbolique de Vie qui s’exprime ici.

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Le psaume 125, un de ceux que répétaient les Juifs en montant vers le Temple de Jérusalem, évoque ce retour heureux, après la douleur de l'éloignement, après l’épreuve et la punition que le peuple juif s’était attirées par son idolâtrie.

De la même façon que ce peuple se sentait puni par Dieu, de même maintenant il remercie Dieu pour la joie qu’il reçoit. On pourrait rapprocher ce chant d’action de grâce du cantique de Marie qui, dans son Magnificat, remercie Dieu d’avoir jeté les yeux sur son humble servante (Lc 1:48).

Le psalmiste souligne qu’on le répète parmi les nations, car ces événements n’étaient pas inconnus, les bruits circulaient, on connaissait quel était ce peuple choisi par Dieu, libéré de l’Egypte au milieu de grands signes, tantôt puni, tantôt pardonné. Ici encore, on pourrait rapprocher ce verset du cantique de Marie annonçant que désormais toutes les générations (la) diront bienheureuse (Lc 1:48).

On retrouve ici les torrents, qui inondent brusquement le désert du Negeb, presque toujours sec.

Pour le peuple d’Israël, le chant de ce psaume évoqua peu à peu, au-delà du retour historique à Jérusalem,  l’ère messianique, l’avènement du Sauveur, avec Son règne de paix. Jérusalem signifie vision de paix.

 

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L'auteur de l'épître – saint Paul ou un de ses plus fidèles disciples – présente la mission du grand-prêtre, qui est d'offrir des sacrifices pour les péchés, à commencer par ses propres péchés. Le grand-prêtre est le pontife (pontem facere) qui «fait le pont» entre Dieu et les hommes. Mais Jésus n’a pas de péchés à expier, c’est ce qui rend son sacrifice si parfait.

La deuxième antienne de communion nous rappelle que le Christ s'est livré pour nous en offrant à Dieu le seul sacrifice qui soit digne de lui (Eph 5:2). 

Cette mission sacrificielle ne vient que de Dieu. Aaron l'a reçue par une onction spéciale, mais pour un temps seulement, tandis que bien avant lui, Melchisédech l'a reçue par un appel tout spécial de Dieu, et non par quelque héritage humain. La même épître aux Hébreux rappelle que : Melchisédech, qui est sans père, sans mère, sans généalogie, dont les jours n’ont pas de commencement et dont la vie n’a pas de fin, qui est assimilé au Fils de Dieu, ce Melchisédech demeure prêtre pour toujours (He 7:1,3). 

Ce sacerdoce visible était une manifestation du sacerdoce de Jésus-Christ : Jésus est prêtre parce qu'il est d'abord Fils de Dieu, selon une génération divine et éternelle, non humaine. Dieu lui dit en effet - l’épître cite un autre psaume : Tu es mon fils, c’est moi qui, aujourd’hui, t’ai engendré (Ps 2:7). «Aujourd’hui» exprime ici une éternité toujours présente : le Fils est l’éternel Engendré. Cette éternité se retrouve aussi dans le passé de je t’ai engendré ; en grec, cette formule exprime le résultat durable d’une action désormais accomplie une fois pour toutes. La génération éternelle du Fils de Dieu en fait en même temps LE prêtre éternel.

Que de fois lisons-nous ce verset du psaume 109 : Tu es prêtre pour l'éternité, selon l'ordre de Melchisédech. Pour l'éternité ! Tandis qu’Aaron et tous les prêtres d'Israël ont été chargés de cette mission durant et seulement durant leur vie, Jésus demeure prêtre éternellement ; à sa suite, et par le sacrement qu’il a confié à l’Eglise, tous les prêtres de l'Eglise reçoivent l'onction du sacerdoce pour l'éternité.

Quelle grandeur est ainsi liée au sacerdoce ! Même les prêtres, parfois, l’oublient, mais ils ne perdront jamais cette onction sacramentelle qui leur donne comme un nouveau caractère.

 

*       *       *

 

Jérémie nous a parlé de l’aveugle. En voici un, sur la route de Jésus.

Plein de foi, il appelle le Prêtre, Jésus ; il l'implore d'avoir pitié de lui. 

On pourrait remarquer deux aspects dans la psychologie de cet aveugle. D'un côté, sa foi réelle, à laquelle Jésus répond par un miracle, car c'est sa foi qui l'a sauvé. D'un autre côté, quelque chose qui, dans son âme, lui faisait sentir le besoin d'une lumière intérieure, pour sortir des ténèbres du monde où il se sentait prisonnier ; n’était-il pas un aveugle fictif, qui feignait la maladie pour toucher le cœur des passants ? 

Le texte dit qu’il bondit et courut vers Jésus, avant même sa guérison ; c’est donc qu'il y voyait suffisamment ! De faux aveugles, il y en a et il y en aura ; mais il en est qui sentent leur maladie intérieure et qui demandent à en être libérés ; pensons et convainquons-nous que nous sommes tous des aveugles.

Jésus nous apporte la lumière. Comme au moment de la création du monde, Dieu dit tout d'abord : Que la lumière soit (Gn 1:3), ensuite viennent les autres éléments de la création - le soleil et la lune seulement au quatrième jour. Cette lumière n’est pas encore la «vraie» lumière ! La vraie lumière est celle dont l'évangéliste Jean parle au début de son évangile : (Jésus) était la vraie lumière, qui illumine tout homme qui vient au monde (Jn 1:9). 

Il ne s’agit plus ici d’une lumière qui nous fait distinguer un objet d’un autre objet. Jésus illumine notre âme par la Vie qu’Il nous donne dans les Sacrements.

Il n’est pas question ici de mettre en doute le miracle de la guérison de cet aveugle. S’il était vraiment aveugle, le Christ lui a rendu la vue ; mais s’il était seulement aveugle dans son âme, ce qui est bien plus grave, Jésus lui a rendu la vue spirituelle, pour contempler la Vérité et la proclamer. Il y a une cécité intérieure qui nous frappe sans cesse, et dont nous devons sentir l’impérieux besoin d’être délivrés par la grâce divine.

A ce monde qui est tout entier plongé dans le mal (1 Jn 5:19), Jésus apporte la Lumière, le Salut. 

*       *       *

 

Qu'éclate alors notre action de grâces personnelle, avec l'antienne de communion : Joyeux d'être sauvés, nous acclamons le nom de notre Dieu

Toute personne qui reçoit l’absolution du prêtre, sent en soi cette libération, cette légèreté intérieure qui la réjouit.

A la suite du peuple juif qui se convertit de l’idolâtrie et retourna au seul vrai Dieu, à la suite de l’aveugle qui fut inondé de la vraie Lumière, demandons dans notre cœur la grâce de servir Dieu d’un cœur sans partage.

Demandons à Dieu de susciter beaucoup de vocations sacerdotales, beaucoup de saints prêtres selon l'ordre de Melchisédech.

 
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16 octobre 2015 5 16 /10 /octobre /2015 23:06

29e dimanche per annum - B

 

 

Récemment (au 24e dimanche), nous avons entendu Jésus annoncer à ses apôtres qu’il devait souffrir, avant de ressusciter, et nous avons entendu Pierre protester, et se faire remettre en place sévèrement par son Maître.

Aujourd’hui, donc, nous lisons dans la première lecture cette prophétie extraite du chapitre 53 d'Isaïe, où le prophète annonce la passion du Sauveur ; c'est le quatrième chant du Serviteur de Yahvé, qui illustre plusieurs siècles à l'avance quelles seront les souffrances du Christ, et aussi sa victoire : A cause de ses souffrances, il verra la Lumière, c’est-à-dire : il ressuscitera.

Pierre ne pouvait l’ignorer, mais il n’avait pas fait le rapprochement entre ce Serviteur et le Messie Jésus, ou bien avait pensé qu’il s’agissait d’une sorte d’histoire pieuse, d’un «genre littéraire». 

L’homme n’aime pas la souffrance. Cette réaction toute spontanée prouve que notre être intime conserve la mémoire de la créature parfaite qui ne devait pas souffrir, tels qu’étaient Adam et Eve avant leur péché.

Mais Dieu avait besoin d’un sacrifice total, parfait, pour «refaire» la création. Cette perfection, seul Dieu pouvait la connaître, et c’est pourquoi en la Personne de Jésus ont été réunies et la divinité et l’humanité. Homme parfait, Jésus offrit à Dieu le Père un sacrifice parfait.

Jésus à vraiment fait de sa vie un sacrifice d’expiation. Vraiment à cause de ses souffrances, il sera comblé. Réellement, parce qu’il a connu la souffrance, le juste justifiera les multitudes, il se chargera de leurs péchés.

Jésus est l’Agneau de Dieu, qui porte (enlève) le péché du monde, avait dit Jean-Baptiste (Jn 1:29). Et parce qu’il enlève nos péchés, il nous donne l’accès à la justification, à la sainteté, à la vie éternelle.

*       *       *

Les trois strophes de psaume que nous avons à méditer sont tirées des neuf strophes du psaume 32, un bel hymne à la Providence, un chant à la Miséricorde et à l’Amour de Dieu.

Quand notre pensée se désespère à l’écoute des nouvelles des guerres, des attentats, des morts, regardons vers Dieu, qui est au-dessus de nous et qui voit tout. Il sait ce que font les hommes, il connaît les épreuves de chacun, il ne prive personne de Sa grâce : la terre est remplie de son amour.

Jésus, Dieu incarné et visible, a connu ces épreuves, il les a assumées comme personne ne pourrait le faire, jusqu’à connaître la mort. Seul un Dieu peut nous délivrer de la mort, comme l’a démontré Jésus par sa Résurrection, de même qu’il avait ressuscité le jeune homme de Naïm (Lc 7:11-17) et Lazare (Jn 11) .

*       *       *

Continuant la Lettre aux Hébreux, que nous poursuivrons jusqu’à la fin de l’année liturgique, nous y relisons comment son auteur rappelle aux Hébreux persécutés combien le Prêtre Jésus est le prêtre parfait, parce qu’il est, comme on l’a dit plus haut, Homme et Dieu.

Parfaitement Homme, Jésus sait partager nos faiblesses (ormis le péché, bien sûr). C’est plus qu’une compassion, si généreuse soit-elle, telle que l’ont démontrée tant de Saints au service des malades. Jésus s’est mis à notre place.

Pour recevoir la grâce de son secours, nous ne devons pas craindre de la demander à Dieu, de la désirer, de l’accueillir vraiment.

Est-ce que nous cherchons à nous imprégner de la Parole de Dieu, dans l’Ecriture ? Est-ce que nous nous efforçons de recevoir le Corps du Christ dignement, et souvent ?

N’avons-nous pas souvent remis : oui, je vais le faire…

*       *       *

On a souvent parlé de l'impétuosité de l'apôtre Pierre, de sa précipitation parfois naïve. Aujourd'hui, un épisode du même chapitre 10 de Marc nous amène à découvrir un autre genre de naïveté : Jésus venait de parler à ses Apôtres de leur «récompense» au ciel après qu'ils auront tout laissé pour Le suivre. 

Voilà donc les deux frères, Jacques et Jean, qui viennent demander une «faveur» pour ce Royaume futur, nous dirions «une promotion»... 

En Matthieu (Mt 20:20) c'est leur maman qui intervient. Le détail pourrait être sans importance, mais on observera qu'à cette occasion au moins, les deux apôtres Jacques et Jean n'ont pas encore vraiment laissé leur mère et leur famille pour suivre Jésus. Ni eux ni leur mère n'ont compris qu'ils devaient abandonner toute ambition terrestre.

Jésus reste patient avec eux et ne leur reproche pas leur erreur. Il les exhorte seulement, par sa question, à désirer plus ardemment partager avec lui la coupe qu'il doit boire

Mais inévitablement, les autres apôtres ne manquent pas, à leur tour, de céder à une réaction bien humaine aussi : ils s'indignent contre les deux «ambitieux». Oh ! Comme il est difficile, même entre amis, d'avoir toujours des sentiments détachés, libres de toute considération humaine, pour ne vivre que dans la charité fraternelle, humble et désintéressée !

Observons comment le Maître de la Vérité profite de l'occasion pour donner à tous, et à nous bien sûr, ne l’oublions pas, un enseignement qui est en même temps une prophétie : pour être le premier, il faut se faire le dernier, l'esclave de tous, comme le fera justement Jésus en acceptant de se livrer aux mains de ses ennemis, pour servir et non pour être servi.

Ne jugeons pas les Apôtres pour leurs petites sautes d'humeur ; pensons aux nôtres ! Et voyons comment chacun d'eux a su petit à petit faire un chemin vers la perfection, jusqu'à l'immolation totale pour la Vérité, pour l'amour de Dieu, en pardonnant totalement à ceux qui les maltraitaient, à l'image du Maître. 

Ainsi Pierre qui, condamné à la croix, demanda d'être immolé la tête en bas, se jugeant indigne de mourir comme son Maître ; ainsi Jacques, qui sera décapité à Jérusalem ; ainsi Jean qui, s'il n'est pas mort martyr, subit beaucoup de souffrances de la part de l'empereur païen qui l'exila à Patmos (la Tradition raconte qu'à Rome Jean aurait été précipité dans un chaudron d'huile bouillante, dont il serait sorti indemne, ce qui lui valut l'exil) ; Barthélemy fut écorché vif, de la tête aux pieds ; André fut crucifié sur la croix en X...

C'est aussi ce qu'on lit à propos des Martyrs des périodes récentes, au Japon, en Angleterre, en Corée, en Chine, au Mexique, en Espagne : torturés, ils priaient pour leurs ennemis, en leur pardonnant. 

Citons ce cas récent, du diacre espagnol Juan Duarte Martín, béatifié en 2007. Il avait déjà subi différentes tortures et fut horriblement mutilé en prison ; amené au lieu de son exécution, on lui ouvrit le thorax à coups de hache, on y  versa de l’essence et on y mit le feu. Dans cet état, le jeune diacre (il avait vingt-quatre ans), eut encore la force de dire : Je vous pardonne, et je demande à Dieu de vous pardonner. Vive le Christ Roi ! (15 novembre 1936).

*       *       *

Ces Martyrs nous ont donné l'exemple de servir Dieu sans partage, pour reprendre l'expression de la Prière du jour. 

Certes, le martyre est une grâce que Dieu ne donne pas à tous, mais nous sommes tous appelés à servir Dieu pleinement, en apprenant à être les serviteurs de nos frères.

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9 octobre 2015 5 09 /10 /octobre /2015 22:47

28. dimanche per annum - B

 

 

La première lecture est une admirable action de grâces pour la Sagesse qu'a reçue Salomon - le présumé auteur du Livre de la Sagesse. 

On s'en souvient, ce jeune roi avait demandé à Dieu de recevoir la Sagesse, plutôt que la richesse, et Dieu l'avait exaucé en lui accordant et l'une et l'autre (2 Ch 1:7-12). Comblé, le roi remercie Dieu pour ce don inestimable, qu'il a trouvé tout d'abord, dit-il, après avoir prié, après avoir supplié.

La Sagesse divine peut à juste titre être identifiée à la personne divine du Fils de Dieu. La demander et la recevoir ne peut arriver qu'en Lui accordant une place de choix dans notre cœur et dans notre personne. On le lit plus loin : Je l'ai préférée aux trônes... l'or du monde auprès d'elle n'est que du sable... je l'ai aimée plus que la santé... 

On est parfois tellement préoccupé par la santé, qui est un bien si précieux. Mais Dieu parfois nous éprouve dans cette santé ; il faut accepter l’épreuve «avec sagesse». 

 

*       *       *

 

Le psaume 89 se fait l'écho de cette bienheureuse sagesse. C’est un psaume qui exprime aux yeux de Dieu la fragilité de l’homme : Mille ans sont à tes yeux comme un jour… tu les emporte, (comme) un songe au matin.

Le psalmiste met la Sagesse au premier plan de sa prière : même s'il implore Dieu pour ses serviteurs éprouvés, il exprime à Dieu son humble volonté de connaître l'œuvre divine avant tout. 

Ce sera aussi la prière de Jésus au Jardin des Oliviers : Non pas ce que je veux, mais ce que tu veux (Mc 14:36).

 

*       *       *

 

Ce dimanche voit la continuation des textes de dimanche dernier, tant dans l'épître aux Hébreux que dans le chapitre 10 de saint Marc. 

Recevoir la Sagesse de Dieu, c'est recevoir sa Parole, le Verbe éternel : le Christ. 

Dans l'Ecriture, les mots Sagesse, Parole, Verbe, peuvent toujours être assimilées au Fils de Dieu incarné, à Jésus-Christ notre Sauveur. 

Le bref passage d’aujourd’hui parle de cette Parole qui pénètre au plus profond de l'âme. Nous le sentons bien nous-mêmes : quand la Parole de Dieu nous est proclamée durant la Liturgie, quelque chose (ou Quelqu’un) nous invite à accueillir cette divine Parole, comme des enfants (cf. l'évangile de dimanche dernier).

 

*       *       *

 

Aujourd'hui, ce même dixième chapitre de Marc se poursuit avec un épisode bien connu, celui du jeune homme riche. 

On dirait de prime abord que Jésus lui reproche de l'appeler Bon ; pourtant, par sa divinité, Jésus mérite  ce titre plus que tout autre. Il insiste même : Seul Dieu est bon

On peut supposer que Jésus a voulu «pénétrer au fond des mœlles» de ce jeune homme, et lui rappeler justement que son attitude n'était pas celle d'un enfant disponible à recevoir la Parole de Dieu. Son attitude de se mettre à genoux et d'interpeller Jésus sur la vie éternelle est un peu trop formelle, trop conventionnelle, alors que dans son cœur le jeune homme n'est pas disposé à la conversion totale. C’est ce que les versets suivants vont nous confirmer.

Jésus ne parle pas du «premier» commandement : Adorer Dieu et L'aimer plus que tout, dont il sera en revanche question un peu plus loin, au douxième chapitre. Ici, Jésus semble se «limiter» aux commandements plus humains qui en découlent et qui apparaissent parfois plus «faciles» : ne pas tuer ni commettre l'adultère, ne pas voler, ni mentir, honorer les parents. Ce sont les Commandements de Dieu, que Jésus reprend dans l'ordre à peu près inverse de leur succession habituelle. 

Ce qui surprend, c’est l'assurance du jeune homme : Tout cela, je l'ai observé depuis l'enfance ; comme s'il n’avait jamais connu aucun manquement :

  • Certes, il n’a pas tué, mais n’a-t-il jamais eu une parole dure envers un proche, ou souhaité la «punition» d’un pécheur, la malédiction ?
  • Certes, il n’a pas commis l’adultère, mais n’a-t-il jamais nourri quelque pensée malsaine ?
  • Certes, il n’a pas enfoncé une porte pour voler, mais n’a-t-il jamais convoité quelque bien, ni détérioré un bien autrui ?
  • Certes, il n’a pas menti effrontément, mais n’a-t-il pas eu des réticences ou des silences fautifs ?
  • Certes, il n’a pas insulté en face ses parents, mais a-t-il vraiment tout fait pour les honorer, les aider, les entourer d’affection ?

Ceci pourrait être un petit examen de conscience pour chacun. Mais écoutons maintenant Jésus.

Jésus va lui parler au plus profond des mœlles». Il le regarde profondément : recevons nous aussi ce regard.

Et, dit l'évangéliste, il se mit à l’aimer. Seulement alors ? Certainement pas, mais maintenant, l'amour de Jésus souffre davantage pour la conversion de ce jeune : Jésus prie intérieurement pour que Ses propres mérites touchent ce garçon trop sûr de lui et là, la Vérité parle tout entière : Vends ce que tu as, donne-le aux pauvres. Jésus ne dit pas de placer l'argent, de le prêter, mais de le donner. Ce jeune homme avait certainement de quoi vivre facilement, mais il était attaché à ces biens, bien plus qu'à la Sagesse de Dieu. Et il s'en va tout attristé, disons plutôt : tout confus de sa première audace. L'Evangéliste ne dit pas ce qu'il fit ensuite : on ne peut que souhaiter qu'il réfléchit, qu'il se reprit, et qu'il se convertit vraiment.

Et moi, qu’est-ce que je fais, quand je me rends compte que je suis attaché à quelque chose ? 

Vient ensuite l'enseignement sur le détachement. Remarquons-le bien : Jésus ne nous interdit pas de posséder, il nous reproche d'être attaché aux richesses, de ne pas en disposer pour faire du bien. De plus, il ne parle pas que des biens matériels ; plus bas il dit qu'il faut quitter : frères, sœurs, mère, père, enfants. Tous ces trésors sont des «richesses» quand nous y sommes attachés plus qu'il ne faut au détriment du Royaume de Dieu. 

En même temps Jésus explique ici en quoi consiste l'appel de Dieu à la consécration, sacerdotale ou religieuse. Se consacrer à Dieu ne consiste pas à oublier les siens, à claquer la porte de la maison de famille. 

Il n'est pas toujours facile de quitter les siens ; parfois ce sont eux à empêcher leur fils ou leur fille de se consacrer. La vie des Saints contient une foule d'exemples de ce genre de conflits. Dans tous les cas, on voit que l'amour de Dieu n'est pas total, ni inconditionnel, parce que l'on est attaché aux «richesses». Jésus a cette comparaison amusante qu' il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu : expliquons que ce chameau peut être compris au sens de «la corde faite avec du poil de chameau», ce qui représente tout de même une certaine difficulté pour passer par le trou de l'aiguille ! 

L'appel de Dieu passe donc par cette exigence. Jésus nous le rappelle : si cela nous semble trop difficile humainement parlant, tout devient possible avec la grâce de Dieu : Comme l'avait déjà dit l'Ange à Marie : Rien n'est impossible à Dieu (Lc 1:37). On peut aisément concevoir que les Apôtres reçurent une grâce spéciale pour suivre Jésus, laissant derrière eux les filets, la banque, les terres familiales. Voici Pierre, avec sa naïveté tout enfantine, qui reprend la parole : Eh bien, nous, nous avons tout quitté pour Te suivre ! Alors ?

Ici, Jésus ne le rabroue pas, mais il va laisser entrevoir à Pierre, à tous les Apôtres, et à nous tous, ce qui nous attend : cent fois plus de maisons, de frères, de sœurs, de mères, d'enfants, de terres ! Comment est-ce possible ? Simplement les serviteurs de Dieu seront partout comme chez eux, ils seront heureux d'habiter d'autres terres, de côtoyer d'autres peuples, leur amour immense de tous les hommes fera que tous seront pour eux d'autres frères, d'autres sœurs, d'autres mères, d'autres enfants. En effet, le prêtre, les religieuses, tous ceux qui donnent leur vie pour Dieu, sont heureux de partager les conditions de vie de tous les hommes ; leur famille est désormais le genre humain dans son intégralité. Les missionnaires sont allés dans les régions les plus reculées, les plus difficiles d'accès, jusqu'au pôle Nord : partout ils se sont fait des amis, partout la parole de Dieu a été annoncée, reçue, accueillie et aujourd'hui c'est en Afrique qu'il y a le plus de vocations sacerdotales et religieuses.

Mais Jésus ajoute aussi une expression qu'il ne faut pas oublier : avec des persécutions, car en même temps que la parole de Dieu a été annoncée, elle a aussi été combattue, les chrétiens et les missionnaires ont aussi reçu la palme du martyre. Encore aujourd'hui, les communautés chrétiennes sont persécutées, dans les pays du Moyen-Orient ou de l'Extrême-Orient : le vingtième siècle (et le vingt-et-unième) ont connu plus de martyrs que tous les siècles précédents. C'est que le Mal s'acharne contre Dieu, contre la Sagesse incarnée, contre l'Eglise, contre ses Ministres et contre la Foi.

Nous le savons : ce combat sera bref, et Dieu sera toujours vainqueur. Peu importe si cette vie sur terre est difficile et si nous devons y perdre la vie, nos biens, nos proches, nos amis : la récompense est au bout du combat, la Vie éternelle !

 

*       *       *

 

Comme toujours, achevons cette petite méditation en relisant avec conviction la Prière du jour : Que ta grâce nous devance et nous accompagne, pour nous rendre attentifs à faire le bien sans relâche, sans nous laisser arrêter par les difficultés quelles qu'elles soient. 

L'autre Prière, sur les Offrandes, est encore plus explicite : Que cette liturgie nous fasse passer à la gloire du ciel.

Amen !

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2 octobre 2015 5 02 /10 /octobre /2015 22:58

27e dimanche per annum - B

 

La première lecture et l‘évangile d’aujourd’hui nous invitent à considérer une perfection particulière de la vie chrétienne, celle du saint mariage selon la volonté de Dieu.

Le livre de la Genèse, le premier des Livres inspirés de la Parole de Dieu, ne doit pas être considéré comme un recueil de belles histoires un peu légendaires. L’apparition de la Vie n’est pas un événement banal et le texte sacré peut être le point de départ de beaucoup de réflexions.

La première phrase que nous lisons reprend une expression du premier chapitre de la Genèse (Au commencement, cf. Gn 1,1), et une autre du deuxième chapitre (Dieu fit la terre et le ciel, cf. Gn 2,4b), pour introduire le récit d’aujourd’hui.

Signalons que, d’après le texte grec, Dieu ne dit pas «Je vais lui faire une aide…», mais Faisons-lui une aide…, de la même façon qu’il avait dit plus haut : Faisons un homme selon notre image (Gn 1:26), une similitude de formule qui met l’importance de la femme à égalité avec celle de l’homme. 

Ce pluriel a aussi suscité des commentaires variés. Les auteurs chrétiens y ont vu une présence du Fils de Dieu ou même de la Sainte Trinité ; on a aussi supposé que Dieu délibérait avec les Anges…

La création de la femme à partir du côté de l’homme a été commentée comme une anticipation du coup de lance reçu par le Christ sur la Croix (cf. Jn 19:34) : l’eau et le sang qui en jaillirent étaient l’expression des sacrements du baptême et de l’eucharistie dont allait vivre l’Eglise naissante, l’Epouse du Christ.

Ces versets de la Genèse ont été repris en Si 36:24, en Mt 19:5 et Mc 10:7-8 - l’évangile du jour -, en 1Co 11:7-12), pour souligner tour à tour le soutien qu’apporte la femme à l’homme et le lien sacré du mariage. On va donc y revenir plus bas.

*       *       *

Quelle joie ont les époux, unis, d’être assis devant une grande table avec leurs enfants tout autour. Ce joli psaume 127 chante la bénédiction que Dieu envoie à ses serviteurs fidèles.

Yahvé envoie sa bénédiction de Sion, parce que c’est la montagne du Temple de Jérusalem, figure de l’Eglise qu’allait fonder le Christ. Durant leur pèlerinage vers la Montagne sainte, les Juifs expriment leur espérance en regardant le Temple, la Maison de Dieu, dont ils s’approchent.

 

*       *       *

Avant d'entrer dans le thème le plus important de ce dimanche, lisons un peu lentement cette belle épître aux Hébreux, tout empreinte d'un profond caractère sacerdotal. Nous souvenant encore du 150e anniversaire de la mort du saint Curé d'Ars, Jean-Marie Vianney, il ne sera pas inutile de nous arrêter sur cette épître.

L'idée centrale de l'épître est l'exaltation du sacerdoce de Jésus-Christ. L'auteur – peu importe qu'il soit saint Paul ou un de ses disciples – y invite les Juifs récemment convertis à adhérer pleinement au message sacerdotal de Jésus, unique et vrai Prêtre de la nouvelle Alliance, sans regretter le sacerdoce de l’Ancien Testament, qui n’était qu’une figure de celui du Nouveau Testament. 

Jésus est prêtre selon l'ordre de Melchisédech, il ne connaît pas de génération humaine, il vient directement de Dieu qui l'a engendré avant même l'aurore (Ps 109).

Dans le court extrait d'aujourd'hui, il est dit que Jésus et les hommes sont de la même race. L'expression est forte et mystérieuse, mais vraie : Adam, le premier homme créé, était fils de Dieu, image et ressemblance de Dieu, homme parfait, comme l'est Jésus, Fils de Dieu par nature, et homme parfait. Par l'incarnation, le Verbe divin est devenu aussi parfaitement homme. La nature divine a en quelque sorte épousé la nature humaine. Ainsi s’explique l’expression abaissé un peu en-dessous des anges. 

De notre côté, en recevant la vie de Dieu par le baptême, nous sommes greffés sur la nature de l'Homme Jésus-Christ, et nous participons de sa divinité.

Jésus, en s'incarnant au milieu de nous, a accepté de vivre au milieu de l'imperfection des hommes. Ce fut pour lui une grande humiliation, une profonde épreuve, de «masquer» sa gloire pour vivre, manger, respirer parmi les pécheurs, les homicides, les prostituées, les mécréants. Voulant conduire tout ce monde vers la Perfection divine, il nous a tous aimés passionément. Il nous a donné tout ce qu'il avait, jusqu'à sa propre vie, en mourant sur la croix. Il a voulu être – et il demeure notre Frère. Avec quelle action de grâce nous devons, nous aussi comme nos ancêtres les Hébreux, remercier Dieu pour ce divin Frère qui est avec nous tous les jours, jusqu'à la fin du siècle (Mt 28:20, principalement dans l’Eucharistie.

*       *       *

 

Il pourra sembler étrange que cette épître sur le Sacerdoce soit lue entre deux autres passages qui traitent du Mariage. Mais il bien évident qu’il n’y a pas de vocations sacerdotales sans le mariage qui les engendre.

Les pharisiens se réfèrent donc ici à une permission donnée par Moïse au sujet du mariage : Moïse, disent-ils, a permis de renvoyer sa femme à condition d'établir un acte de répudiation (Dt 24:1). Remarquons bien la réponse de Jésus ; il ne dit pas «ce fut à cause de l'endurcissement de vos ancêtres qu'il a formulé cette loi», mais bien à cause de votre endurcissement » ! En somme, « Vous » qui me parlez, vous êtes endurcis autant que ce peuple d'Israël dans le désert, et vous avez oublié la Loi première de Dieu. Et Jésus leur rappelle les versets de la Genèse que nous lisons dans la première lecture.

Ne l'oublions pas, même si beaucoup nous disent autre chose : Dieu veut que l'homme et la femme, unis dans le mariage, soient fidèles toute leur vie à cette union sacrée. Ce sacrement vient de Dieu : devant Dieu s’unissent les deux êtres qui veulent vivre ensemble, c'est devant Lui qu'ils se promettent fidélité, c'est en Dieu que, selon l'expression de l'Eglise, «ils se donnent le Mariage».

Rien, aucune difficulté, aucune maladie, aucune question, aucune menace, ne peut rompre ce lien, parce que ce lien est sacré, divin. Dans l'Ecriture, quand les prophètes veulent montrer la gravité du péché d'Israël, ils le comparent à une femme répudiée, qui a oublié son Epoux. Seule la mort sépare les époux : le mariage en effet les a unis pour la vie, pour cheminer ensemble, pour s'aider mutuellement, pour engendrer la vie à leur tour et éduquer ensemble leurs enfants ; cette mission ne s'achève qu’à la mort. Certains se remarient, d'autres non, c'est un choix libre, où entrent en question divers problèmes particuliers.

Un si beau Sacrement, si noble et si sacré, est pourtant celui qui a fait et fait encore écrire ou raconter tant de stupidités, tant d'inconvenances même ; c'est que beaucoup n'atteignent pas, par manque de bonne volonté ou par faiblesse, ou par ignorance aussi, la sainteté nécessaire exigée en cet état. On croit souvent que le mariage est une situation «inférieure», une échappatoire où la vie devient plus facile. Le Mariage en Dieu est une école sublime de sainteté, d'une profonde exigence de perfection, où les deux époux sont au coude à coude dans une ascension commune vers le sommet divin.

Devant une si sublime mission, on comprend mieux la gravité de la rupture du lien matrimonial, que ce soit dans l'adultère ou dans le divorce, ou aussi dans la fornication, c'est-à-dire dans l'usage illicite du lien matrimonial quand le mariage n'existe pas encore. Et c'est cela qu'il faut enseigner à nos adolescents, qu'une société sans Dieu pousse à jouir de la vie sans aucun respect pour la Vie, loin de la loi de Dieu.

On ne peut pas à la fois vivre avec ses parents et vivre avec sa compagne ; mais, rappelle Jésus, l'homme quittera son père et sa mère, il s'attachera à sa femme, et tous deux ne feront qu'un. Une unité qui s’exprime dans la fidélité, et dans le don de la Vie.

En même temps, il faut que notre jeunesse comprenne qu'il est très important de prononcer devant Dieu et devant l'Eglise ce Oui solennel qui les liera pour la vie. Ils ont parfois peur de cet engagement, mais ce sera justement là leur force pour les aider à dépasser les moments difficiles, qui ne manqueront pas.

L'épisode qui suit, avec les petits enfants, n'est pas étranger à l'enseignement sur l'indissolubilité du mariage. En effet, de celui-ci découle la génération de la vie, dont il est si souvent question dans des problématiques de bioéthique. L'enfant doit être accueilli comme un don de Dieu, non comme un objet du caprice humain. 

Jésus a des paroles très fondamentales vis-à-vis des enfants. Dimanche dernier, on l'entendait menacer gravement celui qui entraînera la chute d'un seul de ces petits. Aujourd'hui, Jésus veut que nous accueillions le Royaume de Dieu à la manière d'un enfant, c'est-à-dire avec la même disponibilité que montre un enfant qui écoute un enseignement, une belle histoire, pour la première fois, confiant que celui qui lui parle ne va pas lui raconter de mensonges. Pour l'enfant, ce qu'il entend est vrai, «puisqu'on le lui a dit», et il faut l'appliquer immédiatement. Certes, cette docilité a besoin de s'armer de prudence, une vertu qui s'acquiert avec l'expérience. Mais les enfants de Dieu que nous sommes, doivent montrer cette disponibilité entière à recevoir le Royaume de Dieu avec la plus grande disponibilité.

*       *       *

Recevoir le Royaume de Dieu, c’est le sens du troisième Mystère Lumineux du rosaire. Nous y demandons la grâce de la conversion du cœur. Une conversion tellement difficile, parfois si exigeante, mais nécessaire aussi !

La tâche peut nous sembler dépasser nos forces, mais Dieu donne toujours sa grâce quand on la lui demande.

N’avons-nous pas entendu un peu distraitement la Prière du jour ? Le prêtre y demande pour nous à Dieu de nous donner plus que nous n’osons demander, et bien au-delà de (nos) mérites et de (nos) désirs.

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26 septembre 2015 6 26 /09 /septembre /2015 05:32

26e dimanche per annum - B

 

L’illustre exégète que fut Origène (3e siècle) dit des choses fort intéressantes à propos des soixante-dix anciens choisis dans le désert.

Contre ceux qui prétendaient que Dieu avait retiré à Moïse quelque chose de son esprit prophétique pour le donner aux anciens, Origène dit que Moïse et l’Esprit qui est en lui sont comme une lampe très brillante, à laquelle Dieu en a allumé soixante-dix autres ; l’éclat de la première lumière s’est étendu à elles, sans que la source ait été appauvrie par cette communication. Il en est ainsi du soleil qui ne perd pas son éclat en illuminant la terre.

Dans son Homélie sur les Nombres, le même Origène écrit que, dans l’Ecriture, l’Esprit de Dieu ne repose pas sur n’importe quel homme, mais seulement sur les saints ; il n’habite pas chez les pécheurs, car l’Esprit Saint ne peut cohabiter avec l’Esprit de mal. Pour lui, donc, quand l’Ecriture affirme que cela ne dura pas, c’est pour souligner combien ces anciens étaient emplis des vertus de pureté, de sincérité et d’intelligence spirituelle, tandis que la grande majorité du peuple avait péché, osant se plaindre de cette si précieuse Manne céleste qu’ils récoltaient chaque matin.

Mais Origène n’explique pas vraiment pourquoi ces anciens ne prophétisèrent qu’un instant. Un autre exégète, Théodoret (5e siècle) , propose cette explication : s’ils prophétisèrent aussitôt, c’est seulement pour montrer au peuple qu’ils jouissaient du don de Dieu ; s’ils ne prophétisèrent plus, c’est que Dieu les désigna non en vue de la prophétie, mais en vue de l’économie, à ce moment-là précisément, pour annoncer le miracle des cailles qui allait se produire.

En effet, l’épisode d’aujourd’hui se situe juste après l’annonce que Dieu fait à Moïse qu’il va envoyer au peuple d’Israël de la viande à manger, et juste avant l’arrivée providentielle des cailles.

L’Ecriture ne dit pas pourquoi Eldad et Medad restèrent dans le camp.  Elle ne dit pas non plus qu’ils firent mal ou qu’ils firent bien. Le fait est qu’ils avaient été parmi les soixante-dix anciens choisis et donc qu’ils reçurent aussi l’Esprit. Selon un ancien rabbin, ils restèrent dans le camp par modestie et furent récompensés en recevant l’Esprit directement de Dieu, et non de Moïse comme les autres.

La réaction de Josué, ne doit pas se comprendre comme une marque de jalousie, malgré la réponse de Moïse, mais seulement d’une disposition à accomplir la volonté de Dieu. Moïse non plus ne regrette pas le choix d’Eldad et de Medad : bien au contraire, il souhaite que tout le peuple pût prophétiser ainsi, par sa sainteté.

 

*       *       *

Le psaume 18 exalte la volonté et le choix de Dieu. De Lui vient le Soleil de Justice, le Christ, et c’est pouquoi ce psaume est chanté à Noël.

Ici, nous en méditons les versets 6, 8, 10, 12,14. Le serviteur fidèle a besoin d’être entièrement lavé de l’orgueil qui nous guette chaque jour, et de rester pur comme un petit enfant, sans ambition.

 

*       *       *

La lettre de l’apôtre Jacques est d’une clarté, mais surtout d’une sévérité totale envers les riches. Non pas les riches qui ont plus que les pauvres, car cela est l’héritage de la nature et des dons divers que chacun reçoit, mais des riches qui accumulent les richesses pour le plaisir d’en jouir ; qui sont injustes envers les domestiques.

A-t-on jamais vu rouiller de l’or ou de l’argent ? Eh bien, si cet or ou cet argent sont injustement accumulés, ils “rouilleront”, dit Jacques, ils ne serviront à rien. 

Salaires non payés… bombance… et les justes condamnés et tués… On pourrait dire que le vingt-et-unième siècle n’est pas différent du premier siècle, mais on dira surtout que la promesse de Dieu vaut autant pour nous aujourd’hui que pour les hommes de l’époque de saint Jacques.

 

*       *       *

 

L’extrait de l’évangile d’aujourd’hui fait immédiatement suite à celui de dimanche dernier et il faut bien le remarquer : Jésus y introduisait un petit enfant au milieu des Douze Apôtres. Le plus grand, c’est celui qui est un petit enfant. Ce chapitre 9 de Marc parle beaucoup des enfants.

Jésus y guérit un enfant possédé ; puis rappelle aux Apôtres la vraie grandeur de l’enfant, et condamne vigoureusement celui qui “scandaliserait un de ces petits”. 

Nous allons voir que le texte d’aujourd’hui concerne aussi la sainte enfance qui plaît à Dieu.

Personne ne peut faire un miracle en mon nom et aussitôt après parler contre moi, dit Jésus : c’est qu’en effet l’enfant ne connaît pas cette duplicité de pensée et de langage.

Vient ensuite le fameux passage où Jésus semble nous demander l’impossible : Si ta main t’entraîne au péché, coupe-la -  si ton pied t’entraîne au péché, coupe-le - si ton œil t’entraîne au péché, arrache-le.

Au lieu d’écarter cet enseignement parce qu’il nous semble trop mystérieux, cherchons à l’approfondir. N’oublions jamais que toute écriture inspirée de Dieu est utile pour enseigner (2Tim 3:16).

La main de l’homme symbolise toute son activité ; le pied de l’homme symbolise les lieux qu’il fréquente ; l’œil de l’homme symbolise tout ce qu’il voit, bien sûr. Il est clair pour chacun que dans notre activité, dans nos fréquentations, dans nos regards, tout n’est pas bon et innocent comme l’est le regard ou la volonté d’un enfant innocent. Bien sûr, nous avons mille justifications, mais intérieurement nous sentons bien que nous ne sommes plus des “petits enfants”.

Qui de nous n’a jamais entendu un enfant repousser avec force une vilaine image ou un vilain camarade en disant “C’est pas bien, ça !” ?

Comment alors se couper une main, un pied, ou s’arracher un œil ?

Ceux qui veulent suivre Jésus intégralement, doivent faire un choix radical, et renoncer franchement à telle mauvaise habitude, à tel mauvais penchant, à telle mauvaise idée, à telle mauvaise convoitise… Renoncer à certaines activités non conformes à l’évangile, c’est en effet accepter de “couper sa main” ; renoncer à certaines fréquentations, certains lieux, c’est vraiment “couper son pied” ; savoir surveiller son regard et renoncer à certaines convoitises, c’est “arracher son œil”.

Ces “amputations” sont parfois difficiles, oui. Elles coûtent même terriblement parfois. 

Si nous remettons à plus tard cette amputation spirituelle, Dieu ne nous rejettera pas pour autant, et restera patient jusqu’à notre conversion plus profonde ; mais nous connaîtrons une joie bien plus grande en acceptant de nous priver radicalement de certains plaisirs pour rester de vrais enfants de Dieu.

 

*       *       *

La prière du jour fait allusion à cette patience inlassable de Dieu. Avec sa grâce, efforçons-nous de nous hâter vers les biens que Dieu promet, les biens authentiques, qui ne rouillent jamais. 

Disons de tout notre cœur cette Prière du jour.

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18 septembre 2015 5 18 /09 /septembre /2015 22:59

25e dimanche per annum - B

 

Le texte de la première lecture, tirée du livre de la Sagesse, annonce clairement quelle fut la conduite des prêtres juifs devant l’enseignement de Jésus. 

Un de leurs reproches était d’abandonner nos traditions. Or l’Evangile - la Bonne Parole du Christ, n’a jamais aboli un seul iota (Mt 5:18) de la Loi de Moïse : Jésus a porté cette Loi à sa perfection, dans l’Amour, dans le don de soi. 

Ainsi dans le Discours sur la Montagne, Il a été dit aux ancêtres : Tu ne tueras point… Eh bien ! moi je vous dis : Quiconque se fâche contre son frère en répondra au tribunal, etc (Mt 5:21sq).

Les grands-prêtres ont raillé le Christ en croix avec les termes mêmes que nous lisons aujourd’hui (Mt 27:42-43). Eux qui connaissaient si bien l’Ecriture, n’avaient pas honte de l’accomplir en insultant Jésus.

 

*       *       *

Le psaume 53, dit l’Ecriture, a été composé par David, harmonisé par le maître de chant pour les instruments à cordes. Il fut inspiré après l’épisode raconté en 1S 24, quand David épargna la vie de Saül ; ce dernier, poursuivant David avec ses hommes, vint s’abriter dans une grotte, sans remarquer que David y était déjà au fond. David eut la magnanimité de laisser partir Saül et de l’interpeller de loin, pour ne pas porter la main sur l’Oint du Seigneur. Saül, au moins ce jour-là, lui en sut gré.

David exprime des sentiments qui pourraient bien convenir aussi à Jésus-Christ durant sa vie et particulièrement durant sa passion. 

Notre texte parle d’étrangers, ce qui est une variante ; la Bible dit : des orgueilleux, un terme qui pourrait très bien désigner les accusateurs du Christ.

Dans la bouche de David, les deux versets qui ne sont pas lus ici, peuvent trouver une explication. David dit en effet : Que retombe le mal sur mes tyrans, Yahvé, par ta vérité détruis-les ! - Mes ennemis me sont donnés en spectacle. David, qui ne connaît pas encore l’enseignement du Christ, et bien qu’il ait fait preuve de magnanimité envers Saül, a tout de même des mots de vengeance et de mépris envers ses ennemis. 

Mais il demeure profondément humble devant Dieu et Le remercie de l’avoir protégé, attribuant à Dieu sa victoire, la victoire du Juste sur l’injuste : Je rendrai grâce à ton nom !

 

*       *       *

Il faudrait envoyer le texte de s.Jacques à nos diplomates et chefs d’états : D’où viennent les guerres, d’où viennent les conflits entre vous ? 

Mais il serait très hypocrite pour nous de ne penser qu’aux dirigeants, comme si chacun de nous n’avait jamais de sentiments de jalousie, de rivalité, de convoitise. 

Jacques insiste même : Vous n’obtenez rien parce que vous ne priez pas.

Cette réflexion est faite pour ceux qui prétendent que «la prière ne sert pas à grand-chose» : c’est que précisément ils n’essaient pas même de prier Dieu quelques instants.

Le saint Curé d’Ars (Jean-Marie Vianney), parlant de ses “folies de jeunesse”, confiait un jour à un Confrère : Lorsque j’étais seul, pouvant me livrer à mon aise à mon attrait, il m’arrivait de ne pas manger pendant des journées entières. J’obtenais alors du bon Dieu tout ce que je voulais pour moi comme pour les autres.

 

*       *       *

L’évangile va maintenant compléter la première lecture et le psaume.

Dans l’évangile de dimanche dernier (Ma 8:31) Jésus-Christ a déjà fait part à ses Apôtres de sa prochaine passion et a sévèrement “remis en place” Pierre, qui s’en scandalisait. 

Aujourd’hui, nous lisons une deuxième annonce de cette douloureuse passion. Le temps est passé et Jésus parle au présent : le Fils de l’homme EST livré aux mains des hommes. La trahison est en route. Jésus marche vers la mort.

Les Apôtres ont peur de l’interroger, sans doute parce qu’ils se souviennent du vif reproche que Jésus a fait à Pierre la première fois ! 

Comme nous autres bien souvent, les Apôtres sont trop aveuglés par leurs concepts humains ; ils pensent que le messianisme de Jésus va triompher d’une façon sociale, politique ; ils attendent Que retombe le mal sur les tyrans, les Romains, oubliant les prophéties qui annoncent les souffrances du Serviteur de Yahvé.

Dans la suite de l’évangile, Jésus va leur parler du Serviteur, car les Apôtres avaient eu une conversation dont ils n’étaient pas très fiers, au point qu’ils n’osaient pas en parler à Jésus. Qui est le plus grand ? Plus tard, après l’Ascension, l’apôtre Jacques écrira son épître, et les propos que nous avons lus plus haut : D’où viennent les guerres ? - De la jalousie ! Mais pour l’instant, les Apôtres ont besoin d’élever leur jugement.

Jésus n’était pas sourd ! Et surtout il savait lire dans les cœurs et connaissait bien ce que s’étaient dit entre eux les Apôtres. Jésus, qui est Dieu, va leur rappeler que c’est bien Lui, le plus grand, mais pas (seulement) parce qu’il est Dieu : surtout parce que, en tant qu’homme, il se mettra à la dernière place, il servira, il s’abaissera sous les crachats et les moqueries. Voilà le Plus Grand.

Se faire petit, et accueillir un enfant simplement, pour l’amour du Christ, sans le regarder de haut, sans s’estimer plus grand que lui, voilà l’enseignement divin que nous rappelle le Christ ; soigner un malade pour l’amour du Christ, sans se croire supérieur parce qu’on le soulage, mais parce que c’est un frère et qu’en lui on soulage le Christ souffrant. 

On pourra objecter que les enfants ont de ces caprices, qui les rendent très agressifs et même méchants. Mais Jésus ne parle pas de cette enfance-là ; les enfants que Jésus aime sont tous ceux qui, même à l’âge adulte, savent être bons amis, sincères, généreux, sans malice dans le cœur, droits dans leurs intentions, qui ne cherchent pas querelle ni vengeance, ceux dont Il parle dans les Béatitudes (Mt 5:3-11). 

 

*       *       *

 

Cette générosité totale, c’est l’amour de Dieu et l’amour du prochain, comme l’exprime bien la Prière du jour : Tu as voulu que toute la loi consiste à t’aimer et à aimer son prochain, qui d’ailleurs reprend le passage bien connu de l’évangile où un scribe demande à Jésus quel est le plus grand commandement (Ma 12:28-34 ; épisode similaire en Mt 22:36-40).

La loi de l’Amour ! Rien n’est plus constructif que d’aimer, de pardonner, de conserver le sourire, d’accepter toute contrariété avec douceur et grandeur d’âme. 

C’est ainsi qu’on apaisera les conflits. Tel fut Jésus, le Serviteur.

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11 septembre 2015 5 11 /09 /septembre /2015 23:02

24e dimanche per annum - B

 

 

Dans le livre du prophète Isaïe, il y a quatre Chants du Serviteur de Yahwé, aux chapitres 42, 49, 50 et 52-53, dans lesquels Isaïe aperçoit avec huit siècles d’avance la mission, les souffrances du Messie. La première lecture d’aujourd’hui reprend le troisième de ces Chants.

A chaque verset d’Isaïe on peut faire correspondre un verset de l’Evangile : 

Le Seigneur m’a ouvert l’oreille : Je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé (Jn 6:38) ;

Je ne me suis pas révolté : S’il est possible que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme je veux, mais comme tu veux (Mt 26:39) ;

Je ne me suis pas dérobé : Si c’est moi que vous cherchez, laissez ceux-là partir (Jn 18:8) ;

J’ai présenté mon dos : Pilate ordonna de prendre Jésus et de le flageller (Jn 19:1) ;

Je n’ai pas protégé mon visage des outrages et des crachats : …ils le giflaient (Jn 19:3b) ; crachant sur lui… (Mt 27:30) ;

Dans la prophétie, le Seigneur Dieu vient à mon secours, tandis que dans l’Evangile, les Pharisiens raillent le Christ : Il a compté sur Dieu ; que Dieu le délivre maintenant (Mt 27:43) et Jésus lui-même meurt en appelant : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? (Mt 27:46 ; cf. Ps 21:1). N’y voyons pas une opposition. La raillerie des Pharisiens obstinés accomplit un autre verset du même psaume (Ps 21:9), tandis que ce psaume 21 s’achève par un véritable cri de victoire, où la Victime chante la victoire de Dieu : Le règne appartient au Seigneur, et c’est lui qui dominera les nations. Lui seul, l’adoreront tous ceux qui dorment dans la terre (Ps 21:29-30) ;

J’ai rendu mon visage dur comme pierre : Sur cette pierre je bâtirai mon Eglise et les portes de l’Enfer ne tiendront pas contre elle (Mt 16:18).

Qui donc me condamnera ? : Qui condamnera ? Le Christ Jésus, celui qui est mort, que dis-je ? ressuscité… (Ro 8:34).

*       *       *

 

A ces versets répond le psaume 114, qui évoque à son tour la passion, mais aussi la résurrection sur la terre des vivants ; à celui qui s’est fait petit et faible, Dieu montre sa justice et sa pitié, sa tendresse, son salut, en un mot : la Vie.

Ce psaume 114 est une longue action de grâces. On lui adjoint dans certaines versions le psaume 115, qui le complète heureusement et logiquement. C’est dans ce double psaume qu’on trouve aussi le verset sacerdotal : J’élèverai la coupe du salut et cet autre aussi, souvent mal compris : Elle est précieuse, aux yeux du Seigneur, la mort de ses Saints, qui ouvre une perspective directe sur la résurrection des justes, selon cette autre promesse du Sauveur : Celui qui hait sa vie en ce monde la conservera en vie éternelle (Jn 12:25).

 

*       *       *

Mais ne faut-il penser qu’à la mort durant notre vie ? N’y a-t-il pas quelque chose d’autre ou de plus à envisager ?

Justement, la lettre de Jacques nous dit comment.

Avoir (vraiment) la Foi ne peut être seulement une démarche intellectuelle, qui ne conduise pas à des témoignages concrets de cette Foi. Ma Foi doit me relier vraiment à Dieu, à l’Eglise ; elle doit me conduire vers le Prêtre, vers le Prochain, vers la Communauté : suivant ce que Dieu attend de moi, je trouverai l’occasion de témoigner de la Vérité par ma parole, mon exemple, mes démarches, mes choix, qui témoigneront de mon attachement au Christ.

Avoir la Foi comporte d’une part que nous donnions à Dieu du temps pour prier, pour approfondir notre connaissance de la Vérité. ; d’autre part aussi, à l’école du Christ, que nous devenions doux et patients avec les autres ; humbles et respectueux ; honnêtes et généreux ; que nous sachions prendre sur notre temps libre pour aider, pour soigner, pour consoler.

Il y aurait une grave erreur à s’enfermer dans une sorte de tour d’ivoire pour se livrer à de pieuses méditations, sans penser à ceux qui ont sans doute besoin de nous ; il y en aurait une autre à délaisser totalement la prière pour ne s’occuper que d’activités “caritatives”. Pour donner, il faut avoir ; pour avoir, il faut recevoir de Dieu ce qui est nécessaire pour nous-mêmes et pour en donner aux autres.

C’est ainsi que nous lisons dans les Actes des Apôtres, que les Douze… dirent : Il n’est pas convenable que nous laissions la parole de Dieu pour servir aux tables (Ac 6:2). Les Apôtres ne pouvaient plus à la fois prier et enseigner la Bonne Nouvelle, et encore rendre d’autres services ; les diacres qui furent alors institués eurent cette charge, mais ils devaient d’abord aussi être des hommes de prière, même en donnant à celle-ci un peu moins de temps que les Apôtres.

Nombreuses sont les familles religieuses ; toutes ont leur vocation particulière, certaines sont davantage “contemplatives”, d’autre plus “actives”, mais toutes observent une harmonieuse alternance de moments de prière et de méditation avec d’autres moments d’occupations plus pratiques. Nous devons tous harmoniser notre vie quotidienne à cette enseigne.

Au soir de notre vie, dit s. Jean de la Croix, nous serons jugés sur l’amour. Dieu en effet, ne nous demandera pas (seulement) si nous avons gardé la Foi, mais si nous l’avons pratiquée dans l’Amour.

 

*       *       *

 

Dans l’évangile d’aujourd’hui, Pierre montre que sa Foi est encore trop intellectuelle : il sait proclamer que Jésus est le Messie, mais il ne comprend pas encore que la mission du Messie comporte le don de soi jusqu’à la mort. 

Il pense vraisemblablement que croire aux miracles du Christ est facile et suffit pour Le suivre. Pourtant, il connaît l’Ecriture, il connaît le «Chant du Serviteur». 

C’est pour le “réveiller” que Jésus ne mâche pas ses mots : “Satan !”, dit-il à Pierre. Et de lui (et nous) rappeler que suivre Jésus comporte la Croix, inévitablement. Non pas forcément la Croix pour mourir en croix comme Jésus ou Pierre, mais la Croix comme épreuve, comme souffrance, acceptée avec générosité quand Dieu nous la propose.

Il n’est pas nécessaire de nous imposer des croix : elles arrivent d’elles-mêmes. Prenons l’habitude de ne pas nous en plaindre. Le Chrétien ne se plaint pas.

 

*       *       *

 

Voilà pourquoi la Prière du jour nous fait demander à Dieu de nous aider à Le servir avec un cœur sans partage

C’est là la pleine imitation de Jésus-Christ.

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