Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
19 décembre 2015 6 19 /12 /décembre /2015 00:00

4e dimanche de l’Avent - C

 

 

La première lecture de ce quatrième dimanche d’Avent est extraite cette année du prophète Michée, un contemporain du prophète Isaïe, donc du huitième siècle avant Jésus-Christ. 

On reste frappé de la précision de cette prophétie, citant explicitement Bethléem, d’où sortira celui qui doit gouverner Israël, et dont les origines remontent aux temps anciens, à l’aube des siècles

Bien sûr, pour certains Juifs, cette prophétie avait un goût strictement politique et humain : ce nouveau chef devait faire battre en retraite l’occupant romain. Mais pour les âmes spirituelles, il s’agissait du Sauveur promis, l’Envoyé de Dieu, le vrai Berger qui mène ses brebis en sécurité et leur apporte la paix, le Messie qui instaurait la nouvelle naissance.

Quand les Rois Mages, peu après la naissance du Christ, chercheront le Roi qui vient de naître (Mt 2:2), les grands prêtres et les scribes répondront sans ambage qu’effectivement il devait naître à Bethléem, citant la prophétie de Michée.

 

*       *       *

Le psaume 79 qui suit n’est pas à proprement parler un psaume prophétique, car il semble s’appliquer à la situation d’Israël après le sac de Jérusalem au 6e siècle.

Mais une interprétation biblique de cette supplique peut très bien coïncider avec la venue du Sauveur en Israël, cette Terre Promise qui fut (et reste encore, hélas !) le théâtre de tant de combats, d’invasions, d’exils, de larmes. 

Aujourd’hui, la liturgie n’a gardé que quelques versets de ce psaume, les plus significatifs pour notre “Vigne”, l’Eglise, qui a tant souffert à travers les siècles d’attaques humaines, externes et internes.

Mais il s’agit aussi de notre vigne personnelle intérieure, car chacun de nous est un champ où Dieu veut cultiver une vigne fructueuse, abondante, et dans laquelle malheureusement nos fréquentes tentations et nos chutes gâtent les fruits et parfois même détruisent la récolte.

 

*       *       *

C’est à un autre psaume (Ps 39:7-9) que fait allusion la deuxième lecture, extraite de la Lettre aux Hébreux.

De cette longue supplique à Dieu, saint Paul (ou un de ses plus proches collaborateurs) cite trois versets qui s’appliquent véritablement à la mission du Christ sur terre : Tu m’as fait un corps (c’est l’Incarnation) ; Me voici, pour faire ta volonté (ce sera la constante prière de Jésus sur terre, qui culminera à Gethsémani : Non pas ma volonté, mais la tienne (Mt 26:39).

 

*       *       *

Enfin, l’évangile du jour nous fait revivre la rencontre de Marie et d’Elisabeth.

Marie vient de concevoir Jésus après le départ de l’Ange à Nazareth, et Elisabeth est enceinte de Jean-Baptiste depuis six mois. Devant ce signe de Dieu, qui permet ces deux miracles (car Elisabeth était âgée et stérile, et Marie conçoit maintenant sans l’intervention de l’homme), ces deux saintes femmes exultent, comme le petit Jean-Baptiste qui tressaille de joie dans le ventre de sa sainte mère : ensemble ils se réjouissent de l’arrivée du Sauveur. 

Elisabeth improvise ces sublimes paroles que répéteront, à sa suite, des millions et des millions de bouches : Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni, tandis que Marie chante le Magnificat, que toutes les personnes consacrées reprennent chaque soir à la fin de Vêpres.

C’est saint Luc qui nous raconte tous ces détails historiques, dans le premier chapitre de son évangile. On sait qu’il a connu personnellement Marie, et donc qu’il en a reçu des confidences, des explications extrêmement précises et indubitables. 

 

*       *       *

Le dernier mot d’aujourd’hui sera une invitation à bien examiner la Prière du jour et à l’apprendre par cœur : c’est l’oraison-même qui clôt l’Angelus, cette prière très ancienne que les chrétiens ont eu coutume d’élever à Dieu matin, midi et soir, pour commémorer avec action de grâce l’Incarnation, la Passion et la Résurrection de Jésus-Christ. Cette belle prière toute simple pourrait très facilement retrouver sa place dans nos habitudes quotidiennes.

Voici comment se prie l’Angelus :

 

L’ange du Seigneur porta l’annonce à Marie.

Et elle conçut du Saint Esprit.             Je vous salue, Marie…

Voici la servante du Seigneur : 

Qu’il me soit fait selon ta parole.            Je vous salue, Marie…

Et le Verbe s’est fait chair.

Et il a habité parmi nous.                Je vous salue, Marie…

Prions. Que ta grâce, Seigneur, se répande en nos cœurs : par le message de l’ange, tu nous as fait connaître l’incarnation de ton Fils bien-aimé, conduis-nous par sa passion et par sa croix jusqu’à la gloire de la résurrection. Par le Christ notre Seigneur. Amen.

Repost 0
Published by samuelephrem - dans Homélies - année C
commenter cet article
12 décembre 2015 6 12 /12 /décembre /2015 10:51

3e dimanche de l’Avent - C

 

 

 

Le troisième dimanche de l’Avent était dans le passé appelé dimanche “en rose”, parce que le célébrant revêtait alors un ornement rose et non violet, comme pour mitiger l’aspect un peu sombre de la couleur violette, à l’approche de la fête de Noël. C’est qu’autrefois, la période de l’Avent était vécue avec plus de “mortifications” que maintenant ; on ne mettait pas de fleurs sur l’autel non plus, comme durant le Carême, et certains religieux observaient (ou observent encore) le jeûne et l’abstinence à certains jours. 

En Israël aussi, de sainte âmes jeûnaient pour mériter davantage et hâter la venue du Sauveur. L’Eglise ne nous interdit pas cette pieuse pratique, mais elle ne nous y oblige pas, laissant à chacun le choix raisonnable de la façon de préparer la belle fête de Noël. L’Eglise reconnaît aussi que le rythme de la vie actuelle est tellement bouleversé par rapport au passé, tellement effréné, qu’on ne peut pas obliger des personnes fatiguées à se priver d’une nourriture légitime.

 

*       *       *

 

L’annonce de Noël débute aujourd’hui par une prophétie de Sophonie (VIIe siècle avant le Christ, un peu avant Jérémie). Historiquement, Sophonie était intervenu en Israël pour appeler le peuple à la conversion, car la ferveur était bien retombée, surtout avec les règnes de deux rois impies. Le prophète montre quelle sera la joie d’Israël après sa conversion : les accusateurs sont écartés, l’ennemi aura rebroussé chemin (Sennachérib avait envahi une partie du territoire de Juda).

Et de rappeler à Juda que son vrai et unique Roi n’est pas celui qu’on voit sur un siège visible somptueux : Le roi d’Israël, le Seigneur, est en toi. C’est le verset que l’on applique maintenant à la naissance du Fils de Dieu à Bethléem. C’est lui qui apporte le salut.

Et pour bien souligner qu’il ne s’agit pas d’une présence purement spirituelle, mais bien physique, le prophète ajoute : il dansera pour toi avec des cris de joie, comme un Epoux qui danse avec son Epouse au jour heureux de leur mariage.

 

*       *       *

 

Le psaume d’aujourd’hui est un Cantique emprunté au prophète Isaïe, lequel, deux siècles encore avant Sophonie, annonçait à Israël cette présence du Saint (de Dieu), dont le Nom est sublime. Isaïe invite à la joie, à l’action de grâce pour cette divine présence. 

Notons l’expression : Il est grand au milieu de toi, qui met l’accent sur la présence physique de Dieu dans Sion, le Dieu incarné qui naîtra à Bethléem.

Le prophète affirme sa conviction qu’il est réellement en présence de Dieu, car il n’a plus de crainte, il invite à jouer, à jubiler.

 

*       *       *

 

En parlant aux Grecs de Philippes, saint Paul évoque à son tour la joie que doivent toujours avoir les Chrétiens car, dit-il, le Seigneur est proche

Il y aurait beaucoup à dire ici sur cette joie, car ici l’Apôtre ne vient pas “annoncer” la venue du Seigneur, qui est né il y a une cinquantaine d’années, qui est déjà mort et ressuscité. Pourtant, dit-il, le Seigneur est proche. Les Apôtres ont effectivement annoncé comme “proche” le retour du Seigneur. 

Croyaient-ils que ce retour était vraiment imminent, qu’ils l’auraient vécu déjà au premier siècle ? Ce n’est pas sûr. Certains auront pu le croire un moment, mais bien vite le message de l’Eglise a été que, pour chaque homme, la vie est très brève - oui, très-très brève, et que bientôt nous nous retrouverons en face du Christ ressuscité, devant l’Eternité qui ne finit pas. Voilà comment le Seigneur est proche.

Quand saint Paul exhorte les Chrétiens de Philippes avec son Le Seigneur est proche, ce n’est probablement pas parce qu’il s’attend à revoir le Seigneur demain ou après-demain, mais parce qu’il tient à ce que ses lecteurs n’oublient jamais combien la vie est courte et qu’ils seront à leurs derniers instants de vie beaucoup plus vite et beaucoup plus tôt qu’ils ne s’y attendent. Même si l’on ne subit pas d’accident grave, même si la maladie ne nous frappe pas, quand nous serons âgés, nous dirons tous que vraiment la vie ne dure qu’un instant.

Alors, que faire ? Tout simplement, dit l’Apôtre, être dans la joie ; non pas se réjouir, s’amuser, se divertir n’importe comment, mais : dans la joie du Seigneur. Il y a en effet mille façons de se réjouir, mais toutes ne sont pas également dignes du Seigneur. Nous sentons très bien dans notre cœur ce qui plaît ou non à Jésus-Christ. Je peux me réjouir au bar, à déguster une bière sur un fond sonore de reggæ ou de folk, mais je peux aussi me réjouir en allant me réconcilier avec un camarade fâché de mon attitude… Je peux me réjouir d’avoir réussi une bonne recette, mais je serai bien plus heureux de la partager ensuite avec un voisin qui vit seul…

Saint Paul ajoute encore une autre recommandation : Ne soyez inquiets de rien. On pourra peut-être se demander si Paul avait vraiment les pieds sur terre ! Comment ne pas avoir de soucis ? ne pas être préoccupés par la feuille d’impôts, par la pluie qui va gâcher une récolte… 

Il ne s’agit pas d’échapper à nos obligations, de vivre entre ciel et terre comme si nous étions de simples esprits. Mais il faut, dans l’esprit de l’Apôtre qui d’ailleurs reprend l’enseignement de Jésus, rester sereins, confiants en Dieu, avec la certitude qu’Il n’abandonne jamais Ses enfants. Que gagne-t-on à s’inquiéter ? - De la nervosité, et rarement un allègement de nos soucis.

Jésus nous avait déjà dit (Mt 6:25-34) de ne pas nous préoccuper de notre nourriture ou de notre vêtement et de chercher d’abord le Royaume et sa justice. 

 

*       *       *

 

Ecoutons maintenant les réponses de Jean-Baptiste à ceux qui lui demandent que faire : partager ses vêtements ou son repas avec de plus pauvres ; ne pas exiger plus que ce qui est dû ; ne faire aucune violence à personne et se contenter de son salaire. 

Tout commentaire ici reste superflu. On pourrait dire qu’en ces brèves réponses, Jean-Baptiste résout les plus grands de nos problèmes de société.

Mais le même Jean-Baptiste ne cherche pas à s’imposer, encore moins à se faire passer pour un sauveur de la nation : Il vient, celui qui est plus puissant que moi ; devant Lui, il n’est pas digne de défaire la courroie de ses sandales, comme pour nous dire que même prosternés, nous ne sommes jamais assez humbles devant Dieu.

Jésus nous baptisera dans l’Esprit Saint et dans le feu : l’Esprit de Vérité et le feu de l’Amour qui va jusqu’à donner sa vie pour ses amis (Jn 15:13).

 

*       *       *

 

Déjà dans la Prière de dimanche dernier nous demandions à Dieu de ne pas laisser le souci de nos tâches présentes entraver notre marche à la rencontre de (son) Fils : cette prière aurait bien trouvé sa place aujourd’hui, en écho à l’appel de Saint Paul. Mais celle d’aujourd’hui n’est pas moins significative, peut-être même plus convaincue, plus intérieure : Dirige notre joie vers la joie d’un si grand mystère… avec un cœur vraiment nouveau.

Repost 0
Published by samuelephrem - dans Homélies - année C
commenter cet article
6 décembre 2015 7 06 /12 /décembre /2015 05:21

2e dimanche de l’Avent - C

 

Après la prophétie de Jérémie de dimanche dernier, nous lisons aujourd’hui celle de Baruch. Ces deux écrits s’inscrivent dans le même contexte historique de la prise et de la destruction de Jérusalem, six siècles avant le Christ, de l’exil des Juifs à Babylone et enfin de leur retour.

Au moment de l’exil, Jérusalem est comparée à une veuve, qui a perdu tous ses enfants ; maintenant elle doit reprendre la parure de la gloire de Dieu, le manteau de la justice de Dieu. 

Jérusalem doit se redresser : Debout ! Elle doit se tenir sur la hauteur, et redevenir le point de rencontre des enfants d’Israël, de l’orient à l’occident. L’Auteur sacré reprend les expressions du prophète Isaïe, qui annonçait que toute vallée doit être comblée, toute montagne et toute colline abaissées (Is 40:4 ; cf. 2e dimanche de l’Avent-année B, et infra). Les Juifs connaissaient ces prophéties ; les leur rappeler ranimait en eux la vive attente de la promesse.

*       *       *

Ces épisodes historiques apparaissent aussi dans le psaume 125, un psaume qui est souvent repris dans la liturgie pour évoquer la souffrance des martyrs. 

Mais aussi, toute la vie humaine est un exil, dans l’attente du Royaume éternel. Dans le Salve Regina, on demande à Notre Dame, après cet exil, de nous montrer Jésus. 

Ainsi, l’exil d’Israël sert à évoquer l’exil où nous vivons dans le monde, les souffrances que nous endurons et en particulier celles de tous les martyrs, pour aboutir enfin au “retour” à la Maison de Dieu, la véritable Jérusalem, la Jérusalem céleste et éternelle.

*       *       *

Dans cette marche vers l’Eternité, l’apôtre Paul exhorte les chrétiens de Philippes, cette ville de Macédoine où il avait annoncé l’évangile en 50-52 (et aujourd’hui disparue). 

Ici encore, Paul montre toute l’affection, la tendresse, dit-il, qu’il nourrit envers ces chers frères ; il les sait fidèles, convaincus, mais il les exhorte encore - et il exhorte chacun de nous aussi - à grandir dans l’amour, à progresser dans la connaissance vraie et la parfaite clairvoyance, c’est-à-dire à s’ouvrir davantage encore à l’Esprit de Dieu qui, en leur communiquant ses Dons, les aidera à parvenir à la plénitude de la justice, à la sainteté en Dieu.

C’est le rôle du pasteur, de réchauffer sans cesse le cœur des fidèles, parce que la faiblesse humaine est toujours là, avec ses faux arguments de bien-être, de facilité, pour nous éloigner de la ferveur de la charité. Saint Paul s’efforce toujours de reconduire l’attention de tous les fidèles aux valeurs premières, essentielles. Un bon pasteur, tel un saint Curé d’Ars, doit toujours revenir à la charge - en donnant d’abord l’exemple - pour convaincre ses ouailles et les aider à s’approcher encore plus de Dieu.

Cela est d’autant plus nécessaire que, très souvent, chacun de nous peut être tenté de penser qu’il a «gagné la partie» ; en réalité, c’est souvent là le point de départ d’une tentation d’orgueil, prélude à une nouvelle chute. Et Paul veut nous épargner cette chute en nous exhortant encore : il faut toujours faire mieux.

*       *       *

La prédication de Paul a prolongé l’annonce de l’évangile par Jésus-Christ. Quelques années avant Jésus, c’est Jean-Baptiste qui prêchait dans le désert, non pas vraiment dans la solitude désertique, mais loin du bruit de la ville, de sorte que ceux qui venaient à lui n’entendaient vraiment que la parole de Jean, inspirée de Dieu. 

Jean reprend à son tour la prophétie d’Isaïe dont on parlait plus haut : Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées. En clair, tout ce qui est tortueux en nous, dévié, notre orgueil qui nous enfle inutilement, nos défauts qui nous abaissent, doivent être nivelés pour laisser une route plane aux pas de Jésus-Christ en notre cœur. Jean-Baptiste ne dit rien de nouveau : il répète le même message fondamental des Prophètes précédents.

L’évangéliste Luc y ajoute une note historique bien précise, difficile à mettre en doute, en citant tous les responsables religieux et politiques du moment. Le nord de la Palestine était une région divisée par les Romains en quatre (tetra en grec) parties, avec à leur tête un tétrarque, sorte de roitelet. Galilée, Iturée, Trachonitide, Abilène étaient ces quatre provinces autour du lac de Gennésareth.

On le verra souvent, saint Luc travaille en véritable historien, qui aime se documenter à la source, préciser les références historiques, les dates, les faits exacts. 

Ces détails historiques sont là pour nous aider à recevoir le message évangélique avec la certitude qu’il n’a pas été inventé : Jésus est bien venu sur terre, annoncé par tous les prophètes jusqu’à Jean-Baptiste, prêché ensuite par tous les apôtres. Un message unique, authentique, stable et pérenne, qui exige de nous une adhésion totale. 

Acceptons de nous interroger, de regarder en nous nos “montagnes et collines”, travaillons à raser ces défauts qui défigurent en nous l’image de la bonté de notre Créateur. Pour être de vrais Chrétiens, nous devons chaque matin recommencer notre vie avec un cœur nouveau. 

*       *       *

Prions pour obtenir de Dieu d’éveiller en nous cette intelligence du cœur (Prière du jour). 

Ouvrons-nous au Sauveur de nos âmes.

Repost 0
Published by samuelephrem - dans Homélies - année C
commenter cet article
28 novembre 2015 6 28 /11 /novembre /2015 05:00

1er dimanche de l’Avent - C

 

Voici que commence une nouvelle année liturgique, avec le premier dimanche de l’Avent. Dans le cycle triennal des lectures que nous propose l’Eglise, c’est la troisième année, l’année C, durant laquelle nous entendrons l’évangile selon saint Luc.

En signe d’ “attente” jusqu’à Noël, le prêtre revêt un ornement violet à la Messe, et l’on ne chante pas Gloire à Dieu, le chant des Anges que nous entonnerons à nouveau dans la nuit de Noël.

 

*       *       *

 

La prophétie d’aujourd’hui est du prophète Jérémie, qui vivait au sixième siècle avant la naissance de Jésus-Christ. Déjà deux siècles auparavant, le prophète Isaïe avait annoncé l’Emmanuel (Is 7:14). Ici la promesse concerne un Germe de justice

Immédiatement notre esprit se demande : pourquoi un germe seulement ? n’y avait-il pas de justice avant Jérémie ? 

Entendons bien le mot justice au sens biblique : la Justice biblique n’est pas une sentence de condamnation, mais un aspect fondamental de la Sainteté de Dieu. Un verset de psaume le chante très bien : De justice, ta main en est remplie (Ps 47:11b). 

Dieu est Saint, et tous ceux qui répondent à l’appel divin acceptent de se mettre sur le chemin de la Sainteté, de la Perfection. Ce sera l’appel que Jésus adressera dans le Sermon sur la Montagne : Heureux ceux qui ont faim et soif de la Justice, ils seront rassasiés (Mt 5:6) : Notre Seigneur n’anticipait-Il pas déjà l’Eucharistie, en proclamant cette béatitude ? En recevant le Corps et le Sang du Christ, c’est un germe de Justice que nous recevons en nous. Voilà donc ce germe de Vie Nouvelle qu’apportera le Sauveur.

La justice au sens biblique n’est pas autre chose que l’amour profond qu’on peut avoir pour Dieu, un amour total, inconditionné, qui de soi exclut le mal. Qui met toute son ardeur à renoncer au mal, fait de Jésus Le-Seigneur-notre-Justice, pour reprendre le texte.

 

*       *       *

 

Le psaume 24 qui vient ensuite reprend la même idée. La “route” du Seigneur est droite ; celui qui s’y engage ne perd pas de temps à s’égarer dans les petits chemins de traverse ; il chemine “droit” devant lui, pour rester dans la Justice, dans le Droit, dans la Vérité. De verset en verset, nous trouvons l’itinéraire de notre chemin vers la Sainteté : voies… route… dirige-moi… vérité… droit… bon… chemin… justice… humbles… amour… et pour finir : alliance.

Retenons particulièrement aujourd’hui l’humilité. Il faut de l’humilité pour se renoncer, accepter qu’on se trompe, qu’on s’est égaré, qu’il faut reprendre la bonne route. Dites à un conducteur : Tu t’es trompé de chemin ! Très difficilement il acceptera son erreur ; c’est pourtant tellement plus simple de se dire : Quel âne je suis !

 

*       *       *

 

L’amour a besoin de l’humilité, qui nous aide à garder le respect pour l’autre. Saint Paul y invite à nouveau les Thessaloniciens aujourd’hui. Il ne leur dit rien de nouveau, il le leur répète pour entretenir en eux cette flamme d’amour qui est toujours fragilisée par le quotidien. Que le Seigneur vous donne un amour de plus en plus intense. Et - de nouveau - qu’il vous établisse fermement dans une sainteté sans reproche

Les Chrétiens de Thessalonique étaient très fervents déjà, et Paul les aime beaucoup, mais il ne veut pas qu’ils s’assoupissent, il excite leur espérance, leur amour : Faites de nouveaux progrès, car il sait bien que la faiblesse humaine nous tente souvent et que nous retombons si facilement dans la médiocrité, dans la tiédeur ; chacun de nous en fait l’amère expérience chaque jour.

Nous ne serons jamais parfaits, Dieu le sait ; mais Dieu nous demande seulement de prendre sur nous, de tendre sans cesse vers cette perfection. Imaginons ici une petite comparaison.

Il y a deux fumeurs invétérés qui, disent-ils, veulent combattre ce vilain penchant. L’un fume un paquet de cigarettes chaque jour ; l’autre deux. Ce dernier arrive à diminuer de moitié sa consommation, et l’autre, jugeant qu’il en est au même stade, ne diminue pas ; aux yeux des hommes, ils consomment maintenant autant l’un que l’autre, mais aux yeux de Dieu l’un a fait un grand pas vers la perfection, l’autre n’a rien fait.

On pourrait faire le même raisonnement de deux élèves à l’école (et cette époque de premier trimestre en est une bonne occasion). Un élève qui par son travail passe de 8 à 10 de moyenne, même si ce n’est pas un résultat énorme, fait beaucoup plus devant Dieu que celui qui, réussissant plus facilement, se contente de son 12 ou même de son 15 sans chercher à faire mieux.

Chacun de nous a ainsi à travailler pour se rapprocher de la Sainteté. Ceux qui le font sont en paix, ils savent que la Miséricorde de Dieu est immense et ne craignent pas de s’avancer devant l’Eternité, comme Thérèse de l’Enfant Jésus qui murmurait : Je ne meurs pas, j’entre dans la vie. Ceux au contraire qui refusent ce chemin, n’auront que des angoisses quand sonnera “la fin”.

 

*       *       *

 

C’est ainsi qu’il faut interpréter l’évangile d’aujourd’hui. “Mourir de peur” n’est pas fait pour les fidèles, à qui Jésus dit d’ailleurs : Redressez-vous, relevez la tête ! 

N’oublions pas le triple avertissement de Jésus, qui nous met en garde contre la débauche, l’ivrognerie, les soucis de la vie. Pour les deux premiers, hélas, on ne connaît que trop les dégâts qu’ils provoquent dans les familles et dans tous les milieux… Mais comment éviter “les soucis de la vie”, qui nous tombent inéluctablement dessus, parfois même à des moments vraiment pas heureux ?

Cela dépendra de notre amour de Dieu et de notre confiance. Il y a une façon de recevoir ces soucis, qui les multiplie et les grossit, tandis que les recevoir avec humilité, avec patience, avec esprit de soumission à la volonté de Dieu, sans révolte, aide beaucoup à les dépasser, voire même à trouver des solutions viables auxquelles on ne pensait pas auparavant.

On pourra aussi se demander pourquoi l’Eglise nous rappelle la fin des temps, quand on évoque l’annonce de la naissance de Jésus-Christ. C’est que Jésus-Christ n’est pas simplement venu il y a vingt siècles pour les gens de cette époque ; il doit venir pour chacun de nous, maintenant, avec son message d’amour et son appel à la conversion profonde ; nous ne devons pas nous contenter de nous rappeler le passé, la naissance historique de Jésus-Christ, mais nous devons marcher à Sa rencontre : demain, après-demain, bientôt, nous comparaîtrons devant Lui.

Et surtout Il reviendra un jour pour établir définitivement son Royaume, ce Royaume d’Amour dont nous parlions dimanche dernier en la solennité du Christ-Roi.

 

*       *       *

 

En priant intensément la Prière de ce jour, nous allons voir que tout cela y est exprimé :

Donne à tes fidèles d’aller avec courage sur les chemins de la justice à la rencontre du Seigneur, pour qu’ils soient appelés, lors du jugement, à entrer en possession du Royaume des cieux.

Repost 0
Published by samuelephrem - dans Homélies - année C
commenter cet article
17 mai 2014 6 17 /05 /mai /2014 21:16

 5e dimanche de Pâques - A

 

 

Un mois est déjà passé depuis la fête de Pâques. Le Christ ressuscité va bientôt confier totalement l’Eglise à ses Apôtres et remonter au Ciel. Désormais, deux dimanches nous séparent de l’Ascension de Notre Seigneur. L’ambiance est aux adieux, à-Dieu.

 

*       *       *

 

Avant d’aller s’offrir sur la Croix, lors du dernier Repas, Jésus institua l’Eucharistie, le Sacerdoce. Ce fut pour lui l’occasion d’un long entretien entre lui et les Apôtres, que nous rapporte l’évangéliste Jean aux chapitres 14, 15, 16. 

La première phrase de l’évangile d’aujourd’hui - Ne soyez donc pas bouleversés -, fait suite au chapitre précédent, où Jésus a parlé de son départ, de la trahison de Judas, du reniement de Pierre : rien de très réconfortant pour ces Apôtres habitués à voir tant de miracles s’opérer par la bouche de Jésus.

Jésus converse avec eux. Ces nouveaux prêtres, les premiers prêtres de l’Eglise, restent des hommes, et ils posent à Jésus des questions qui dévoilent leurs hésitations, mais qui nous valent de la part de Jésus des réponses fondamentales.

Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Le chemin qu’il faut suivre, par la croix et la résurrection ; la Vérité qu’il faut croire ; la Vie que nous recevons au baptême et que nous entretenons par l’Eucharistie.

Celui qui m’a vu, a vu le Père… Je suis dans le Père et le Père est en moi. Une nouvelle affirmation de la divinité du Christ.

Celui qui croit en moi accomplira les mêmes œuvres que moi. Il en accomplira même de plus grandes. Quelle promesse stupéfiante ! N’oublions pas que saint Thomas, une fois revenu de son doute, partit évangéliser l’Inde et tout l’Extrême-Orient ; qu’un saint Pierre Claver calcula lui-même avoir pu administrer quelque trois-cent milles baptêmes…

Jésus ajoute ces mots : Puisque je pars vers le Père. Cette petite phrase exprime l’Union intime qui existe entre le Père et le Fils, dont l’Amour se manifeste dans l’Esprit. C’est au nom de cette Union trinitaire que les Apôtres et tous les Saints opéreront tant et tant de merveilles. Tous les Sacrements nous sont donnés au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

 

*       *       *

 

Comme dans toute institution humaine, dès le début l’Eglise de Dieu n’a pas échappé aux turbulences psychologiques et théologiques de ses membres. Dans la première communauté, se sont déjà formés des groupes, des chapelles, les uns parlant hébreux, les autres grec ; ces derniers manifestent de la jalousie envers les premiers, apparemment on ne leur aurait pas donné autant qu’aux autres. Où l’esprit de division ne va-t-il pas se nicher !

Ne nous en étonnons pas. Les amitiés les plus fortes sont toujours l’objet des attaques du démon, qui ne respire que division et jalousie. 

Mais Pierre ne tombe pas dans le panneau de l’arbitrage ; avec douce autorité, sans discuter avec les murmurateurs, il admet qu’on a pu manquer de vigilance, à cause de tout le travail à fournir ; alors, comme Moïse qui institua les soixante-dix juges dans le désert (Ex 18:13sq), Pierre - le premier pape - promulgue le diaconat : les diacres seront là pour s’occuper de diverses tâches pratiques, pour laisser aux Apôtres plus de temps pour prier et pour prêcher. 

Prier et prêcher, d’abord prier et ensuite prêcher. Le pêcheur qu’était Pierre a vraiment subi une conversion intérieure profonde et radicale ; il ne cède pas à l’activisme et prend bien garde de toujours donner la primauté à la prière. Sans la prière, sans l’écoute silencieuse de la parole de Dieu, toute notre activité devient activisme, course effrénée ; c’est bien un peu le mal de notre siècle.

Les sept premiers Diacres ne nous sont guère connus, à part Etienne (en grec Stéphanos), que nous fêtons le lendemain de Noël. Des six autres, cinq sont mentionnés dans notre Martyrologe Romain au 28 juillet, mais restent peu connus ; l’apostolat de Philippe (qui a sa fête propre au 11 octobre) est relaté dans les Actes des Apôtres (voir Ac 8) ; nous le retrouverons justement dimanche prochain.

 

*       *       *

 

Le Christ est la Parole de Dieu ; l’Evangile est la Parole de Dieu. Le Psaume 32 nous rappelle que cette Parole est droite, parce que Dieu est fidèle, parce qu’il aime le bon droit et la justice, que son amour remplit la terre.

Il faudrait se garder de lire machinalement ces mots, comme du «déjà vu» ; au contraire, faisons l’effort de les relire comme si c’était la première fois, tant notre quotidien nous les fait si rapidement oublier.

La Parole de Dieu, l’écoutons-nous ? La lisons-nous ? Mettons-nous vraiment notre espoir en Dieu ? Comment se fait-il que nous soyons si souvent affligés, tristes, désespérés, inquiets, et même révoltés ? Ne nous laissons pas envahir par l’inquiétude. Ne soyez donc pas bouleversés, a dit Jésus. Avec le psalmiste, crions de joie ! Chantons un cantique nouveau !

 

*       *       *

 

Nous pouvons remarquer par l’épître de saint Pierre, combien lui-même est maintenant totalement renouvelé par sa foi au Christ ressuscité.

Lui, l’humble pêcheur, qui a eu peur de la servante du Grand Prêtre, le voilà qui parle avec assurance devant des milliers de personnes.

Le voilà inspiré pour oser une exégèse toute nouvelle que la synagogue ignorait : cette Pierre d’angle, rejetée par les bâtisseurs, dont parle le psaume 117, il explique qu’elle est le Christ, celui qu’on a crucifié et qui est ressuscité. Il cite de mémoire Isaïe (Is 28:16 ; 8:14sq) et Osée (1:9 ; 2:25) avec l’aisance d’un spécialiste en exégèse. 

Mais aussi, le premier Pape nous expose une doctrine toute nouvelle : il nous enseigne que nous sommes tous appelés à être chacun une pierre vivante dans l’édifice de l’Eglise ; que nous participons tous à cette race choisie, à ce sacerdoce royal, à cette nation sainte

Pierre ne dit pas que tous les baptisés vont célébrer les sacrements comme les prêtres ; il dit que tous les baptisés participent du sacerdoce, par leur mission à se sanctifier personnellement, et à répandre le Royaume du Christ, en union avec les prêtres et les évêques, et avec le Christ.

Une citation du Concile Vatican II va confirmer cette doctrine :

Les fidèles concourent à l’offrande de l’Eucharistie et exercent leur sacerdoce par la réception des sacrements, la prière et l’action de grâces, le témoignage d’une vie sainte, et par leur renoncement et leur charité effective (Lumen Gentium, n°10). 

Que serait en effet une Eglise où les fidèles seraient seulement des observateurs, des spectateurs, laissant les prêtres et les évêques agir seuls de leur côté, sans unir profondément leurs prières, leurs efforts, leurs souffrances et leurs joies ?

 

*       *       *

C’est le sens de la Prière du jour, où nous demandons à Dieu d’être fidèles par toute notre vie.

 

*       *       *

En chantant Alleluia !, unissons notre prière et notre louange à celles des Apôtres. Préparons-nous avec eux à célébrer le retour de Jésus vers son Père, pour nous envoyer l’Esprit qui nous conduira vers la Vérité tout entière (Jn 16:13).

 

 

  

5e dimanche de Pâques - A

 

 

Un mois est déjà passé depuis la fête de Pâques. Le Christ ressuscité va bientôt confier totalement l’Eglise à ses Apôtres et remonter au Ciel. Désormais, deux dimanches nous séparent de l’Ascension de Notre Seigneur. L’ambiance est aux adieux, à-Dieu.

 

*       *       *

 

Avant d’aller s’offrir sur la Croix, lors du dernier Repas, Jésus institua l’Eucharistie, le Sacerdoce. Ce fut pour lui l’occasion d’un long entretien entre lui et les Apôtres, que nous rapporte l’évangéliste Jean aux chapitres 14, 15, 16. 

La première phrase de l’évangile d’aujourd’hui - Ne soyez donc pas bouleversés -, fait suite au chapitre précédent, où Jésus a parlé de son départ, de la trahison de Judas, du reniement de Pierre : rien de très réconfortant pour ces Apôtres habitués à voir tant de miracles s’opérer par la bouche de Jésus.

Jésus converse avec eux. Ces nouveaux prêtres, les premiers prêtres de l’Eglise, restent des hommes, et ils posent à Jésus des questions qui dévoilent leurs hésitations, mais qui nous valent de la part de Jésus des réponses fondamentales.

Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Le chemin qu’il faut suivre, par la croix et la résurrection ; la Vérité qu’il faut croire ; la Vie que nous recevons au baptême et que nous entretenons par l’Eucharistie.

Celui qui m’a vu, a vu le Père… Je suis dans le Père et le Père est en moi. Une nouvelle affirmation de la divinité du Christ.

Celui qui croit en moi accomplira les mêmes œuvres que moi. Il en accomplira même de plus grandes. Quelle promesse stupéfiante ! N’oublions pas que saint Thomas, une fois revenu de son doute, partit évangéliser l’Inde et tout l’Extrême-Orient ; qu’un saint Pierre Claver calcula lui-même avoir pu administrer quelque trois-cent milles baptêmes…

Jésus ajoute ces mots : Puisque je pars vers le Père. Cette petite phrase exprime l’Union intime qui existe entre le Père et le Fils, dont l’Amour se manifeste dans l’Esprit. C’est au nom de cette Union trinitaire que les Apôtres et tous les Saints opéreront tant et tant de merveilles. Tous les Sacrements nous sont donnés au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

 

*       *       *

 

Comme dans toute institution humaine, dès le début l’Eglise de Dieu n’a pas échappé aux turbulences psychologiques et théologiques de ses membres. Dans la première communauté, se sont déjà formés des groupes, des chapelles, les uns parlant hébreux, les autres grec ; ces derniers manifestent de la jalousie envers les premiers, apparemment on ne leur aurait pas donné autant qu’aux autres. Où l’esprit de division ne va-t-il pas se nicher !

Ne nous en étonnons pas. Les amitiés les plus fortes sont toujours l’objet des attaques du démon, qui ne respire que division et jalousie. 

Mais Pierre ne tombe pas dans le panneau de l’arbitrage et des discussions ; il n’agit pas même de sa seule autorité : la décision sera un acte collégial des douze Apôtres : ce sera la promulgation du diaconat ; les diacres seront là pour s’occuper de diverses tâches pratiques, pour laisser aux Apôtres plus de temps pour prier et pour prêcher. 

Prier et prêcher, d’abord prier et ensuite prêcher. Le pêcheur qu’était Pierre a vraiment subi une conversion intérieure profonde et radicale ; il ne cède pas à l’activisme et prend bien garde de toujours donner la primauté à la prière. Sans la prière, sans l’écoute silencieuse de la parole de Dieu, toute notre activité devient activisme, course effrénée ; c’est bien un peu le mal de notre siècle.

Les sept premiers Diacres ne nous sont guère connus, à part Etienne (en grec Stéphanos), que nous fêtons le lendemain de Noël. Des six autres, cinq sont mentionnés ensemble dans notre Martyrologe Romain au 28 juillet, mais restent peu connus ; quant à Philippe (qui a sa fête propre au 11 octobre), son apostolat est relaté dans les Actes des Apôtres (voir Ac 8) ; nous le retrouverons justement dimanche prochain.

 

*       *       *

 

Le Christ est la Parole de Dieu ; l’Evangile est la Parole de Dieu. Le Psaume 32 nous rappelle que cette Parole est droite, parce que Dieu est fidèle, parce qu’il aime le bon droit et la justice, que son amour remplit la terre.

Il faudrait se garder de lire machinalement ces mots, comme du «déjà vu» ; au contraire, faisons l’effort de les relire comme si c’était la première fois, tant notre quotidien nous les fait si rapidement oublier.

La Parole de Dieu, l’écoutons-nous ? La lisons-nous ? Mettons-nous vraiment notre espoir en Dieu ? Comment se fait-il que nous soyons si souvent affligés, tristes, désespérés, inquiets, et même révoltés ? Ne nous laissons pas envahir par l’inquiétude. Ne soyez donc pas bouleversés, a dit Jésus. Avec le psalmiste, crions de joie ! Chantons un cantique nouveau ! C’était déjà le Chant d’entrée, repris du psaume 97.

 

*       *       *

 

Nous pouvons remarquer par l’épître de saint Pierre, combien lui-même est maintenant totalement renouvelé par sa foi au Christ ressuscité.

Lui, l’humble pêcheur, qui a eu peur de la servante du Grand Prêtre, le voilà qui parle avec assurance devant des milliers de personnes.

Le voilà inspiré pour oser une exégèse toute nouvelle que la synagogue ignorait : cette Pierre d’angle, rejetée par les bâtisseurs, dont parle le psaume 117, il explique qu’elle est le Christ, celui qu’on a crucifié et qui est ressuscité. Il cite de mémoire Isaïe (Is 28:16 ; 8:14sq) et Osée (1:9 ; 2:25) avec l’aisance d’un spécialiste en exégèse. 

Mais aussi, le premier Pape nous expose une doctrine toute nouvelle : il nous enseigne que nous sommes tous appelés à être chacun une pierre vivante dans l’édifice de l’Eglise ; que nous participons tous à cette race choisie, à ce sacerdoce royal, à cette nation sainte

Pierre ne dit pas que tous les baptisés vont célébrer les sacrements comme les prêtres ; il dit que tous les baptisés participent du sacerdoce, par leur mission à se sanctifier personnellement, et à répandre le Royaume du Christ, en union avec les prêtres et les évêques, et avec le Christ.

Une citation du Concile Vatican II va confirmer cette doctrine :

Les fidèles concourent à l’offrande de l’Eucharistie et exercent leur sacerdoce par la réception des sacrements, la prière et l’action de grâces, le témoignage d’une vie sainte, et par leur renoncement et leur charité effective (Lumen Gentium, n°10). 

Que serait en effet une Eglise où les fidèles seraient seulement des observateurs, des spectateurs, laissant les prêtres et les évêques agir seuls de leur côté, sans unir profondément leurs prières, leurs efforts, leurs souffrances et leurs joies ?

 

*       *       *

C’est le sens de la Prière du jour, où nous demandons à Dieu d’être fidèles par toute notre vie.

 

*       *       *

En chantant Alleluia !, unissons notre prière et notre louange à celles des Apôtres. Préparons-nous avec eux à célébrer le retour de Jésus vers son Père, pour nous envoyer l’Esprit qui nous conduira vers la Vérité tout entière (Jn 16:13).

 

 

 

Repost 0
Published by samuelephrem - dans Homélies - année C
commenter cet article
23 novembre 2013 6 23 /11 /novembre /2013 17:42

34e dimanche ordinaire - C

Solennité du Christ Roi

 

Une tendance assez généralisée de nos jours est de considérer le “roi” et la “royauté” comme des réalités désormais désuètes, dépassées, et en voie de totale disparition : nous préférons les “présidents” (1). On conviendra pourtant que, si le terme change, la réalité reste immuable : rois ou présidents, les hommes sont les hommes, ils ont leurs faiblesses et leurs valeurs, leurs erreurs et leurs mérites, leurs caprices et leurs vertus. 

Par définition un “président” est assis à la première place (præ-sedere), nécessairement pour prendre les bonnes directives qu’il fait voter. Le “roi” marche en tête de son peuple pour le conduire (regere) ; le mot grec “basileus” évoque plutôt celui qui est la «base» de la cité, sur lequel on peut s’appuyer pour être rassuré, protégé.

Il reste que la notion de roi évoque un degré absolu, en bonne ou en mauvaise part : le roi de la générosité, le roi de la sottise… Quoi qu’il en soit, on a toujours besoin d’un chef, d’une autorité, à qui se référer ; cela vaut dans tous les groupes, dans tous les milieux, dans tous les pays.

Quand le pape Pie XI institua la fête du Christ-Roi en 1925, il n’avait pas d’idée politique préconçue ; il n'avait qu'un souci paternel et pastoral : inviter tous les hommes à regarder vers le Christ, comme idéal vrai et fondamental pour l’édification de notre société. Au lendemain de la Première Guerre Mondiale, différents courants s’affrontaient dans toute l’Europe, partisans de nouveauté, de restauration, d’alliances diverses ou de divisions : le Pape voulait donner à tous un seul et même Exemple pour reconstruire cette pauvre Europe déchirée par la haine et les ambitions. Il espérait qu’en regardant vers l’unique Pasteur et Chef de tous les Chrétiens, tous - catholiques, orthodoxes, protestants, anglicans - sauraient faire abstraction de leurs propres intérêts au profit d’une nouvelle Europe chrétienne où l’on éliminerait tout conflit. On ne l’a malheureusement pas écouté, et l’on sait ce qu’il en advint.

Dans l’histoire, il y a eu des rois despotes, injustes, pécheurs ; il y en eut de bons, aussi, et le Martyrologe Romain ne recense pas moins de quarante-huit rois et reines, sans compter les non moins nombreux proches, frères et sœurs, fils et filles de rois, qui ont illustré l’histoire de l’Eglise par leur vie exemplaire tout inspirée de l’amour de Dieu et du prochain.

On a souvent critiqué les rois pour leurs "richesses" ; peut-être est-ce parfois la jalousie qui nous a fait parler, mais peu sont ceux qui "jalousent" Louis IX de France pour avoir lavé les pieds à ses pauvres ou participé à l'office des moines à cinq heures du matin ; lui-même répondit un jour à ses proches, qui le taquinaient pour ses dévotions jugées excessives : Si j'étais allé à la chasse avec vous, vous ne me reprocheriez pas d'avoir délaissé les affaires de l'État !

Etre roi n’est pas une charge véritablement enviable ; malheureux, plutôt, serait toute personne qui ambitionnerait cette place. Quelle responsabilité, devant Dieu et devant les hommes !

Mais être royal, pratiquer les vertus en cherchant la perfection, voilà l’idéal que nous propose le Christ Avec la grâce de Dieu, nous pouvons tous le faire. 

 

*       *       *

 

L’histoire de David nous est un peu connue, surtout pour l’épisode de Goliath, par les deux Livres de Samuel (1S 16-31 et 2S) (2), mais d’autres épisodes illustrent la vie du roi David.

Mystérieusement, dès sa jeunesse, David a reçu l’onction royale de Samuel (1S 16:14), que confirmèrent plus tard les anciens de Juda (2S 2:4), puis ceux d’Israël (2S 5:3, notre récit d’aujourd’hui). 

Quand Saül, dans un accès de jalousie, voulut tuer David, ce dernier cependant pardonna et se montra royal envers Saül, refusant de porter la main sur lui parce qu’il avait reçu l’onction de Dieu (2S 24 et 26). C’est au nom de Dieu qu’il mena beaucoup de combats victorieux contre les ennemis du Peuple de Dieu. 

Après avoir fait reporter l’Arche de l’Alliance à Jérusalem, il eut l’humilité de remarquer qu’il habitait dans une maison de cèdre, et l’arche de Dieu sous une tente (2S 7:2) : c’est alors que le prophète Natân lui annonça que ce serait son descendant qui construirait ce fameux Temple (2S 7:13). C’est à partir de ce moment que Jérusalem fut vraiment ce que signifie son nom (Cité de la paix), la ville de Dieu, le siège du droit, que chante le psaume 121 aujourd’hui.

Or, le descendant de David qui devait construire le Temple de Jérusalem, n’en était pas le premier-né, loin de là (3). Salomon naquit de l’adultère de David avec Bethsabée, dont le roi David avait fait tuer le mari à la guerre. Natân vint reprocher très sévèrement son péché à David et le premier enfant de cette union mourut. Dans son repentir si sincère, David se montra encore une fois royal, il s’inclina devant le reproche du prophète, reconnut son péché et composa alors ce sublime psaume 50, le Miserere. Ensuite naquit Salomon qui, malgré cet adultère, reçut une bénédiction toute spéciale de Dieu et hérita de David la royauté.

En ces circonstances, Dieu montra envers David et Salomon ce que signifie être royalement miséricordieux. David à son tour, montra comment même un roi doit rester humble devant Dieu, en se reconnaissant pécheur : il n’y a peut-être rien de plus exaltant que de reconnaître son péché. Plusieurs siècles après, le Fils de Dieu nous montra comment il voulait être humble, en prenant notre nature pécheresse, et en naissant de la lignée de David, le pécheur royal.

 

*       *       *

 

Nous voyons aujourd’hui Jésus, notre Roi doux et humble de cœur, crucifié, entre deux bandits. Ces deux bandits, disait l’évangéliste Matthieu, l’outrageaient de la sorte, comme le faisaient les Juifs autour de la croix (Mt 27:44). Le passage d’aujourd’hui, en saint Luc, pourrait laisser entendre que le “Bon Larron” fut peu à peu touché par la grâce (et sans doute aussi par l’intercession de Marie, co-Rédemptrice) : voyant comment Jésus mourait sans se plaindre et en pardonnant, il rentra en lui-même, comprit son péché et, cessant d’outrager Jésus, lui demanda humblement pardon, comme le roi David après son péché. 

On pourra remarquer ici que l’évangéliste utilise l’imparfait (il disait…), comme pour indiquer une répétition : il se pourrait bien que le Bon Larron ait en effet répété plusieurs fois son “acte de contrition”. 

Une précision encore : quelqu’un pourrait objecter que, au moment des ténèbres qui suivirent la mort de Jésus, le Bon Larron aura pu être saisi de frayeur et donc un peu forcé de demander pardon. Mais l’objection ne tient pas car la conversion du Bon Larron précéda ces ténèbres de midi. Ce fut donc bien un acte personnel, libre et conscient, du Larron. On ne peut que regretter que l’autre ne l’ait pas imité.

D’après la Tradition, le Bon Larron s’appelait Dismas. Sans le nommer, le Martyrologe commémore le Bon Larron au 25 mars. Saint Dismas ne fut peut-être pas un “martyr” qui versa son sang pour le Christ, mais on peut sans aucun doute affirmer qu’il fut un “témoin” authentique - c’est le sens du mot grec martyr - par ses vertus de foi, d’espérance et de charité : foi au Christ Rédempteur et Sauveur, espérance de l’Eternité, charité à vouloir convertir son compagnon d’infortune, avant-même de demander la grâce pour lui-même.

Ainsi, sur le Calvaire, on pourra dire qu’il y a deux rois : Jésus, et saint Dismas. L’un est Roi par nature, par l’onction qu’Il a reçue de Dieu, l’autre est roi par son humilité, et par sa “nouvelle naissance” dans la vie du Christ ; sans doute sans le savoir, il accomplit ce mot du Christ, prenant en exemple un petit enfant : Qui donc se fera petit comme cet enfant-là, voilà le plus grand dans le Royaume des Cieux (Mt 18:4).

 

*       *       *

 

Jésus est Fils de Dieu, consacré Prêtre éternel et Roi, selon ces versets des psaumes, souvent repris dans la Liturgie : 

Tu es prêtre pour l’éternité, selon l’ordre de Melchisédech (Ps 109:4)

Ton Dieu t’a donné l’onction d’une huile d’allégresse comme à nul de tes rivaux (Ps 44:8).

A ce Roi divin saint Paul élève cette hymne magnifique dans l’épître aux Chrétiens de Colosses (4), en des termes qui mériteraient beaucoup d’heureux commentaires : Jésus est l’image du Dieu invisible, avant tous les êtres (en grec : le premier-né de toute créature), tête du Corps, de l'Église, le commencement, premier-né d'entre les morts. Et pour accomplir cette plénitude, ajoute Paul, Dieu a voulu tout réconcilier, en faisant la paix par le sang de sa croix, c’est-à-dire en nous laissant le miracle sublime et extraordinaire du Pain et du Vin de l'Eucharistie. Un don royal.

Le Bon Larron, lui, est le premier que Dieu a fait entrer dans son royaume, derrière son Fils, par qui nous sommes rachetés et nos péchés pardonnés, le premier aussi de ceux que Dieu a rendus capables d'avoir part à l'héritage du peuple saint, et qu’Il a arrachés au pouvoir des ténèbres

A la suite du Bon Larron qui fut baptisé dans son sang et par sa foi, nous avons reçu, au Baptême et à la Confirmation, l’onction sacrée du Chrême, qui nous a rendus participants de cette royauté divine. Nous sommes des rois ! Quelle dignité ! Mais aussi quelle tristesse quand cette dignité est blessée, tachée, bafouée, par nos péchés.

 

*       *       *

 

Apprenons à être rois de nous-mêmes, à nous gouverner saintement en conquérant les vertus que Jésus Roi nous a données en exemple : le pardon, l’humilité, la douceur. 

La béatitude Heureux les doux, ils posséderont la terre (Mt 5:4), devrait sans doute être interprétée ainsi : Donne-nous la grâce de dominer la terre par notre douceur royale.

C’est sans doute aussi ce que veut nous faire dire le Christ dans sa Prière. En effet, quand nous disons Que ton Règne vienne, ce Règne ne va pas tout d’un coup s’imposer à nous sans notre participation. Chacun est appelé à apporter sa propre pierre pour construire ce Royaume, en cherchant à devenir toujours plus “royal”. 

Si nous ne le voulons pas, nous n’empêcherons pas Jésus d’être Roi, puisqu’Il l’est, puisque déjà il possède le règne, la puissance et la gloire, comme nous le chantons à la Messe. Mais Jésus veut nous faire entrer dans ce Royaume, pour que nous soyons avec lui dans l’Eternité. 

Prions notre Roi d’Amour avec cette totale conviction : 

 Fais que toute la création, libérée de la servitude (du péché), reconnaisse ta puissance et te glorifie sans fin.

 

 

(1) Et une publicité très inconvenante, présentant une sorte de Bon Dieu dans les nuages, prétend qu’ “il n’y a rien au-dessus du Président”.

(2) Dans la Vulgate, ce sont les deux premiers Livres des Rois.

(3) Voir 1Ch 3:1-9.

(4) Les ruines de Colosses se trouvent près de l’actuelle Honaz en Turquie occidentale.

Repost 0
Published by samuelephrem - dans Homélies - année C
commenter cet article
16 novembre 2013 6 16 /11 /novembre /2013 07:32

33e dimanche ordinaire - C

 

Déjà au chapitre 19 de saint Luc, Jésus avait pleuré sur Jérusalem (Lc 19:41-44), annonçant qu’il n’en resterait pas pierre sur pierre. En entendant la douloureuse plainte du Seigneur, les apôtres ne restèrent certainement pas indifférents, habitués à contempler ce magnifique édifice qu’était le temple de Jérusalem. L’historien juif Josèphe, qui fut témoin des années 60-70, en parle en des termes qui le font bien comprendre (VI Belli, VI). On rapporte traditionnellement que le Temple de Jérusalem était d’une splendeur jamais connue auparavant et jamais égalée par la suite.

C’est un peu comme si on nous annonçait la destruction totale et irréparable d’une cathédrale de Chartres ou de Strasbourg… Dieu le permettra-t-il ? La question travaille les Apôtres. Aujourd’hui, en 21:8 sq, Jésus leur indique davantage de signes, plutôt catastrophiques et inquiétants, et surprenants dans la bouche de Celui qui était venu apporter la paix aux hommes de bonne volonté.

 

*       *       * 

 

Qu’une ville soit détruite, cela était déjà arrivé à des villes célèbres comme Ninive, comme Babylone, Tyr ou Alexandrie ; Rome aussi subira maints saccages.

Certes, la destruction d’une ville entière est évidemment une horreur. Un cataclysme dévastateur, un tsunami, un ouragan, une explosion atomique qui laissent un spectacle de mort, de destruction totale, parfois irréparable, est une épreuve difficile pour les survivants (quand il y en a), les familles et pour nous tous qui en voyons des images dans nos journaux.

Mais Jésus nous apporte ici des réflexions d’un ordre beaucoup plus spirituel. 

Une maison, un monument, une voiture, un musée, un tableau magnifique, une collection de bijoux, un violon Stradivari…, qu’est-ce devant l’Eternité ? Les emporterons-nous dans l’Au-delà ? 

Et si nous les laissons pour nos héritiers, en profiteront-ils plus que nous, si tant est qu’ils survivent à la catastrophe ou à la guerre ?

Ecoutons bien alors l’avertissement du Christ, qui nous demande, qui nous supplie, presque, de regarder au-delà des événements historiques.

Au-delà des guerres, des tremblements de terre, des épidémies de peste, des famines, des faits terrifiants, de grands signes dans le ciel, il y a la Vie éternelle, la Vie qui ne finit pas, et qu’on ne pourra pas nous arracher : le plus important pour nous, est de nous préparer à la Vie éternelle de notre âme qui, elle, ne meurt pas après la mort.

Le Christ nous avertit très clairement : 

Prenez garde de ne pas vous laisser égarer.

N’allez pas vous effrayer.

Aurions-nous déjà oublié la constance des sept frères martyrs, que nous lisions dimanche dernier ?

La destruction de Jérusalem par Titus en 70 fut effectivement une horrible catastrophe. Complètement affamés, les Juifs qui y vivaient encore mouraient de faim et l’on y vit une pauvre mère rôtir et manger son petit nouveau-né. Saint Jérôme, dans son livre Sur Zacharie, VIII, rapporte que, non seulement il n’y resta pas pierre sur pierre, mais qu’on y passa la charrue. Le même historien Josèphe, déjà cité raconte que Titus n’en laissa qu’une partie des murs, pour y loger un camp, et deux des tours du temple, pour que la postérité pût se rendre compte de la force de l’armée romaine qui avait détruit le reste : Tout le reste fut à ce point abattu, détruit et aplani, qu’on pouvait à peine croire qu’on y avait habité (VII Belli, XVIII). 

Mais Jésus va au-delà de la Jérusalem historique. Notre Jérusalem, c’est aussi notre monde, qui ne reconnaît pas Dieu, comme les Juifs n’ont pas reconnu le Christ. 

Conflits nationaux et internationaux, explosions et attentats, déportations massives, maladies graves, catastrophes immenses (rappelons-nous le tsunami d’il y a quelques années, les tempêtes et les ouragans), persécutions : il semble que nous vivions bien au milieu de tous ces malheurs. Le XXe siècle écoulé a peut-être vu tomber autant et plus de martyrs que durant les dix-neuf autres siècles écoulés.

Tout cela non plus ne doit pas nous abattre. Un combat beaucoup plus grave nous attend : celui de rester debout avec la foi, en face des faux prophètes qui prétendront que Le moment est tout proche, ou même en temps de persécutions, car il n’est pas interdit de penser que notre Occident pourrait bien revenir à une persécution organisée contre l’Eglise, déjà bien amorcée par le matérialisme ambiant, ennemi de la religion. 

Jésus ne parle pas qu’aux Apôtres en leur disant qu’ on vous persécutera. Nous avons le droit de vivre une persécution, morale ou sanglante. Là encore, le Christ nous donne les armes de la résistance : Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. 

Les martyrs sont gagnants, parce qu'ils sont sûrs d'avoir la Vie éternelle en échange de ce qu'ils laissent, car ils échangent le secondaire contre l'essentiel, le temporel pour l’éternel, la mort pour la vie. Dans cette perspective, on comprend que chacune de nos actions, de nos pensées (chaque cheveu), soit précieuse aux yeux de Dieu. C'est que nous ne sommes pas des égarés perdus au milieu de galaxies : Dieu aime chacun de nous.

 

*       *       * 

 

C'est pourquoi s.Paul nous invite aujourd'hui à ne pas céder à la paresse, sous prétexte que bientôt tout sera fini ou au contraire que cette attente se prolonge trop. Lui, Paul, persécuté presque à chaque étape de ses voyages, et maintenant proche de sa condamnation à mort, continuait à opérer : Nous (lui et ses disciples, Timothée, Epaphras, Tite, Luc, et d'autres), nous avons travaillé pour n'être à la charge d'aucun d’entre vous. 

Il faut profiter de chaque instant pour préparer et conquérir le Royaume de Dieu. Chaque moment de notre existence est une grâce de Dieu. 

Récemment, une cause de béatification semble avoir été définitivement abandonnée, quand on sut qu'un jeune homme condamné par la maladie avait interrompu ses études. Saint Paul est sévère sur l'inactivité : Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus. C’est que la société ne manque pas de ces faux pauvres, irresponsables, qui se contentent de profiter des autres. Le livre des Proverbes, déjà, avait ses sentences savoureuses sur l’oisiveté ; en voici une : Le paresseux dit : Un lion sur la route ! Un lion sur la place ! (Pr 26:13).

 

*       *       * 

 

Nous devons donc nous préparer à rencontrer le Christ. Cela pourrait historiquement arriver tout-à-l'heure, demain, après-demain… Qu'ai-je fait de ma vie ? Quelle belle plante ai-je semée, pour faire éclore bientôt une fleur magnifique ? Ou au contraire, à quelle activité sans lendemain ai-je donné tant de temps ?

Quand Jésus sera là, où serai-je ? avec ceux qui commettent l'impiété, qui seront de la paille, ou avec ceux qui respectent le Nom de Dieu, pour qui se lèvera le Soleil de justice. C'est le prophète Malachie qui nous le demande, cinq siècles avant la naissance de Jésus. Or l'avènement que nous attendons n’est plus la naissance de ce Sauveur, mais notre rencontre personnelle avec le Fils de Dieu, notre nouvelle naissance, maintenant en cette vie, et définitivement quand de toutes façons nous laisserons cette terre.

 

*       *       * 

 

Avons-nous bien compris l’enseignement de Jésus-Christ et de saint Pa ul ? Avons-nous besoin d’autres références ?

Il n’y a pas, en effet, que les textes d’aujourd’hui qui nous invitent au détachement. Voyons encore : 

Ne vous amassez point de trésors sur la terre, où la mite et le ver consument, où les voleurs perforent et cambriolent. Mais amassez-vous des trésors dans le ciel (Mt 6:19-20).

Vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent (Mt 6:24).

Ne vous inquiétez pas pour votre vie (Mt 6:25).

Ne craignez rien de ceux qui tuent le corps mais ne sauraient tuer l’âme… Vos cheveux même sont tous comptés (Mt 10:28,30).

A la messe, le prêtre élève cette prière confiante : Rassure-nous devant les épreuves en cette vie où nous espérons le bonheur que tu promets et l’avènement de Jésus-Christ, notre Sauveur.

Tous ces textes sont une invitation pour nous à réfléchir sur cette vérité de notre Credo, que nous répétons peut-être un peu machinalement chaque dimanche : 

Il reviendra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts, et son règne n’aura pas de fin…

J’attends la résurrection des morts, et la vie du monde à venir.                      

ou bien, dans le Symbole des Apôtres : 

Je crois… à la résurrection de la chair, à la vie éternelle.

 

*       *       * 

 

Tous ceux qui seront restés fidèles dans leur cœur acclameront le Christ dans un débordement de joie qui ne finira plus. Le psaume 97 veut illustrer cette fête universelle dans une symphonie musicale triomphante avec la cithare et tous les instruments, au son de la trompette et du cor ; la mer, le monde et ses habitants, les fleuves, les montagnes ! Ce psaume est plein de joie, plein d'harmonies célestes, c'est tout le créé, désormais re-créé, qui joue pour Dieu !

 

*       *       * 

 

A la lumière de ces quelques réflexions, il est bon d’approfondir la Prière du jour : trouver notre joie dans notre fidélité, être toujours heureux même dans l’adversité, c’est tout un programme. Servir constamment le Créateur de tout bien, c’est véritablement entrer déjà dans l’Eternité. 

C’est la joie parfaite.

 

 

 

 

Repost 0
Published by samuelephrem - dans Homélies - année C
commenter cet article
9 novembre 2013 6 09 /11 /novembre /2013 00:00

32e dimanche ordinaire - C

 

Le mois de novembre, depuis la fête de tous les Saints jusqu'à celle du Christ Roi, nous place dans une perspective très accentuée vers l'Au-delà, tant par la pensée de la mort et de la résurrection, que celle du jugement dernier, du retour du Christ et de la Vie éternelle avec les Anges et les Saints.

 

*       *       *

 

Les livres des "Martyrs d'Israël" - comme on les appelle actuellement - sont les derniers des livres historiques de l'Ancien Testament et furent écrits un siècle environ avant la naissance de Jésus-Christ. Il est important de le noter, parce que nous y trouvons déjà des affirmations importantes sur la résurrection des morts, la prière pour les défunts, les mérites des martyrs, qui seront reprises et amplement développées dès l’Eglise naissante du premier siècle. 

Le récit d'aujourd'hui nous fait lire une petite partie des tortures subies par ces sept frères. Le chapitre entier est consacré à ce récit complet, qui relate d’autres détails (cf. 2M 7). Ne nous y arrêtons pas ici non plus ; ce qui compte, c'est la ferme espérance que nourrissent tous ces jeunes gens, de retrouver la Vie après cette mort terrestre. Le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle, dit l'un ; tenant de Dieu l'espoir d'être ressuscité, dit l'autre ; et un autre encore, tendant ses mains qui vont lui être coupées : Ces membres que je tiens du Ciel, j'espère par lui les retrouver.

 

*       *       *

 

Cette certitude de la Vie éternelle existait bien avant aussi, mais par d'autres allusions. Jésus nous le rappelle dans l'évangile d’aujourd’hui : si Moïse parle du Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, c'est que ces derniers sont bien vivants près de Dieu : quel intérêt y aurait-il à invoquer un Dieu de morts ?

Dans l’évangile, les interlocuteurs de Jésus inventent une situation invraisemblable, juste pour lui poser une "colle". Imagine-t-on en effet sept frères épouser successivement la même femme ! Mais ne nous moquons pas des Sadducéens, ces juifs qui ne croyaient pas à la résurrection. Combien de fois n'entend-on pas dire dans des conversations ordinaires, et même de la bouche de chrétiens, que "la vie d'après n'existe pas, parce que jamais personne n'en est revenu pour nous le dire" ? Bien que chaque dimanche nous répétions que nous croyons à la résurrection des morts, beaucoup montrent là-dessus des doutes, des craintes, des perplexités… Pourtant, que de “signes” avons-nous reçus de la part des Défunts, et ne serait-ce que les multiples manifestations de Jésus après sa mort et sa résurrection !

 

*       *       *

 

Or, même avant Jésus, déjà les juifs avaient coutume de lire et de commenter les psaumes. Le psaume 16 d'aujourd'hui a précisément cette finale très claire sur la résurrection : Au réveil, je me rassasierai de ton visage. On peut certainement y voir et y entendre le Christ parlant à Son Père, pendant la “nuit” de sa vie, de son agonie, de sa mort, et attendant l’heure de sa résurrection. Tout le psaume est la prière d’un Juste qui se sait innocent, mais qui, accusé de toutes parts, ne trouve son refuge qu’en Dieu. 

On pourra évoquer parallèlement le psaume 15 où s’exprimait aussi cette certitude : Ma chair reposera en sûreté ; car tu ne laisseras pas mon âme dans le shéol, ni ne laisseras ton Saint connaître la corruption ; plénitude de joie devant ta face, délices éternelles à ta droite.

Le sens de ces versets est assez clair. Peut-être que les Sadducéens lisaient ou chantaient ces psaumes sans y réfléchir, machinalement ; un peu comme nous "récitons" le Je crois en Dieu, qui s'achève précisément sur cette profession de foi en la vie éternelle.

Pour nous, chrétiens, nous avons au moins "une" attestation de la résurrection, par la résurrection tout-à-fait historique de Jésus-Christ. Saint Paul nous en a avertis : S'il n'y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n'est pas ressuscité, et vide est notre foi (2Co 15:13-14).

Il est vrai que la résurrection échappe à toutes les lois de la nature, à toutes nos expériences quotidiennes. Elle n'en demeure pas moins une réalité fondamentale.

 

*       *       *

 

C'est le sens qu’il faut trouver dans les paroles de saint Paul aux Thessaloniciens, la deuxième lecture d’aujourd’hui, dont nous allons souligner quelques expressions fortes : 

Laissez-vous réconforter par notre Seigneur lui-même, car si Jésus n’était pas ressuscité, il ne pourrait pas nous réconforter ; 

Dieu... nous a donné réconfort et joyeuse espérance : quelle espérance “joyeuse” pourrions-nous avoir, si nous n’étions pas appelés à la résurrection, comme le Christ ?

Qu'ils affermissent votre cœur…, que le Seigneur vous conduise à la persévérance pour attendre le Christ : ne nous laissons pas décourager par ce monde qui passe, mais encourageons-nous à rejoindre le Christ. 

Ces expressions ne sont pas banales ; gardons-nous de les lire trop rapidement, de les trouver évidentes sous la plume de l'Apôtre. Elles sont précisément une exhortation pressante à raviver notre foi, à ne pas nous endormir sur nos habitudes, sur notre train-train. Quelle merveille inouïe que cette résurrection ! Que serait notre vie, sans cette perspective ?

 

*       *       *

 

Quand nous comprenons quel sera le vrai but de notre existence, nous percevons mieux quelle valeur prend alors chaque instant de la vie : chaque minute est précieuse pour l'éternité. Mais comme c’est souvent difficile de rester fermes sur la route, nous demandons à Dieu dans la Prière du jour que, par Sa grâce, Il éloigne de nous tout ce qui nous arrête, toute entrave d’esprit et de corps. Déjà dimanche dernier, l’expression se trouvait dans la Prière : sans que rien nous arrête.

 

 

Pour l’homme, c’est impossible, mais pour Dieu tout est possible (Mt 19:26).


Repost 0
Published by samuelephrem - dans Homélies - année C
commenter cet article
2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 00:00

31e dimanche ordinaire - C

 

Dans son voyage pour rejoindre Jérusalem, Jésus a successivement rencontré les dix lépreux aux confins de la Samarie et de la Galilée (Lc 17:11, évangile du 28e dimanche), puis guéri l’aveugle comme il approchait de Jéricho (Lc 18:35) ; Le voici en Jéricho, où l’attend Zachée. Le récit évangélique d'aujourd'hui va peut-être nous poser quelque difficulté, après la parabole du pharisien et du publicain de dimanche dernier, où Jésus nous invitait à ne pas nous vanter de nos bonnes actions. 

Aujourd'hui, celui qui expose à Jésus ses bonnes actions n’est pas un pharisien, mais un publicain ; qui plus est, il est le chef des collecteurs d’impôts, quelqu’un qui manipule l’argent, qui emprunte, fait du profit, en quelque sorte un “voleur”, un de ceux qui devaient traiter aussi avec les Romains pour changer leur argent, pour collecter et leur remettre les impôts : traiter ainsi avec les occupants, c’était être un “collaborateur” ; on voit bien comment on peut arriver aux amalgames, et aux accusations faciles (1). 

S’arrêter là serait mal connaître celui à qui Jésus va dire qu’il doit demeurer chez lui. Le nom-même de Zachée signifie Pur (Juste), et l’on va voir que ce “gabelou” a un cœur en or.

Voici donc que Zachée, qui est de petite taille, grimpe sur un arbre : cette attitude est touchante de prime abord, parce que ce faisant, Zachée ne peut guère passer inaperçu ; tout le monde voit notre homme se dépêtrer dans les branches, comme le font tous les enfants pour s'amuser ; mais Zachée ne s'amuse pas : sans s'inquiéter du qu'en-dira-t-on, il fait tout ce qu'il peut pour voir Jésus. Saint Jean Chrysostome commente délicieusement : Il voulait voir des yeux Celui que désirait son âme.

Jésus ne manque pas de le remarquer, bien sûr, et lui adresse la parole, l'invite à descendre "vite" (déjà il avait couru en avant pour escalader son sycomore, voilà qu'il doit redescendre encore plus vite ! Et Zachée de descendre, obéissant comme un petit enfant à l’appel de Jésus, pour Le recevoir avec joie.

Il y a eu des commentaires à propos du sycomore auquel est grimpé Zachée. Ce petit arbre, parfois appelé “faux platane”, ou même assimilé à une sorte de figuier aux fruits fades, aura suggéré la “folie de la Croix”. Contrairement aux païens qui considèrent une folie le langage de la Croix (cf. 1Co 1:18), Zachée au contraire s’est “sagement” appuyé sur ce Bois pour trouver la Vérité. 

Saint Grégoire le Grand a à ce propos une autre formule savoureuse : “Abandonnons la science vénéneuse pour apprendre la louable stupidité” (2) .

Le désir de Zachée était si fort et si pur, que Jésus s’est Lui-même présenté à lui, selon ce passage de l’Ecclésiastique (ou Siracide) : La Sagesse vient au-devant de (celui qui craint le Seigneur) comme une mère ; elle le nourrit du pain de la vie et de l’intelligence, elle lui donne à boire l’eau de la sagesse salutaire (Si 15:2-3, d’après la Vulgate) (3). 

Ecoutons notre Zachée : contrairement au pharisien de la parabole de dimanche dernier, sans vanité, sans se comparer aux autres, il expose simplement ce qu'il croit bien de faire. Personnellement, il ne connaît pas la Loi, sinon vaguement ; peut-être n’était-il pas même Juif ; mais son cœur droit lui dicte qu'il doit aider les autres, qu'il doit réparer ses torts. A strictement parler, la Loi ne demande pas de donner aux pauvres la moitié de (ses) biens : en fin de récolte, il fallait seulement laisser à la veuve la gerbe ou les grappes qui restaient (Dt 24:19sq), ou bien tous les trois ans seulement on demandait la dîme des récoltes (Dt 14:28) ; quant à restituer au quadruple, cela ne concernait que le vol de petit bétail (Ex 21:37).

Le texte de l’évangile nous permet ici une explication supplémentaire. Dans son laconisme, le verset de Luc Voyant cela, tous récriminaient… laisse bien supposer tous les attroupements de la foule devant la maison de Zachée et les conversations où chacun y va de son commentaire et de sa critique. Pendant tout ce temps, personne n’entend la conversation de Jésus et Zachée : il est plus que probable que Jésus ait pris le temps de parler, d’écouter, de conseiller, après quoi Zachée, convaincu, converti, aura cette phrase : Je fais don aux pauvres, etc, qu’on peut très bien entendre comme une sorte de décision, de promesse solennelle faite à Jésus, qui alors déclare que le salut a été accordé à cette maison, à Zachée et à tous ses proches, car le bon exemple de Zachée a convaincu toute la maisonnée (4). 

Certes, Zachée savait s'y prendre en matière de finances, et n’était pas totalement innocent. Mais Jésus voit plutôt l'intérieur de son âme, éprise de justice : à lui pourra s’appliquer la Béatitude Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, ils seront rassasiés (Mt 5:6) ; Jésus lui accorde le salut, exactement selon le mot que nous lisons dans la première lecture : Tu fermes les yeux sur leurs péchés, pour qu’il se convertissent. Ainsi se manifeste la divine miséricorde : sans contrainte, sans brusquerie, Dieu amène toute âme droite à la conversion.

 

*       *       *

Toute la première lecture, extraite du Livre de la Sagesse, chante cette miséricorde divine, qui n’exclut personne. Un Père de l'Eglise a fait cette remarque merveilleuse : Dieu aime tous les êtres, parce qu'il les aime chacun en particulier (5). 

 

*       *       *

Oui, vraiment, dit ensuite le psaume 144 : Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d'amour. La bonté du Seigneur est pour tous, sa tendresse, pour toutes ses œuvres.

Il n’est pas rare que tel ou tel pécheur demande lui-même à recevoir les Sacrements de l'Eglise avant de mourir. De telles conversions au moment suprême montrent comment des cœurs parfois endurcis soient touchés par la grâce, comme le Bon Larron sur la croix. Le cas est loin d’être unique. On ne peut que remercier Dieu pour cette "patience" qu'Il a envers chacun de nous.

 

*       *       *

Dieu, qui n’est pas un juge impitoyable, ne veut qu’une chose : le salut de notre âme. Peu importeront les circonstances, les peines, les difficultés, les souffrances, nos chutes même (pourvu que nous les reconnaissions) ; et surtout les faux prophètes alarmistes (deuxième lecture) : si s.Paul dit ailleurs que le Seigneur est proche (Phil 4:5), c'est pour nous rappeler que le temps passe très vite, mais il nous avertit bien précisément, aujourd’hui, que la fin du monde (le jour du Seigneur) n'est pas arrivée encore. Peu importe la date des "derniers temps" dont on nous parle ici et là : l'essentiel est, dit l’apôtre, de conserver une foi active et d'accomplir tout le bien possible ; d’abord une conversion toujours plus totale en nous-mêmes, et puis un amour toujours plus grand autour de nous.

Ainsi, dit s.Paul, notre Seigneur Jésus aura sa gloire en vous (le texte grec dit plutôt que le nom de notre Seigneur Jésus (sera) glorifié en vous) : que chacune de nos actions soit un hommage à Jésus Christ, une progression vers les biens qu’(il) nous promet, dit la Prière du jour, pour que Jésus soit en quelque sorte fier de nous, quand Il reviendra, et qu'Il dise à chacun de nous : Entre dans la joie de ton Maître (Mt 25:21).

Alors, sans crainte du Jugement et de la mort, et au contraire avec la plus grande joie et totale liberté, nous invoquerons de toutes nos forces : Viens, Seigneur Jésus (Apoc 22:20).

 

 

1 Le mot hébreux pour “chef” est Gabba, d’où vient notre gabelle, le fameux impôt sur le sel.

2 “Relinquamus noxiam sapientiam, ut discamus laudabilem fatuitatem” (Moralia, XXVII).

3 On pourra chercher sur Internet des informations sur M.André Levet, un Zachée du XXe siècle, ou plutôt un Bon Larron : ce voleur voulut parler  avec le Christ, le vit effectivement, et se convertit totalement dès sa prison.

4 D’après le pape saint Clément, saint Pierre ordonna Zachée évêque de Césarée de Palestine. 

5 Très probablement s.Maxime le Confesseur, un illustre théologien de Constantinople au VIIe siècle, extrêmement prolixe et surnommé “le Confesseur”, fêté le 13 août ; sa fidélité à la doctrine de l’Eglise lui valut d’être torturé : on lui coupa la langue et la main droite, pour l’empêcher de parler et d’écrire davantage.

Repost 0
Published by samuelephrem - dans Homélies - année C
commenter cet article
25 octobre 2013 5 25 /10 /octobre /2013 23:00

30e dimanche ordinaire - C

 

Le Christ met une petite pointe d'humour dans la parabole d'aujourd'hui : le procédé est utile pour faire passer plus aisément la leçon. Nous connaissons tous la parabole du pharisien et du publicain, et tous, nous condamnons l'attitude du pharisien, mais, sincèrement, demandons-nous maintenant : suis-je un pharisien ou suis-je un publicain ?

Au fond, pourquoi le pharisien n'a-t-il pas trouvé grâce devant Dieu ? Nous allons voir que ce pharisien - celui qui se cache en chacun de nous - commet plusieurs erreurs.

 

*       *       *

 

Sa première erreur est une des erreurs les plus répandues parmi les hommes : il se compare aux autres. Il est tout-à-fait vain de se comparer aux autres, parce que nous sommes tous pécheurs devant Dieu : nous avons tous des qualités et des défauts, aussi différents de sujet à sujet. Celui auquel nous devons chercher à ressembler, l'Unique, est le Christ. Lui seul est parfait, lui seul est notre modèle. Cette doctrine est fondamentale et l'Eglise n'a jamais cessé de nous le rappeler. 

Les Saints et les Saintes ont pratiqué les vertus à un degré héroïque, ils ont eu des attitudes étonnantes, voire mystérieuses, ou même contradictoires, liées au contexte historique de leur mission. Qui voudrait imiter le caractère fougueux d'un saint François d'Assise pourrait bien se trouver en difficulté à vouloir ensuite imiter la douceur infinie d'un saint François de Sales ; ou bien qui voudrait - à l'instar de certains grands Mystiques - ne se nourrir que de l'Eucharistie, aurait bientôt quelques problèmes avec son entourage (et son médecin !).

Mais si les Saints et les Saintes sont des "modèles", c'est parce qu'ils nous montrent comment ils ont cherché à suivre le Christ totalement, sans prendre en considération le qu'en-dira-t-on, et surtout sans se mesurer aux autres.

 

*       *       *

 

Et voici maintenant la deuxième erreur du pharisien : toutes les bonnes œuvres qu'il accomplit pour satisfaire la Loi, lui suffisent pour s'autodéclarer "juste". Dans ses paroles, aucun amour réel de Dieu, mais une immense complaisance en lui-même. Il fait de Dieu son miroir et se félicite lui-même de ce qu'il y voit. Les Saints en revanche ne s'attribuent aucun mérite dans leurs bonnes actions. 

On lit ainsi dans la vie de saint Martial qu’après avoir fondé les Églises dans tout le sud de la Gaule, il mourut "ne cessant de regretter d'avoir si peu fait".

 

 

*       *       *

 

En lisant l’épître de saint Paul, on pourrait, à première vue, lui reprocher d'avoir des propos un peu similaires à ceux du pharisien : Je me suis bien battu, j'ai tenu jusqu'au bout, je suis resté fidèle… Je n'ai plus qu'à recevoir la récompense. Mais lisons bien le contexte : Le Seigneur m'a assisté, il m'a rempli de force. Paul ne s’attribue aucun mérite : c’est Dieu qui a agi en se servant de son “serviteur inutile” (rappelez-vous l’évangile du 27e dimanche) ; et surtout, rappelons-nous le fameux “hymne à la Charité”, du même Apôtre Paul : Quand j'aurais le don de prophétie et que je connaîtrais tous les mystères et toute la science, quand j'aurais la plénitude de la foi, une foi à transporter les montagnes, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien (1Co 13:2). Paul se montre ici très exigeant pour son propre apostolat : sans l’amour vrai, sans la Charité, tout ce qu’il pourra faire ne comptera pour rien.

 

*       *       *

 

Les Saints ne s'appuient que sur Dieu. Quand ils se mettent en Sa présence, leur première attitude est de s'humilier, de demander pardon pour leurs faiblesses, comme nous en donne l'exemple notre publicain. C'est pourquoi aussi, au tout début de la liturgie de la Messe, avant toute prière, avant toute lecture, nous commençons par demander pardon à Dieu. Cette action est pleinement liturgique, parce qu'elle favorise l'ouverture de notre cœur pour écouter et entendre la Parole divine.

 

*       *       *

 

Recueillons encore une autre leçon que nous donne notre Modèle divin aujourd’hui. Le pharisien a la dent dure contre les autres hommes : voleurs, injustes, adultères ; c'est sa troisième erreur. Oui, laissons à Dieu le jugement des autres ; tout en discernant le bien du mal, ne condamnons jamais et bannissons rudement de notre cœur (et de notre bouche) toute médisance. Cette attitude nous apportera un sens profond de la Justice et de la Paix, à l'image de Christ qui dit à la pécheresse : Je ne te condamne pas, va et désormais ne pèche plus (Jn 8:11).

 

*       *       *

 

Voilà qui nous amène au texte de Ben Sirac le Sage

 . Nous y lisons en quelques lignes l’universelle Bonté et Justice de Dieu, un “juge” absolument juste et impartial, en qui l’homme peut avoir une totale confiance.

Toutefois, après avoir lu ces lignes et celles du psaume 33 qui suit, que dira-t-on de tant et tant de “laissés pour compte” de notre monde ? Injustices, conflits sociaux, délinquance, guerres… Où est cette Bonté divine, cette Justice dont nous avons tant besoin? Quand donc Dieu nous délivrera de toutes (nos) angoisses ? 

Avec saint Pierre nous nous rappellerons que Dieu use de patience envers vous, voulant que personne ne périsse, mais que tous arrivent au repentir (2P 3:9). Dieu veut la conversion de tous les pécheurs, de tous les hommes. Voyons si nous ne sommes pas, nous les premiers, à l’origine de quelques injustices, de quelques heurts familiaux, de quelques querelles entre collègues.  Au lieu de regarder le mal ailleurs, cherchons toujours à corriger d’abord nos propres défauts à l'intérieur de nous-mêmes ; jusqu'au dernier souffle, nous aurons toujours des imperfections à nous reprocher.

 

*       *       *

 

Le pharisien de la parabole, en réalité, ne prie pas ; il se loue lui-même.

 Le publicain, dans son humble prière de pécheur, a une attitude que l’Eglise a, depuis, reprise dans notre liturgie pour exprimer la pénitence : il se frappe la poitrine. Par ce geste, le publicain veut en quelque sorte subjuguer son cœur, le siège de la volonté humaine, la source de tous les péchés. On se frappe la poitrine à l’acte pénitentiel du début de la Messe, au chant de l’Agneau de Dieu qui précède la communion.

 

*       *       *

 

Cette façon de demander pardon à Dieu nous conduira tout droit à cette joie du psaume 104 du chant d'entrée : Soyez dans la joie, vous qui cherchez Dieu. Cherchez le Seigneur et sa force, sans vous lasser, recherchez son visage ; c'est cette recherche qui nous fortifiera et nous consolidera sur le chemin vers la sainteté. 

Oui, Seigneur, fais-nous aimer ce que tu commandes, pour obtenir ce que tu promets (prière du jour).

 

 

1 Saint Martial venait de Palestine et fut évêque à Limoges, un des sept premiers évangélisateurs envoyés de Rome en Gaule. Sa fête est au 30 juin.

2 Le “Siracide” ou “Ecclésiastique”, un livre de la Bible très utilisé dans la liturgie ; la numérotation est un peu différente selon le texte latin de la Vulgate ou le texte hébraïque original. La Bible de Jérusalem indique les versets latins en chiffres marginaux, plus petits.

3 C’est ce que fait remarquer saint Augustin dans son “Sermo 36”, De Verbis Domini secundum Lucam.

Repost 0
Published by samuelephrem - dans Homélies - année C
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de samuelephrem
  • Le blog de samuelephrem
  • : Plus de 8500 notices de Bienheureux et Saints. Déjà traités : 1. Les personnages bibliques de l'ancien et du nouveau Testaments. 2. Papes. 3. Saints du Calendrier Romain. 4. Les Saints et Bienheureux reconnus depuis le 12e siècle (sauf 2017). 5. Les Saints et Bienheureux des siècles VI-XI. 6. (en cours) : Les Saints et Bienheureux des siècles II-V. 7. (mise à jour) : Bienheureux et Saints proclamés en 2017. En outre, des commentaires pour tous les dimanches et grandes fêtes (certains devant être très améliorés). Sur demande, nous pourrons vous faire parvenir en plusieurs fichiers pdf l'intégralité du Bréviaire romain latin, "LITURGIA HORARUM", qui vous permettront d'éviter beaucoup de renvois fastidieux, notamment pour les périodes de Noël et Pâques. Bonne visite !
  • Contact

Recherche

Pages

Liens