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21 novembre 2015 6 21 /11 /novembre /2015 06:13

Solennité du Christ Roi - B

 

Le prophète Daniel a eu le privilège d’une vision vraiment éblouissante : ce Fils d’homme et ce Vieillard, qui sont sans nul doute le Fils de Dieu et Dieu le Père.

Nous le savons par l’Evangile : Jésus était vrai Dieu et vrai Homme. Après la Résurrection, étant apparu avec ses traits humains aux Apôtres, il a regagné le monde invisible de l’Eternité. A la fin de chaque Prière, nous professons qu’Il vit et règne pour les siècles des siècles.

Par sa filiation divine, Jésus-Christ est Roi : tout a été créé par Lui, avec Lui et en Lui (Prière eucharistique, conclusion). Paul, aux Colossiens, chante la royauté du Christ : C’est en lui qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, … tout a été créé par lui et pour lui (Col 1:16).

Daniel cependant écrit qu’il lui fut donné domination, gloire et royauté, non pas parce Dieu lui a un jour remis cette royauté, comme s’il ne la possédait pas déjà, mais parce que, peu à peu, tous les peuples, tous les êtres sont appelés à reconnaître la Royauté du Christ.

C’est une royauté qui n’a rien à voir avec une de ces royautés que nous avons vues dans nos manuels d’histoire, qui passent les unes après les autres, renversées par un autre pouvoir, par une autre royauté, et pas vraiment meilleures les unes que les autres, tant l’homme est imparfait.

Mais David précise bien que cette domination est éternelle, qui ne passera pas et cette royauté ne sera pas détruite.

*       *       *

Qu’est donc ce Royaume ? En faisons-nous partie ou bien en ferons-nous partie un jour ?

Le psaume 92 affirme que le Seigneur règne : par le terme Seigneur  le psalmiste désigne ici le Dieu créateur,  dans sa majesté, sur son trône, dès l’origine. 

Après ce que nous a dit Daniel, la volonté de Dieu est que tous les peuples reconnaissent que le vrai Roi qu’ils doivent adorer, est Jésus, en qui tout a été créé et vers qui toute la création doit se diriger. 

Le psaume ajoute que Les fleuves déchaînent leur voix : c’est le bruit que font les hommes sur la terre, par leurs révoltes, leurs contestations, leurs guerres, leur orgueil… Le Royaume de Dieu ne fait pas ce bruit-là ; de plus, l’univers que Dieu a créé est inébranlable. Les fleuves des hommes tentent par tous les moyens de détruire l’univers divin, mais ils n’y parviendront pas.

A la mesure où nous mettons Jésus à la tête de notre vie, de notre pays, de notre planète, de nos désirs, alors nous instaurons dès ici-bas le Royaume du Christ, même si nous avons encore beaucoup d’imperfections à corriger.

 

*       *       *

La lecture de l'Apocalypse d'aujourd'hui ne laisse pas de nous surprendre par sa douceur infinie, alors que l'on a malheureusement coutume de prendre le terme d'Apocalypse pour quelque chose de terriblement catastrophique. Apocalypse signifie seulement Révélation.

Dans cette vision de Jean, Dieu nous «révèle» des choses mystérieuses et importantes ; certaines concernaient la chute de Jérusalem, d'autres les diverses épreuves de l'Eglise au cours des persécutions, et d'autres encore, plus précisément, la fin des temps ; mais en filigrane de toute cette Révélation apparaît toujours un enseignement extrêmement important pour chacun de nous.

Ainsi notre texte, qui se trouve au tout début de l'Apocalypse, commence par cette salutation pleine de douceur : Grâce et Paix vous soient données de la part de Jésus Christ. On ne peut que tomber à genoux de reconnaissance pour le don de la grâce et de la paix que nous apporte le Sauveur.

Recevoir la grâce de Dieu, la conserver et en vivre, c'est là toute notre force pour notre quotidien. C’est le fil conducteur de notre vie, et c’est là le but de notre existence. Saint Paul, qui avait par trois fois demandé d'être libéré d'une épreuve qui l'affligeait beaucoup, s'entendit répondre de Dieu : Ma grâce te suffit (2Co 11:7-9).

La grâce, donc, n'empêche pas les tribulations, les troubles, les tentations. Aussi Dieu nous comble-t-Il aussi du don de la Paix, qui enlève de nous toute crainte, toute agitation. Plusieurs grandes âmes, assaillies de doutes sur leur vocation ou leur mission, ne sachant si leurs inspirations venaient de Dieu ou de l'Ennemi, renouvelaient alors l'offrande totale de leur personne à Dieu, et très vite disparaissait l'agitation intérieure. 

La Paix n'est pas une pure absence de guerre (Concile Vatican II, Gaudium et Spes, 77) : la paix est d'abord une union avec Dieu, une soumission entière à Sa volonté, un amour inconditionnel pour l'Auteur de tout bien.

Il y a bien loin entre la soumission à Dieu, qui élève l'âme et la rend forte, et la soumission aux autorités de la terre, qui entraîne tant de contraintes, et même parfois aussi tant d'injustices. Il est très difficile, peut-être même impossible, aux chefs de la terre, de gouverner avec une justice parfaite. C'est pourquoi la solennité du Christ-Roi fut instituée par Pie XI (1925) pour rappeler que tout l'effort de la société doit chercher à reconnaître le Royaume du Christ. L’apôtre Jean dit bien dans la lecture que Jésus-Christ est le souverain des rois de la terre.

S’il est en même temps le premier-né d’entre les morts, c’est parce qu’il est l’Homme parfait, le premier qui donne (sa) vie pour la reprendre (Jn 10:18).

A ce Roi, doux et tout-puissant, Jean nous invite à lui rendre gloire et puissance pour les siècles des siècles : comme on l’a vu dans Daniel, le Christ détient toujours la gloire, mais c’est à nous de la Lui reconnaître.

Il y aura des êtres qui malheureusement ne voudront pas se rallier à ce Royaume : ceux qui l’ont transpercé, non seulement ceux qui l’ont flagellé, couronné d’épines, cloué en croix, ni même le soldat qui lui donna le coup de lance (et qui d’ailleurs se convertit : saint Longin) ; ceux qui transpercent le Corps de Jésus sont les pécheurs, c’est chacun de nous, chaque fois que nous refusons la conversion profonde. Alors, si le Christ revient à ce moment, combien se lamenteront de leur obstination…

 

*       *       *

 

Toute sa vie, Jésus a parlé du Royaume des Cieux. D'après l'Evangile, les païens eux-même ont entendu parler de son identité royale : Où est le roi des Juifs qui vient de naître, demandent les Mages (Mt 2:2) ; jusqu'à Pilate qui lui demande : Toi, tu es le roi des Juifs ? (Mt 27:11).

Dans sa prédication, Jésus ne s'est pas présenté comme roi ; mais il a agi royalement, se faisant serviteur de tous, ce qui est la marque de la royauté authentique. Si déjà un ministre est par définition un serviteur, à plus forte raison le roi doit donner l’exemple à ses ministres.

Mais le Royaume du Christ n'a rien d'un gouvernement humain : Ma royauté ne vient pas de ce monde, répond-il à Pilate éberlué. Le Royaume du Christ est un Règne de vie et de vérité, règne de grâce et de sainteté, règne de justice, d'amour et de paix ; c’est le chant de la Préface.

Vie, vérité, grâce, sainteté, justice, amour, paix : sept mots riches d'exigence, et emplis de tout un idéal de perfection. La perfection est difficile à atteindre, mais nous pouvons tous y tendre. C'est pourquoi le Royaume du Christ n'est pas encore pleinement instauré : il le sera quand tout mal cessera.

 

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Notre Père, qui es aux cieux… QUE TON RÈGNE vienne ! (Mt 6:10)

Cœur Sacré de Jésus, QUE TON RÈGNE ARRIVE !

 

Oh oui, viens Seigneur Jésus ! (Ap 22:20)

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Published by samuelephrem - dans Homélies pour les fêtes
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31 octobre 2015 6 31 /10 /octobre /2015 19:46

    La fête de tous les Saints

 

 

Une grande confusion s’est depuis longtemps installée dans les esprits de beaucoup de fidèles, à savoir que la Toussaint soit la triste journée des Morts. Nous parlerons des Morts demain, 2 novembre, et nous verrons même que ce jour ne doit pas être triste.

Aujourd’hui, 1er novembre, nous fêtons dans une grande joie tous les Saints et toutes les Saintes du Paradis. Cette fête existe dans l’Eglise depuis des siècles.

Dès le IVe siècle les Eglises d’Orient célébraient en une fête commune tous les martyrs de la terre. Saint Ephrem composa pour cette circonstance une hymne où l’on voit qu’à Edesse cette fête était fixée au 13 mai. Dans le reste de la Syrie, elle était placée au vendredi après Pâques. Dans une homélie sur les Martyrs, saint Jean Chrysostome précise qu’il parle le premier dimanche après la Pentecôte ; cet usage a été conservé jusqu’à nos jours par l’Eglise byzantine, qui a par une évolution normale transformé la fête des “Martyrs de toute la terre” en celle de “Tous les Saints”.

Le choix de ces différentes dates est significatif : on a voulu associer les Saints au triomphe du Christ à Pâques ou à l’effusion de l’Esprit à la Pentecôte ; suivant la poétique formule de l’empereur Léon le Sage, l’Eglise célèbre les fleurs produites par la terre arrosée des fleuves du Saint-Esprit.

Comme souvent, l’Orient a montré la voie à l’Occident. C’est probablement le 13 mai 609 que le pape Boniface IV transforma le Panthéon de Rome en une église de la Bienheureuse Marie toujours Vierge et de tous les Martyrs. C’était la première fois qu’un temple païen devenait église chrétienne. Sans doute la Providence y avait préparé le terrain, en faisant que justement l’architecture de ce temple fût tout-à-fait exceptionnelle : la voûte surbaissée éclairée seulement par son centre où pénètrent la lumière et le ciel.

Successivement, à la fête de “tous les Martyrs”, se substitua peu à peu la fête de “tous les Saints”, avec les Confesseurs et les Vierges. La première mention d’une véritable “Toussaint” apparaît à Salzburg à la fin du VIIIe siècle, sans doute par l’influence du théologien Alcuin, lui-même abbé à Tours.

Certains demanderont : Pourquoi une fête de “Tous” les Saints, puisqu’on les fête déjà tout au long de l’année ? C’est une bonne question, qui masque toutefois une mauvaise information assez généralisée aujourd’hui. C’est l’occasion de parler d’un Livre de l’Eglise, qui s’appelle le “Martyrologe”. 

Selon une habitude remontant aux premiers temps de l’Eglise, on a consigné par écrit, dans un premier temps, la liste de tous les Martyrs, au jour de leur mort (c’est-à-dire au jour de leur naissance au Ciel, leur jour “anniversaire”, qu’on a appelé le dies natalis) ; plus tard, on y adjoignit peu à peu tous les Saints canonisés officiellement, et dernièrement aussi tous les Bienheureux. Certains jours, il y a deux pages entières de liste de Saints et Bienheureux, c’est dire combien il est impossible de les fêter chaque jour tous à la fois. On ne pourra que vivement conseiller à tous les fidèles la lecture assidue de ce beau Livre.

Dans son calendrier officiel, l’Eglise fête certains Saints particulièrement caractéristiques : les Apôtres, les Fondateurs d’Eglises locales, le ou les premiers Martyrs de ces Eglises, les Pères de l’Eglise, les Docteurs. Bien évidemment, l’Eglise ne dispose “que” de trois-cent soixante-cinq jours, alors que les Saints sont des milliers et des milliers.

Autre question maintenant : Quel intérêt représentent pour nous ces célébrations en l’honneur des Saints ? N’avons-nous pas suffisamment de l’enseignement de Christ dans l’Evangile ?

Posée ainsi, cette judicieuse question porte en elle-même sa réponse parfaitement théologique : notre vie doit suivre en tout celle de Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai Homme. Il n’y a que Jésus que nous pouvons et devons imiter en tout, sans risque de nous tromper. Et il n’y a que Jésus envers qui nous devons avoir des attitudes d’adoration. En langage musical on pourrait dire que Jésus a écrit la partition de l’Evangile, tandis que les Saints l’ont interprétée.  

Les Saints, eux, ne sont pas de “petits dieux” subalternes, qui devraient accaparer notre dévotion et satisfaire tous nos caprices : obtenir ceci, faire que cela se fasse ainsi et pas autrement, jusqu’à certaines attitudes proches d’une véritable superstition. Dans beaucoup d’églises, de braves personnes se précipitent sur les cierges ou les luminaires à allumer devant une statue de Madone ou de saint Antoine, sans même adresser un petit salut à Celui qui est présent réellement dans le Tabernacle eucharistique. Ne disons pas que ces personnes soient de mauvaise foi ! Simplement, leur dévotion est mal éclairée, et les prêtres doivent s’employer à le leur expliquer patiemment.

En revanche, théologiquement, l’Eglise nous rappelle chaque jour que les Saints ont été des êtres humains comme nous, avec leurs faiblesses, leurs erreurs, leurs défauts, qu’ils ont combattus de toutes leurs forces durant leur vie terrestre, par amour de Dieu et pour se rapprocher toujours plus de la perfection à laquelle Dieu nous convie. En regardant ces saintes Figures, en admirant les grands moments de leurs vies, leurs combats, nous ne pourrons qu’être encouragés à les suivre, bien persuadés que ce qu’ils ont fait pourrait aussi être humainement à notre portée, la grâce de Dieu aidant.

Dieu ne nous demande pas d’être parfaits ici-bas, tout-de-suite, et sans jamais céder à quelque tentation. Dieu connaît notre faiblesse et ne nous la reprochera jamais. Ce qu’Il attend de nous, est un effort, une recherche du mieux, et cela, chacun peut le faire.

C’est dans ce sens-là que nous pouvons recourir à nos grands Amis, les Saints : “Toi, saint X qui as réussi à faire ceci, cela, aide-moi, donne-moi quelque chose de ton amour pour Dieu, quelque chose de ta force d’âme”. C’est un peu comme si, pour mieux préparer un examen, j’appelle un de mes camarades en lui disant : Toi, tu es bien préparé, tu ne pourrais pas venir relire avec moi telle matière ? Personnellement, je ferai le même travail pour mon examen, mais de le faire en compagnie d’un camarade mieux préparé que moi et que j’aime bien, cela me donnera plus d’ardeur pour me préparer. 

N’oublions pas non plus cet élément doctrinal, souvent oublié, de la puissante intercession des Saints auprès de Dieu. Ce que les Saints ont pu réaliser, leur combat spirituel, leur montée vers la perfection, leurs miracles aussi, tout cela est le fruit de la grâce de Dieu, à laquelle ils ont correspondu pleinement. Honorer leurs victoires et leur sainteté, c’est honorer la grâce et la puissance de Dieu. Dieu se réjouit de voir ainsi mis à l’honneur la Sainte Vierge, les Apôtres et les Martyrs, les Confesseurs et les Docteurs, les Vierges et les Veuves, de tous âges et de toutes époques.

C’est aussi dans cette perspective que depuis les débuts, les Chrétiens ont pris l’habitude de donner à leurs petits enfants non plus des noms de divinités, de héros ou de “vedettes”, mais des noms de Martyrs : très souvent furent donnés les noms de Pierre, Paul, Laurent, et celui-là-même de “Martyr”. Ce prénom qu’on reçoit au sacrement du Baptême n’est jamais un hasard, et tous nous pourrons trouver dans tel ou tel trait de la vie de notre saint Patron, quelque chose qui se rapportera à notre vie. On aimera comprendre pourquoi on invoque saint Antoine de Padoue pour retrouver un objet perdu, saint François Régis pour les femmes stériles, sainte Claire pour la télévision, Notre Dame de Lorette pour les aviateurs, etc. 

Les Saints nous attendent au Ciel : saint Jean-Baptiste, saint Joseph, saint Pierre, saint Paul, saint Benoît, saint Vincent de Paul, saint François, saint Jean-Marie Vianney… Ce devrait être pour nous un stimulant très fort de penser que dans “peu” de temps nous serons en leur compagnie, au Ciel, devant Dieu, avec Marie, la glorieuse Mère de Jésus et Ses myriades d’Anges et de Saints.

Oh ! dans le Ciel, il n’y aura plus de maladies, plus de souffrances, plus de jalousies, plus de rivalités ; plus d’impôts, plus de procès ; plus de voitures, plus de moteurs, plus de catastrophes… 

Vraiment, il y a de quoi se réjouir, en ce jour de Toussaint. Réjouissons-nous tous et mettons-nous vraiment à l’école de Jésus-Christ, à la suite de tous les Saints ; apprenons à connaître qui est notre saint Patron ou notre sainte Patronne, fêtons-les au jour de leur “naissance au ciel”.

Bienvenue à tous ceux et celles qui viendront consulter quelque notice sur ce blog ; il contient pour l’heure environ six mille notices de Saints, et pourrait à terme en contenir le double.

Bonne fête de tous les Saints à tous !

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24 mars 2015 2 24 /03 /mars /2015 00:00

 

Annonciation

 

Les deux solennités de saint Joseph et de l’Annonciation sont parfois reportées après Pâques, lorsqu’elles tombent durant la Semaine Sainte ou l’Octave de Pâques.

Normalement, la solennité de l’Annonciation se célèbre le 25 mars, neuf mois avant celle de Noël.

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Admirons la prophétie d’Isaïe, qui annonce au roi, huit siècles avant la naissance du Christ, qu’une jeune femme est enceinte, et qu’elle enfantera un fils, et on l’appellera Emmanuel.

Cette prophétie solennelle fait suite à une autre, à laquelle le roi Achaz ne croyait pas. Il doutait que Dieu pouvait lui donner la victoire contre deux envahisseurs ; et sa réponse au Prophète est insolente : invité par une telle autorité à demander un signe divin, au lieu de saisir l’occasion, il répond avec mépris : Je ne tenterai pas le Seigneur.

Aujourd’hui, c’est principalement la prédiction d’Isaïe qui va nous occuper. 

On peut d’abord remarquer qu’Isaïe ne s’adresse plus au roi Achaz, mais à toute la maison de David. La prophétie ne devant s’accomplir que plusieurs siècles après la mort du roi, il fallait en confier la prédiction traditionnelle à toute la maison de David ; le signe sera le gage certain de la conservation de la lignée royale. Ainsi le royaume de David ne devait plus craindre d’être écrasé par les rois alentour.

Vient alors le si fameux verset, qui a suscité beaucoup de commentaires variés :

1. Voici, la jeune femme est enceinte, elle enfantera un fils…

a. D’abord, le mot Voici ne signifie pas que l’événement annoncé doive se produire immédiatement. Ce terme introduit très souvent une proposition qui intéresse le futur, comme par exemple : Voici que des jours viendront (Je 30:3).

b. Passons au terme de jeune vierge, en hébreu alma.

Le terme alma se rencontre sept fois dans l’Ecriture, et désigne chaque fois une jeune fille, vierge, dans l’innocence virginale la plus absolue (v. Gn 24:43 ; Ex 2:8 ; Is 7:14 ; Ct 1:3 et 6:8 ; Ps 67:26 ; Pr 30:19).

Il faut distinguer ce terme de deux autres : Naara, qui désigne n’importe quelle jeune femme, mariée ou non, et Betula, qui correspond à notre demoiselle, une femme non mariée, sans distinction d’âge.

Saint Jérôme, qui avait étudié l’hébreu auprès du meilleur scripturiste hébreu de son temps, écrit précisément que le mot Alma désigne toujours une femme jeune et vierge, jamais une femme mariée. Etymologiquement, Alma signifie cachée, retirée, gardée avec le plus grand soin par ses parents. Comme certains docteurs juifs contestaient cette explication, le même Docteur les défia de lui montrer un seul endroit des Ecritures où Alma signifie simplement jeune personne et non pas vierge.

Même l’hérésiarque Martin Luther, proposait de donner cent florins à un Juif qui lui prouverait qu’Alma signifie autre chose qu’une vierge.

Revenant à la prophétie d’Isaïe : quelle importance y aurait-il donc à annoncer qu’une jeune femme enfanterait un enfant, sinon pour signifier que cet enfantement devait revêtir un caractère singulier ?

c. La vierge est enceinte, elle enfantera… Il faut remarquer que le texte original hébreu se sert ici de deux participes présents. Il faudrait traduire littéralement : Voici que la vierge (sera) étant enceinte et enfantant, ce qui veut dire que cette Femme qui concevra et enfantera, sera et restera vierge. Si le texte avait été au futur : «Voici que la vierge concevra et enfantera», on aurait facilement pu entendre que celle qui est vierge maintenant deviendra mère, et ne sera donc plus vierge, ce qui n’aurait en soi rien de très étonnant, comme on l’a dit plus haut.

d. Il ne sera pas sans intérêt de noter ici une particularité tout-à-fait exceptionnelle de l’Ecriture, qui se présente en Is 9:6. Le texte hébreu de cette prophétie où Isaïe annonce la naissance miraculeuse de l’Enfant Sauveur, offre une irrégularité frappante dans l’orthographe du premier mot du verset 6, lemarbé. Le substantif marbé commence par la lettre mem ; or, en début de mot, un mem s’écrit en «demi-lune», tandis qu’en Is 9:6 il est écrit sous la forme du mem fermé, qu’on n’utilise qu’en fin de mot ou de phrase.

L’ancienne Synagogue n’est pas restée insensible à ce mystère. Elle enseignait que ce mem fermé du terme lemarbé indique un grand mystère dans la manifestation du Messie, c’est-à-dire la pureté toujours intacte de la glorieuse Mère du Christ.

Pour mieux expliquer ceci, il est utile de faire observer qu’en hébreu le nom de Marie (Myriam) commence par la lettre mem et se termine par la même lettre. Fermée avant et fermée après, Marie conserve son intégrité au commencement et à la fin. Vierge dans sa naissance, vierge avant sa maternité, vierge après l’enfantement, vierge à sa mort bienheureuse. Un commentateur hébreu s’exprime ainsi : Le mem fermé se maintient entier comme la mère céleste qui est elle-même ce mem fermé, ainsi que nous le savons par le mystère du mot lemarbé d’Isaïe.

Cette prophétie fut si solennelle, que non seulement elle fut transmise dans la Synagogue de génération en génération,  mais aussi elle traversa les frontières et se colporta partout ailleurs, avec les altérations dues aux milieux païens qui n’avaient pas reçu la Vérité. Cette Femme est celle dont il est question au livre de la Genèse : 

Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien. Il (au masculin : le Messie) t’écrasera la tête (Gn 3:15) ; cependant, à cause de l’union entre la mission de Marie et celle de Jésus, la traduction latine de ce verset porte le féminin : Elle t’écrasera la tête…

A propos du lignage de la femme, il faut savoir que cette expression ne se trouve nulle part ailleurs dans l’Ecriture. Ce lignage, cette progéniture de la femme, c’est-à-dire le Messie, fils de Marie, n’aura pas de père naturel humain. Quand plus tard, le Christ parlant de soi-même dira le Fils de l’homme, il faudra bien faire attention que c’est la traduction littérale de l’hébreu, qui signifie tout simplement «un individu du genre humain», de la même façon qu’un Israélite est appelé «fils d’Israël» et qu’un étranger à la nation est appelé «fils de l’étranger». Si l’Ecriture avait voulu parler du fils d’un homme, le texte aurait été traduit en latin par «filius viri».

2. On l’appellera Emmanuel (c’est-à-dire Dieu avec nous) : il semble clair que cette expression signifie que cet être qui naîtra de la vierge, sera bien «Dieu avec nous». Comment donc pourrait-on nier que Jésus est Dieu, comme font certains qui, tout en se disant Chrétiens, nient la divinité du Christ ?

3. De crème et de miel il se nourrira : par cette expression, Isaïe précise que, comme tous les autres bébés, on donnera à ce nourrisson une nourriture d’homme, car ce Dieu sera en même temps homme. Il est bon de savoir que les Hébreux nourrissaient les enfants du premier âge d’un mélange de miel et de lait ou beurre clarifié. Le Talmud en parle, de même ensuite que saint Jérôme et d’autres auteurs. Jérôme affirme aussi que les néophytes goûtent du miel et du beurre, pour signifier l’enfance, de même aussi Tertullien. D’après la Mythologie, Jupiter reçut enfant une nourriture semblable.

4. Avant même que cet enfant sache rejeter le mal et choisir le bien… : ici le Prophète ne parle plus du Messie, qui spontanément connaît le bien et rejette le mal ; le démonstratif cet signifie précisément «le petit garçon ici présent, que tu vois près de moi», en l’occurence le propre fils d’Isaïe,  Scheèr-Yaschub ; et avant que ce petit garçon sache discerner ce qui est bien et ce qui est mal, les deux rois dont Achaz avait si peur, seront effacés de la terre.

Il ne s’agit pas ici de céder à la polémique. On a rassemblé quelques idées qui semblaient s’imposer par leur clarté. Il est vrai que certains Rabbins les contestent, mais les meilleures autorités juives, fidèles à la tradition authentique de la Synagogue, ont parfaitement reconnu, et même avant le Christ, que la prophétie concernait le Messie, et qu’il naîtrait d’une Vierge.

 

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Le psaume 39, que saint Paul va ensuite commenter, semble s’articuler en deux sections. Le psalmiste, David, rappelle d’abord les bienfaits qu’il a reçus de Dieu, puis L’appelle au secours dans les malheurs actuels. Cette deuxième section constituera plus tard le psaume 69.

On pourrait imaginer le Christ-Homme chanter ce psaume : au début, membre de la communauté juive, il se rappelle les moments glorieux de l’histoire du peuple juif - la libération de l’Egypte, les Juges, les Prophètes -, et il remercie Yahwé : Combien tu as fait, toi, de merveilles, de projets pour nous ! Je veux le publier… Puis il évoque la fin des anciens sacrifices, et dit l’extrait que nous avons aujourd’hui : Tu ne voulais ni offrande ni sacrifices… ni holocauste ni victime, alors j’ai dit : «Voici, je viens».

 

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Ce je viens exprime très bien l’arrivée du Fils de Dieu sur la terre, se présentant à son peuple, allant au-devant du Sacrifice suprême, pour accomplir ce qui est écrit pour (lui) dans le livre (des prophéties).

Durant sa vie publique, le Christ a annoncé dans la grande assemblée le message de la Bonne Nouvelle, et c’est bien cet Evangile que Paul transmet à son tour aux premiers Chrétiens, aux Hébreux convertis.

 

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Nous arrivons ainsi à l’Instant solennel où le Fils de Dieu entre dans le monde, en prenant chair dans le corps virginal de Marie.

De saint Gabriel, le pape saint Grégoire le Grand commente qu’il fut envoyé à la Vierge Marie, et non pas un ange quelconque : pour ce ministère, il s’imposait d’envoyer un ange du plus haut rang annoncer le plus haut de tous les événements, l’Incarnation du Verbe éternel et divin. Et d’ajouter : A la Vierge Marie, c’est Gabriel qui est envoyé, dont le nom signifie «Force de Dieu» : ne venait-il pas annoncer Celui qui voulut se manifester dans une humble condition pour triompher des puissances démoniaques ? C’est donc par la «force de Dieu» que devait être annoncé Celui qui venait comme le Dieu des armées, le vaillant des combats.

Tout ce qui a été dit à propos d’Alma concerne évidemment cette Vierge de Nazareth, qui s’appelait Marie.

Marie est pleine de grâce. Le texte original grec comporte ici un verbe au participe passé, intraductible en français sinon par une lourde périphrase : toi qui as été et demeure toujours remplie de la grâce. Notre expression pleine de grâce veut dire tout cela, et nous devons y voir la présence pérenne de la grâce en la personne de Marie, conçue sans péché, toujours vierge, avant, pendant et après sa sainte maternité.

Marie est tellement pleine de grâce que, même avant qu’elle ait répondu à l’invitation de l’ange, elle est déjà habitée par le Seigneur : Le Seigneur est avec toi, lui dit-il.

L’ange a commencé par un salut : le grec Xairé est encore aujourd’hui utilisé par les Grecs, mais n’a pas le sens fort qu’il a dans l’Evangile. Quand l’ange dit Xairé, il veut vraiment dire : Réjouis-toi, Marie, tant l’annonce qu’il apporte est une Bonne Nouvelle, une réelle joie.

Et l’ange expose à Marie la mission que Dieu va lui proposer ; en quelques mots, il reprend l’essentiel de ce qui fut annoncé par les prophètes : 

  • Tu vas concevoir et enfanter un fils (cf. l’hébreu tu seras concevant et enfantant un fils, voir plus haut)
  • tu lui donneras le nom de Jésus (Yahvé sauve)
  • il sera appelé Fils du Très-Haut, au futur, car c’est l’Eglise qui, plus tard, chantera l’Altissimi Filius.
  • il siègera sur le trône de David
  • il régnera pour toujours sur la maison de Jacob
  • son règne n’aura pas de fin

 

Marie, qui a vécu au Temple depuis son enfance, connaît les Ecritures, elle connaît la prophétie d’Isaïe. Simplement, humblement, elle demande une explication à l’Ange : comment cela va-t-il donc se faire ? Marie ne dit pas puisque je suis vierge ; cet état de virginité, pourrait-on en effet objecter, a été si agréable à Dieu, qu’Il va maintenant t’accorder le don de la maternité, avec Joseph.

En disant je ne connais pas d’homme, Marie exprime, au temps présent qui signifie un état permanent, qu’elle n’a pas ni n’aura jamais de relations avec un homme. En quelque sorte, elle a fait le vœu perpétuel de virginité, ce qui exclut a priori toute progéniture, humainement parlant.

Qu’il soit permis d’ajouter aussi cette réflexion, à l’attention de ceux qui regretteraient l’absence totale de Joseph dans tout cet événement. L’attitude de Joseph est plus longuement racontée dans l’évangile de Matthieu. Joseph est réellement le père de Jésus au sens où c’est Dieu le Père qui engendre son Fils, car Joseph est là pour représenter visiblement Dieu le Père sur terre. Jésus, pourrait-on dire, n’avait pas besoin d’être engendré selon la loi naturelle humaine, n’avait pas besoin de «recevoir» la vie, puisqu’il était Lui-même la Vie. Il devait seulement recevoir sa forme humaine, de Marie.

Celle-ci reçoit alors l’explication du miracle de cette conception divine : c’est l’Esprit Saint, l’Amour de Dieu, qui va intervenir, qui va te couvrir, te prendre sous son ombre. Cette dernière expression rappelait la présence de Dieu dans la nuée qui couvrait l’arche (v. Ex 13:22, cette nuée guidait le peuple, comme le Christ devait guider l’Eglise). Encore une fois, Marie pouvait comprendre immédiatement l’allusion.

L’Ange ajoute c’est pourquoi l’enfant sera saint et sera appelé Fils de Dieu, au futur. Plus tard seulement, on proclamera la divinité de Jésus. Pour l’instant, la naissance, l’enfance, l’adolescence de Jésus adviendront, dans la plus complète discrétion, comme celles de tous les enfants des hommes, car Jésus doit être parfaitement homme. Le premier à crier que Jésus est le Saint de Dieu, sera un possédé (v. Lc 4:34), à qui Jésus intimera le silence. Ce sera Pierre qui fera une profession de foi en déclarant à Jésus : Nous savons que tu es le Saint de Dieu (Jn 6:69) et aussi Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant (Mt 16:16) ; déjà en Mt 14:33, Pierre était de ceux qui, dans la barque, reconnurent : Vraiment tu es Fils de Dieu ; finalement, le premier fidèle à le proclamer sera le centurion : Vraiment cet homme était fils de Dieu (Mc 15:39), et l’on sait que Marc rédigea son évangile sur la parole de Pierre.

Vient ensuite l’annonce du signe de cette promesse : la naissance de Jean-Baptiste (voir Lc 1:5:25 et 57-80). C’est parce qu’Elisabeth en était au sixième mois, que la fête de Jean-Baptiste a été établie trois mois après l’Annonciation, le 24 juin. Et c’est en raison du lien entre ces deux événements, que la fête de la Visitation de Marie fut établie récemment au 31 mai.

La réponse de Marie n’est pas une simple formule : Je suis la servante du Seigneur. De même qu’Isaïe avait annoncé la passion du Serviteur de Dieu (cf. Is 42:1-9 ; 49:1-6 ; 50:4-9 ; 52:13-15-53:1-12), Marie comprend qu’elle sera unie de tout son être à cette passion et sera, véritablement, elle aussi la Servante de Dieu. Non sans raison l’Eglise l’invoque comme Reine des Martyrs.

Une mère est toujours intimement liée à son fils. En particulier, les prêtres et leur maman conservent toujours un lien très fort dans tous les moments de leur vie. Marie a vraiment vécu intimement toute la vie de son fils Jésus.

 

*       *       *

 

En conclusion, on ne pourra que recommander la pratique si douce et si facile de la brève prière de l’Angelus, par laquelle nous revivons trois fois par jour l’Annonciation, l’Incarnation, la Passion et la Résurrection du Messie, notre Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, fils de Marie, notre Sauveur.

Cette prière se dit, quand c’est possible, à genoux, sauf le dimanche, en signe de résurrection. Elle ne se dit pas au temps pascal, étant remplacée par l’antienne glorieuse du Regina Cæli.

Le jour de Noël et de l’Annonciation, où l’on proclame le Credo, on s’agenouille aux mots Et incarnatus est… Par l’Esprit-Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s’est fait homme.

Voici une version française de cette prière : 

 

L’ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie.

Et elle conçut du Saint-Esprit.

    Réjouis-toi, Marie, pleine de grâce…

Voici la servante du Seigneur.

Qu’il me soit fait selon ta parole.

    Réjouis-toi, Marie, pleine de grâce…

Et le Verbe s’est fait chair.

Et il a habité parmi nous.

    Réjouis-toi, Marie, pleine de grâce…

Prie pour nous, sainte Mère de Dieu.

Afin que nous soyons rendus dignes des promesses du Christ.

    Prions : 

Que ta grâce, Seigneur notre Père, se répande en nos cœurs : par le message de l’ange, tu nous as fait connaître l’incarnation de ton Fils bien-aimé, conduis-nous par sa passion et par sa croix jusqu’à la gloire de la résurrection. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.

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1 novembre 2014 6 01 /11 /novembre /2014 00:00

La Commémoration de tous les Défunts

2 novembre

 

Note liturgique

Même quand ce jour est un dimanche, on célèbre la Messe des Défunts, ce qui exclut les lectures du dimanche «per annum» prévues ce jour-là. En 2014, on ne lit donc pas les lectures du 31e dimanche. Ce fut le cas précédemment en 2008, 2003, 1997, 1986, 1980, 1975.

Prochainement, le cas se répétera en 2025, 2031, 2036, 2042…

 

Concernant le calendrier lui-même

Ne confondons pas la fête du 1er novembre, qui est la foyeuse fête de tous les Saints du Paradis, et celle du 2 novembre, où l’on commémore tous les Défunts, dans l’espérance qu’ils rejoignent bientôt la vision de Dieu et la béatitude éternelle.

 

Au lendemain de la très belle fête de Tous les Saints, l’Eglise a pris l’habitude depuis l’abbé Odilon de Cluny (Xe siècle), de commémorer tous ceux qui nous ont récemment “quittés” pour rejoindre la Vie éternelle : les morts de nos familles, camarades, soldats, amis…

Bien avant saint Odilon déjà, les Chrétiens avaient coutume de penser à leurs défunts, qui continuent de faire partie de la famille au-delà de la mort. Jésus-Christ a eu une fois (cf. Lc 20:27-38) l’occasion d’affronter des Sadducéens au sujet de l’au-delà : ces derniers étaient réputés pour ne pas croire à la vie éternelle, et Jésus leur fit remarquer que Dieu s’était fait reconnaître comme le “Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob”, et donc que Dieu ne peut être un Dieu de morts, mais de vivants. C’était indirectement confirmer que la vie ne s’arrête pas à la fin de la vie biologique. 

Une tradition constante dans l’Eglise a été celle de prier pour les morts, d’offrir à Dieu des prières et des sacrifices pour aider ces morts à être entièrement purifiés avant d’entrer définitivement dans la gloire du Ciel.

 Le Catéchisme rappelle que Judas Maccabée fit une collecte et fit faire ce sacrifice expiatoire pour les morts, afin qu’ils fussent délivrés de leur péché (2 M 12,46). De là vient notre croyance en ce “lieu” de purification, qu’on a appelé le Purgatoire. Qu’il s’agisse d’un endroit particulier, ou d’un état transitoire des âmes des défunts, c’est difficile de le dire ; c’est une tradition de l’Eglise de parler d’un feu purificateur (voir Catéchisme, n.1031). 

Certaines “visions” plus tardives de grands Saints y ont clairement fait allusion, entre autres  celles de sainte Catherine de Gênes tout particulièrement (XVIe siècle). 

Du reste, on n’imagine pas que la moindre imperfection puisse s’infiltrer dans le Ciel ; et aussi il est certain que personne ne meurt dans un état d’âme parfaitement pur, comme le sont les Anges au Paradis ; telle fut donc de tous temps la pensée de l’Eglise, à l’origine des prières qu’on fait pour tous les défunts.

Saint Augustin précise aussi, et loue cette pieuse coutume, que les chrétiens priaient pour tous les morts, afin que ceux qui n’avaient laissé sur terre ni parents, ni enfants, ni amis ne fussent pas cependant délaissés. Où nous voyons que l’Eglise a toujours été cette bonne Mère attentive à tous ses fidèles.

Une autre coutume, d’origine espagnole, fit que, pour satisfaire aux nombreuses demandes de prières et de messes pour les défunts, les moines avaient pris l’habitude de célébrer plusieurs messes en ce jour. Coutume d’abord tolérée, puis véritablement autorisée en Espagne et au Portugal. Au lendemain de la première Guerre mondiale, le pape Benoît XV étendit cette pratique à l’Eglise universelle, en pensant aux morts de la guerre, aux nombreux prêtres qui étaient morts sans pouvoir célébrer les Messes qu’on leur avait demandées, mais aussi aux innombrables victimes de cette guerre affreuse. C’est depuis que les prêtres se sont accoutumés à célébrer en ce 2 novembre trois Messes, une aux intentions du Pape, une pour tous les Morts, une pour tel Défunt particulier.

Cette belle coutume s’est un peu affaiblie récemment, car diverses tendances théologiques se sont fait jour, restreignant d’une part la dévotion pour les “âmes du Purgatoire”, et développant d’autre part la pratique de la concélébration eucharistique. On a fait remarquer, avec une certaine justesse, que les prières et les Messes n’entraient pas dans une sorte de “compte mathématique” où le Bon Dieu établissait des additions et des soustractions pour déterminer à quelle date serait “délivrée” telle âme. Ceux qui ont connu le triste monde carcéral savent de quoi il s’agit, et Dieu notre Père est certainement en-dehors de cette vision terrestre des délits et des peines dues.

Il reste que les Apôtres ont bien reçu de Christ cette invitation solennelle à répéter Son Sacrifice et donc à multiplier les prières, en particulier pour les Morts, sinon Il n’aurait pas expressément dit : Faites ceci en mémoire de moi.

Comme l’Eglise nous propose aujourd’hui un choix immense de lectures, de psaumes, d’évangiles, on ne va pas ici les commenter ; si tel ou tel Internaute désire un commentaire plus approprié, qu’il en fasse la demande et on aura grand plaisir à lui répondre sur ce site.

Reste que nous unissons tous aujourd’hui nos prières pour tous les morts. Prions particulièrement pour ceux qui s’endorment loin de tous, dans la solitude, dans l’oubli général. Quand tel ami, telle personne connue quitte cette vie terrestre, les fidèles et les proches réunissent souvent beaucoup de dons pour faire célébrer des Messes, sans parler des abondantes couronnes de fleurs. Quand un pauvre homme s’éteint dans sa petite maisonnette, personne n’est là, tandis que c’est peut-être d’abord cet homme-là qui a besoin de nos prières. Il y a des chrétiens et des prêtres qui ont chaque jour cette pensée très fraternelle de prier pour tous ceux qui sont en ce moment en agonie, pour tous ceux qui mourront aujourd’hui.

Les Morts sont extrêmement sensibles à cette charité des Vivants envers eux-mêmes. Ayons tous cette fraternelle sollicitude, bien conscients que tous, Vivants et Morts, nous sommes une grande Famille dans laquelle toutes les prières forment un faisceau lumineux qui monte vers Dieu et retombe en grâces pour tous.

Que par la miséricorde de Dieu les âmes des Fidèles Défunts reposent en paix !

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1 février 2014 6 01 /02 /février /2014 00:00

Présentation de Jésus-Christ au Temple

2 février

 

 

Commençons notre petite méditation par une brève note de liturgie.

Lorsqu’une fête du Seigneur ou une sollennité quelconque tombe un dimanche de l’année, c’est cette fête ou solennité qui est célébrée en priorité.

C’est le cas de la fête du 2 février, jour où l’on célèbre la Présentation de Jésus-Christ au Temple.

Cette fête tomba un dimanche en 2004 ; c’est de nouveau le cas en 2014, et cela se représentera en 2020 et 2025.

 

*       *       *

L’origine de cette fête remonte à la très ancienne prescription donnée par Dieu à Moïse, dans le livre de l’Exode, et que rappelle saint Luc dans l’évangile :

Consacre-moi tout premier-né… Homme ou animal domestique, il m’appartient (Ex 13:2) ;

Tu céderas à Yahwé tout être sorti le premier du sein maternel (Ex 13:12).

Dieu, l’origine de la Vie, se réserve ainsi le premier fruit du couple humain. Ce fut très longtemps une sainte coutume, dans les familles, de destiner au sacerdoce le premier garçon. Ce dernier restait toujours libre d’accepter ou non, et parfois la vocation touchait plutôt un des autres garçons de la famille, mais l’esprit de cette offrande demeurait : la famille était heureuse de «réserver» un des siens (et parfois plusieurs) au service de Dieu.

Cette prescription se double d’une autre, concernant le rite de la purification de la mère (cf. Lv 12:2-4).

Marie, la vierge sans tache, qui fut «toujours vierge» avant, pendant et après sa maternité, avait-elle besoin d’être purifiée ? Certainement pas. Mais humble et obéissante, elle ne se prévaut pas de cette grâce extraordinaire, et se met au rang des femmes ordinaires : elle accomplit la Loi.

 

*       *       *

Le prophète Malachie, cinq siècles avant le Christ, annonçait l’arrivée d’un Messager pour préparer le chemin du Seigneur.

Nous avons en effet entendu Jean-Baptiste, avant Noël. Puis nous avons revécu la naissance du Christ.

Ce Christ vient maintenant dans le Temple, comme le dit Malachie. Au début, ce furent les bergers et les mages qui se rendirent auprès du Nouveau-né ; aujourd’hui, c’est ce Nouveau-né qui vient rencontrer les hommes dans le Temple.

 

*       *       *

Le «temple» devrait bien être aussi le temple de notre foyer, de notre cœur : accueillons avec disponibilité le Seigneur en lui laissant toute la place qui Lui revient.

Ouvrons nos portes ! Donnons une place au Christ dans notre maison ! Mettons-y son image, une icône, un crucifix, un évangile, une bible…

Que le psaume 23 soit vraiment notre joyeuse prière d’accueil au Seigneur, le roi de gloire.

 

*       *       *

Le Seigneur Jésus, qui vient de Dieu, est totalement homme parmi nous, avec une nature de chair et de sang. 

Jésus n’est pas un ange qui aurait pris une apparence humaine ; et c’est en tant qu’homme qui vient aider les fils d’Abraham, qu’il se présente au milieu de nous.

Ces mots de l’épître aux Hébreux nous expliquent que l’enseignement du Christ n’aurait pas eu d’efficacité pour nous si le Christ n’avait pas pris notre condition. Sinon, ç’aurait été comme un guide de montagne qui serait resté au bas de la montagne en laissant les grimpeurs monter tout seuls.

Au contraire, le Christ s’est mis devant nous, il a combattu le premier les tentations diaboliques, donné l’exemple de l’amour et du pardon, marché le premier au-devant de la mort, porté le premier la lourde croix avant de mourir comme le plus indigne des hommes.

Ce qu’Il a fait comme Homme, nous pouvons le faire à sa suite. Certains Saints firent aussi des miracles, en signe de la présence de Dieu, mais ce ne sont pas les miracles qui font la sainteté. 

Etre saint, c’est suivre Jésus dans la voie qu’Il nous a montrée.

Même si nous tombons quelquefois, même si, dans notre montée sur la montagne, nous devons momentanément nous écarter, contourner un rocher, parfois aussi «décrocher», ce qui compte est de toujours «monter».

 

*       *       *

Nous voici donc dans le Temple de Jérusalem, avec Syméon et Anne, et nous voyons arriver ce jeune couple, avec leur Premier-né dans les bras de sa Mère.

Syméon «savait». On imagine sa profonde émotion, sa joie immense en osant prendre dans ses bras ce Bébé.

Voici donc l’origine du Nunc dimittis, dont il est question quand on parle de l’ultime événement de la vie humaine.

Syméon prophétise aussi, et sa prophétie est douloureuse, tant pour Jésus que pour Marie. Sauver les hommes, en effet, ne peut se faire qu’en mettant fin à l’héritage mortel d’Adam ; de la mort, on passe à la vie. Jésus devra mourir avant de ressusciter et de nous emmener sur la voie de la résurrection à sa suite.

Certains refuseront cet appel - c’est ce que veut dire Syméon quand il dit qu’ Il provoquera la chute de beaucoup. D’autres recevront Jésus : leur cœur sera le temple qui accueillera le Maître - ceux-là se relèveront en reconnaissant humblement leurs péchés et en se convertissant totalement.

A nous aussi de nous relever, en écoutant aussi cette chère Anne, cette bonne «grand-mère» très âgée, qui passait son temps jour et nuit à prier et à jeûner, dans le Temple, près de Dieu. 

Ce n’est pas facile de jeûner, mais notre corps le supporte aisément de temps à autre, et même s’y habitue, comme on le lit dans les vies des Saints. Il est même peut-être plus facile de jeûner que de prier, si l’on veut faire bien ces choses. On aura l’occasion d’en reparler lors du prochain Carême.

 

*       *       *

Le Christ qui vient dans le Temple rencontrer ceux qui l’attendent, c’est le Soleil qui vient illuminer les hommes. 

Voilà l’origine de nos vieilles habitudes : les crêpes, rondes et dorées comme des soleils. Et les hommes, illuminés par ce soleil, c’est nous avec nos cierges allumés, au cours de cette liturgie de la Chandeleur.

L’explication se trouve dans le chant de la Préface : 

L’Esprit Saint, par la bouche de Syméon, désigne (ton Fils) comme… la lumière des nations. Joyeux nous aussi d’aller à la rencontre du Seigneur, nous te chantons…

 

*       *       *

 

Nous ne savons pas l’heure de notre mort. N’attendons pas cette dernière heure : avec Syméon, allons à la rencontre du Christ, pour entrer avec Lui dans l’Eternité.

 

 

 

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28 décembre 2013 6 28 /12 /décembre /2013 09:36

Sainte Famille - A

 

La famille est d’institution divine. Dès le début de la Sainte Ecriture, nous lisons en effet dans la Genèse : 

C’est pourquoi l’homme quitte son père et sa mère et s’attache à sa femme, et ils deviennent une seule chair (Gn 2:24).

Toute l’origine et la destinée de la famille sont contenus dans ce petit verset. L’homme doit épouser une femme, et de ce coupe indivisible va naître une nouvelle vie, l’enfant.

Il n’y a pas d’autre doctrine. S’éloigner de cet idéal, c’est ne pas répondre au dessein divin de notre Créateur.

 

*       *       *

Ce que nous entendons dans la première lecture, extraite du Livre de Ben Sirach le Sage, l’Ecclésiastique dans la Bible latine ou Vulgate, est au troisième chapitre. Les deux premiers ont été un long éloge de la Sagesse et un enseignement sur la Crainte de Dieu.

Il en est de même dans les Commandements de Dieu : après les trois commandements concernant Dieu, le quatrième concerne les parents.

Après Dieu, viennent les parents. C’est Dieu qui nous les a donnés, c’est d’eux que nous recevons la vie que Dieu nous donne. Quelle reconnaissance, quel respect leur devons-nous !

Le texte sacré nous montre l’idéal du père, de la mère et des enfants. Du père, de la mère, coulent une abondance de force et de bonté qui se répandent sur les enfants, lesquels à leur tour reversent le bien dans le cœur de leurs parents.

Certes, les hommes sont tous imparfaits, parents et enfants, et souvent l’harmonie est blessée ; il est du devoir de chacun de remettre l’harmonie, comme un musicien qui accorde son instrument.

Il ne faut pas accorder l’instrument de l’autre : il faut accorder son propre instrument.

Dieu attend de chacun de nous, et bénit, cet effort de retour à l’harmonie. Aussi l’Ecriture dit : Celui qui honore son père obtient le pardon de ses fautes.

Au terme de notre vie, après toutes les années où nous aurons cherché à conserver cette harmonie, Dieu nous récompensera dans l’éternité ; c’est ainsi qu’il faudrait comprendre ce verset : Celui qui glorifie son père verra de longs jours, ces «longs jours» n’étant pas forcément une bénédiction dans cette vie, où nous souffrons de maladies et de la dégénérescence de notre nature.

Notre vie est plus ou moins longue ; certains sont frappés par la mort très tôt, d’autres beaucoup plus tard, selon un dessein caché et insondable de Dieu. Acceptons cette divine volonté, sur la terre comme au ciel. 

Quelle que soit notre vie, entourons toujours nos parents, jusqu’à la fin. L’Ecriture nous demande de ne pas les mépriser. Ils ont besoin de notre affection, de notre présence, de notre parole. 

 

*       *       *

 

La famille est particulièrement unie à deux moments : à table, et dans la prière. Cette table est exprimée dans le psaume 127, qui reprend le thème de la crainte du Seigneur ; et Dieu, en retour, accorde sa bénédiction sur le foyer.

Les enfants y sont très judicieusement comparés à des plants d’olivier. Et pourquoi pas, par exemple, à de belles fleurs ?

L’olivier est une plante qui peut vivre des siècles, mais contrairement à de beaux arbres majestueux, l’olivier présente des branches noueuses, irrégulières, évoquant presque une douleur. L’olive en revanche produit cette huile riche, nourrissante, dont on fait des baumes onctueux, odorants, bénéfiques, comme le Chrême dont on oint le baptisé, le prêtre, le roi.

Les enfants auront leurs défauts, leurs luttes intérieures, leurs chutes aussi, mais s’ils s’appuient sur l’amour envers Dieu et leurs parents, ils seront fidèles : leur fidélité compensera, dépassera les moments difficiles ; ce sera la bonne odeur qu’ils répandront.

 

*       *       *

L’apôtre Paul, à son tour, adresse aux Colossiens des conseils pleins d’amour et de sagesse, pour que soit maintenue l’harmonie familiale. 

Ici, outre le pardon et l’harmonie, l’apôtre évoque les psaumes, les hymnes, les libres louanges, en un mot l’union de toute la famille dans la prière.

Comme il est beau de voir tous les membres d’une famille en prière, le soir, avant d’aller se coucher, dire ensemble une prière d’action de grâce à notre Père céleste, une invocation à Marie, à Joseph, à l’Ange gardien, à nos Saints protecteurs.

Il faut admirer l’union des cœurs dans les monastères, où des moines, des moniales, chantent ensemble la louange de Dieu. 

Il conviendra de dire un mot ici sur la «soumission» des femmes. Qu’il ne s’agisse pas d’une soumission servile ! mais surtout, lisons le verset dans son intégralité : Soyez soumises dans le Seigneur, ce qui est autre chose que de dire simplement : Soyez soumises. 

Etre soumise dans le Seigneur est une attitude à la fois respectueuse et amoureuse, qui n’interdit jamais, le cas échéant, une suggestion, un échange de pensées, un dialogue, pour tempérer ce que l’avis du père de famille pourra avoir d’exagéré ou d’erroné.

Et faisons très attention à cet ultime conseil paulinien, d’une richesse psychologique très profonde : N’exaspérez pas vos enfants ; vous risqueriez de les décourager. 

Les enfants sont comme des fleurs fragiles, qu’on traite avec douceur, que l’on cueille avec délicatesse. Attention à ne pas les écraser, elles se faneraient trop vite ! Laissons le temps à ces olives de produire l’huile si odoriférante et onctueuse qui nous réconfortera en temps voulu !

 

*       *       *

Dans l’évangile enfin, nous assistons à un événement grave qui touche la Sainte Famille ; Joseph et Marie restent unis pour mettre en sûreté l’Enfant. 

On ne va pas ici commenter l’épisode même du massacre des Saints Innocents, qui d’ailleurs n’est pas repris aujourd’hui (on pourra trouver une notice là-dessus, au 28 décembre). Ce qui importe aujourd’hui est d’admirer, dans l’épreuve, l’union forte et fidèle de Joseph et de Marie. Dans l’épreuve, on ne s’écarte pas, on se rapproche, on se «sert les coudes».

Notons aussi comment l’évangéliste Matthieu relève l’accomplissement des prophéties, celle d’Osée : D’Egypte, j’ai appelé mon fils (Os 11:1), et l’allusion au nazir de Dieu : Il sera appelé nazaréen (cf. Jg 13:5,7). Cette dernière phrase ne se trouve pas textuellement dans les prophéties, elle a pu faire partie d’une tradition orale, que Matthieu a reçue à la synagogue.

 

*       *       *

 

La Prière résume tout cet enseignement d’unité et d’amour. Si les événements de la vie, si les épreuves et la mort nous séparent, la fidélité sera récompensée dans la Vie éternelle, où nous serons à nouveau réunis, avec les Anges et les Saints, autour de la Sainte Trinité. 

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24 décembre 2013 2 24 /12 /décembre /2013 00:00

Noël : Messe de la  Nuit

 

 

Un de nos cantiques traditionnels de Noël dit : Depuis plus de quatre mille ans nous Le promettaient les prophètes. Voici que le prophète Isaïe, huit siècles avant la naissance du Sauveur, entrevoit cet heureux événement et s'en réjouit comme s'il y assistait. Huit siècles ! Imaginons que notre roi Louis IX nous ait annoncé la canonisation du pape Jean-Paul II…

Il faut comprendre dans un sens spirituel et théologique ces termes qui décrivent les hommes : les ténèbres, le pays de l'ombre, expriment l'héritage du péché ; la grande lumière est celle qui vient d'En-haut, celle dont parle l'évangéliste Jean à propos du Verbe éternel : C'était la vraie lumière qui illumine tout homme (Jn 1:9). De même le joug, le bâton, le fouet, font allusion à la situation des Israélites en Egypte, l'Egypte étant elle-même restée ensuite le symbole de l'esclavage du péché.

Quand ensuite Isaïe parle de la victoire de Madiane, il fait allusion à cette fameuse victoire du Juge Gédéon avec ses trois-cents hommes qui, de nuit, sans rien faire d'autre que de crier Pour Dieu et pour Gédéon et en heurtant entre elles les lanternes qu'ils portaient, ont engendré une telle panique dans le camp adverse, que les ennemis en se réveillant brusquement se sont entretués eux-mêmes (Jg 7).

Certes Dieu n'agit pas toujours ainsi ; pour Gédéon, Dieu voulait faire comprendre que ce n'était pas le grand nombre de combattants qui allaient garantir la victoire, mais la confiance en Dieu. De fait, sur les vingt-mille hommes dont disposait Gédéon au départ, seuls trois-cents restèrent avec lui. Les ennemis d'Israël, guerriers orgueilleux, ont été exterminés en un instant.

La victoire, désormais, est dans les mains de ce petit Bébé qui vient de naître ; il n'a ni épée, ni arc, ni bouclier, ni richesse, ni force physique : il est dans une étable, sur la paille, près des bêtes, et c'est Lui le Sauveur. Personne ne le connaît, mais il porte déjà l'insigne du pouvoir sur son épaule, et des titres de noblesse inégalables : Merveilleux Conseiller, Dieu Fort, Père à jamais, Prince de la Paix.

Quand Isaïe écrit, il ne connaît encore ni Marie, ni Jésus, mais il apprend dans l’inspiration qui lui vient de Dieu d'une part que Marie est vierge (on va en reparler à propos de l'évangile), et qu’elle aura un Fils. C'est Dieu qui inspire à Isaïe de donner à cet Enfant ces noms extraordinaires : Jésus est en effet Un avec Dieu Père, dont Il est le Fils unique, éternellement engendré ; avec Dieu et comme Dieu, Christ est Fort, Père à jamais et Prince de la Paix.

La Paix que Jésus nous apporte n'est pas une paix sociale ou politique. Nous ne le savons que trop, hélas ! la guerre est chaque jour d'actualité, et même là où Jésus est né... Mais Jésus-Christ nous apporte une autre paix, la paix dans notre cœur, la paix harmonieuse entre Dieu et nous, la réconciliation entre Dieu et la Créature.

Toute créature fut blessée par le péché initial ; cette blessure ontologique ne pourra être guérie que par un sacrifice d’amour parfait : ce sera par le sang de sa croix que Jésus Christ apportera la paix, autant à ceux qui sont sur terre qu'à ceux qui sont (déjà) au ciel (Col 1:20).

 

*         *        *

Le psaume 95 chante cette joie immense de la Créature qui se sent consolée, renouvelée, une joie tellement universelle qu’elle se communique même aux arbres des forêts ! 

 

*         *        *

Saint Paul rappelle à son disciple Tite quelle grâce immense Dieu nous a ainsi donnée par la naissance du Christ. Cette grâce concerne tous les hommes, et nous appelle à rejeter le péché, à vivre en hommes raisonnables, justes et religieux. 

Il dit bien nous, car il ne s'adresse pas qu'à Tite : il pense à lui-même, à tous ceux qu'il a convertis, à toute l'Eglise, à nous tous, car chacun de nous doit se sentir concerné par cet appel à combattre le péché.

 

*         *        *

L'évangéliste Luc, le plus historien des quatre évangélistes, donne des précisions historiques sur la date de la naissance de Jésus, mais les spécialistes n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur la date précise de cette naissance, sans doute parce que nous ne connaissons pas forcément tous les détails de la vie politique d'il y a deux mille ans, et qu'il y a bien probablement des faits que l'on croit établis avec certitude et qui devraient au contraire être repensés. Mais ceci n'a désormais plus d'importance. Maintenant que toute l’histoire tourne désormais autour de la naissance du Christ, avant et après, il serait inutile de revoir et corriger tous les livrres du monde. Ce qui compte aujourd’hui est de recevoir la Bonne Nouvelle de Jésus et de la mettre en pratique. 

 

Luc signale que Marie mit au monde son fils premier-né, une expression qui a fait couler beaucoup d'encre, car certains ont voulu y voir une allusion à d'autres éventuels enfants qu'aurait eus Marie après Jésus. Ce n'est certainement pas la pensée de saint Luc.

Après avoir fait le récit de l'Annonciation, Luc rappelle par ce premier-né, d'une part que Jésus est effectivement né d'une Femme vierge, comme l'avait annoncé Isaïe (Is 7:14), mais surtout l'évangéliste affirme cette vérité fondamentale et théologique que Jésus est le Premier-né d'une nouvelle génération :  chacun de nous, par les sacrements de l'Eglise, reçoit de l'Eglise comme d'une Mère, cette nouvelle Vie divine que Jésus nous a apportée. Comme Marie a donné le jour à Jésus, ainsi l'Eglise, nouvelle Mère, engendre en nous la vie de l’âme.

Un texte du Concile Vatican II contient un très beau passage, où l’Eglise est comparée à Marie : 

En contemplant la sainteté mystérieuse de la Vierge et en imitant sa charité, en accomplissant fidèlement la volonté du Père, l’Eglise devient à son tour une Mère, grâce à la parole de Dieu qu’elle reçoit dans la foi : par la prédication en effet, et par le baptême elle engendre, à une vie nouvelle et immortelle, des fils conçus du Saint-Esprit et nés de Dieu. Elle aussi est vierge, ayant donné à son Epoux sa foi, qu’elle garde intègre et pure ; imitant la Mère de son Seigneur, elle conserve, par la vertu du Saint-Esprit, dans leur pureté virginale une foi intègre, une ferme espérance, une charité sincère (Lumen Gentium, 8,64).

 Jésus ne pouvait pas naître sans Marie, et sur la croix, il nous a à son tour donné Marie comme Mère : Voici ta Mère, dit-il à Jean (Jn 19:26-27). Tout ce que nous recevons de Jésus, nous vient en même temps par Marie, Mère de l'Eglise et Mère de chacun d'entre nous. 

Il faut encore préciser ceci : après la naissance de Jésus, Marie est restée vierge, selon une tradition toujours répétée depuis les premiers siècles. D'ailleurs, si Jésus avait eu quelques frères et sœurs, Jésus n'aurait pas dit à sa Mère et à Jean, sur la Croix : Voici ton Fils, voici ta Mère. En outre, de même que la Tradition a eu le souci de répéter inlassablement que Marie était la « Toujours Vierge », de même elle aurait répété fidèlement et respectueusement – si ç'eût été le cas – que cette Mère aurait eu d'autres enfants, et elle nous aurait sans doute aussi conservé leurs noms. Rien de tout cela. Marie fut vierge avant la conception de Jésus, et après. Nous le répétons encore aujourd'hui, peut-être un peu machinalement, mais c'est l'expression de notre liturgie, dans le Je confesse à Dieu, dans le Canon romain, dans le Je crois en Dieu ; dans tous les textes, les prières et les textes conciliaires ou pontificaux, partout où il est question de Marie, on répète constamment qu'il s'agit de la Vierge Marie.

Cette Mère admirable, dit Luc, emmaillota Jésus, pour bien préciser que Jésus était né comme un homme, d'une Mère, qu’il avait besoin d’être soigné comme un enfant humain, et n'était pas seulement "apparu" sous forme humaine. Ceci a son importance, car on a parfois prétendu que Jésus était seulement un ange.

L'histoire de l'apparition des anges aux bergers, elle, fait aussi partie de la Révélation. L’évangile la relate fidèlement. On a voulu la qualifier de "légendaire", car les bergers ne dorment pas à la belle étoile un 25 décembre, même au Moyen-Orient où il fait un temps plus doux que dans nos régions occidentales. 

Or il sera bon de préciser ici que la date de Noël a été établie par l'Eglise de façon non pas historique, mais théologique : Noël se situe au moment où les jours commencent de s'allonger, où la lumière gagne en durée sur la nuit. D'ailleurs, cette fête ne fut instituée que relativement tard et fut plusieurs fois déplacée. Encore actuellement, nos frères d'Orient célèbrent la Nativité le 6 janvier au lieu du 25 décembre. 

Relevons enfin le chant des Anges à Bethléem, qui a été repris dans le chant du Gloria à la Messe des dimanches et jours de fête. On ne le chante pas les dimanches qui précèdent la fête de Noël, pour le reprendre avec joie au moment où les Anges l'ont chanté la première fois, dans la nuit de Noël.

 

*         *        *

Et puisque nous sommes dans la liturgie, parlons aussi ici de deux autres détails qui, probablement, passent  souvent inaperçus. L’un est le rite de la goutte d’eau à l’Offertoire, l’autre le chant de la Préface à Noël.

A chaque messe, le prêtre mélange une goutte d’eau au vin qui va être consacré, disant ces paroles : Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’alliance, puissions-nous êtres unis à la divinité de Celui qui a pris notre humanité. Cette goutte d'eau se perd dans le vin, de même que notre nature humaine a été totalement assumée dans la divinité de Jésus-Christ.

 

Ecoutons attentivement, enfin, la préface de Noël : Par le mystère de l'incarnation du Verbe, la nouvelle lumière de Ta clarté a rayonné à nos yeux. Cette nouvelle Lumière, c’est la vraie Lumière dont il était question plus haut. C’est la vraie lumière dont il est question dans la Prière d’aujourd’hui.

La préface de Noël, jusqu’à il y a peu, était celle-là même de la Fête-Dieu, solennité du Saint-Sacrement. C’est qu’à chaque messe se renouvelle dans les mains du prêtre l'Incarnation et la Naissance du Christ parmi nous. Chaque messe est une actuation de la nuit de Noël. Le Verbe s’est fait chair et il a habité en nous, écrit l’évangéliste Jean dans son Prologue (Jn 1:14 : Verbum caro factum est, et habitavit in nobis) : en traduisant très littéralement, on se rend compte que cette phrase exprime aussi bien et l’Incarnation du Verbe, et l’Eucharistie où nous Le recevons.

La plus grande joie de la Vierge Marie est que son Fils naisse en chacun de nous.

 

*         *        *

A l'occasion de Noël, renouvelons notre reconnaissance envers la Mère du Sauveur, demandons-lui avec ferveur d'intercéder pour nous, maintenant et à l'heure de notre mort, pour que cette grande fête d'aujourd'hui soit l’occasion de la re-naissance de nos âmes. 

Dans une semaine, nous célébrerons solennellement le 1er janvier, la Maternité de Marie, Mère de Dieu, notre Mère !

 

Merci, mon Dieu, pour la naissance de ton Fils !

Merci Jésus, de nous avoir donné ta Mère !

 

 

 

 

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15 août 2012 3 15 /08 /août /2012 00:22

 

Fête de l’Assomption

 

 

La solennité de l’Assomption de Marie “trône” au milieu de nos vacances d’été, et cette fête a même le rang de fête d’obligation. La fête elle-même remonte au VIIe siècle, en France le pieux roi Louis XIII en fit la fête nationale, reprise par la Restauration, après une éphémère fête de “s.Napoléon, martyr”, instituée durant le premier Empire, aux fins que chacun peut deviner. 

 

Mais le dogme est le plus récent de tous : ce n’est qu’en 1950 que Pie XII le proclama par la bulle Munificentissimus Deus, reprise par le Concile de Vatican II. En réalité, un mouvement universel des épiscopats avait exprimé au Pape leur désir que fût solennellement définie cette vérité.

 

Que nous demande donc de croire la Sainte Eglise ? - que “la Vierge immaculée fut élevée corps et âme à la gloire du ciel, et exaltée par le Seigneur comme la Reine de l'univers”, à quoi certains ont parfois rétorqué : Marie est-elle donc morte, ou pas ? Car certains esprits voudraient que Marie ait été exempte de ce douloureux moment de la mort.

 

On ne va pas ici reproduire les volumes entiers qui ont été écrits sur ce sujet théologique. Une étude synthétique paraîtra probablement un jour sur notre site à ce sujet. Un des arguments les plus forts à propos de cette “vérité” est tout simplement celui-ci : si Marie a suivi Jésus si fidèlement, si elle a voulu participer si intimement à Sa passion et à Sa mort (au point qu’elle ait reçu le titre de Co-rédemptrice et de Reine des Martyrs), on ne voit pas pourquoi elle aurait été exemptée de mourir comme son Fils, pour “ressusciter” comme Lui immédiatement après et être ainsi “assumée”, portée au ciel où elle retrouve son divin Fils glorieux.

 

Le vœu que fit Louis XIII était d’honorer notre Mère dans tout le royaume de France, par une procession organisée dans chacune des paroisses. Mais de même qu’un jour “le combat cessa faute de combattants”, nos processions ont cessé faute de croyants. 

 

Rien ne nous empêche de prendre notre voiture et d’aller faire un petit pélerinage en quelque lieu marial pour y prier la Mère de Dieu : pour notre pays, pour nos “dirigeants”, pour tous les diocèses consacrés à Marie glorifiée en son Assomption, pour toutes les Marie qui portent ce doux nom.

 

On pourra ici relever deux “détails historiques” qui ont marqué la proclamation du dogme de l’Assomption.

 

1. Il y avait à Rome, dans les années quarante, un homme de religion adventiste, mais athée fanatique et convaincu, dont l’unique rêve était de tuer ce pape marial qu’était Pie XII et qui avait cette “vilaine” intention de proclamer le dogme de l’Assomption ; la décision était bien arrêtée, le couteau prêt, rien ne manquait, que l’occasion. Mais voilà qu’un beau soir d’avril 1947, notre homme se trouve comme “terrassé” par une vision de la Madonne ; depuis, ce “voyant” se convertit, alla remettre humblement au pape son couteau et se fit le héraut de la Vierge Marie. Ces apparitions des “Trois Fontaines” à Rome ont donné naissance à un pélerinage, pour lequel l’Eglise a concédé la permission de célébrer sur place la sainte Messe.

 

2. L’autre fait, non moins historique que le précédent, remonte à la veille de la proclamation du même dogme, donc le 31 octobre 1950. Ce que vit alors Pie XII, celui-ci le révéla lui-même quelques jours après à tous les cardinaux romains réunis : regardant le soleil couchant depuis sa fenêtre, il vit alors le soleil se déplacer, “danser” dans le ciel comme au jour de l’apparition de Marie à Fatima le 13 octobre 1917. Très lié personnellement à Fatima, Pie XII comprit que Marie voulait lui manifester ce “signe” privilégié juste au moment où il s’apprêtait à proclamer le dogme de l’Assomption, comme pour illustrer le mot de l’Apocalypse : “Un grand signe parut dans le ciel : une femme enveloppée du soleil, la lune sous ses pieds, et une couronne de douze étoiles sur sa tête” (Ap 12:1).

 

Le Mystère de l’Assomption est le quatrième de nos mystères glorieux du traditionnel chapelet. Prenons quelques minutes de notre journée pour repenser à la douce mort de Marie entourée des Apôtres, à la délicate présence des Anges autour d’elle pour la porter triomphalement vers son Fils Jésus, dans la gloire céleste, où elle règne près de Lui, et continue de coopérer avec Lui pour l’Eglise et pour le salut de chacun d’entre nous.

 

 

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28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 23:00

 

Saints Pierre et Paul

 

La liturgie donne la préséance à la solennité des saints Pierre et Paul, lorsque celle-ci tombe un dimanche après la Fête-Dieu.

 

Saint Pierre : le prince des apôtres. Saint Paul : l’apôtre des nations.

 

Dans les Actes des Apôtres, il est question d’Hérode. Il ne s’agit pas d’Hérode Ier qui fit massacrer les Saints Innocents à la naissance de Jésus, ni d’Hérode Antipas qui fit décapiter Jean-Baptiste peu avant la mort de Jésus-Christ, mais d’Hérode Agrippa, petit-fils du premier.

 

Hérode Agrippa fait décapiter s.Jacques (le Majeur), premier évêque à Jérusalem, mesure “bien vue des Juifs” qui, on le voit, dix ans environ après le sacrifice de Jésus, s’obstinent dans leur aveuglement. Mais pas tous : un témoignage de Clément d’Alexandrie (IIe siècle) raconte que le gardien de Jacques fut saisi de son courage et lui demanda pardon, et Jacques de lui répondre “La paix soit avec toi”, en l’embrassant. C’est ce même Jacques qui selon certaines traditions concordantes, aurait eu le temps d’évangéliser l’Espagne avant de revenir en Palestine et serait ainsi à l’origine du pèlerinage de Compostelle.

 

Ajoutant à sa perfidie, Hérode s’en prend maintenant à s.Pierre, car ce dernier est encore à Jérusalem (nous sommes dans les premières années 40) et le fait enfermer. Mais l’heure de Dieu n’est pas arrivée et tandis que “l’Eglise priait pour (Pierre) devant Dieu avec insistance”, le chef de l’Eglise est miraculeusement délivré et rendu à la communauté. Saint Pierre sera encore à Jérusalem vers 49-50, au moment du premier concile et successivement installera son ministère à Rome, où il sera martyrisé vers 64 ou 67. On le sait, c’est lui qui demanda à être crucifié la tête en bas, trop humble pour oser recevoir la même mort que son Maître.

 

Saint Paul, l’apôtre des Nations, voyagea beaucoup, depuis sa conversion à Damas ; toute l’Asie mineure (l’actuelle Turquie) reçut la Bonne Nouvelle de sa bouche, puis la Grèce, puis probablement aussi l’Espagne et le sud de la Gaule, avant qu’il rejoigne la communauté romaine, où il sera à son tour décapité (67). Sa deuxième épître à Timothée, brève, intense, est comme son testament ; il y apparaît lucide, très fatigué, il sait qu’il va au-devant du martyre, et montre sa compréhensible affliction pour ceux qui l’ont abandonné, mais il reste plein de confiance envers Dieu. Malgré toutes ses peines, il chante à Dieu : A lui la gloire pour les siècles des siècles.

 

On lira avec attention ces expressions de Paul : Je me suis bien battu, j’ai tenu jusqu’au bout de la course, je suis resté fidèle, je n’ai plus qu’à recevoir la récompense du vainqueur. Paul ne se vante pas de lui-même, il ne se dit pas à l’abri de quelque faute, de quelque erreur ; simplement, il a tout fait pour rester fidèle à l’appel de Dieu. En cela réside la sainteté : être fidèle quoi qu’il arrive, persévérer malgré tous les obstacles, continuer la marche malgré toutes nos chutes, fidèles à notre divin Maître qui, sur le chemin du Calvaire, se relevait après chaque chute pour grimper jusqu’au bout de la montée : montée vers la mort, mais vers la résurrection surtout.

 

C’est cette confiance totale que chante le psaume 33 : Je bénirai le Seigneur en tout temps… Je cherche le Seigneur, il me répond… Le Seigneur (me) sauve de toutes (mes) angoisses… Le Seigneur est bon ; heureux qui trouve en lui son refuge.

 

En 1967-1968, le pape Paul VI avait proclamé l’Année de la Foi, pour célébrer le dix-neuvième centenaire du martyre des saints Pierre et Paul. L’année 2008 fut à son tour célébrée en l’honneur de saint Paul, pour le deuxième millénaire de la naissance de l’Apôtre. A cette occasion, les chrétiens étaient invités à s’associer aux célébrations romaines, particulièrement en la basilique “Saint-Paul-hors-les-murs”, construite non loin du lieu où saint Paul fut décapité : la petite église qui y avait été construite abrite les “Trois Fontaines” qui auraient jailli là où retomba sa tête.

 

Que demanderons-nous à Dieu, par l’intercession de saint Paul ? Des grâces; beaucoup de grâces ; en tout premier lieu la grâce de la fidélité : la Nouvelle Evangélisation a besoin de chacun de nous, où qu’il soit et quoi qu’il fasse ; notre devoir de chrétiens fidèles est de consacrer toutes nos actions, toutes nos prières, tous nos efforts, pour être fidèles à notre vocation, pour être, ou devenir, ou re-devenir des “pierres vivantes” de l’Eglise, du Corps Mystique de Jésus-Christ, dont nous sommes les membres ; en second lieu, nous demanderons aussi de nous garder dans le droit chemin de la Vérité, à lui qui est le Docteur des Nations, gardien de la Doctrine qu’il a si savamment exposée et enseignée.

 

Saint-Pierre, chef des apôtres, garde-nous dans la foi en Jésus, Fils de Dieu, mort et ressuscité.

 

Saint-Paul, apôtre des nations, aide-nous à être fidèles dans l’apostolat quotidien, jusqu’à la mort. 

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23 juin 2012 6 23 /06 /juin /2012 23:00

 

Saint Jean-Baptiste

 

 

La naissance de saint Jean Baptiste est un événement que l'Eglise fête comme une solennité : lorsque celle-ci tombe un dimanche "ordinaire" après la Fête-Dieu, on la célèbre de préférence au dimanche (c'était le cas en 2007). 

 

Jean Baptiste est le seul Saint, à part Marie, dont l'Eglise fête et la naissance et la mort, celle-ci le 29 août. Il tient en effet un rôle très important dans l'Histoire du Salut, car sa vie et son message sont intimement liés à ceux du Christ. 

 

L'Eglise fête cette naissance le 24 juin, juste trois mois après l'Annonciation, quand l'Ange avait annoncé à Marie que Elisabeth en était "à son sixième mois", et Jésus naîtra six mois après, le 25 décembre. Rappelons aussi que la fête de la Visitation a été ramenée au 31 mai, pour être fêtée justement entre l'Annonciation et la naissance de Jean.

 

Comme celle de Jésus, la naissance de Jean tient du miracle. La particularité des parents de Jean est qu'ils sont âgés, ils étaient tristes, voire mortifiés (Luc 1,25) de n'avoir point d'enfants. Cette situation reflète la "vieillesse" de l'Ancien Testament qui ne pouvait plus produire de fruit, et qui attendait ardemment la "nouveauté" du Sauveur.

Marie avait posé une question à l'Ange : "Comment cela adviendra-t-il ?", un peu dans le sens de : Je suis toute disponible, mais comment faire ? ; Zacharie aussi a posé une question, mais avec doute : Ma femme et moi, on est trop vieux, c'est impossible ! Marie s'ouvre totalement à Dieu, elle qui dira à Cana : "Tout ce qu'il vous dira, faites-le". Zacharie est plus rationnel, et son petit raisonnement l'empêche de s'ouvrir à la lumière divine.  Là aussi, il figure le "vieux" Testament qui ne peut plus parler, dont l'enseignement est muet, dans l'attente du Verbe.

 

Comme l'avait dit l'ange, l'enfant fut rempli de l'Esprit Saint dès le sein de sa mère (Luc 1,15) : il tressaillira en effet en la présence de Marie, inspirant à sa mère ces mots que nous répétons chaque jour : "Tu es bénie entre toutes les femmes et le fruit de ton sein est béni" (Luc 1,42).

 

Grande joie à la naissance de Jean ! Zacharie retrouve la parole : par ce signe Dieu montrait que Jean était né pour annoncer la venue du Verbe. Cet enfant reçoit un nom "nouveau", que personne ne portait dans sa famille.

 

L'Evangile est très sobre sur l'enfance de Jean. "Il demeura dans les solitudes" (Luc 1,80) ; il se prépare à sa mission dans le silence du désert, comme Jésus avant sa vie publique, mais peut-être bien que Zacharie et Elisabeth cachèrent très tôt leur enfant, sinon il aurait été rejoint par la fureur d'Hérode lors du massacre des saints Innocents.

 

Jean, ensuite, a prêché, invité à la conversion, s'efforçant de "secouer" la foule : "Produisez donc des fruits dignes du repentir" (Luc 3,8) ; "Celui qui a deux tuniques, qu'il partage avec celui qui n'en a pas, et celui qui a de quoi manger, de même" (Luc 3,11) ; "N'exigez rien au-delà de ce qui vous est fixé" (ibid, v.13) ; "Ne molestez personne… contentez-vous de votre solde" (ibid, v.14).

 

Préfigurant le Christ et la vie consacrée, Jean a vécu dans le don total de sa personne à Dieu, dans la chasteté parfaite, chose exceptionnelle à cette époque. Et son message annonçait celui que Jésus allait proclamer : conversion, générosité, miséricorde, pauvreté joyeuse, humilité.

 

Comme il était humble, Jean ! Il aurait très bien pu céder à quelque sentiment de vanité en voyant toute la foule qui l'écoutait, mais il resta très effacé : "Je ne suis pas digne de délier la courroie de ses sandales (Luc 3,16)".

 

Jean a fait plus encore. Ce n'est pas pour rien qu'on l'appelle "Précurseur", au sens propre de "qui court devant (pour annoncer)" : il a voulu témoigner jusqu'au bout de la Vérité, sans craindre d'élever des reproches à Hérode pour sa conduite ; il versa son sang pour la Vérité.

 

Charnière entre l'Ancien Testament et le Nouveau, dernier des prophètes et premier témoin du Christ, Jean a été le premier à dire : "Voici l'Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde" ; on pourrait dire ainsi qu'il fut le premier prêtre de la nouvelle Alliance, non pas sacramentellement, mais par son message, son exemple, son attitude, en un mot par toute sa vie.

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